ACCROISSEMENTS SUCCESSIFS, DISPERSION ET RUINE DU TRÉSOR
Aucun document antérieur à 1255 ne nous est parvenu ; par ailleurs, la reconstruction de la façade et de la nef de la cathédrale, à la fin du XIe et au commencement du XIIe siècle, des transepts ensuite, durent absorber presque toutes les ressources ; aussi ne faut-il pas dans les inventaires de 1255 et de 1286 chercher beaucoup d'objets plus anciens.
On doit cependant mentionner le calice de S. René, le chef de S. Jnnocent, donné en 1070, peut-être la croix carrée où croix des Keliques et quelques reliquaires désignés d’une façon un peu vague.
Le XII siÈcLE peut revendiquer /a croix des Festages, la vraie croix d'or frisé, le calice d'Ulger, celui de Hugues de Semblancé avec les bureltes, la custode de la suspension, les Flabella ? la table haute du maïtre-autel, la Jurande, le livre du chantre et quelques chasses processionnelles.
Au XIIIe s1ÈCLE appartiennent les pièces capitales : / buste et la chässe de S. Maurille, celles de S. René et de Seréné, les statues de S. Apothème, de S. BDenott, d'un ange, de S. Maurice, Les bras de S. André, de S. Vincent et de S. Julien, les reliques de Ste Tanche, de S. René, le religuaire commun, celui de S. Étienne, de S. llaise, de Ste À gathe, de S. Julien,
L'Ancien Œrésot. 243
de S. Bartholomée et de S. Maurice, la croix processionnelle commune, celles de Guillaume de Beaumont et de Nicolas Geslant, des calices de ces mêmes évêques et celur de Michel de Villoiseau, les vases aux saintes-hutiles, deux ponimes à chauffer les mains, deux chandeliers, un bénitier, quatre encensoirs et deux navettes, la table-basse du maftre-autel, des livres d'Épîtres et d'Évangiles, quatre missels couverts d'argent, des anneaux épiscopaux, un bäton de chantre, quatre lampes on bassins à cierges, un pupitre couvert d'argent, un cor d'ivoire et quantité de petits reliquaires.
Le XIVe SIÈCLE, ajouta : les statues de S. Yes, le beau reliquatre de la Ste ÆEpine, une croix d'argent blanc émaillée, celle de Foulques de Mathefelon, deux bassins à laver les mains, deux autres pour parer l'autel, la crosse et la mitre de Foulques de Mathefelon.
Au XVe siÈcLeE, bon nombre d'objets sont renouvelés ou donnés: /a chässe si importante de S. Maurille et la chässe de cristal, les statues d'un soldat, de S. Nicolas, de S. Jean- Baptiste, de S. Jérôme, de la Ste Vierge et de S. Martin, le bras de la Madeleine, les côtes de S. Hilaire el de Ste Anne, les religuaires du sang de S. Maurice, de S. Laurent, de S. Julien, de S. Maurille et de S. Sébastien, des cheveux de N.-S., de sa tunique, de la robe et du lait de Marie, de Ste For, de Ste Espérance et Ste Charité, de S. Germain, de S. Pierre et de Marie, mère de Jacques et de Salomé, la vraie croix de Jehan du Verger, la croix d'autel, douze calices, le ciboire de la custode, la monstrance, quatre baisers de paix, deux bassins à laver les mains, une aiguière, un bénilier, deux grands chandeliers, le crucijix d'argent pour le qudé, la statue de la Sle Vierge du maiître-autel, l'ange de la suspension, deux livres pontificaux, un riche missel, de nouveaux livres d'Epiltres et d'Évangiles, deux crosses et deux mitres, un petit bâton de chantre, un chandelier & six branches, deux lanternes, l'urne de Cana, le baptistère et bien d'autres pièces moins importantes.
On ne fut pas aussi généreux pendant le XVIE siècLe. Signalons cependant: /%s statues de S. Etienne et de S. Sébastien, la croix de Guillaume Ruzé, le calice de Louis XIT et six autres ; la statue de S. Maurice sur le maïtre-autel, la niche ou expbosution du S. Sacrement, la crosse de Jean Olivier, une maitre, un bäton de chantre, la brandelle ou räteau, l'épée de S. Maurice et les langues de serpent.
Le XVITe srècLe détruisit beaucoup plus qu'il n'apporta. On lui doit cependant : %s statues de S. Maur et de S. Fiacre, de S. Victor et d'un des compagnons de S. Maurice, de S. Louis, le reliquaire de S. A pothème, deux croix de Mgr Fouquet, sept calices, la chapelle de G. Constantin, celle de Claude de Rueil el sa crosse.
