PATHOLOGIE DES ANIMAUX
Tout animal, quelle que soit son espèce, ne pourra être importé dans Vile qu'en vertu d'une permission spéciale, et après visite et avis favorable du service vétérinaire.
Spécialement pour les espèces bovine, ovine, porcine et chevaline, les animaux devront séjourner un certain temps dans un sanatorium, pour y être en observation, et y subir certaines expériences, entre autres la vaccine de la tuberculose.
Article 33 du Règlement édicté par M. Henri Menier pour la Police vétérinaire de Vile d'Anticosti [propriété privée).
Pour satisfaire aux exigences de ce règlement, dès notre installation sur l'île, j'ai proposé, pour l'emplacement du sanatorium, une petite baie isolée et d'un abord facile, au point de vue marin, pour le débarquement des animaux. M. Henri Menier, ayant accepté ma proposition, a fait abattre dans cette baie un coin de forêt, et élever des baraquements 011 ont été conduits les différents animaux à leur arrivée sur l'île. Ils ont fait là, avant d'être dirigés sur les bâtiments de la ferme, un séjour de trois semaines, pendant lequel j'ai fait subir aux bovidés l'épreuve de la tuberculine. On ne sera pas surpris que les animaux ne restent ici que trois semaines au sanatorium, quand on saura qu'ils sont tous achetés au Canada, oii la quarantaine est très sévère. C'est même grâce à cette sévérité que ce beau pays a réussi à se préserver de la péripneumonie des bêtes à cornes, en les isolant pendant trois mois à leur arrivée des pays étrangers.
Grâce au sanatorium et aux mesures prises, j'aurai très peu de chose à dire de nos animaux domestiques. Mais, avant d'aller plus loin, il est bon de signaler un fait qui aurait pu
déjà être mentionné dans la pathologie humaine, à savoir que toutes les plaies guérissent ici remarquablement bien, et que les réunions par première intention sont la règle, même quand les sutures ont été faites dans les cas d'urgence, en pleine forêt, au milieu de l'hiver, avec seulement de la neige pour nettoyer la plaie.
PiCA DU BŒUF. — On disait à Anticosti, comme en d'autres endroits de la province de Québec, que les bovidés ne vivaient pas plus d'une année ou de dix-huit mnis au plus sur l'île. J'eus, en effet, dès mon arrivée, l'occasion d'autopsier un de ces tristes animaux qui, après quinze mois de séjour à Anticosti, était mort dans un profond état de maigreur. Et pourtant, le foin ne manquait pas, poussant non seulement avec une remarquable facilité dans tous les endroits défrichés, mais se trouvant encore à l'état naturel en de nombreux points du littoral, dans les plaines et les clairières de la forêt.
A l'autopsie, la vache, qui était celle d'un habitant de la baie Sainte-Glaire, présentait les lésions de la gastro-entérite, et son foie, dont la surface était d'un gris bleuâtre, montrait une coloration d'un gris brun sur la coupe. Les accidents, qui consistaient surtout en aberration du goût et en albuminurie, s'étaient déclarés vers la fin de l'hivernage.
Depuis, le même fait s'est reproduit plusieurs fois sur des vaches appartenant à des particuliers, et qui paissaient au bord de la mer. En procédant par élimination des plantes du littoral, je suis arrivé à me convaincre que c'était bien la Ranunculus acuis, Linn. qui était la cause de cet empoisonnement à longue portée, puisque, s'efFectuant pendant l'été, il se manifestait seulement en mars, pendant la stabulation des animaux, et alors qu'ils avaient du foin sec, dans lequel cette plante avait perdu, en se desséchant, une grande partie de ses propriétés nocives. Dès lors, le remède était bien facile, et l'on s'est mis à l'appliquer avec un plein succès. Il consiste à labourer les régions oij cette plante s'était acclimatée, à les drainer pour enlever l'humidité qui favorisait sa croissance, et à ensemencer de bonnes graines fourragères.
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C'est donc une question résolue, et, partout où ces mesures sont prises, les bovidés vivent de longues années, s'engraissent, et deviennent aussi beaux que dans n'importe quelle partie de la province.
J'irai même plus loin, et je dirai qu'étant donnée la croissance magnifique des graminées dans les terrains de l'île tant soit peu préparés, on doit s'attendre à voir, dans un avenir prochain, Anticosti devenir un pays d'élevage pour le bétail.
Mycose des volailles (Roupie"». — Par des canards venus de la Pointe Sud-Ouest, et qui avaient eux-mêmes été achetés sur le Continent, nous avons eu, à la ferme de la Baie Sainte- Glaire, une petite épidémie de Mycose des volailles, que l'on appelle Roupie dans ce pays, et qui est très répandue dans la province de Québec.
