JASPE ET LANGUE DE SERPENT
Les anciens attachaient certaines vertus au jaspe. Quant aux langues de serpent, c'étaient des dents fossiles de poissons ; on croyait au moyen âge que c'’étaient des langues ou des dents de serpent.
Les inventaires, depuis 1505, ont un chapitre spécial, qui porte pour titre :
JASPIDES ET LINGUA SERPENTIS.
1. Unus lapis jaspidis quadratus, preciosus argento deauratlo circumquaque munitus et in ligno incapsatus el annexus cum cathena et 1ll2 afpensa, habens bustam sive repositorium ad illum reponendum de corio nigro elaboratum de super, confectum. — Item une grande pierre en coulleur de jaspe, enchassée en ébène, avec deux bordures d'argent doré et une chesne d'argent avecques son estutt de cuir, laquelle pierre sert pour l'effusion du sans.
M. F. de Mély, dans la Revue de l'Art chrétien (1887, p. 10), en donne la véritable destination : celle d'arrêter les hémorragies. Voici ce qu'il écrit à se sujet.
€ Peu de Zapidaires signalent cette particularité : ni celui de Marbode, ni celui de « Berne, ni celui de Cambridge n'en font mention, seuls celui de Chartres et celui de « Bruxelles en parlent ().
& À Chartres, nous lisons :
Jaspe estanche sang par raison Et garist de menoixon.
« Le Zapidaire de Bruxelles commence ainsi: /aspis luxuriam cokibet, fantasma pellit, € Jluxum sanguinis stringit ; n'y a donc aucune hésitation sur ce point : la pierre de la € cathédrale était parfaitement destinée à arréler les hémorragies.
€ C'est ordinairement à l’héliotrope (autre nom du jaspe) que les Lapidaires attribuent {« presque toujours cette vertu.
« Les taches rouges du jaspe sanguin passèrent pendant tout le moyen âge pour les € gouttes de sang absorbées par l'héliotrope, et les artistes surent les utiliser pour repré- € senter des objets de sacristie ; telle la Tête du Christ flagellé du cabinet des médailles.»
1. G. Pannier. Bibiioth. des Hautes études, 52° fascicule, Zapidaïre. Paris, Vieweg, 1882, pp. 250 et 219.
L’Ancien Œrésor. 239
2. Îlem alius parvus lapis jaspidis etiam argento deaurato circumdatus et in ligno repositus sive affixus.
3. Îlem lingua serpentis ad modum trium digilorum larga, ex una parle incapsata argento deaurato. |
Îlem une langue de serpant enchassée en argent doré, avec un estuit de cuir, et est Le bout de ladite langue rorpu.
Cette langue de serpent avait appartenu à Marguerite d'Anjou (:).
Lettre de Louis XI au doyen de la Vignolle.
A notre amé et féal conseiller el président Jean de la Vionolle. Monsieur le President j'ai reçu vos lettres et ensemble une langue de serpent, des reliques et unes heures, qui etaient à la feu reine Marguerite d'Anjou. Au regard des heures, je les at retenues, mais Les reliques et la langue de serpent, partie en ov, je vous les renvoie afin que vous les donniez à l'église, où elle est enterrée et à Dieu. À Melun-sur-Loire, 4 sept. 1482.
L'inventaire du château du Verger, en Anjou (1757), mentionne (°): « deux chesnes pour porter des garnitures de dents de serpent. ÿ