‹ Monographie de la cathédrale d'Angers. Les évêques, le chapitre, institutions diverses, cérémonies, anciens usagesChapitre 107 sur 212 · Chopin, op. cit., p · texte numérisé non relu

Chopin, op. cit., p

3. H. Pasquier, canonicus Andegav. Sodalilates ad mortuos sublevandos.

Go ogle

136 Sonograpbie de la Œatbédrale D'Angets.

l'association. Temporaires, pour commencer, ces unions ne tardèrent pas à devenir perpétuelles. — Au IX° siècle, une vraie association de prières existe entre les abbayes de Saint-Gall et de Reichenau, avec engagements bien précis. Lorsque la mort d’un frère de l’une des abbayes était annoncée à l’autre, les moines-prêtres de cette maison devaient célébrer trois messes, le jour même ; les simples religieux récitaient le psautier et chantaient vigiles. Sept jours après, ils disaient à l'intention du défunt trente psaumes ; le trentième jour, chaque prêtre célébrait une messe pro defuncto ; les simples moines récitaient cinquante psaumes.— Au commencement de chaque mois, on célébrait réciproquement un office général pour tous les morts des deux congrégations. Ce jour-là, on rappelait au souvenir des frères le nom du dernier défunt. — Dans l’une et l’autre abbaye il y eut bientôt un anniversaire solennel, le 18 des calendes de décembre (14 novembre). A cette date, chaque prêtre célébrait trois messes, /ernas missas; les religieux de nouveau récitaient le psautier et chantaient vigiles.

Une charte d’association semblable exista de bonne heure entre les Chapitres et les abbayes, sans distinction de pays ou de région. Dès le début du XII* siècle, nous voyons le Chapitre de Saint-Maurice d'Angers faire partie d’une vaste union de prières où étaient entrés les Chapitres du Mans, de Nantes et de Tours, les abbayes angevines de Saint- Aubin, de Saint-Serge, de Saint-Nicolas, de Saint-Florent de Saumur, de Bourgueil, de Fontevrault, du Ronceray, et plus de deux cents autres abbayes de France et

d'Angleterre.

Alors, les noms des moines ou des chanoines décédés, fratres ad succurrendum, étaient notifiés aux abbayes et chapitres associés au moyen du Breve mortuorum, de l'Encyclica, des Brevia qu'emportait un moine ou un chanoine délégué à cet effet, et qu’on appelait rotuliger, parce que le parchemin qu’il portait aux maisons associées était roulé et mis dans un étui. Dans chaque maison où s’arrêtait le rotuliger « on notait sur le rofulus le jour de son arrivée, et l’on y écrivait soit une courte prière en faveur des personnes dont le rotulus annonçait le décès, soit un éloge en vers ou en prose du plus important des défunts. Chaque maison tenait à se distinguer, et c'était au scribe le plus habile, au versificateur le plus savant qu’on confiait le soin de tracer et de composer les #i/uli. On ajoutait ensuite les noms des membres de la Congrégation morts depuis le dernier passage du rotuliger, en demandant pour eux les prières promises. »

Il y avait plusieurs sortes de rouleaux, les rouleaux perpétuels, qui circulaient continuellement d’un bout de l’année à l’autre de maisons à maisons ; — les rouleaux annuels, qui arrivaient à époques fixes ; — les rouleaux personnels, composés à l’occasion de la mort d’un personnage éminent, ou célèbre par ses vertus (*).

L'un des rouleaux les plus célèbres apportés au Chapitre de Saint-Maurice d'Angers est celui du bienheureux Vital, fondateur de l’abbaye de Savigny, au diocèse d’Avranches, mort en 1122. Ce parchemin, aujourd’hui conservé à Paris, aux Archives Nationales, est formé de dix-neuf feuilles cousues ensemble. Il a 9 m. 50 de long, o m. 60 de large. Épistographe, il est écrit sur les deux côtés, au recto et au verso. Après avoir circulé d’Avranches à Caen et à Paris, à Bourgueil, à Fontevrault, à Saint-Florent de Saumur, puis à Angers, dans nos abbayes de Saint-Nicolas, de Saint-Aubin, de Saint-Serge, et du Ronceray, à Saint-Martin, à la cathédrale, il fut porté dans vingt-cinq Comtés de l'Angleterre (*). Bien que mutilé, il contient encore deux cent sept réponses. Je veux citer avec celle de la cathédrale, celles de nos abbayes.

