Chapitre ii. — La Psallette de la Œatbédrale d'Angers
appel aux candidats. Quelquefois des enfants venaient s’offrir d'eux-mêmes, ou bien ils étaient présentés par leurs familles. Ils devaient être de bonne naissance, nés de légitime mariage.
Après examen de lectura et musica, passé en la salle du Chapitre, les enfants reconnus idoynes à la fonction, étaient acceptés définitivement ou mis à l'essai — Reçus définitivement, les pueri chori étaient installés d'ordinaire, à l’issue de Prime ou de Sexte, en présence des autres enfants de chœur, des chanoines et des parents des petits récipiendaires, par le Grand Chantre, et, à son défaut, par le plus âgé des chanoines. Revêtus de leur petit costume de chœur, ils étaient conduits de la sacristie à la sellette qu’ils devaient occuper parmi leurs confrères, du côté du Chantre ou du Doyen. Un notaire du Chapitre assistait à la cérémonie pour en dresser un procès-verbal en bonne et due forme, qui devait être inséré au Registre des contrats, après signature des témoins.
Désormais les petits chanteurs vivaient à la charge des chanoines qui se chargeaient de leur habillement. Parfois des délégués du Chapitre étaient obligés d’aller à Paris acheter les panni nécessaires à la confection des habits. « De mandato et ordinatione Capituli tradidit Bursarius pro emptione unius panni integri ad faciendum tunicas et capuceia pro pueris selette XVII scuta. Îlem pro calceis et socularibus predictis pueris, pro factura tunicarum et capuceiorum et federatura earumdem VIII L. XII s. VI d. — (De la Purification 1426 à la Quasimodo 1427.) — ltem pro sex paribus caligarum pro sex
- pueris sallette XXX s. — De la Purification 1429 à la Quasimodo 1430).
Les Pueri chori portaient la soutane blanche en 1718, comme le Pape. Lorsqu'il faisait
froid, ou qu'ils sortaient en ville, par dessus leur soutane blanche ils avaient « une robe
rouge, une année, une violette, une autre année alternativement. Leur bonnet carré était.
toujours violet. Soigneusement rasés, ils se tenaient debout et nue tête à l’office, et, quand ils chantaient seuls soit un verset, soit un répons, ils étaient toujours au haut du chœur, comme à Rouen, et au bout d’un banc.
Habillés par le Chapitre, ils recevaient de lui un salaire, en plus duquel ils touchaient d’après les Comptes de Jean Durocher du 23 juin au 8 novembre 1421, quatre deniers chacun, à la Toussaint et aux fêtes à cinq chapes de duplici solemnitate, à ' Assomption, à la translation des reliques de saint René, à la Saint-Maurille et à la Saint-Maurice. —— Ils avaient le même gaignage aux 13 fêtes à 5 chapes, siwplicibus et minoris solemnitatis, et aux fêtes à 3 chapes.
Les Psalteurs. — Les petits chanteurs étaient aidés dans leur office par ceux qu’on appelait les Æeuriers, les Matutiniers, les Psalteurs, les Baccalaurarii, les Bacheliers, qui venaient à la Psallette, aux répétitions, pour y tenir leurs parties de basse-contre, de hautecontre et de basse-taille. « Ils étaient tenus d’obéir au maître de Psallette en ce qui concernait le chant, et l’une de leurs principales obligations, qu’ils se firent rappeler souvent, parce qu’ils y étaient infidèles, était d'assister justement aux répétitions. C’était d'autant plus nécessaire qu’ils devaient faire partie du Chœur aux exécutions solennelles. »
Il y avait six psalteurs prêtres de fondation. En 1482, ils étaient onze, huit n'étaient pas de fondation. Dès 1587, ils étaient dix-sept. Nicolas Gellent, dans son testament donne «la dîme de Sanceio » qu’il avait acquise dans la paroisse de Bierné, à l’église d'Angers pour augmenter les honoraires des Psalteurs qui chantaient les matines. Déjà, à cet effet le doyen et le Chapitre avaient reçu sur ses biens propres de Touraine 5 livres de rentes Et avant de mourir, l’évêque Gellent laissa encore « ad augmentum servicii Baccalauriarum in ecclesia Andegavensi, 50 1. »
152 gponograpbie De la Cathédrale d'Hngets.
