FoNSSAGRivES, in Dict. Encyclop
2. ScHMiTT (Joseph), Géographie médicale, in Bulletin médical de Québec^ septembre 1902.
certificat de leur médecin, constatant mie vaccination datant de moins de sept années.
Diphtérie. — La diphtérie a fait son apparition sur l'île à deux reprises. En 1899, à la Baie du Renard, elle a été introduite par un insulaire revenant en barque de pêche du Continent avec sa famille. La maladie s'est déclarée chez un de ses enfants trois jours après son arrivée. Etant donnés mon éloignement — le domicile du médecin est à la Baie Sainte- Claire, distante de 123 milles marins de la Baie du Renard, — la difficulté de la surveillance médicale et le mauvais vouloir des intéressés, la diphtérie n'a pas tardé à sévir. Toutes les familles de la Baie du Renard, qui provenaient en grande partie de Terre-Neuve, ont, du reste, depuis quitté l'île, et leurs maisons ont été brûlées, ce qui a constitué la désinfection idéale.
La seconde apparition de cette maladie a eu lieu en novembre 1901 à la Baie Sainte-Claire où elle semble avoir été introduite par un paquet de linge venu du Continent. Les mesures les plus rigoureuses ont été prises dès l'apparition du fléau : licenciement de l'école, barrage sanitaire, désinfection au formol des locaux, etc., si bien que la diphtérie a été circonscrite à trois maisons, et que le Jour des Rois, cinq semaines après le début du premier cas, toutes les mesures de rigueur ont été levées, l'école a été réouverte et la maladie était définitivement enrayée.
Rougeole. — Le 1*"" octobre 1898, quelques jours après l'arrivée d'une jeune fille venant en barque de la rivière Magpie, sur la côte Nord du Saint-Laurent, je constatai chez cette personne les premiers symptômes de la rougeole.
La contagion était vraisemblablement déjà efl'ectuée autour de la malade; aussi, malgré l'isolement du sujet, isolement sur l'efficacité duquel il était difficile de se faire illusion, la maladie se trouva bien vite répandue dans les maisons voisines, puis dans tout le pays. En même temps, j'apprenais que de nombreux cas de rougeole se développaient également sur la côte Nord du Saint- Laurent dont nous sommes séparés
par un bras de mer de 18 milles de largeur, à l'endroit le plus étroit, et que cette maladie sévissait à la Pointe aux Esquimaux, à la Rivière au Tonnerre, et surtout parmi les jeunes enfants des Indiens de Mingan dont nous sommes éloignés seulement de 14 milles marins, et oii elle présentait une forte mortalité due à la broncho-pneumonie. A l'île d'Anticosti, nous avons été plus heureux et n'avons pas eu à déplorer un seul décès.
La rougeole apportée du Continent avait débuté à la Baie Sainte-Claire et ne tarda pas, par les allées et venues, à gagner le village de l'Anse aux Fraises, distant de six milles.
Ces deux endroits sont pour le moment les plus importants de rile comme population. Dans chacun d'eux, l'épidémie, qui a été bénigne, a duré environ cinq semaines, et, la population presque entière ayant été atteinte, la maladie a pris fin par la même raison que dans le Cid où « le combat finit, faute de combattants ».
A part quelques fonctionnaires français et leurs familles, à part quelques pêcheurs qui avaient séjourné autrefois dans la Gaspésie et la Baie des Chaleurs, presque tous les habitants, jeunes ou vieux, ont été atteints.
Oreillons. — Les oreillons, que les pêcheurs du golfe appellent oripiaiix, ont fait leur apparition au mois de novembre 1900.
Ils ont débuté sur un pêcheur de l'île qui était de retour de la Gaspésie depuis deux semaines.
Cette maladie, si éminemment contagieuse et si généralement bénigne, n'a pas tardé à s'étendre aux différentes maisons de la Baie Sainte-Claire, pour bientôt atteindre l'Anse aux Fraises; mais, alors que la rougeole n'avait duré en tout que cinq semaines, les oreillons, au contraire, vu leur plus longue période d'incubation, se sont échelonnés pendant une grande partie de l'hiver. Comme pour la rougeole, les insulaires de naissance ou quelques personnes habitant l'île depuis plus de vingt ans ont seuls été atteints, à l'exclusion des nouveaux importés tant de France que du Continent américain.
A signaler dans celte épidémie qui s'est, du reste, maintenue très bénigne, trois cas d'orchile ourlienne.
Comme pour la rougeole, également, les familles résidant en des points de l'île éloignés des deux principaux centres, telles que celles des gardiens de phares et de certains employés de télégraphe, n'ont pas été atteintes.
Les oreillons ont aiïecté de préférence les enfants à partir de 3 ans et les adultes des deux sexes de 15 à 30 ans,
Gkippe. — L'influenza, qui nous a été apportée par deux fois du Continent pendant nos communications d'été, a laissé d'assez nombreux indemnes et n'a jamais présenté aucun caractère de gravité chez les sujets qui l'ont subie.
Tuberculose. — Sur les quatre-vingt-dix familles qui habitent l'île, trois ont présenté de la tuberculose; l'une, deux cas de tuberculose pulmonaire chez des jeunes filles ayant séjourné dans un couvent du Continent; l'autre, un cas de tuberculose pulmonaire chez un vieillard venu de la Gaspésie, et la troisième, un cas de tuberculose osseuse chez un enfant dont la maison était voisine du précédent. Les parents et les cinq frères de cet enfant sont en parfaite santé. Inutile de dire que tout le possible est tenté pour essayer de limiter et d'éteindre ces fojers. Pour ce qui est des rapports continentaux, toute personne qui vient du Continent n'obtient le droit de résider sur l'île que si elle est indemne de toute tare tuberculeuse.
