Beef, mot anglais signifiant récif
3. Savoy, vapeur de 400 tonneaux, appartenant à M. Henri Menier et faisant le service do l'île.
i. La Canadienne, vapeur du Gouvernement canadien, chargé du service des pêcheries et de la surveillance, dans le golfe Saint-Laurent, de la contrebande des alcools.
5. Lord Aberdeen, vapeur du Gouvernement canadien, chargé d'assurer le service des phares.
jours en trouver un dont l'orientation soit telle qu'elle lui donne un bon abri momentané. Il en est de même des baies et anses du côté Nord au point de vue d'un refuge.
Ports. — En dehors de ces havres temporaires, il y a deux véritables ports, la baie EUis et la baie du Renard, dans lesquels un navire est à l'abri par tous les vents. C'est pour cette raison que la baie EUis, qui est la plus rapprochée de Québec et de Gaspé, a été aménagée par M. Henri Menier/ de façon que les bâtiments y trouvent un refuge pourvu de tout le nécessaire, et qu'il y a fait installer une jetée de plus d'un kilomètre de longueur. C'est le futur cœur de l'Ile.
Étendue. — L'ensemble des côtes offre un développement de 320 kilomètres environ et la superficie approximative du territoire est de 10 000 kilomètres carrés ou 1 000000 d'hectares; Anticosti est par conséquent plus étendue que l'île de Corse et qu'aucun département français. Il résulte de son étendue et de son état d'île qu'elle est figurée sur les plus petites mappemondes et sur les cartes de dimensions les plus réduites \
Quand on vient de Québec en faisant route sur l'île, il semble, en arrivant en vue de la Pointe Ouest, qu'on la voit, pour ainsi dire, par sa tranche et l'on en a à peu près l'impression que je reproduis dans le croquis ci-joint que j'ai esquissé d'après nature, à bord du Savoy, à 10 milles au large. Avec cet aspect, étant donné que le géologue trouve le long de la côte les couches de l'île sensiblement parallèles, on est tout disposé à en conclure que cette apparence de la côte se répète dans l'intérieur; que les plus hautes élévations sont du côté Nord; que la ligne de faîte est au plus à 12 kilo^ mètres de ce rivage, et que, de là, le versant Sud s'abaisse en pente douce jusqu'au littoral oii, avant de s'enfoncer sous l'eau, il présente quelques collines et une succession de plateaux peu élevés. C'était, du moins, ce qu'avaient écrit les
1. Éléments de Gèoijraphie de Lemonnier, Schrader et Dubois, page |8, Iç Globe terrestre . (Pôle, Nord), globe de 39 millimètres de diamètre. Hachette, Paris, 1891. '
différents auteurs. Mais, déjà, les excursions que j'avais faites dès 1896, à plusieurs lieues dans l'intérieur en remontant le lit des rivières, ne m'avaient pas du tout laissé cette impression, pas plus, d'ailleurs, que les traversées de l'île du Nord au Sud que j'ai mainte fois réalisées dans la région occidentale.
D'un autre côté, mais malheureusement en plein hiver, de sorte qu'il n'a pu fournir presque aucun renseignement sur l'histoire naturelle, un Canadien-Français, M. Saint-Gyr, arpenteur du gouvernement, a, en février 1888, traversé l'ile dans sa plus grande largeur, entre la Pointe du Sud-Ouest et la rivière à la Patate. M. Saint-Cyr est le premier explorateur qui ait fait la traversée de l'île en nous laissant un document écrit. Je lis dans le cours de son rapport : « On croyait jusqu'à présent que la partie intérieure de l'île d'Anticosti était couverte de marais et de lacs, ou plus basse que la plus haute colline sur le bord de la mer, mais mon expérience me fait croire le contraire. La partie centrale de l'île où nous avons traversé est très montagneuse et certainement plus au-dessus du niveau de la mer que l'est le cap Observation et plusieurs caps remarquables de la côte. »
Depuis, une mission envoyée par M. Henri Menier a fait la traversée de l'île, en mars 1901, entre la rivière Vauréal et la rivière Chicotte, et les résultats de cette mission confirment ce que M. Saint-Cyr avait dit. Pendant cette dernière traversée, les altitudes ont été relevées au moyen d'un baromètre réglé au départ sur le baromètre enregistreur de la baie Sainte-Glaire, et vérifié de nouveau à l'arrivée. Les documents recueillis en cours de route m'ont permis de tracer cette coupe, d'après laquelle on peut voir que, dans cette partie de l'île, au moins, la ligne de partage des eaux n'est pas tout près du côté Nord, comme l'ont indiqué tous ceux qui ont traité de la géographie d'Anticosti, en ayant le plus souvent examiné l'île seulement de loin avec les jumelles de l'officier de quart.
