‹ Monographie de l'Ile d'AnticostiChapitre 6 sur 154 · E. D. SuEss. La Face de la Terre, t. II, p. U · texte numérisé non relu

E. D. SuEss. La Face de la Terre, t. II, p. U

PLATE-FORME LITTORALE DE LA BAIE S A I N TE - C L AIRE A MER BASSE (Fig. 1)

gitude occupe un espace d'un peu plus de près de trois degrés, sa latitude, en bordure du 50" parallèle, est entièrement comprise dans un seul degré et se trouve précisément la même que celle du Nord de la France. Il pourra donc être intéressant de comparer les productions naturelles des deux pays et d'étudier la cause de leurs ressemblances communes comme de leurs dissemblances profondes sous une même latitude.

L'île d'Anticosti est remarquable par la régularité de sa forme qui affecte l'allure générale du poisson dans son aspect fusiforme le plus habituel. Elle ressemble au profil d'un de ces animaux qui, couché sur le côté gauche, aurait la tête à la Pointe de l'Est et la région caudale à la Pointe Ouest. Le dos représenterait alors la côte Nord-Est de l'île, habituellement appelé Côté Nord', et la région ventrale, la côte Sud- Ouest, habituellement nommée Côté Sud.

Orientation. — L'orientation d'Anticosti suivant son grand axe longitudinal, allant de la Pointe Ouest à la Pointe aux Bruyères^, est Nord 64" 0. à Sud 64" Est, méridien de Paris. Suivant son grand axe transversal, allant de la Pointe Charleton à la Pointe du Petit Lac Salé, elle est Nord 22° E. à Sud 22" 0. Le premier de ces axes a 226 kilomètres de longueur, le second 56 kilomètres.

L'uniformité de sa composition géologique et la faible inclinaison des lits au Sud plus ou moins Ouest font que, malgré l'action de l'Océan sur son contour, l'île n'en a pas moins été très peu découpée sur ses bords. L'allure générale du rivage est, du côté Nord, une série de falaises^ souvent taillées à pic, et dont quelques-unes vont jusqu'à 100 mètres

!. Pour les insulaires, la côte Nord est la côte méridionale de la Péninsule du Labrador entre les Sept-lles et Blanc-Sablon, qui, par le fait, se trouve être la côte Nord du golfe Saint-Laurent. Quant à la Péninsule de la Gaspésie, ils la désignent par le terme général du « Sud ». C'est ainsi qu'ils diront qu'avant de venir à Andicosti, ils habitaient soit à la « côte Nord », soit au « Sud ».

2. Il n'y a pas une seule bruyère à cette pointe, mais seulement des plantes de la même famille, les Ericaceae.

3. Les pécheurs de l'île ne se servent pas du mot falaise, et pour eux, toute falaise est un cap, ce dont il faut tenir compte dans la nomenclature des noms géographiques.

de hauteur. Plusieurs d'entre elles forment des caps qui limitent des anses très ouvertes et toutefois suffisamment profondes pour permettre le mouillage d'un navire. Le côté Sud, au contraire, ne nous présente le plus souvent qu'un rivage bas, dont les couches peu inclinées se prolongent sous les eaux du golfe. Il résulte de cette disposition que, malgré la faiblesse des marées*, l'espace découvert entre les deux laisses de mer est parfois considérable et que la plate-forme littorale, constituée par l'action des flots et des glaces, s'étend parfois jusqu'à un ou deux kilomètres. Dans le langage des provinces maritimes, on nomme reef^ cetespace qui découvre à mer basse et battures en d'autres parties du Canada. Cette plate-forme littorale, qui se montre en quelques points du côté Nord, s'étend à presque tout l'ensemble du côté Sud et lui imprime un cachet spécial.

Cette plate-forme épouse naturellement les contours de la eôte et s'interrompt partout où le rivage présente une baie. A une distance du fond de chaque baie, suivant une ligne qui passerait par son centre et le plus souvent perpendiculaire à la côte, distance variable de quelques centaines de mètres à un kilomètre, on trouve alors une eau suffisamment profonde pour que, non seulement les embarcations de pêche, mais même les bâtiments d'un assez fort tonnage, comme le Savoy '^,\dL Canadienne'*, lo, Lord Aberdeen^ , puissent y mouiller, comme cela leur est arrivé si souvent.

Ce ne sont, il est vrai, que des rades foraines, ouvertes à certains vents, mais qui rendent néanmoins les plus grands services au navigateur qui possède bien sa côte anticostiennne ; et comme ces refuges sont nombreux, un bâtiment peut tou-

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