Maladies vénériennes. — Quelques cas ont été introduits dans l'île et guéris par mes soins sur les individus mêmes qui en étaient porteurs. Quant à la population, je suis fier de dire que, grâce à sa moralité, elle en a toujours été absolument indemne.
Maladies diverses. — Scorbut, — Quelques cas bénins de scorbut constatés en 1896 à notre arrivée sur l'île ont disparu depuis par l'usage plus fréquent de la viande fraîche et des végétaux.
Alcoolisme. — L'article 5 du Règlement étant ainsi conçu : « L'usage de l'alcool, des spiritueux et boissons fermentées est
prohibé », toutejpathologie de ce côté se trouve donc supprimée.
Goutte. — Aucun cas.
Rhuriatisme. — Très rare et à forme articulaire légère.
Ophtalmie des neiges. — Assez fréquente à la fin de l'hiver chez quelques sujets qui ne portaient pas de verres de couleur.
Engelures. — Elles n'existent pas ici, et certains Français qui en avaient dans leur pays pendant chaque hiver n'en ont plus jamais eu depuis leur séjour à Anticosti.
Bronchite aiguë simple. — Avec les vents du Sud et de l'Est, les affections des voies respiratoires et particulièrement les bronchites aiguës y sont assez fréquentes, quoique sans gravité.
Je m'explique cette bronchite, qui est le plus souvent légère, de la façon suivante. Sous l'influence des vents du Sud ou de l'Est, — l'hygromètre enregistreur nous indique alors que l'air est humide presque à saturation, — le mucus nasal se gonfle, se liquéfie, la sécrétion augmente, le coryza (rhume de cerveau) se produit et la continuité de la muqueuse amène la bronchite aiguë (rhume de poitrine). Si les choses se passent de cette façon, il suffira donc, pour éviter cette bronchite, d'enduire la muqueuse nasale d'un corps gras isolateur, ce qui empêchera le coryza. Et c'est en effet ce qui a lieu chez les personnes sujettes à la bronchite et qui, sur mon conseil, mettent, les soirs de vent des parties Sud ou Est, au moment du coucher, un peu de vaseline blanche ou mieux de vaseline boriquée, dans chaque narine. Pendant le sommeil, ce médicament s'étend de proche en proche, lubrifie toute la muqueuse et la met à l'abri de l'humidité. Tous ceux qui se servent fidèlement de ce procédé ne s'enrhument jamais.
Par les vents du Nord et du Nord-Ouest, beaucoup plus froids et surtout plus violents que les précédents, mais que l'hygromètreenregistreur indique comme beaucoup plus secs^ je n'ai jamais constaté le moindre rhume. J'en conclus que dans la bronchile aiguë simple, il y a lieu d'incriminer avant
tout l'humidité ; je suis loin de prétendre qu'il ne puisse y avoir l'intervention d'autres causes, de causes bactériologiques, par exemple, mais ce que je tenais à signaler, c'est que l'humidité est le premier facteur indispensable.
Gastro-entérite des nourrissons. — Les troubles des voies digestives sont rares, sauf la constipation, et toujours bénins, Sur une moyenne de douze à dix-huit naissances annuelles, je n'ai eu, depuis sept ans que j'habite l'île, aucun cas de mortalité dû à la gastro-entérite.
Cela tient pour une bonne part au climat et à l'absence de forles chaleurs pendant l'été; mais cela tient aussi aux avis verbaux et aux remèdes qu'il m'est d'autant plus facile de faire accepter que le service médical est gratuit. En outre, j'ai fait remettre à chaque famille, après les avoir légèrement modifiés pour les mieux adapter au pays, une copie des Conseils pour les soins à donner aux enfants en bas âge qui accompagnent en France chaque livret de mariage et qui ont été rédigés par l'Académie de médecine de Paris.
En résumé, le climat d'Anticosti est très sain, et la malaria y est inconnue malgré la quantité de diptères qui sévissent du 4o juin au lo août et qui heureusement disparaissent dans les endroits défrichés et drainés. Il y a lieu, toutefois, de se méfier des refroidissements que la fréquence et la violence des vents favorisent et de porter, même en été, des vêtements de laine. A plus forte raison, il faut savoir se couvrir en hiver, surtout lors des tempêtes où le vent glacial du Nord-Ouest défile avec sa poudrerie de neige, souvent pendant trois jours consécutifs, avec une température de 20 à 25 degrés centigrades au-dessous de zéro et une vitesse de 90 à 130 kilomètres à l'heure. Inutile de dire que toutes les parties du corps qui y sont exposées sont gelées en quelques minutes et que j'ai eu l'occasion d'observer maintes gelures, d'ailleurs sans gravité.
En terminant, je noterai un accroissement de la taille et de la force musculaire manifeste chez les adolescents du service agricole qui habitent l'île déduis plusieurs années et que l'on peut comparer à leurs frères et sœurs qui, soit sur le Gonti-
nent, soit sur l'île, sont restés en dehors de ce service. Cet accroissement tient vraisemblablement à la bonne nourriture et à la vie active au grand air.