‹ Monographie de la cathédrale d'Angers. Le mobilierChapitre 308 sur 437 · COR D'IVOIRE · texte numérisé non relu

COR D'IVOIRE

XIIIe siècle.

Guillaume de Beaumont rapporta d'Orient une croix d’or et un cor d'ivoire, avec des reliques d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, etc., dont l'authenticité parut bientôt douteuse, ce qui les fit abandonner au XVIIe siècle. Ox s'en servait autrefois, dit Lehoreau, four appeler le peuple aux ténèbres de la semaine sainte n'y ayant point de son de cloches. Quelquesuns prétendent que S. Lezin s'était servi de ce cor avant d'être évêque (‘). Cela ne repose sur rien de sérieux, il est au contraire certain que cet oliphant fut donné au XITI< siècle

1. Mgr Barbier de Montault, Œuvres Complètes, t. XIII, p. 43. Il cite un certain nombre d’ épées de saint Maurice. 2. Lehoreau, t. III, p. 302 et suivantes.

236 Sonographie De la cathédrale D'Angers.

par Guillaume de Beaumont: frælerea, quam plurima munuscula nobis dederit, longum est prosequi, quot capsulas el capsas sericas, CORNU EBURNEUM... (').

Il figure dans l'inventaire de 1255: Cornu eburneum in quo continentur reliquie quatuor patriarcharum Abrahe, Jsaac et Jacob et Sare et de fragmentis cene domint et plures aliæ religuie, prout in cedula tnterius inclusa continetur. Les reliques y sont encore renfermées en 1595. Les inventaires suivants n'en parlent plus : ainsi celui du XVITIe siècle, après 1661, dit: P/us 17 y a un cor d'yvorre, appelé le cor de S. Lezin dont l'embouchure est ornée d'argent, que l'on conserve à cause que S. Lezin s'en est servi.

Cette légende ne supporte pas l'examen.

Plus d'un lecteur aura déjà souri en lisant le texte de 1255. Comment des reliques d'Abraham, d'Isaac, de Jacob et de Sara ! est-ce possible ?

Parfaitement. L'assertion du secrétaire du chapitre dans son inventaire de 1255, quinze ans seulement après la mort du donateur, n'a rien de téméraire pour qui connaît le mé. moire du Cte Riant, L'invention de la sépulture des patriarches Abraham, Isaac et Jacob à Hébron, le 25 juin 1119 (‘). Ces pages si intéressantes sont à lire; j'en extrais ce qui concerne les reliques :

€ D'après le récit du chanoine anonyme d'Hébron, les corps furent sortis de leurs ca- € veaux, promenés solennellement dans le cloître, puis replacés dans la crypte, ais pas { en entier. De notables fragments en furent détachés et placés dans un grand autel que { l'on consacra dans le sanctuaire supérieur, sous le vocable des trois patriarches.

« Vers 1180, en effet, l'avoué de l’abbaye de Saint-Gall, le comte Rodolphe de Pfüllen- € dorf, s'étant retiré en Terre Sainte, reçut de son ami, l'abbé Uïlric IV, une demande de « reliques. Il se rendit à Hébron, se fit ouvrir l'autel en question, et, en échange d'une «€ somme de dix marcs d'or, reçut des reliques des trois patriarches, qu’il envoya dans un € reliquaire précieux à Saint-Gall, où elles paraissent avoir brûlé dans le grand incendie « de 1314.

€ Auparavant, d’autres fragments des trois corps avaient dû être envoyés à l'empereur € d'Orient, dans la chapelle duquel l'abbé irlandais Nicolas de Thingeyrar les vénéra en € 1157 (:).

€ Au moment de la reprise d'Hébron par Saladin en 1187, l'évêque de cette ville se «€ retira à Aire, sa nouvelle résidence, non sans doute sans emporter tout ou partie des « reliques détachées lors de l'invention et mises dans Île grand autel de la cathédrale. Son { successeur a pu en donner à Guillaume de Beaumont (‘), à moins que celui-ci ne s'en € soit procuré à Saint-Gall, mieux encore en Terre-sainte. }»

€ Un catalogue de reliques dressé à Rome sous Martin V (1417-1431) signale à € Sta Maria supra Minerva de reliquiis ss. patriarcharum Abraham, Isaac et Jacob (°).»

Bien qu'il soit impossible de déterminer la provenance exacte des reliques données par Guillaume de Beaumont, leur authenticité est parfaitement admissible : je voulais

. Bib. de la Ville, Ms. n° 636, p. 179.

. Archives de l'Orient Latin, t. I], p. 411 à 421. . Ibidem., p. 419 et 420.

. Lettre du C'° Riant, du 29 août 1883.

. Note 37 du mémoire du C'° Riant, p. 420.

ur R oO D =

ns Ç = nent

im L Le 4 Eudn >. 2e = pe ei PAU RS, 7 Den, TR . — Nm US) 3

RS NO SFE AE EUR EEE < OP AMORIMEES à à

Le

« sur Ve - 44 ERP TS a 48 3

CR 57" PIBELAST 1 \

gr pe ‘à Fr

"NS ef 1e À

LC IT PET, Pal” b EN best LS Leu", Jen f T'VASAER,

m: 0 dé ie

'arhol t

ve

COR D'IVOIRE, donné à la cathédrale par l'Évêque GUILLAUME DE BEAUMONT, mort en 1240.

