Cf, Bibl. Nat. M° n° 22450, fol
Œbapitre iii. — Œnterremeut et services de Rois et De Renes. 235
Laquelle représentation avait sur la teste une couronne moult riche ; en la main dextre tenait un sceptre doré de fin or, et en la senestre tenait une pomme en laquelle on avait élevé une petite croix, pareillement le tout doré, et avecq ce avait aux mains gans, chausses et souliers, ainsy qu’il est de coustume en royaux à avoir. »
« Après la messe du jeudy fut faict le service de l'enterrement, et le portèrent en terre huit des plus grands personnaiges de ladicte église, revestuz en habitz à ce propres et ordonnez. Les recteur, docteurs, prélats, abbez estans présens, avecq grande multitude de peuple et à doncques fust donné et mis le corps en terre. » - :
« Et, ce après, ledit évesque t Charles de Carret, évêque de Veriense (Véria) print le cœur dudit Roy et le porta au revestiaire de ladicte église, lequel y fust jusqu’après disner. Dans l’après-midy, quatre docteurs de l’Université portèrent sous un dais de velours noir et sur une civière recouverte d’un riche drap d’or, la boîte d’argent contenant le cœur, sur un coussin, à l’église des Cordeliers.
« Le vendredy, après la messe, fut faict l'enterrement dudit cœur, mis en une petite châsse de bois renfermant la boîte d'argent et le tout mis en une pierre de taille, en laquelle il y avait une fenestre (ouverture) faite tout exprès, et, incontinent que ledit cœur fut dedans, le masson qui avait fait celle fenestre, la ferma d’une autre pierre, en laquelle avait une boucle, et oultre y fut mise une grosse grille de fer. — Lequel cœur fut mis en la chapelle de St-Bernardin, devant l’autel St-Michel, à costé senestre de ladite chapelle, ainsi que le Roy l’avait ordonné. Et est ledit cœur en ladicte muraille à un pied de terre. En oultre, joignant ladicte muraille, il y a une représentation de boys couverte d’un drap cramoisy, bien riche et bordé à l’entour des armes du roy (').»
Services des Rois et des Reines de France. — Naturellement à la nouvelle de la mort d’un Roi ou d’une Reine de France, un service était célébré à la cathédrale. Quelques documents, plus ou moins détaillés, nous disent à propos de quelques-uns d’entre eux ce qui s’est passé.
Henri III, 1589. — « Le vendredy, premier jour de septembre 1580, nous dit le /ournal de Louvet, Von a fait le service du Roy Henri TI, rov de France et de Poulongne dans l’église Saint-Maurice d'Angers, où a esté faict de grandes cérémonies et honneurs pour avoir tendu toute la nef et les grandes chappelles tout à noir et le tour du chœur et grand autel de velours segmé des armes de France et de Poulongne, jusque dans les portes du parvys et au droit du grand autel a esté mis ne forme de cerqueil couvert du drap mortuaire des roys, qui est de drap d’or, auquel service M. de Rambouillet avait officié, et l’oraison funèbre faite par le curé de Langeais, près de la ville de Tours, où MM. de la Justice, de l’Université, M. de Rambouillet, frère dudit évesque du Mans, MM. de la Rochefort et Puycharic, gouverneur, grand quantité de noblesse et plusieurs marchans et personnes honorables de la Cité, Ville, avaiént assisté à l’oraison funèbre dudit curé de Langeais.(*}. »
Marie-Thérèse d'Autriche, 1683. — « Le 1° août 1683, le Roi écrit une lettre à Mgr H. Ar- ‘ nauld sur le sujet de la mort de la Reine, décédée, le 30 juillet, à Versailles. » Comme Mgr l’Évêque était absent, le service fut différé jusqu'aux 6 et 7 septembre après Leu
1. « Écrit baillé par la reine eue de Laval à Balthazar Hautrahan, Conseiller et contrôleur des Finances, pour le porter à Aix et faire enregistrer en l'Archive dudit lieu. » 26 octobre 1481. 2. Cf. Rev. d'Anjou, 1854, t. II, p. 161. Journal de Louvet.
236 @onographie de la Œathédrale d'Angers,
gement avec MM. du Chapitre, ratifié par mandement. Pour la circonstance, « le portail de la cathédrale avait été tendu de trois rangs de draperies noires, parsemées d’écussons de 6 pieds en 6 pieds. Au milieu était une grande pièce de satin blanc sur laquelle était un grand écusson de 3 pieds carré. » A l’intérieur de l’église, « le dessous du Crucifix était tendu de même avec trois rangs de velours, le tout parsemé d’écussons aux armes de la Reine, une grande croix et un grand écusson, plusieurs cierges au devant. Toute la nef était tendue de deux rangs de drap avec écussons. —— Le fond du Chœur, sous le Jubé, était tendu de 3 rangs de draps et de 2 velours parsemés d’écussons, de 2 pieds en 2 pieds, et pareillement une grande croix et un grand écusson au milieu, et de même à la chaire.
