LA FÊTE ET LE PUY DE MUSIQUE DE STE CÉCILE
La Musique, nous l'avons vu, a toujours été fort goûtée des Angevins. Dès les temps les plus reculés du Moyen-Age, la fête de Sainte-Cécile était célébrée au chœur de notre cathédrale avec un éclat particulier. Ce jour-là, la grand’messe était chantée par le Doyen du Chapitre en présence des Chanoines. Les musiciens de la ville, qui y assistaient, exécutaient pendant tout l’office des morceaux d'harmonie de leur composition, et donnaient le pain bénit (').
Des sociétés, sous le nom de Puys de musique ou de Confréries de Sainte-Cécile, s'étaient formées de bonne heure à Rouen, à Évreux, à Abbeville, à Arras, à Bethunes et au Mans. Des concours y avaient été organisés, et, le j jour de la fête patronale, le jury, institué par les confrères, distribuait des prix aux compositeurs qui y avaient pris part. Les morceaux couronnés étaient d’ordinaire des sotets en l’honneur de la Sainte. À Caen, le prix consistait en un flambeau d'argent, de la valeur de 30 L., gravé aux armes de l’abbé de Saint-Martin qui l'avait fondé (°).
À Angers, de bonne heure, une société analogue au Puy de Caen avait été fondée sous le nom de Confrérie de Sainte-Cécile. Elle n'avait pas tardé à organiser un concours et à distribuer, chaque année, des prix aux compositeurs qui désiraient y prendre part.
Le 22 avril 1622, M. Arthur de Bonchamps, chanoine, voulant donner plus d’éclat à la fête de Sainte-Cécile, par un acte passé devant maître Bercher, notaire royal, « fonda la solennité à 5 chapes, double, avec le son de toutes les cloches et un cierge de chaque côté duquel pendra un cœur d’argent non massif. » — Les deux cœurs devaient porter gravées d’un côté les armes du Chapitre, de l’autre côté celles de Bonchamps. Le donateur léguait au Chapitre une rente annuelle et perpétuelle de 40 1. « pour la façon desdits cœurs, plus une autre rente de 30 IL. qui devait être donnée comme premier prix, plus une rente de 25 1. comme second prix, plus une autre encore de 10 I. assurée au maître de Psallette pour le payer de la peine que lui causait le concours. » — Il devait en effet faire imprimer les thèses-programmes et les envoyer aux musiciens de plusieurs des églises-cathédrales des environs. » — Le motet qui remportait le premier prix devait être chanté à Saint-Maurice, le jour de la fête, à la grand’messe, avant la préface. — Le concours s’ouvrait au commencement de l’année. En tête de la feuille-programme devait être représentée sainte Cécile « touchant de l'orgue, le front orné d’un nimbe et d’une gloire », puis des armes du Chapitre: « de gueules à l’escarboucle à 8 raies pommetées et fleurdelisées d'or. » — Au dessous de ces armes devaient être les deux cœurs d’argent au bas desquels on devait lire cette devise : « Des Bonchamps sortent les bons fruits. »
Les volontés du chanoine furent aussitôt exécutées. Le 21 novembre 1665, le sieur Bouffard, marchand-orfèvre, recevait 50 1. pour deux cœuts d’argent « qu’il a fournis pour la Sainte-Cécile, suivant ladite fondation. » — « En plus fut payé pour les rubans rouge et viollet à attacher les cœurs d’argent, 22 sols, 2 deniers (*). » — Le dernier jour de mars 1666, le sieur Mathon, maître de Psallette, toucha 30 1. « sçavoir quinze livres pour l’impression des thèses de S* Cécile, envoy et réception de paquetz, et quinze livres pour la collation de Messieurs, le lendemain de ladite fête de S' Cécile, conformément à la fondation de M. de Bonchamps et augmentation d’icelle par acquit du 4 décembre 1665. »
1. Soland, Bull. mon., 1864, 1865, 1866, p. 83. 2. Réunion des Soc. des B. A. des Départements à la Sorbonne, 1885, p. 102. 3. Bibl. m. d'Angers. M°" 667, p. 12.
160 | monographie ve la Œatbédrale D'Angérs.
