INTRODUCTION
Vu l'importance de la question climatologique en ce qui concerne les végétaux, il est bon de jeter un rapide coup d'oeil sur cette question.
On a pu voir dans le chapitre de la Météorologie que les côtes de l'île sont baignées par des courants d'eau froide; aussi, bien que notre latitude soit au-dessous et en bordure du 50® parallèle, notre température moyenne de la saison de la végétation n'en est pas moins celle de la zone subarctique, comprise en Europe entre le 08® et le 66® degré de latitude Nord. Il en résulte que nous avons les plantes de cette zone, qui est caractérisée principalement par les forêts de sapins et de bouleaux et les tourbières.
Outre le facteur thermique, je mentionnerai également notre situation maritime qui comporte toutefois un air modérément humide et une assez grande luminosité K
Cet état de l'atmosphère permet une puissante action des radiations solaires et favorise étonnamment la végétation qui, pendant la brièveté d'un été lumineux, parcourt son cycle complet avec une extraordinaire rapidité.
Il est digne de remarque que la flore d'Anticosti se rap-
i» FoNSSAGRivEs, in Dict. encyclop.
proche de la flore des hautes montagnes par de communes conditions d'existence. La difl"érence la plus importante est ici la plus grande densité de l'air. En empruntant pour la flore des Alpes les données de M. Henri Gorrevon*, je pourrai fournir le tableau suivant :
ALPES ANÏICOSÏI
Long repos hivernal, Long repos hivernal,
Lumière intense, Lumière vive,
Insolation forte. Insolation assez forte,
Chaleur vive, Chaleur assez vive.
Nuits froides, Nuits fraîches,
Humidité constante, Humidité constante,
Évaporation continuelle, sous Evaporation intermittente en l'influence de l'insolation et raison des changements hy-
du peu de densité de l'air. grométriques et plus faible
en raison de la plus grande densité de l'air.
Ici comme là, nous avons des plantes « qui n'attendent même pas que la neige ait disparu pour percer la couche glacée de leurs fleurs délicates », et si les Alpes ont les Crocus, nous avons l'odorante Epigée^
Nous voyons d'un côté que dans la zone subalpine' les Sapins sont les arbres les plus abondants, ainsi que le Frêne, le Bouleau, le Sorbier des oiseleurs, l'Aulne vert, et qu'à partir de celte zone le Chêne et le Hêlre ont disparu. C'est précisément ce qui a lieu à Anticosti, en ce qui concerne la forêt. Nous voyons d'autre part que dans la flore arctique les arbrisseaux sont rabougris et que, quand la terre reste gelée dans la profondeur, les mousses et les lichens sont presque ks seuls végétaux que l'on rencontre. Or, c'est justement aussi ce que l'on constate à Anticosti, dans les savanes couvertes de mousses et de lichens qui offrent un coloris particu-
I 1. H. CoRREVox, Lu Nature, 20 avril 1901.
2. Son odeur rappelle exactement celle des fleurs de l'Oranger amer ou Bigaradier {Cilrus vulgaris).