Les 2 côtés du chœur, et jusqu’au grand autel, étaient tendus de 2 rangs de drap et
un de velours et parsemés des mêmes écussons. Le dessus du Chœur était bordé de cierges, de 2 pieds en 2 pieds, avec écussons. Au milieu du Chœur était le drap mortuaire du Roi René, et au-dessus un dais de velours noir avec crépins d’argent parsemés d’écussons ; sur le drap mortuaire une couronne de vermeil doré, parsemée de pierreries, posée sur un carreau de drap noir avec crépin, le tout entouré d’une herse luminaire. — On avait paré des bancs de côté, en descendant du grand autel au chœur, tout couverts de drap pour les Compagnies en deuil qui y vinrent chacune à leur rang, passant par le chœur, le Corps de Ville précédé de ses huissiers et gardes ayant leurs hallebardes couvertes de crêpes, les autres Compagnies précédées de leurs huissiers. Au-dessus du chœur, et regardant la balustrade, étaient des bancs couverts de drap où se mirent le Recteur et l’Université, regardant en face le grand autel, et étaient précédés de leurs bedeaux avec leurs masses couvertes de crêpes. On avait paré quantité de bancs pour personnes de qualité dans le chœur, et à cette fin la porte de fer pour aller de la chapelle des chevaliers au grand autel était gardée par des soldats pour éviter la confusion (*}). » — Le lundi, «on fit vespres et vigilles fort solennellement à leçons, M. d'Angers officiait à son trône avec ses assistants. » — « Le 7 septembre, après le service du matin, qu’on avait commencé à 5 h., on commença la grand’messe à 9 h. précises. Le Père Prieur de Saint-Serge fit l’oraison funèbre. La chaire était placée près de celle de l’archidiacre d’Outre-Loire, regardant le grand-autel. L’Évêque demeura et entendit la messe, assis au fauteuil. L’archidiacre d'Outre-Loire, qui faisait diacre, était assis dans une chaire, le Grand-Archidiacre était indisposé et celui d'Outre-Maine absent. Tout le corps des officiers, avocats, marchands, était là. L’oraison funèbre fut faite après l’offertoire. On avait proposé de la faire avant la messe, dans la nef, Monseigneur aurait été dans un fauteuil, les chanoines à sa droite, vers l’autel: sur des bancs, M. d’Autichamp à sa gauche, et le Présidial ensuite. Mais l’autre opinion prévalut et fut exécutée comme on dit. »
Louis de Bourbon, Dauphin de France, 1711. — « Le 1“ jour de juin, l’an 1711, les chanoines de l’église cathédrale firent un service à M. Louis de Bourbon, Dauphin de France. M. Belet, théologal, récita son oraison funèbre. Sur le lit d’honneur il y avait 160 cierges et 800 en tout (*). »
Louis XV. — Le mardi 10 août 1774, où fut célébré à la cathédrale le service du Roi, toutes les boutiques de la ville furent fermées jusqu’après midi. Pour la circonstance, malgré l'usage, l’église et la galerie ne furent pas tendues de noir. Le portail et la chaire seulement « avaient été couverts de pièces de draps noirs, chargées d’écussons aux armes
1. Cf. Lehoreau, Cérém., IV. — Publ. dans l'Anjou histor., 1906, p. 352. 2. Bibl. m. d'Angers. M" 867. Ballain, p. 565.
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Œbapitre iii. — Œnterrement et serbices Des (Rois et Des IReines. 237
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Louis XVI, 11 juin 1814. — Le service de Louis XVI, de la Reine et des membres de la famille royale, enlevés à l'amour des Français, fut célébré à la cathédrale. — « MM. les membres de la Cour royale et du Tribunal de l’Instance, ainsi que MM. les chefs militaires et les fonctionnaires publics de tous les ordres, se sont réunis chez M. le Comte d'Oissel, préfet, et se sont rendus avec lui, à pas lents, au son lugubre des tambours drapés de noir, et d’une musique funèbre, à l’église cathédrale. M. Touchet est monté en chaire. Mgr l’Évêque a officié, entouré des membres d’un nombreux clergé. Pendant la messe et les diverses cérémonies ordonnées pour l’objet de l'office, la musique de la Garde Nationale et de la Cohorte a exécuté divers morceaux préparés avec soin pour cette fête lugubre, et qui ont contribué à émouvoir les âmes occupées de tant d’amers souvenirs.» — « Les rues que le cortège a parcourues, l’église de Saint-Maurice, les hôtels de la Préfecture et de la Mairie, et ceux des divers chefs des autorités étaient tendues de noires draperies, couvertes d’écussons aux armes de France. Le catafalque élevé avec une pompe vraiment funèbre était entouré d’une quantité prodigieuse de cierges. Il était majestueux, et présentait tous les attributs de la puissance royale. Plusieurs de MM. les chevaliers de saint Louis avaient été invités à prendre place autour du catafalque. — L'église était remplie d’un concours extrêmement nombreux d'habitants des deux sexes, tous en deuil, et dans ce local immense un religieux silence a régné, tant chacun était pénétré de l’objet de cette cérémonie (:}. »
Enterrements et services des Gouverneurs d'Anjou. — [Les enterrements et les services des Gouverneurs d’Anjou ne pouvaient se faire à la cathédrale qu’avec la permission du Chapitre. — Guillaume Ruzé, prié d’enterrer le corps de M. de Tilly, gouverneur du Duché d'Anjou. déclara que cela ne dépendait pas de lui, mais du Chapitre qui, supplié, accorda la sépulture du défunt dans la Chapelle des Chevaliers, 4 décembre 1581, en
1. Bibl. -m. d'Angers. Bibl. Grille, t. I. Journal bolit. et littér. de M.-et-L., samedi 11 juin 1814.
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présence des Collèges et des monastères. Le luminaire fut vendu en faveur du maire et des échevins de la ville.