Le Grand Boursier payait les chanteurs et il y avait une Bourse spéciale dite des Bacheliers. — Si le Chapitre recevait plus de onze psalteurs (le maître de musique et l’organiste en faisaient partie au XVIT* et au XVIII" siècles), il payait aux surnuméraires les gaignages mais sans prendre sur leur Bourse. Ils étaient tenus à l'office « tant pour la musique que le plain-chant et la psalmodie. » Tous les psalteurs, excepté le maître de musique et l'organiste, étaient tenus à prendre la chape aux fêtes à trois chapes et percevaient un profit spécial. Les onze psalteurs finirent par être fondés à 300 1. chacun.
Les Acolytes et les Thuriféraires. — À côté des Psalteurs et des Pueri chori, d’autres enfants dépendaient encore de la Psallette, puisqu'ils en fréquentaient les écoles, c’étaient ceux « qui interfuerunt, » nous dit le testament de Nicolas Gellent. Ils participaient aux cérémonies à titre d’acolytes et de thuriféraires. Il y en avait quatre aux grandes fêtes, trois seulement aux autres fêtes. A la fin du XVI siècle on en comptait dix, et Lehoreau, dans son Cérémonial, nous donne quelques détails intéressants à leur sujet.
Dans la vie civile ils portaient le même vêtement que les petits chanteurs. Au chœur, les uns portaient des dalmatiques, les autres des chapes. En 1297, les vestimenta pro pueris comprenaient onze dalmatiques de différentes couleurs auxquelles le seigneur de Château-Frémont en ajouta quatre autres en velours rouge.
En l'an 1391, il n’est pas encore question pour eux de chapes. A l’entrée de Charles VII, en 1428, les quatre choristes accompagnant le Chapitre sous la galerie sont en dalmatiques. La même année, le nombre des choristes est augmenté de deux. Il y aura désormais quatre acolytes et deux thuriféraires, les premiers en dalmatiques, les seconds en chapes, comme on peut le supposer d’après les inventaires de 1505 à 1543, dans lesquels les dalmatiques de même couleur figurent toujours quatre par quatre, et les chapes deux par deux. Naturellement ces vêtements n'étaient que pour certaines fêtes déterminées. Le reste du temps, les acolytes étaient au chœur en chape noire, en attendant qu’ils l’échangent pour une robe blanche.
Le Chapitre, qui avait la surveillance des Psalteurs, avait aussi celle des enfants, petits chanteurs ou acolytes. Les délégués, commissi ad pueros, faisaient donner les soins nécessaires à ceux qui étaient malades; ils surveillaient leur tenue, leur application à l'étude, leur nourriture, leur moralité ; ils déféraient au Chapitre les indisciplinés, leur infligeaient des punitions, au besoin, les renvoyaient à leur famille.
Primitivement, il n’y avait qu’un maître de Psallette. Le Chapitre lui laissait la liberté de prendre qui bon lui semblait pour l'aider dans sa tâche. Le maître et son adjoint se partageaient alors le double enscignement de la grammaire et du chant, comme ils voulaient (‘). Puis il y eut deux maîtres, chacun avec sa besogne spéciale : le maître de grammaire, #agister in arte legendi, et le maître de chant, z#agis{er in arte cantandi.
Le Maître de Grammaire. — I] était le plus important des deux à cause de la prééminence à la Psallette de l'élément littéraire. Peu à peu l’école capitulaire étendit son programme et ouvrit ses rangs à d’autres enfants que les petits chanteurs, aux petits choristes, comme le voulait déjà Nicolas Gellent (°).
1. Voici quelques noms de maîtres de Psallette : 1404 Jean Gougaud, Étienne Vendar ; 1423, Étienne Guilleux. — Bibl. m. d'Angers. M 664, p. 83 ; 683, p. 158. 2. Bibl. m. d'Angers. M°° 655, p. 0.