‹ Monographie de l'hypogée-martyrium de PoitiersChapitre 40 sur 43 · ORATIO · texte numérisé non relu

ORATIO

Deus qui beatum Simplicianum, martyrem tuuin, in adolescentia constitutum, in agone certaminis roborasti, præsta, quæsumus, ut ejus meritis et precibus æternam gloriam consequi mereamur.

Extrait du Martyrologe de Montierneuf, manuscrit du commencement du XIIe siècle. Texte d’LJsuard, avec quelques additions de la même main.

(Archives de la Vienne.)

Prid. kl. junii. Pictavis civitate, Sci Simpliciani Mis. ; ipso die, Sci Porcarii. Abb.

Le culte de saint Porchaire à Poitiers remontant au moins au neuvième siècle, celui de saint Simplicien ne saurait être postérieur. Il primait en effet le second, la fête de saint Simplicien étant conservée au 31 mai, et celle de saint Porchaire renvoyée au 2 juin dans l’ancienne liturgie poitevine, et maintenant au 5 juin. — V. de Chergé, Vies des Saints du Poitou, p. 20 et 144. — M. l'abbé Auber recule le martyre de saint Simplicien jusqu’à l’empire de Trajan, et Dom Chamard le fait contemporain de la persécution de Maximien, laquelle aurait, d’après lui, seule sévi en Poitou. Cette opinion est contraire à nos traditions les plus autorisées.

TOPOGRAPHIE (V. PL I et xiii de l 'Album.)

L’hypogée découvert par le R. P. Camille de la Croix, au mois de décembre 1878, est situé à peu de distance du coteau presque abrupt nommé les Dunes, qui descend sur le Clain, en face de la Cathédrale de Poitiers, de l’église Sainte- Radegonde et des dépendances de l’ancienne abbaye de Sainte-Croix. Il se trouve presqu’à la naissance d’un vaste plateau qui s’étend jusqu’à la Vienne. Une voie romaine, qui devait bientôt se diviser en plusieurs branches, s’élevait sur ce plateau, bordée de nombreuses sépultures gallo-romaines par incinération, que le génie militaire mit en partie à jour, lors de la construction des casernes.d’artillerie et des magasins à fourrages, pour le neuvième corps d’armée. C’est à l’extrémité de ce cimetière païen dont le R. P. de la Croix continuait l'exploration, qu’était la crypte de Mellebaude, entourée d’un petit nombre de sarcophages chrétiens.

Le chevet de l’hypogée est presque adossé à un vieux chemin creux, s’embranchant sur la voie romaine pour se diriger vers Montbernage et la vallée sèche de Vaudouzil, et formant un tronçon d’un grand chemin de Saint-Cyprien à Buxerolles, très fréquenté au moyen âge par les pèlerins (Burdonnarii), qui avaient leur station d’arrivée à la Croix-Bourdon, un peu au delà de Vaudouzil, soit qu’ils vinssent du pas de Saint-Jacques, près de Buxerolles, ou du pas de Saint-Martin , commune de Salles-en-Toulon, de même qu’ilsavaient leur station de départ àla chapelle Saint- Jacques et à la Croix des Trois-Bourdons, faubourg de la Tranchée. La partie de ce chemin qui borde l’hypogée est encore connue des vieillards de Saint-Saturnin et de Montbernage sous le nom de chemin des martyrs, et à sa droite est le terroir dit le chiron-martyr, chiron-martire et chiron dü martyr dans dix-neuf documents réunis, grâce aux patientes recherches de feu M. Bricault de Verneuil, par le B. P. C. de la Croix, qui a bien voulu me les communiquer et m’autoriser à m’en servir.

Le ténement du Chiron-Martyr relevait de l’abbaye de la Trinité, fondée à Poitiers au x® siècle par Adèle d’Angleterre, veuve du Comte de Poitou, Ebles Manzer. L’emplacement de l’hypogée paraît au contraire avoir fait partie, presque jusqu’à la Révolution, d’un terrain vague resté domanial, où s’étaient tenues, jusqu’en 1347, les foires dites de la Pierre-Levée (F. pièces annexées, n° 1), et qui s’étendait jusqu'au lieu de la Justice , où s’exécutaient les sentences capitales de la Grande Justice de Poitiers. Ce terrain était limité par des maisons et des clos dépendant du bourg de Saint-Saturnin, dont le comte Guy-Geofïroi avait donné, en 1077, lamoitiéà l’abbaye de Montierneuf, l’autre moitié appartenant déjà à l’abbaye de Saint-Cyprien; le droit de nomination à la cure de Saint- Saturnin appartenait aux deux abbés conjointement.