Cette maladie, qui s'est portée sur les poules et les dindons, affectant particulièrement les voies aériennes, et causée par la présence et le développement d'un aspergillus, a été aussitôt combattue par l'isolement des contaminés et la désinfection du local. Mais c'est surtout le mode de traitement qui est à signaler, puisque les volailles atteintes, au nombre de trente, et traitées, ont toutes guéri. J'ai même fait le traitement préventif chez les contaminés, environ deux cents et, d'emblée, la contagion a été limitée aux trente premiers malades.
Cette méthode, que j'ai pensé à instituer, réside dans une solution de permanganate de potasse au millième injectée dans les cavités nasales, point de départ de la maladie.
La technique qui m'a paru préférable consiste à faire passer, au moyen d'une poire en caoutchouc, la solution par les fosses nasales postérieures. Pour cela, un aide tient l'animal et lui ouvre le bec, pendant que l'on pousse fortement l'injection. Bientôt la solution ressort par les yeux (conduits lacrymaux) et les fosses nasales antérieures. De la sorte, on a la certitude qu'aucune partie de la muqueuse n'a été épargnée.
Quelquefois, à une période plus avancée de la maladie, l'oiseau présente une ou deux dacryocystites suppurées (pus
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concret). On ouvre alors l'abcès et on injecte également la cavité au permanganate. La guérison est rapide.
Si l'affection est prise plus tard encore, le champignon microscopique a envahi la trachée et les sacs aériens. Comme j'ai pu le constater sur un des canards importateurs de. la mycose et sur une poule, volontairement non traitée comme témoin, nos moyens d'action disparaissent alors. Peu à peu la respiration s'accélère, devient ronflante, l'appétit diminue, les paupières se ferment, les ailes sont pendantes, la crête et les muqueuses se décolorent de plus en plus, l'amaigrissement augmente, la diarrhée apparaît et, au bout de quelques semaines, l'animal finit par succomber.
Il y a donc tout intérêt à intervenir de bonne heure, ce qui est facile dès que l'on voit un ou quelquefois les deux yeux larmoyer. On arrive, alors, avec un peu de surveillance, à soigner les malades dès le début et, dans ce cas, la guérison est la règle.
Un excellent adjuvant au traitement est la propreté et l'aération du poulailler ainsi que la large pénétration du soleil.
Otite moyenne chronique chez le chien. — Un grand nombre de nos chiens deviennent sourds. Au début de l'affection, ils accusent une douleur à la base de l'oreille qu'ils frottent avec la patte, ils secouent la tête, l'inclinent du côté malade et poussent des plaintes. L'intérieur du conduitTauditif externe ne présente rien alors d'anormal. Plus tard on peut y trouver de la suppuration. Le dernier phénomène est la surdité du chien, partielle ou totale, suivant qu'une seule ou les deux oreilles ont été atteintes.
J'ai eu l'occasion de suivre les débuts, les progrès et la fin de la lésion.
Cette otite moyenne se produit toujours chez des chiens qui plongent dans l'eau de mer; les autres sont presque tous indemnes, ce qui indique tout de suite la prophylaxie.
Voici d'ordinaire comment la lésion évolue. Sous l'influence du contact de l'eau de mer avec la muqueuse naso-
pharyngienne, il se développe une phlegmasie intense de cette muqueuse, qui se propage à la trompe et à la caisse. Cette phlegmasie peut alors guérir d'elle-même si le chien est éloigné de la mer; mais s'il continue à plonger, l'inflammation qui n'était qu'aiguë passe à l'état chronique. La trompe s'obstrue alors définitivement et l'air de la caisse, n'étant plus renouvelé, est absorbé par la muqueuse, La pression atmosphérique, qui n'est plus contre-balancée par l'air intérieur de la caisse, se fait sentir de tout son poids sur l'oreille interne par l'intermédiaire de la chaîne des osselets et le chien souff"re beaucoup. Mais souvent, tout à coup, l'animal cesse de se plaindre. C'est que la perforation du tympan s'est produite et l'air extérieur a pu pénétrer dans la caisse. Ce soulagement est chèrement payé, car la porte est ouverte à l'infection qui ne tarde pas à se montrer, détruisant les osselets ou tout au moins les ankylosant, pour se terminer, après un écoulement purulent plus ou moins long, par la formation d'une matière caséeuse qui remplit la caisse et amène la surdité de l'animal.
Une fois la perforation du tympan survenue, et à son début, le traitement au moyen d'injections au permanganate et d'attouchements à la glycérine iodée m'a donné de très bons résultats sur un chien ; mais le plus souvent il n'a pas été appliqué sur les autres ou l'a été d'une façon trop peu suivie.