‹ Monographie de la cathédrale d'Angers. Les évêques, le chapitre, institutions diverses, cérémonies, anciens usagesChapitre 179 sur 212 · TERRE RER ZEN FX REZ · texte numérisé non relu

TERRE RER ZEN FX REZ

| Œbapitre it. — PRET et gerbices de seras Rois et De Reines FRPARSENTANS

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NTERREMENT et services des rois de Sicile. — La cathédrale d'Angers a été appelée, très souvent, et à bon droit, la Saint-Denis de la maison d’Anjou-Sicile. Bien des princes et des princesses de cette famille reposent en effet dans l’église Saint-Maurice. Ceux d’entre eux qui choisirent ailleurs le lieu de leur sépulture voulurent qu’on y transportât leurs entrailles ou leur cœur. Des splendides cérémonies qui

; 7 eurent lieu alors nous ne pouvons raconter tous les détails, cependant nous dirons celles qui marquèrent le transfer t du corps du bon Roi René en notre vieille église ; elles sont caractéristiques de ce qui se faisait alors chez nous en pareil cas.

René d’Anjou était mort le 10 juillet 14 80, à 2 heures de l’après-midi, en son palais d'Aix en Provence. Son corps était demeur é trois jours entiers dans la grande salle, et, après qu'on lui eût rendu « tous les devoirs, » on fit son service funèbre en l’église Saint- Sauveur « en grant honneur et magnificen ce avec grands pleurs et lamentations merveilleuses et publiques ». On disposa son corps au côté droit de l’autel de la cathédrale. — Le cœur du défunt avait été séparé de son corps, et mis à part suivant le vœu du Roi. — L'orfèvre, Jean Lœblin, reçut « XXVIT florins, VI gros pour un marc, cinq onces, dixhuit deniers d’argent fin à couvrir la boite o ù a été mys et enchâssé le cœur de feu Monseigneur et VIII florins, VIII gros, pour la fa czon de ladite boîte.» — Les entrailles furent enterrées sous une grille de fer, devant l’autel de la chapelle des Carmes, avec l'inscription donnée dans notre premier volume, p. 289-301.

Les Provençaux entendaient bien garder le corps du Roi, et ils se proposaient de lui élever un monument sur l’une des places de la ville d'Aix. Le prieur de Saint-Maximin prétendait même que telles étaient les dernières volontés du défunt exprimées de vive voix au dernier moment. Le roi René pourtant avait déclaré dans son testament qu'il voulait qu’on déposât son corps dans le riche tombeau qu'il s'était fait construire à la cathédrale d'Angers. — Le Chapitre d'Angers, informé de ce qui s'était passé à Aix et des dernières volontés du Roi par son fils, Charles d'Anjou, tint une réunion en présence de l’évêque de Verrie et décida de réclamer le corps du Prince à son fils Charles et à sa femme Jeanne de Laval.

I n'était pas facile d’enlever à l’affection des Provençaux le corps du roi défunt. Jeanne de Laval, en résidence à Beaufort, charge deux de ses serviteurs fidèles, Jehan du Pastis, huissier de salle, et Jacquemin Mahieu, son valet de chambre, d’aller en Provence s’entendre avec l'archevêque et quelques autres personnes dont elle était sûre « pour déplacer la nuit sans esclandre le corps et le cœur du Roi, les placer dans une garde-robe et les amener ainsi à Angers. » Elle adressait en même temps la lettre suivante à tous les capitaines des villes et des châteaux, gens d’armes et de trait, gardes-ponts, etc.

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Œbapitre iii. — Œnterrement et services Des (Rois et Des Reines. 233

« Nous, par la grâce de Dieu, reyne de Jérusalem et de Sicile, duchesse d'Anjou et de Bar. Salut. Certifions par ces présentes que nous envoyons de notre pays de Provence, Jehan du Pastis, notre huissier de salle, et Jacquemin Mahier, notre varlet de Chambre, avec une garde-robe, gens de chevaux qui nous appartiennent, pour nous faire venir et amener certaines robbes, tapisseries et autres choses qu'avions laissées aud pays, si prions et requerrons tous les cappitaines et gardes dessus-dits et chascun d’eux que nostre dicte garde-robbe et tout ce qu'elle contiendra ensemble, l’un de nos chariots branlans qui estait demeuré aud pays et toutes leurs appartenances, ils laissent franchement passer, sans leur donner ny souffrir estre fait destourbies ou espeschements à cause de ces péages et acquitz en manière quelconque. — Donné en nostre château de Beaufort, le XXIII° jour de juin. — Ainsy signé : Jehanne. »