Moins longue est encore la liste du XVITTI®: es reliquaires de S. Hubert et de S. Décent, une niche pour le S. Sacrement, les masses des bedeaux et la lampe exagone.
A partir du XVI: siècle, la foi déclinait et en même temps la valeur artistique: celle-ci devient à peu près nulle au XVII1°. On estime les pièces d'argenterie au poids avant tout, aussi quelle cupidité excitent ces objets ('), dont chacun entend imprudemment et à tout propos vanter la valeur intrinsèque !
De temps à autre, le chapitre aliénait des reliquaires ou des vases sacrés démodés ou
1. 11 faut lire certains passages du spectacle de Paris, de Mercier, pour se faire idée de la convoitise que certains écrivains cherchaient à allumer dans le cœur de leurs concitoyens sur les richesses immenses (exagérées à plaisir) accumulées dans les églises.
Cent écrits passionnés de ce genre étaient répandus dans la foule avant la Révolution pour préparer au pillage de toutes ces argenteries, dont la nation devait tirer tant de profit.
en mauvais état pour ex faire metlleur emploi, pensait-1l : c'était une pente glissante. Peu à peu, il recourut à ce triste moyen de battre monnaie à tout propos.
Louis XIT avait demandé à emprunter 1000 livres, pour lever une armée contre les Anglais : les chanoines lui prêtèrent 500 livres et vendirent pour fournir le reste, par délibération du 21 août 1514 ('), un bassin d'argent pesant plus de 16 marcs et un calice d'or avec sa patène.
J'ai signalé p. 223, à propos de deux ailes d'un ange de la table basse de l'autel converlies en un bénitlier, d'après l'inventaire de 1421, la déplorable négligence du Chapitre à faire réparer les objets d'orfèvrerie. Non contents d'employer à de nouvelles acquisitions ou encore à les changer en monnaie les fragments d'argent, qui, par accident se détachaient des châsses, tables d’autel ou reliquaires, les chanoines faisaient enlever sans hésiter les fermoirs d'argent des missels. On lit en plusieurs endroits de l'inventaire de 1539 ces mots écrits en marge, en face de la désignation des missels : € frmaria fuerunt amota fer dominos, pro majoribus candelabris reficrendis ». À quoi bon ce vandalisme ?
Nous avons vu, p. 230, le Chapitre vendre en 1543 la belle crosse de Foulques de Mathefelon.
Le boursier de la fabrique encaisse le 29 juillet 1669 (*), 280 livres provenant de la vente d'un vase et d'un bassin de la chapelle de Claude de Rueil et pourtant dans son testament du 7 juillet 1648, ce vénérable évêque avait écrit : € /e prie Messieurs du Chapitre, autant que je puis le faire, qu'ils ne vendent point l'argenterie de ma chapelle, mes chasudles et fluviaux, mes trois grands tapis de Turquie, ma belle aube de point coupé, que tout celà serve à d'ornement et à la décoration de l'église: de l'argenterie de ma chapelle j'en at cent marcs..…. »
Au changement du chœur, en 1699 (:), l'ange de vermeil de la suspension est vendu et remplacé par une potence de cuivre argenté.
Le 28 décembre 1759, on envoie à la monnaie de Nantes pour 2,639 livres de vieille argenterie (2 vases d'argent, des chandeliers, encensoirs et autres objets), pour contribuer aux charges de la guerre. Motif patriotique assurément, maïs désastreux pour le trésor. L'évêque avait écrit de Paris au chapitre pour l'engager à fournir au roi le moyen de soutenir les charges de la guerre (+).
L'année suivante, 14,774 livres sont remises au fabriqueur : cette somme considérable provient de la vente des deux tables d’autel, du grand crucifix d'argent et des deux statues des patrons de l'église.
Enfin, on arracha tout l'argent d'un des côtés de la châsse de S. Maurille, sous le prétexte que cela ne paraîtrait pas dans la xouvelle situation, bien plutôt pour combler l'énorme dépense des boiseries du chœur; la fabrique encaisse ainsi 3,072 livres le 5 juillet 1788 (5). Que d'autres gaspillages ont dû être commis, sans qu'ils aient laissé de traces |
. Bib. de la ville, Ms. n° 658, p. 450.
. Ibidem. N° 668. Recettes et dépenses de la Fabrique 1665-1666. . Lehoreau, IT, p. 338.
4. Bib. de la ville. Ms. 565. Supplément, I, p. 180. 5. Archives de Maine et Loire. Conclusions du chapitre 1759 à 1760 et 1786 à 1790, p. 318.