‹ Monographie de la cathédrale d'Angers. Le mobilierChapitre 92 sur 437 · LA · texte numérisé non relu

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Les tapisseries. 97

2° et 3° pièces, (en suivant l'ordre des textes de saint Jean) paraissent, au contraire, avoir été plus courtes que les autres, auxquelles on peut assigner avec certitude, d'après l'examen minutieux de ce qui en reste, l'ordonnance suivante :

Ung grand personnage, assis dans une chapelle gothique, tout à jour, médite sur le texte de saint Jean et commence chaque pièce, divisée en deux séries de sept panneaux superposés, l'un à fond rouge, l’autre à fond bleu, disposés en forme de damier, et dont la hauteur était égale à celle du grand personnage et de sa chapelle. Les scènes se lisent de gauche à droite en prenant le rang supérieur et en revenant ensuite au rang inférieur dans le même ordre ('). Entre les deux séries de tableaux, dans le sens horizontal, s’étendait dans la longueur de chaque pièce une bande de couleur brune, tranchant vigoureusement sur les encadrements grisâtres des tableaux et sur laquelle on lisait en lettres gothiques blanches ou rouges de 0,06 de hauteur, les versets correspondant à chaque scène de la rangée supérieure. Même disposition au-dessous des tableaux de la série inférieure (°). Toutes ces inscriptions ont disparu malheureusement. Dans le haut de chaque pièce, l’artiste avait représenté un ciel semé d'étoiles, et peuplé d'anges nombreux, les uns chantant où jouant des instruments de musique, les autres tenant des armoiries, tandis qu’au bas il avait figuré une terre verdoyante, fleurie et égayée de conins et d’autres petits animaux, pour faire comprendre au spectateur que les scènes qu'il déroule sous ses yeux se sont passées entre le ciel et la terre.

Chaque pièce avait ainsi quinze tableaux dont le premier était toujours un grand personnage sous une niché d'architecture, méditant sur les visions de saint Jean. Il faut cependant en excepter la deuxième et la troisième pièce qui ne forment toutes les deux qu'une seule série de quinze tableaux, dont huit pour la deuxième pièce, six pour la troisième et enfin le grand personnage sous sa niche d'architecture. L'examen des textes des 7°, 8°, 9° et 10° chapitres de l’Apocalypse le prouve d’une manière certaine. |

L'alternative de fonds rouges et bleus, la superposition des sujets, l'examen attentif des textes et l'étude des manuscrits du moyen âge, indiqués précédemment ont puissamment contribué à faire connaître les sujets des tableaux disparus, à coordonner les fragments qui nous restent et à replacer tout l’ensemble dans l'ordonnance primitive.

Voilà comment nous avons pu constater que la tapisserie de |A focalypse se composait de quatre-vingt-dix tableaux. La cathédrale en possède encore soixante-dix entiers et huit fragments classés : douze tableaux ont été détruits ; la fabrique n'a pas renoncé à les faire rétablir, dès que ses ressources le lui permettront.

Ce travail délicat de classement définitif et de restitution est l'œuvre de M. l'abbé Machefer, chanoine custode, qui, par la comparaison de notre tapisserie avec plusieurs commentaires manuscrits, a pu déterminer d'une façon certaine le nombre des tableaux disparus et les textes dont ils étaient la saisissante traduction.

1. Quelques tableaux ne suivent pas cette disposition par une erreur du tapissier ou pour quelqu’autre raison dont nous ne pouvons nous rendre compte. Qui sait, par exemple, si la présence d'une vaste cheminée ou de quelque porte n'a pas nécessité des changements dans les dimensions ou l’arrangement de telle ou telle pièce?

2. Dans toutes les anciennes tapisseries, la laine brune est la moins solide. Ici le fond des inscriptions étant tramé en laine brune, fut promptement détérioré. C’est ce qui causa leur suppression au XVIIT- siècle ; on eût été fort embarrassé d'ailleurs de les restaurer à une époque où on ne savait plus lire les caractères gothiques.

08 gonographie de la cathédrale d'Angers.

Avant de décrire chaque pièce en particulier, je ferai quelques remarques sur l'ornementation des Fonds bleus el rouges.

Les fonds bleus et rouges alternés, si solides à l'œil, étaient d'un très fréquent usage aux XIII° et XIV® siècles. Plusieurs commentaires sur les visions de l’Apocalypse peints sur parchemin, sont enluminés de cette façon (‘). Tel est aussi le parti pris sur les volets de la célèbre armoire à reliques de la cathédrale de Noyon (:), et sur les peintures de la voûte de l'église de Chatclaudren, près Saint-Brieuc (Côtes du Nord) (3). Là, il y a trois rangs de tableaux en damier ainsi disposés :

vert | rOURSE rouge

Le grand personnage n° 61 est le seul à sa place primitive. La robe est roue par opposition au fond 4/ex du tableau 69; l'étoffe du dais qui le recouvre, est #/eue pour faire contraste avec le fond rouge du tableau supérieur n° 62.

Même disposition de couleurs pour les n° 31 et 46 ; tandis que les grands personnages 1 et 76 sont coloriés en sens inverse. Faut-il en conclure qu'ils précédaient la 26 et la 3° pièce et que celles-ci commençaient par des tableaux fond rouge en bas et 6/eu en haut ? Je n'oserais l’affirmer. Toujours est-il que le tableau n° 76 représente le grand personnage tourné en seus inverse, comme l'est le saint Jean des tableaux n° 18, 21, 24 et 30. I y a là un point impossible à éclaircir, parce que la tapisserie avait été combinée de façon à occuper dans les salles du château d'Angers un emplacement désigné d'avance et qui a forcé le tapissier à ne pas suivre exactement le parti pris tout d’abord dans les grandes pièces et même à ne pas tenir un compte rigoureusement exact de l’ordre du texte de l’Apocalypse.

Comme on ne peut savoir lequel des grands personnages n° 31 ou 46 occupait primitivement le commencement de la 1° pièce, j'ai choisi le n° 31 pour la planche, figurant en grand la disposition primitive de la tapisserie, afin de faire voir la décoration de l’étoffe du dais du Beatus.

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