En même temps, comme il fallait pour réussir l'enlèvement et éviter tout retard, toute contestation, agir avec ruse et grande précaution, un mémoire très détaillé de ce qu’il fallait faire à Aix était remis au nom de la Reine à Jean du Pastis, son huissier :

« Premier, ledit du Pastis soy transportera devers le roy de Sicille, (Charles III, neveu de René, Cte de Provence) et luy présentera les lettres de lad. Dame, et luy dira que pour faire apporter par deça le corps du feu roy de Sicile, lad. Dame a fait sçavoir au roy la façon comment elle entend qu'il se fera. C'est assavoir que led. corps et son cœur soient mis secrètement cn sa garde-robe, que lad. Dame envoye par delà, faignant que ce soit pour mettre rohbes et tapis finis, qu'elle avait laissés en Provence, et sera ladite garde-robe mise devant la maison de M. Urbain Chaussegros ou äilleurs, où semblera nieux et plus seurement. — Item led. du Pastis communiquera à M. d'Aix (l’archevèque) le contenu de ce Mémoire, pour’ aviser ceux de l'église de S. Sauveur d'Aix des plus secrets pour le corps et cœur à estre mis dans la garde-robbe à heure plus convenable, sans esclandre. — Item que M. Urbain Chaussegros dessus-dict appointe avec ceux de lad. église pour le drap de velours noir où cest la croix d'or, lequel sera mis en lad. garde-robe, et Pareillement celuy qui devait estre apporté de l’église des Cordeliers d'Angers et de ce qu'il appartiendra avec eux qu'il les face contents. — Item que le drap d'or qui fut envoyé de Lion par led. Chaussegros soit semblablement mis dans lad. garde-robe et pareillement celui qui devait estre apporté de Florence, s’il était venu. — Item que la représentation (châsse de bois provisoire) mise en avant du mur, en attendant la construction d’un monument, et qu'on recouvrait d’un drap de parement, où sunt de présent le cœur et le corps en lad. église, demeure ainsi qu’elle a accoustumé tant qu'ils soient éloignez du pays, ou comme sera mieux advisé, fors qu’en lieu de drap de velours noir sera mis le drap aux fleurs de Hs sur lad. représentation, et si on demandait led. drap, sera dit qu'on le fait adouber pour aucuns fauts qui y étaient. — Item soit advisé par quel chemin sera meilleur de le faire venir et qu’on ne le loge point en bonnes villes, mais en bonnes hosteleries hors de ces villes. — Fait à Beaufort, le XXIV juin, l'an MCCCCLXXXI, ainsi signé : Jehanne.

Les envoyés de Jeanne de Laval se rendirent en Provence. Ils portèrent leurs instructions à Charles IIT qui, après en avoir pris connaissance, commanda « faire bailler et délivrer auxd. du Pastis et Mahier par le Doyen du Chapitre de Saint-Sauveur d’Aix lesd. cœur et corps dud. trépassé. Lesquels Doyen et Chappitre d'Aix, en obéissant au plaisir du Roy et de lad. Dame, ont fait rompre la muraille où était en sépulture les corps

et cœur en lad. église de Saint-Sauveur, en présence desd. du Pastis et Mahier et plu-

sieurs autres, lesquels corps et cœur leur onté été baillés et délivrez par lesd. Doyen et

Chappitre dud. lieu d’Aix. » Et « ce fait, » lesd. du Pastis et Mahier reprirent le chemin d’Anjou.

« Le corps du Roi fut amené par eau depuis Rouanne jusques au-dessoubz des Ponts de Cée, et de là mené par terre, secrètement, de nuit, à l’église St-Laud, près Angers. Il arriva un samedi d'août, environ deux heures après minuit, et fut remis en la nef de ladite église. Après que la grand'messe eut été chantée et que l'église eut été fermée, le corps fut transporté dans la salle du Chapitre et placé sur deux treteaux. Là, en présence de Jean du Pastis et de Jacquemin Mabhier et de Jean Marsaut, notaire des contrats de la ville d'Angers, et de quantité de nobles et discrètes personnes, ordre fut donné d'ouvrir le cercueil du Roi. Avaient été appelés pour cet office un serrurier maréchal, deux rayeurs, Jehan Coiffault l'ainé et Jehan Coiffault le Jeune, lesquels firent l'ouverture de la châsse de hois : deux autres ouvriers Philippe le Manceau et Jehan Frigius firent l'ouverture de la châsse de plomb. — Ladite ouverture faite, chacun reconnut la figure du trépassé, et, pour qu'il n’y eut d'erreur, furent appelés des gens qui avaient assisté en Provence à la mise en bière, et en particulier un certain Dauvel, serviteur du Roi, lesquels, après y avoir veu et regardé la face