Ces observations et celles que j'ai pu faire, d'autre part,
me confirment dans l'opinion que la ligne de partage des eaux court parallèlement à ce côté dans le premier tiers Ouest du territoire seulement, ce qui concorde avec le débit plus important des rivières du côté Sud dans cette étendue. A la haiitovr des falaises Ouest, le second tiers de cette ligne s'incline vers le Sud-Est, traversant l'île en diagonale pour arriver aux sources de la rivière Ghicotte. Aussitôt nous voyons alors apparaître sur le côté Nord la première rivière un peu importante, la rivière Macdonald. Sur ce même côté, et en gagnant la Pointe Est, nous trouverons trois autres rivières d'un aussi fort débit : la rivière Vauréal qui présente une chute remarquable, la rivière aux Saumons et la rivière de la Baie du Renard. Sur le côté Sud, au contraire, nous n'avons plus à la hauteur du second tiers de la ligne de faite qu'une rivière importante, la plus considérable de l'île, il est vrai, la rivière Jupiter. On voit dans son parcours, qu'après avoir pris naissance en arrière du Lac Salé et après avoir coulé au Nord- Ouest, elle s'infléchit à l'Ouest et fait un retour vers le côté Sud où elle débouche dans un large estuaire encombré de cailloux roulés et bordé de chaque côté de deux majestueuses falaises taillées verticalement sur la mer, le cap Ottawa qui se termine sur la rive gauche et le cap Jupiter sur la rive droite.
Cette rivière, pas plus que les autres, du reste, n'est navigable; car, bien que la profondeur de l'eau y soit suffisante en maints endroits, il s'y trouve de place en place de nombreux gués formés par les apports du printemps et oii seules peuvent passer en été de petites embarcations à fond plat.
De la rivière Ghicotte, la ligne de partage des eaux parcourt son dernier tiers en se rapprochant du côté Sud, qu'elle suit d'une façon sensiblement parallèle, pour se terminer à la Pointe aux Bruyères, en laissant au Nord les larges bassins des rivières Vauréal, aux Saumons et de la baie du Renard.
Cours d'eau. — Le nombre des cours d'eau est considérable sur l'île. On compte une cinquantaine de rivières et une
grande quantité de ruisseaux et de sources, sans parler de^ suintements en nappe qui se produisent en maints endroits de la côle. Celle dernière façon d'égouttement arrive au jour, tantôt sur les rives basses en bordure de la mer et y entretient l'humidité excessive de terrains remplis de plantes de marécages; tantôt, au contraire, se produisant dans le haut d'un falaise, tombe, en été, sous forme de pluie abondante sur le rivage et se congèle en hiver en stalactites et stalagmites qui finissent par se fusionner pour constituer d'immenses colonnes de glace d'un effet saisissant.
Ces colonnes laissent entre elles et la falaise un espace libre qui ressemble à l'intérieur d'un temple gothique, La musique des vents du large y résonne, et, même en plein jour, il n'y pénètre seulement qu'une lumière tendre, qui s'est tamisée dans ces énormes piliers transparents oii se jouent les rayons obliques du pâle soleil d'hiver.
Les rivières ont deux allures bien différentes, suivant le volume d'eau qu'elles charrient à la fonte des neiges. Nous pouvons prendre pour exemple de la première allure la rivière Macdonald dont le volume d'eau est suffisant au printemps pour renverser les obstacles. Nous voyons alors que cette rivière suit les assises parallèles des couches siluriennes qu'elle a corrodées de place en place pour gagner la mer. Ses rives nous présentent souvent des escarpements plus ou moins taillés à pic*.
Les petites rivières, au contraire, dont le volume d'eau est trop faible pour traverser les obstacles et se creuser un chenal dans les bancs de gravier quaternaire ou dans le rocher, serpentent beaucoup plus, comme la rivière du lac à la Marne ou celle de la Pointe à la Batterie.
A la fonte des neiges, les premières sont très facilement
1. Beaucoup de rivières importantes se comportent de la même façon. Leurs eaux, chargées de l'acide carbonique des racines et dont le volume est considérablement augmenté à la fonte des neiges, attaquent les lits de pierre qu'elles creusent de plus en plus et contre les angles desquels viennent buter les blocs de glace à la débâcle du printemps, blocs dont on trouve les marques sur les arbres des rives, à 4 et 5 mètres au-dessus du niveau des eaux pendant l'été.