Le Chiron-Martyr et l’hypogée, qui dépendaient de la paroisse de Saint-Saturnin, sont maintenant de la circonscription de Sainte-Radegonde. Des explications qui précèdent, et des actes dont nous allons produire des extraits, il ressort qu’on ne peut confondre l’emplacement de l’un et de l’autre. Chiron est un terme local qui désigne ou un monticule formé de débris de carrière, ou, et c’est le cas le plus ordinaire, un amas de pierres recueillies par les cultivateurs dans leurs terrains, et se grossissant constamment par des apports successifs. Plusieurs de ces chirons existaient encore il y a soixante ans, dans les champs et les coteaux de la Garde, nom sous lequel sont portées au cadastre toutes les terres voisines de l’hypogée, encore que, dans le principe, il ne dût sans doute s’appliquer qu’àla réserve domaniale. Ils ont disparu lors de la confection de la route de Poitiers à Limoges , leurs pierres ayant trouvé leur emploi sur cette route.

Ce nom de Chiron-Martyr ne donne-t-il pas à penser que les corps des Martyrs durent, après leur passion, être recueillis et abrités, peut-être avec les instruments de leur supplice et quelques signes de reconnaissance, sous un de ces monceaux de pierres, et qu’ils y furent retrouvés vers la fin du septième siècle, probablement après des recherches incomplètes, sinon infructueuses, dans les deux anciennes tranchées reconnues et explorées avec tant de soin par le R. P. delà Croix, comme ayant pu être la sépulture primitive des martyrs?

Extrait d'un aveu du 20 octobre 1692. — Archives. Abb. de la Trinité, liasse 4! .

De Vous les Révérendes Dames Abbesse et Religieuses de l’Abbaye de la Sainte-Trinité de Poitiers, Ordre de Saint-Benoist, congrégation du Calvaire, à cause de votre fief, terre et seigneurie du Breuil-l' Abbesse et Crosserye, membre dépendant de la dite Abbaye, tiennent et avouent tenir Jean Lasnier, vigneron, demeurant en cette ville , et René Montait, marchand, demeurant dans le faubourg, paroisse de Saint-Saturnin.

Premièrement : Une pièce de vigne contenant six boisselées ou environ sise au Chiron du Martir (1) proche de la vigne à Crollet, sus dite paroisse de Saint-Saturnin, tenant d’une part au chemin tendant de [ Eglise du dit lieu à Vaudousil a main droite.

(1) C’est le seul document qui porte Chiron du Martyr. Tous les autres donnent Chiron-Martyr ou Martire.

Extrait d’un aveu du 13 février 1715.

Archives — fonds de la Trinité, liasse 41.

Déclaration des lieux et domaines que de Vous, Révérendes Dames, Mesdames les Révérendes Abbesse et Religieuses de l’Abbaye Royale de la Trinité de Poitiers, tiennent et avouent tenir dans l’étendue de vos fiefs de votre seigneurie du Breuil-TAbbesse dépendant de votre Abbaye,

Jacques Montoit, Guillaume Montoitjournalliers, et Jeanne Bevrin, veuve de Charles Montoit, journallier, au nom de mère tutrice de ses enfants et dudit feu, demeurant tous faubourg de Saint Saturnin lés Poitiers, comme héritiers du déffuntRené Montoit, leur père et beau-père.

C est à sçavoir une pièce de terre en vigne contenant six boisselées ou environ, située au fief de Chiron Martire , paroisse de Saint-Saturnin, touchant d’une part au champ de la chapelle Sebillet (1), d’autre à une pièce de terre du sieur Morineau, d autre à celle du sieur Ginot et d’autre au chemin de la Pierre Levée à Vaudouzil, àmain droite (2) .

Extrait d’un aveu du 11 avril 1762.

Archives — fonds de la Trinité , liasse 41.

De Vous, Mesdames les Révérendes Abbesse, Supérieure et Religieuses de l’Abbaye Royale de la Sainte-Trinité de cette ville de Poitiers, Ordre de Saint Benoist, unie à la congrégation du Calvaire.

Je, Jean Charprenet, bourlier, demeurant faubourg de Montbernage, paroisse de Sainte-Radégonde,

Tient et avoue tenir de Vous, mes dites Révérendes Dames, une Boicelle de terre plantée en vigne située au tennement du Chiron Martyre , paroisse de Saint-Saturnin, dépendant et faisant partie de votre fief du Breuil l’Abbesse dépendant de votre ditte Abbaye, touchante d'un côté à la vigne de Jean Coudreau, d’autre à celle de Jacques Puisais, d’autre à celle du nommé Ayrault, cordonnier, et d’autre au chemin qui conduit de Saint-Saturnin a Vaudouzil

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