1. Molinier, Les Obit. fr. au M. À., p. 42, 43. 2. Mém. de la Soc. des Ant. de Normandie, t. XVII, année 1848, p. 229.

Œbapitre vi. — Relations du Lbhapitre. 137

Titulus Sti Florentii Salmurensis : « Anima ejus et omnium defunctorum requiescant in pace ! Orate pro nostris : Frederico, Sigone, Willelmo abbatibus, Constantino monacho, Fulchino et pro aliis multis ! »

Titulus Sti Petri Burgulit : « Anima Vitalis ahbatis et animæ omnium defunctorum requiescant in pace. Amen ! »

Titulus Se Marie Fontis Ebraldi : « Scimus, fratres, karissimi, quia doletis de piissimum patrem, quam (sic) amisistis in hac luce, sed credimus qd regnat in æterna beatitudine. Nos tamen sumus societate vestra dolori quia erat nobis pius atque dilectus, et juxta Johannis vocem Deus karitas est, propter hoc impendimus si modicum benefcium de caritate dulcedine. Hec sunt ccc psalteria et totidem vigilias. » — « Orate pro piissimo patre nostro Roberto et pro Hersende, carissima matre nostra et pro Dno Petro Pictavi episcopo, et pro Leodegario archiepiscopo, et pro Rainerio, capicerio, Geraldo, sacerdote, Hylario, sacerdote, Geraudo Dexeio, Keradoco, fratre nostro ; Tiburge, Briccia, Ermangardis monialibus, Agnes, Raimburgis, Ermangardis et pro aliis omnibus fratribus et sororibus nostris ! »

Titulus Beati Martini Andegavensis. — Scribe.

Canicies per sena gravis, facundia sancta, Pes sibi vector erat, equus est asinus

Moribus eximiis addiderunt cumulum ; Nec tamen inde minus fuit aptus rebus agendis, Culcitra stramen erat, vinum fons, herha legumen, E contra, quam si copia multa foret.

Pisces, lac et mel, panis, avena rudis. Cum sic portasset estus, pondus que diei,

Sal condimentum, tenuis sopor, atque modestus Pro vita vitam, vita det emeritam.

< Anima ejus et anima omnium fidelium defunctorum requiescant in pace, Amen ! Orate pro nostris, pro Bernardo, pro Walterio abbatibus, pro Samaro monacho et aliis fratribus defunctis. »

Titulus St Albini : « Anima hujus patris et animæ omnium fidelium defunctorum requiescant in pace ! >» — « Orate pro nostris patribus et fratribus defunctis ! »

Titulus St Nicolai Andegavensis : « Orate pro nostris Achardo cantore, Ebrardo, Johanne, Wilhelmo et pro omnibus fratribus, sororibus atque benefactoribus nostris qui ex hoc sæculo transierunt. »

Titulus Se Morie Karitatis: Anima ejus et anima omnium fidelium defunctorum requiescant in pace. Amen ! Huic sanctissimo patri concedimus Martyrologium nostrum et omnes orationes sicut uni ex nobis. Orate pro sororibus nostris Lescelma, Agnete, Hildeburg, Hildegarde et omnibus aliis.

Titulus Sti Mauritis Andegavensis. Voici enfin les vers que les chanoines consacrent à l'illustre défunt :

In Domini templo nixus conamine magno, Vivens vitalis, sancta columna fuit ;

Non possum fari, nec digne præmeditari In quantum sancta profuit ecclesia.

Doctor erat patrum, sanctorum gloria fratrum ; Christus ob hoc sanctam donet requiem !

Bien d’autres rouleaux des morts furent apportés aux abbayes d'Angers et au Chapitre de notre cathédrale, depuis 1122. La plupart ont disparu. — L’un d’eux est conservé aux Archives de la Côte d'Or, à Dijon. — G. 172. — Il porte de nombreux Zifuli qui s’échelonnent de 1392 à 1397. — Un autre, celui de Marie, abbesse de la Trinité de Caen, morte en 1405, fut apporté dans les abbayes du Maine et de l’Anjou, aux cathédrales du Mans et d'Angers en 1405. Sur ce dernier le titulus de Saint-Maurice porte ce qui suit :

« Rotulus iste fuit præsentatus in ecclesia Beatissimi Mauritii Andegavensis, die vicesima mensis augusti, anno Domini millesimo quadringentesimo quinto. » — « Orate pro nostris, Oramus pro vestris. Anima omnium fidelium defunctorum per misericordiam Dei requiescant in pace ! (‘}»

Voilà comment, au Moyen-Age, se pratiquait en l’église d'Angers le grand devoir de l'assistance fraternelle des défunts dans la charité du Seigneur par les pieux suffrages, les bonnes œuvres et les saints sacrifices.

1. Mém. de la Soc. des Ant. de Normandie, t. XVII, année 1848, pp. 254, 256, 257, 279, 262, 263.

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