ESTUAIRE DE LA RIVIÈRE A LA LOUTRE (Fig. 9)
flottables, et les secondes beaucoup moins, à cause de leurs nombreux méandres. Plusieurs d'entre elles présentent des chutes dont la plus belle est celle de Vauréal, d'une hauteur de 70 mètres d'un seul jet.
Bon nombre de cours d'eau d'Anlicosti ont des estuaires dus à la formation de cordons littoraux composés en grande partie de cailloux roulés. Ils débouchent alors à la mer en bec de sifflet, comme la rivière Jupiter, la rivière de la Loutre, la rivière aux Saumons, en présentant souvent à leur embouchure des barres produites par le mauvais temps. Quand il s'agit d'un simple ruisseau dont la masse d'eau n'est pas suffisante pour rompre le cordon littoral (ruisseau Malouin, ruisseau de l'Anse aux Fraises), l'eau filtre au travers, en formant toutefois un petit lac en arrière de cette barrière, qui n'est souvent rompue qu'une fois par an, à la fonte des neiges, pour être bien vite rebouchée à la première tempête. Ce lac (on pourrait dire cet étang ' et mieux cette lagune), dans lequel sont rejetés, de l'eau salée, des algues et des animaux marins dans les hautes marées accompagnées d'un coup de vent du large, se trouve provisoirement salé; mais sa salure diminue bien vite pour disparaître complètement au bout d'un certain temps. Aussi, bien que l'on donne le nom de lacs salés à diff'érents lacs en bordure de l'île, aucun d'eux n'est constamment salé. Dans certains même, qui communiquent librement avec le Golfe, l'eau est salée à mer haute et redevient douce à mer basse.
Collines. — Malgré le parallélisme remarquable des couches siluriennes d'Anticosti, l'île ne présente pas à l'intérieur des saillies en concordance avec la courbure des côtes, comme cela a été écrit et comme semblerait le faire croire l'aspect représenté par la figure 3, dont on poursuivait, par la pensée, les reliefs dans l'île. 11 ne faut pas perdre de vue, en effet, qu'Anticosti a été longtemps submergé et que sa surface a, été modifiée par les courants. Ne semble-t-il pas que la ligne
I. Le mot étang comme le mot mare sont inconnus dans la région du golte Saint-Laurent, où le plus petit amas d'eau enclavé dans les terres est appelé lac.
de faîte, dans son second tiers, entre les bassins de la rivière Jupiter et de la rivière Vauréal, soit due à la rencontre du courant du fleuve et du courant du détroit de Belle-Isle, à cette époque de submersion marine? M. Saint-Gyr nous dit dans son rapport qu'il a trouvé sur les hauteurs, précisément à l'endroit oii je fais passer cette ligne, un sol pauvre et en partie composé de gravier. En remontant aux sources de la rivière Jupiter, j'ai également retrouvé ce sol caillouteux* avec peu ou pas de terre et par conséquent une maigre végétation.
Outre l'action des courants marins, est survenue plus tard celle du grand glacier continental dont il sera parlé plus loin. Celui-ci a pu raboter bien des saillies, combler bien des inégalités ou en développer d'autres, si bien que l'intérieur de l'île peut se trouver fort différent de l'aspect présenté par la côte dans la figure 3, attendu que cette côte est d'émersion beaucoup plus récente et qu'à l'époque des phénomènes mentionnés plus haut, elle était encore un peu protégée sous les eaux du golfe, malgré leur peu de profondeur. Ces considérations pourront ^expliquer l'aspect si différent des figures 3 et 4.
Il me semble difficile de parler, comme certains auteurs, de la chaîne de montagnes d'Anticosti, alors que les plus hauts plateaux cités par eux ne dépassent pas 150^ et 175 mètres \
Pourtant à cette époque, M. Saint-Gyr avait déjà fait la traversée de l'île de la pointe du Sud-Ouest à la rivière à la Patate et en avait publié les résultats dans un rapport adressé au Gouvernement canadien.
Depuis, l'ile a été mieux explorée, les rivières ont été remontées jusqu'à leur source, une reconnaissance du milieu de l'île (ligne de partage du centre) a été entreprise de la
1. Il est juste d'ajouter qu'au somoiet des collines qui bordent la rivière, et dont plusieurs s'élèvent de 40 à 60 mètres au-dessus de son lit, les cailloux sont anguleux et que l'effet de la gelée suffit à expliquer leur production. Les cailloux arrondis ne se trouvent guère qu'en certains endroits des rives, où ils ne se montrent pas habituellement à plus d'une dizaine de mètres de hauteur.