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RELATIONS DU CHAPITRE DE SAINT-MAURICE AVEC LES ÉVEQUES D'ANGERS

ES relations des membres du Chapitre de Saint-Maurice avec les Évêques d'Angers ne furent pas toujours ce qu’elles auraient dû être, c’est-à-dire cordiales et révérentielles. Pour atténuer le scandale, n’oublions point qu’au Moyen-Age, et encore à la veille de la Révolution française, il y avait à tous les degrés de la Hiérarchie des droits et HE des devoirs, des droits surtout auxquels chacun tenait. Fiers de leur indépendance, s’il arrivait que Révérendissime Père en Dieu essayait de se coustraite aux obligations de sa charge, aussitôt les chanoines réclamaient et criaient à l’abus. Ils en appelaient au Roi, au Parlement de Paris ou aux Grands Jours d'Anjou pour forcer le prélat à donner à son Chapitre ce à quoi le droit du temps, la coutume et l'usage l’obligeaient. L’Évêque, de son côté, faisait la même chose devant le Chapitre, quand, lui aussi, ce qui arrivait de temps à autre, prétendait, pour un prétexte quelconque, se dérober à ses devoirs.

Tout le temps que dura la vie de communauté, rien de bien grave, il semble, ne vint troubler la bonne harmonie entre l’évêque et les chanoines; mais, quand chacun vécut de son côté, il en fut autrement. Des disputes survinrent nombreuses ; quelques-unes vraiment héroi-comiques, dignes d’inspirer la verve humoristique d’un Boileau.

Pendant le XIII° et le XIV* siècle, fiers de leurs exemptions qu’ils tenaient de l’archevêque de Tours, s'ils ne font pas la guerre à l’évêque, les chanoines lui prodiguent en maintes circonstances les monitions. Ils lui rappellent, quand il est tenté de l’oublier, qu’il leur doit les cinq fêtages.

C’est vers la fin du XV° siècle, avec Jean de Beauvau, que commencent les grandes luttes du Chapitre et de l’Évêque. Jean de Beauvau, ambassadeur extraordinaire de Louis XI, avait été chargé de présenter les hommages du nouveau Roi au Saint-Siège. Il avait rapporté de la Ville Éternelle une Bulle d’exemption qui détachait le clergé et le peuple d'Angers de la juridiction du métropolitain de Tours, pour l’attribuer directement au Pape. Il y avait matière à plus d’une chicane dans l’application de cette Bulle. Le Chapitre, en méfiance contre l’Évêque, avait fait chorus avec l’Archevêque, qui avait protesté vertement. L'opposition fut si violente à Angers que Beauvau, avant la fin de l’année, dut faire révoquer la Bulle, 1462.

Au fort des réclamations, il avait fait arrêter et enfermer dans les prisons de l’Évêché un des chapelains des chanoines. Ceux-ci avaient réclamé l’ élargissement de leur protégé. N’ayant pu l’obtenir, ils en avaient appelé au Métropolitain, qui, sur son refus d’accepter l'appel, avait excommunié l’évêque. Les chanoines, pour mettre fin au scandale, firent plusieurs tentatives de réconciliation. Ne pouvant aboutir à la paix, ils résolurent de traiter

l’évêque en excommunié (‘). Ils refusèrent de l’assister à la messe et s’attribuèrent la distribution des bénéfices qui relevaient de sa manse, comme ils le faisaient, sede vacante. — Des pourparlers reprirent avec chance d’aboutir, quand un Bref de Paul II, 5 avril 1476, fut apporté au Chapitre. Les chanoines en prirent connaissance. D’après le document pontifical, Jean de Beauvau était « convaincu d’avoir enfreint les saints canons, résisté au Saint-Siège et d’être publiquement diffamé par d’impardonnables forfaits. Il était proclamé déchu de tous ses bénéfices et recevait l’ordre de se retirer dans l’abbaye de la Chaise-Dieu. Le Saint Père nommait à sa place l’évêque de Beauvais, Jean Ballue, et, le 29 juin, des lettres de royaume arrivaient à Angers. Le Chapitre, après lecture, les approuva. Mais le nouvel élu n'ayant pas tardé à déplaire au Roi, était obligé, après deux ans, de renoncer à son nouveau siège. — Beauvau, sur la recommandation du Duc de Berry, près duquel il s’était réfugié, obtenait de Louis XI la permission de rentrer en possession de son ancien bénéfice. Il entendait en même temps reprendre tous ses pouvoirs ecclésiastiques. Le Chapitre, un moment, décidé à le laisser faire, résista définitivement à ses desseins, appuyé sur les mandements du métropolitain et les bulles du Saint-Siège Apostolique. La lutte dura jusqu’au 20 mai 1476. À ce moment, à la suite d’uri revirement d'opinion en Cour de Rome, le Pape envoya à Angers de nouvelles bulles qui relevaient Jean de Beauvau de toutes les peines qu'il avait encourues et approuvait tout ce qu’il avait pu faire depuis sa destitution. Elles lui confirmaient en même temps le titre « d'Évêque dans l’Église universelle », l’administration temporelle et spirituelle du diocèse pendant la détention de Ballue. Tout alla bien pendant quelque temps. Les diffcultés allaient renaître entre l’Évêque et le Chapitre, quand, heureusement pour l’édification des fidèles et la tranquillité de la Sainte Église, Jean de Beauvau mourut à Éventard, le 23 avril 1479, à la fleur de l’âge ; il n’avait que cinquante-cinq ans. On lui fit de belles funérailles, et on éleva sur sa tombe un monument remarquable qui, après plusieurs changements, fut dressé dans la Chapelle des Chevaliers, face à la porte du Chapitre. Son épitaphe célébra les connaissances du prélat dans les sciences et les lettres, la beauté de son visage éclairé des reflets de son esprit, qui était remarquable.

Avec François de Rohan, cardinal de la Sainte Église, les querelles recommencèrent plus terribles que jamais. Entre lui et le Chapitre la lutte fut de tous les jours, et à propos de tout. Prélat très aristocrate, et très instruit, pourvu à dix-huit ans de l'évêché d’Angers, et à dix-neuf de l’archevêché de Lyon, consacré dès qu'il eut atteint l’âge canonique, il abandonna vite le diocèse d'Angers à la direction d’évêques suffragants, c’est-à-dire d’auxiliaires ou de coadjuteurs, comme on dirait aujourd’hui. Autôritaire, l’évêque informa un jour le Doyen du Chapitre de sa première nomination de chanoine en lui écrivant : « Nous vous ordonnons de l'installer. » Les chanoines, surpris de cette injonction, qu'ils regardaient comme attentatoire à leurs droits d’exemption, firent des remontrances, mettant en avant la coutume et l’usage. Comme l’Évêque ne voulait rien entendre, ils en appelèrent au Parlement, et ils en obtinrent, en 1530, un arrêt qui invitait le prélat à se servir d’une formule plus modeste, celle-ci : « Nous vous prions d’installer un tel que nous avons nommé chanoine. » — Actif, entreprenant, François de Rohan avait décidé de restaurer son évêché sur un plan des plus grandioses. Il avait tout commencé et rien achevé. La maison épiscopale n’avait pas tardé à tomber dans un état lamentable. Dans une plainte le Chapitre reprocha au prélat ses nombreuses négligences. « Il manquait une porte aux escaliers, une autre à la cave ; tel escalier de la secrétairie n'avait plus que des marches

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