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dud. défunt, dirent et déclarèrent qu’ils ont bien eu connaissance dud. trépassé en son vivant et qu'il reposait illec en lad. châsse ainsi qu’il apparaissait par sa figure et ressemblance, ainsi que chacun d’eux a affirmé, et disait led. Dauvel qu'après que le trépassé fut mis en lad. châsse de plomb, fut mis par luy du cotton sur la face d'icelluy sire trépassé, lequel cotton a été trouvé sur la face, ainsi qu'il fut mis, et combien que y a eust un an passé qu’il était décédé, et en eurent connaissance par la face qui. luy fut découverte, laquelle ils reconnurent », et les notaires dessusdits pareillement, « parce que de luy en son vivant » avaient eu bonne connaissance et que sadite face n’était en rien déformée, décheuste et empirée. »

Et cela fait, « tout incontinent la châsse fut ressoudée et mise à point, ainsi que par avant elle était. » Le corps et le cœur du Roi demeurèrent au Chapitre « dudit lieu de Saint-Lau pour d’illec en être ordonné au bon plaisir du roi Louis XI et de Jeanne de

Laval. »

Louis XI, averti, manda aussitôt « lettres pour ordonner et disposer pour l’enterrement

‘de son oncle le Roi de Sicile et qu’ils lui fissent l’honneur qui lui appartenait. »

« À nos chers et bien aimez les Doyen et Chappitre de l'église d'Angers », disait le document royal: « De par le Roy, Chers et bien aimez, nous avons esté adverti que nostre très chère ct très aimée tante et cousine, la Rayne de Sicille a fait apporter à Angers le corps et cœur de nostre feu oncle, son mary, que Dieu absolve ! Avant, prions que luy soit fait tout honneur à l'enterrement d'iceluy qu’il vous sera possible de faire et ainsi qu'il appartient, de quoy en ce n'ait faulte. Escript à Vitry, le 26° jour. d’aoust '. » :

Trois jours après, la reine de Sicile écrivait au Chapitre : « Mgr le Roy nous a écrit par le déan (le Doyen) de Craon comment il est content que les corps et cœur de feu Monseigneur soient ensépulturés ès-lieux qu’il avait ordonnés avant son trépas. »

Cela fait, le Chapitre prit les mesures qui s’imposaient pour l’enterrement du Roi René en la cathédrale. En même temps « le maire, soubz-maire et gens de justice de la ville firent commandement que le chef de chacune des maisons de lad. ville se rendit le lendemain à heure dite à la grande église pour ouyr les lettres du Roy; eux assemblés, elles furent lues au puppitre, -— alias tribune (Jubé) — et, aussitôt après le son de la cloche d’argent, toutes les cloches de la cathédrale sonnèrent et celles de la ville pendant une heure: » On délibéra sur l'enterrement du Roy dont le corps et le cœur demeurèrent l’espace de sept semaines ou environ en l’église Saint-Laud. — « Zuua VIII oct 14871, Die mercurii præsentis propler obsequia Regis Sicilie dicentur none et vespere de mane, sicut in quadragesima, el circa primam horam post meridiem, post residuum officium, tractum cum grossis campanis processionnaliter in capis nigris iler arripiel ad eum quesilum el assescialum corpus dicti defuncti apud Sanctum Laudum, quod inhumabitur, jovis sequentis in hac ecclesia et, veneris sequentis, cor ejusdem principis processionnaliter apud Fratres minores deportabitur el per corpus hujus ecclesie inhumabitur, et erit gagnagiurn, 14817 (*).n

« Le mercredi 9 octobre, fut ouverte la sépulture dudit Roy : quand vint au coup de midy on alla chercher le corps à Saint-Lau. Les chanoines de ladite église prirent le corps sous la galerie de l’église en une litière, laquelle était fournie de sel à l’entour, et dedans estait la châsse de plomb en laquelle estait le corps et dessus y avait une table fort large, faite propre à cela sur laquelle était un grand drap cramoisy d’or cramoisy, pendant jusques à terre, tout bordé de velours noir, et en icellui estaient les escussons couronnés dudit roy moult riches. Et après, dessus l’icelluv drap d’or cstoit la représentation dudit roy moult riche vêtu d’un abillement royal de velours cramoisy obscur, fourré d’hermines.

1 Cf. Bibl Nat. M° n° 22750, fol. 148.

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