IV INTRODUCTION
nés sa position géographique et le passage, pendant l'été, de nombreux navires en vue de ses phares, aurait semblé, de prime abord, devoir être connu d'une façon moins imparfaite. Mais il est bon dédire que cette île n'avait pas été jusqu'alors exploitée, car elle appartenait indivise à un groupe d'héritiers sans relations entre eux et dont chacun n'avait aucun intérêt à la mettre en valeur pour le bien commun. D'autre part, les bancs de roche qui l'entourent étaient un danger pour la navigation et tous les navires remontant ou descendant le Saint- Laurent s'en écartaient, puisque jusqu'à ce jour elle ne donnait lieu à aucun trafic et à aucun commerce. En outre, Anticosti se trouve faire partie de cet immense Canada qui s'étend du iS*' parallèle jusqu'à l'Océan Glacial et qui, luimême, à cause précisément de son étendue considérable, n'a pu être encore complètement exploré et étudié par la pléiade de savants canadiens et étrangers qui y ont consacré leurs efforts.
A part, en effet, les régions comprises entre le 45« et le S0« degré de longitude, où des villes importantes se trouvent échelonnées près des grands cours d'eau, et oii la culture possible a permis à la population de se fixer, tout le Nord, dans lequel se dessinent quelques traces de hardis explorateurs, n'est qu'une forêt parsemée de lacs, de cours d'eau, de savanes, et dont les essences vont toujours en décroissant pour atteindre une limite septentrionale * oii elles n'existent plus et sont remplacées par une maigre végétation inférieure qui s'étend jusqu'aux confins de la zone polaire. C'est ainsi que cette gigantesque Péninsule du Labrador, qui se trouve au Nord d'Anticosti et n'en est séparée que par un bras de mer de 33 kilomètres, est encore pleine de secrets.
Dans le compte rendu de l'exploration de M. Low, publié dans le Rapport de la Commission géologique du Canada, on peut voir à quoi se bornent les données que l'on a de l'intérieur de cette péninsule, à propos d'une partie de laquelle l'auteur a bien soin d'ajouter Unexplored, région inexplorée.
1 V. fig. 45. .-
INTRODUCTION. v
Gomme j'essayerai de montrer plus loin qu'Anticosti est une île continentale, lambeau détaché de cette péninsule dont elle a fait partie à une époque géologique de son histoire, il en résulte que, d'un côté, l'étude de l'île pourra fournir des données utiles pour la connaissance de ce Labrador si ignoré ; et que, de l'autre, il sera intéressant de voir quelles modifications l'état insulaire a pu apporter à la faune et à la flore du sud de la péninsule labradorienne.
Me sera-t-il permis d'ajouter que ce travail a été fait dans des conditions particulières, qui en expliqueront en partie les nombreuses imperfections. Il a été entrepris, en effet, dans une solitude intellectuelle trop rarement rompue* et dans l'éloignement d'un grand centre^ de ses musées, de ses bibliothèques, de ses laboratoires; car, bien que je doive rendre hommage à la libéralité éclairée de M. Henri Menier, qui m'a accordé sans compter les livres, les instruments, les produits et les autres moyens d'étude dont j'avais besoin, il n'en est pas moins vrai que tous ceux qui ont travaillé dans une grande ville universitaire, à Paris surtout, se rendront compte facilement de tout ce qui peut manquer pour mener à bien, dans de telles conditions, une monographie de ce genre.
Je dirai aussi que le conseil verbal, l'aide bienveillante du Maître m'a bien fait défaut, et qu'à part un rapide passage à Paris et quelques courts séjours à Québec, à Montréal, à Ottawa, mon contact scientifique s'est borné dans l'échange, à longs intervalles, de lointaines correspondances.
On verra dans le cours de cette étude que nos communi-
1. De loin en loin, trop peu souvent, tous les deux ans en moyenne, profitant de rares loisirs, M. Henri Menier est venu avec ses amis passer quelques mois de l'été sur son île. M. Georges Martin-Zédé y vient en outre, régulièrement, chaque année. Parmi les autres personnes que j'ai eu le plaisir de voir à Anticosti, je citerai le professeur de géologie de l'Université Laval, M.«' Laflamme qui, il y a trois ans, a fait une étude géologique d'une partie de la côte; puis, M. Joseph Obalski, ingénieur de l'École des Mines de Paris, et inspecteur des mines de la province de Québec, et enfin son frère, Th. Obalski, l'écrivain distingué de la Nature et de la Science française, un de mes anciens camarades du Muséum.