A la mort du Comte d'Armagnac, 1° juillet 1718, MM. de Rousseau de Pantigny et Le Bouvier des Mortiers, conseillers de l’Hôtel-de-ville s’en vinrent au Chapitre pour notifier aux chanoines la mort de Mgr Louis de Lorraine, Comte d’Armagnac, gouverneur d'Anjou, et demander un service pour le repos de l’âme de ce prince. Le service fut fixé au 17 août. Le 16, à ; h. du soir, à la demande de l’évêque, on sonna pendant une demiheure toutes les cloches de la cathédrale et toutes celles de la ville. — Le 17, le service commença par les Matines, à 5 h. du matin. Après Sexte, à 8 h., on sonna trois fois la grosse cloche appelée Guillaume pour l'appel des Compagnies. Le service, fait par . Mgr l’Évêque, commença à 9 h. On sonna trois fois toutes les cloches au début de l'office. A la consécration et au Libera, qui fut chanté dans le Chœur, les assistants restèrent à leur place et l’'Évêque à son trône. -— La sonnerie fut payée par M. le fabriqueur « qui donna 16 1. aux sonneurs et rien aux musiciens. — Le chœur pouf la circonstance avait été tendu de deuil, » c’est-à-dire le plafond au-dessus des hautes stalles seulement jusqu'aux deux piliers auxquels est attachée la grille du chœur.— La chaire, où devait être prononcée l’oraison funèbre, placée à l'entrée du chœur, du côté droit, vis-à-vis le trône de l’Évêque avait été tendue de noir et ornée de l’écusson aux armes de Lorraine sur du drap violet. — L'oraison funèbre fut prononcée, après l'Évangile, par M. Destriché, invité par MM. de l’'Hôtel-de-Ville. — Dans la nef, vis-à-vis de la maîtresse porte du Chœur, il ÿ avait un Mausolée. « L'impériale du lit, élevé à la hauteur du Crucifix de la grille, était de velours noir, bordé d’un galon d’argent et d’une frange d’argent, et couverte d’écussons aux armes de Lorraine. » Sous l’impériale « était posée une bière couverte du drap mortuaire de l’église sur une base ou estrade de charpente, couverte de drap noir et d’écussons par dessus ; et sur cette estrade il y avait 124 cicrges dans des chandeliers empruntés à toutes les églises de la ville. L'on a mis sur le drap mortuaire deux épées à cause que le Prince d’Armagnac était grand écuyer de France. Il y a eu des cierges sur la grille de fer, devant le grand-autel, comme on a coutume d’en mettre’ le jour de la Saint-Maurice, et dans les
candélabres du chœur et chandeliers de l’autel, comme on en met quand Mgr l’Évêque .
officie, le tout de cire blanche ; et tout ce que dessus : tentures, écussons et lumières a été fourny aux dépens du Corps de la ville qui a reprisles torches du luminaire. »
Le procureur du Roy à l’Hôtel-de-ville avait fait la semonce à tous les corps des compagnies qui ont assisté au service. « Ceux qui y ont assisté étaient M. d’Autichamp, lieutenant du Roy, MM. du Présidial, de la Prévôté et du Grenier à Sel ; MM. de l’Université ; MM. les avocats, les consuls et les notaires. C’est le greffier de l’Hôtel-de-ville qui a fait la semonce à l’Université, aux avocats, aux consuls et aux notaires. » |
« Les Compagnies du Présidial et de l’Hôtel-de-ville avaient été placées dans le chœur, sur leurs bancs, comme aux jours de 7'e Deum; M. le Lieutenant du Roy dans un fauteuil couvert de deuil, à la tête du Présidial ; la Prévôté, les avocats et les notaires derrière le Présidial ; les officiers de l’Élection, du Grenier à Sel ct les Consuls derrière l’Hôtel-deville. L'Université avait pris place sur des bancs dans le chœur, des deux côtés du tombeau de marbre noir, à l’opposite du trône de Mgr l’Évêque, vis-à-vis de l’autel de M. S. René, vis-à-vis duquel autel, et au milieu des bancs était un fauteuil couvert de deuil où s’est placé le Recteur de l’Université, M' d'Harcourt-d'Armagnac-de-Lorraine, père de celui qui est mort. »
Service du prince de Lambesc. — Un service analogue à celui de M. le comte d’Armagnac