En 1666, nouvelle donation en faveur de la fête de Sainte-Cécile et du concours dont elle était l’occasion. Un membre de la confrérie, François de la Fosse, donne « une somme de 6 onces pour le débattu du mottet à 2 chœurs et 9 parties. »
De nouveau, en 1675, la fondation de M. de Bonchamps est proclamée dans les termes suivants :
« Messieurs, A l'honneur de Dieu et de la bienheureuse vierge et martyre Ste Cécile, le Puy de musique sera ouvert en la ville d'Angers, le vingt deuxième de novembre de la présente année 1617, et années suivantes, à pareil jour, selon l’ordre de la fondation de défunt Monsieur de Bonchamps, chanoine de l'église dudit Angers, lequel donne pour prix 2 cœurs d'argent à ceux qui voudront à l’honneur de la bienheureuse sainte composer un motet à 5 parties du premier mode de Claudin sur ce sujet cy, mis au bas de la thèse. Lesdits prix seront adjugés équitablement au seul mérite d'un chacun et à eux envoyés et faits tenir. Et, afin d'avoir le temps de constater les motets, les auteurs adresseront leurs ouvrages pour être reçus, le premier jour de novembre, sans délay, à M. de Bonchamps, chanoine de ladite église. Et pour ne faire faveur qu'au seul mérite, ils enverront leur nom cacheté dedans un petit papier et une devise au-dessus, laquelle ils mettront au bas de leurs pièces, et lesdits auteurs sont priés d'envoyer au net la partition de leurs ouvrages et de marquer le chiffre à chaque mesure et ne surpassant point par le motet quatre vingt dix ou cent mesures.
De Sanota Cecilia Quinque voc. « cantantibus organis, Cecilia Deum benedicebat, cantantibus vocibus laudemus Ceciliam, quam sibi virginem certam servavit in mediis thalamis, et deprecamur et a sæculo immunes, sibi in cœlo exhibendos cum Cecilia et in cæterum decantaturos serat, ipsi gloriam et imperium in sæcula sæculorum. »
Voici les noms des maîtres de musique des cathédrales qui, l’année précédente, ont remporté les trois prix : M. Goupillet, de Langres, 1° prix de motet. — M. Bourgault, de Beauvais, 2° prix. — M. Bouteiller, du Mans, 3° prix.
L'institution du Puy de musique d'Angers avait acquis avec le temps de la réputation, puisque, de si loin, les maîtres de musique, qui étaient la gloire de nos cathédrales, prenaient part aux concours organisés dans notre ville. Les Chanoines en attirèrent ainsi jusqu’à la Révolution qui emporta les fondations musicales comme toutes les autres, quels que fussent leur nom, leur origine et leur objet.
Original from
Troisième artie. — Grandes associations qui avaient leur siège à la catbédrale D’ Angers. — I. L'Ordre Du Croissant. — II. La nation De Bretagne célébrant
BDonsieur St Des. — III. La confrérie De St-René. L'Prdre du Croissant.
A cathédrale fut longtemps le siège de l'Ordre du Croissant, ordre de chevalerie qui eut un grand renom, et dont la fondation précéda de vingt ans celle de l'Ordre de Saint-Michel. Institué en Provence, le 19 août 1448, il fut mis sous le patronage de saint Maurice, et c’est à la cathédrale d'Angers que devaient se tenir ses chapitres généraux.
L'idée de fonder cet ordre vint peut- -être de l’institution de la Toison d’or, à laquelle le roi de Sicile assista, à la Cour de Bourgogne. Peutêtre René « se NE il aussi de l’ordre que son grand-père, Louis I‘, ami de la magnifi-
cence, le Grand Duc, comme on l’appelait chez nous, avait institué à Naples, en 1350,
l'Ordre du Saint-Esprit au droit désir, dont les statuts appropriés à d’autres temps devin-
rent ceux de l’Ordre du même nom créé par Henri II. — En tout cas, il existait en fait dès
1447; en effet, dès le mois de septembre de cette année, un orfèvre, Charlot Raoulin, con-
fectionnait « ung collier de l'Ordre du Roy. » Plusieurs documents du même genre se
retrouvent dans les Comptes et Mémoriaux du temps (*), ils témoignent que l'Ordre du
Croissant existait avant d’avoir ses statuts réguliers, lesquels, rédigés en 1448, furent
ratifiés seulement par le roi René et son fils, en conseil, le 23 septembre 1450 (*).