Aujourd’hui au Musée archéologique d'Angers,

L'ancien Trésor. 237

insister sur ce point, à propos du cor d'ivoire, dans lequel elles furent longtemps ren-

fermées (°).

On le conserve au musée des Antiquités d'Angers : il a o"60 de longueur. Le bas-relief

qui entoure l'extrémité la plus large a oM074 de hauteur.

M. l'abbé Corblet y voit une scène de chasse, qu'il explique ainsi: « Une lionne vient « d'être percée d'une flèche ; trois chiens sont acharnés après elle et vont la mettre en pièces, € mais un chasseur arrêle de la main gauche un de ces chiens furieux el se prépare à frap- € per la lionne du coutelas qu'il tient à la main droite. Un jeune homme nu, assis sur un «chameau, caparaçonné à l'ortentale, considère cette victoire et sonne l'hallali avec un « oliphant. Le chameau est tenu par un personnage également nu, qui est sans doute un « Ethiopien. Ce triomphe de chasseurs doit effrayer tous les animaux de la forêt. Pour ex- € primer cette idée, l'artiste a représenté deux animaux qui s'enfutent en foulant aux pieds « Les ardres et un pauvre lièvre ausst effrayé qu'eux. Les queues de ces animaux se terminent (en têles de chiens aboyants ; c'est sans doute pour faire comprendre que Les chiens sont à ( leurs trousses. S'ils ont des ailes, c'est probablement par suite de la fantaisie de l'artiste, € qur a voulu naïvement exprimer par là que la peur donnait des ailes à tous les animaux € de La forét. »

Monsieur Lajard, membre de l'Institut (*), croit y reconnaître un mélange de symboles chrétiens et de symboles païens.…. Par l'enfant placé sur un chameau, je pense qu'on à voulu représenter la naissance du Christ, considéré comme la nouvelle lumière qui vient éclairer le monde. Monté sur un quadrupède qui nous rappelle l'Orient, et que, par la même paison, d'autres monuments donnent pour monture au Soleil personnifié, le Fils de Dieu, un oliphant à la main, vient annoncer à l'univers la parole divine, la nouvelle Lor, / "Evangçile. De plus, 1l'est précédé et suivi de deux groupes symboliques, qui, dans la composition des antiquités figurées orientales, expriment les 1dées de lumière et de feu, et, par extension, l'idée de la purification et du développement intellectuel. Ainsi, dans mon hypothèse, l'enfant Jésus, Dieu de lumière, aurait été placé 1ct entre un groupe composé d'une lionne ou d'un lion attaqué par deux chiens, symbole du solstice d'été, de la canicule on de la plus grande exaltalion du soleil, et un groupe qui nous montre la victoire du griffon sur le lion, c'est-àdire la lumière et le feu céleste purifiant la lumière et la chaleur terrestres. Car dans l'Asie occidentale, le lion était l'hiéroglyphe idéographique de la chaleur ou du Jeu et de la lumière de La terre ; et le grifjon (mi-partie lion et mt-partie aigle), l'hiéroclyphe zdéographique de la région solaire et, par conséquent, le symbole du soleil et de la lune. Dans ce second groupe, 2 faut bien remarquer que la queue du lion atlé est lerminée par une têle de chien ou par une têle de loup, ce qui, dans les deux cas, ne contribue pas peu à réveiller Les idées de chaleur ou de feu et de lumière. Le griffon, foulant aux pieds le lièvre, animal immonde, emblème de la génération physique, exprime le premier degré de la Purification céleste. Enfin le cyprès pyramidal qui clôt la marche triomphale de l'enfant Jésus, puisqu'il à été placé devant le groupe symbolique de la victoire du grifjon sur le lion, est un emblème reconnu de nouvelle vie et d'immortalité.

1. On peut citer d’autres cors d'ivoire, utilisés comme re/iguañres. Ainsi on lit dans le G/ossaire de du Cange, t. II, p. 608 : Hugo Flaviniacensis in CAronico, p. 167. Capsam auream insignitam reliquiis 12 Apostolorum et cornua 2 eburnea identidem reliquiis conserta.

2. Répertoire archéologique de l’ Anjou, 1858-1859, pp. 10, 11 et 12.

us

238 onograpbie de la cathédrale v'Angers.

Le sacrifice sanglant de rédemption qui doit assurer au monde la vie nouvelle et l'immortalité, me semble représenté, à l'autre extrémité de la scène, par une femme qui, les deux genoux en terre, et la main droite armée d'un glaive, se dispose à immoler un veau ou une génisse, symboles de la vie matérielle comme le taureau. Une vierge sainte n'avait-elle pas donné le jour au Dieu sauveur, qui, par son sang, a racheté le péché originel, le péché de la première femme, mère du genre humain ? Dans mon interprétation hypothétique, l'idée fondamentale du christianisme se trouverait donc exprimée à la fois par la représentation de l'enfant Jésus et par des emblèmes empruntés à l'art religieux des nations païennes de | Asie occidentale. fe n'entends présenter que comme de simples congectures les interprétations qui me sont suggérées par les groupes symboliques placés dans cette scène.

Page 1