La Tapisserie, par M. Muntz, p
nr ner :
78 Sonograpbie de la cathédrale D’Angers.
et acclimaté en Allemagne avant de l'être en France. M. Muntz donne à ce sujet de très curieux détails ('); il reproduit une tapisserie de St-Géréon de Cologne, qui date du XIe siècle, celles d'Halberstadt du XITe, mesurant 43 pieds de long sur 377 de haut et enfin celle de Quedlimbourg, du XIIIe.
« Ces derniers temps, dit M. Marbouty, dans son rapport sur l'exposition rétrospective « de Limoges, des tapisseries d'une extrême finesse, d'une coloration extraordinairement { fraiche ont été trouvées à la nécropole d'Akhmin, Haute-Égypte, dans des sépultures « Coptes. D'après les hommes compétents, elles peuvent remonter au IVe ou au Ve siècle, « peut-être même au ITIe (*). »
L'exposition rétrospective de Bruxelles possédait de fort beaux spécimens deces tapisseries.
Je serais mal venu à revendiquer pour Angers la priorité dans cette voie, puisque dès 1402, la cathédrale de Tournai possédait une vie de saint Piat en tapisserie (:), mais, de 1428 à 1540, notre cathédrale s'est enrichie d'une série unique de tentures, et nulle autre église ne possède aujourd'hui une collection comparable à la sienne, dont les plus précieux spécimens remontent à 1378.
Pour éviter toute confusion, j'emprunterai à M. Darcel, ancien directeur des Gobelins, aujourd'hui conservateur du musée de Cluny, la définition du mot fapisserie (+), souvent employé à tort pour des travaux d’une autre nature.
Quelle est donc la différence entre un tissu et une tapisserie ?
€ Dans es fissus, que nous désignons sous le terme générique de brochés, la navette « dépose le fil de trame sur foute la largeur de la nappe de fils, qui constitue la chaîne. € La durite, pour nous servir du terme consacré, c'est-à-dire, le fil déposé par la navette, € dans sa double course d'aller et de retour, va de bord en bord de l'étoffe. C'est par cer- { taines combinaisons, qui permettent aux fils de chaine de laisser apparaître ou de cacher € par endroits les fils de trame, que le dessin se forme.
€ Dans ce qu'on appelle fapisserte, la fabrication est différente. Une nappe de fils est { étendue devant l'ouvrier. C'est sur cette chaîne, qu'il #sse partiellement le motif, qui « la recouvre entièrement, ne faisant parcourir à sa navette, qu'un, deux, trois ou plusieurs { fils, suivant les exigences du dessin et de la couleur. La tapisserie est donc une #osaïque { en laine. Chaque duite, sur chaque fil, représente le petit prisme de marbre ou de verre « des mosaïques ordinaires, et la chaîne sert de liaison. » J'ajouterai dans le sens #erpenaiculaire à la duite, car tout changement de couleur empêche la liaison entre les deux fils de chaine qui se suivent : il devient nécessaire de coudre l’une à l’autre les duites juxtaposées. « Si la chaine a été placée £orizontalement devant l'ouvrier, la tapisserie est dite de assé « lisse. Elle est de Xaute lisse, sila chaîne est verticale ; mais le tissu et le point sont { les mêmes. Rien dans le résultat ne différencie la tapisserie faite aux Gobelins sur les { métiers verticaux ou de haute lisse, de celle fabriquée à Beauvais sur les métiers hori-
« zontaux ou de basse lisse. »
TE 1. La Tapisserie, p. 93, 95 et 102.
2. Mémoires de la société de l’histoire de Paris et de l'Ile de France, t. X, p. 268 et suivantes. : 3. Elle sortait des ateliers de Pierre Feré, d'Arras, et représentait en 18 scènes la vie et les miracles de saint Piat et de saint EÉleuthère. Les quatorze tableaux qui restent ont été lithographiés, avec texte de M. Eug. Soil et se vendent à Lille, chez Quarré.
Histoire de la Tapisserie, par Guiffrey, p. 61. 4. Aunales archéologiques, t. XXIV, p. 74.
Les tapisseries. | 79
D'après M. Muntz (') «elle se distingue de la broderie en ce que les figures y font partie € intégrante du tissu, tandis que dans celle-ci, elles sont simplement superposées à un tissu « déjà existant. Elle se distingue d’autre part des étofies tissées ou brochées en ce qu'elle € constitue toujours un ouvrage fait à la main, et non par un mécanisme répétant à l'infini {le même motif : chacune de ses productions est une œuvre originale.»
Voici, par ordre chronologique d'entrée dans le trésor de l'église, la description des
tapisseries de St-Maurice d'Angers.