DESCRIPTION DES VITRAUX
1° NEr.
On a prétendu à tort que la grande image de la Vierge, occupant aujourd’hui le milieu de cette fenêtre, se trouvait avant l'orage de 1617 au-dessus de l'orgue (*). L’armature de cette curieuse figure et de son entourage en grisaille ne cadre nullement avec l’écartement des barres de fer de la baie au-dessus du portail (*) : avant 1818, la vie de saint Marlin, dont au contraire les médaillons sont de la dimension voulue (:), occupait cette place. Je suis persuadé, comme je l'ai déjà dit, que la Vierge, patronne principale de la cathédrale, avait été primitivement mise à la place d'honneur, au-dessus de l’autel, au fond de l'abside. Après la démolition de celle-ci, on l’aura, pour la conserver, placée dans la fenêtre du nouveau chœur n. 42. Dans cette situation, sa grisaille claire ne faisait pas tache au milieu des sombres verrières du rond-point, puisqu'un pilier très saillant la dérobait à la vue des fidèles, placés dans la nef.
Elle était en mauvais état en 1533 (+) ; il est probable qu’en 1818, on l’enleva de la fenêtre n. 42 pour la porter à l'entrée de la nef, n. 1 au milieu des panneaux de verre blanc, datés de 1745. |
Sur une mosaïque en couleur s'élève la grande figure de la Vierge, tenant l'enfant Jésus : deux anges l'encensent tandis que deux évêques () se prosternent à ses genoux.
1. Dans son rapport du 15 nov. 1855 sur les verrières de la cathédrale, le chanoine Joubert écrit ceci : ÉTAT ACTUEL. VICISSITUDES 1" FENÊTRE DE LA NEF A GAUCHE RESTAURATIONS DEMANDÉES.
Une grande figure de la Sainte Vierge en couleur, sur Décorait autrefois la fenêtre de la façade du XIII au fond de grisaille, du XIIIe siècle, enchâssée dans une | XVII: siècle. fenêtre de verre blanc. La remettre à son ancienne place seule digne de l’an-
Elle futendommagée par l'orage du 16 mars 1617. cienne patronne de la cathédrale.
Faë.,t. IV, fol. 528 et 558.
Le bon chanoine était dans l'erreur. Vérification faite des pages 528-558 indiquées, on n'en peut conclure que cette fenêtre endommagée par la foudre en 1617 contenait alors la grande image de la Vierge en question.
D'autre part, M. Joubert prétend que la verrière de S. Martin fut transportée du chœur au-dessus de l'orgue en 1617, enlevée de là en 1818 et séparée en deux fenêtres dans le chœur. Ce qui touche à l’enlèvement de la verrière en 1818 est exact, mais je ne vois pas sur quoi on peut se fonder pour dire que la verrière de S. Martin a été placée audessus de l'orgue après 1617. À mon avis, elle y a toujours été.
M. Belleuvre écrit aussi dans le A/aine et l Anjou, t. WU, p. 3. La vierge byzantine (?) au-dessus de l'orgue fut transportée sur la porte de chapelle Sainte-Anne, en 1533 probablement.
2. En largeur, la grande fenêtre comprenait trois médaillons. Deux avaient 1"o4 et celui du milieu 1"30 sans tenir compte des barres de fer ; tandis que la Vierge a seulement 0"64 et deux fois 0"22 de large pour la grisaille dont elle est encadrée.
3. Les médaillons de la vie de saint Martin ont 1"o5 de hauteur et les uns 1"30 les autres 1"o4 de large, dimensions qui s'accordent avec l’écartement des barres de fer de la grande fenêtre.
4. Archives de Maine et Loire, série G, n. 264. Art. 356. Item faut réparer cinq vitres (du chœur) en cousté devers le revestiaire, dont y a une qu’il faut faire de vairre blanc, en laquelle a une Notre-Dame, qui est toute pourrie pour faire neuve et mettre les quatre autres en plomb neuf... Il faut bien remarquer que cet article est comme tousles autres une énumération de réparations, jugées nécessaires, mais il ne s’en suit pas que la Vo/re-Dame ait été détruite. Elle a pu être réparée tout simplement.
5. Probablement Raoul et Guillaume de Beaumont, l'oncle et le neveu.
148 Sonograpbie De la cathédrale D'Angets.
Tout autour, une grisaille (analogue à celle du chœur de Saint-Serge d'Angers) égayée de quelques pièces de verre de couleur, fait à merveille ressortir la partie centrale. Ajoutez par la pensée un cintre en grisaille, puis une bordure tout autour, et vous aurez la verrière complète de l'ancienne abside, posée au commencement de XIT1I° siècle, afin de s’harmoniser avec les fenêtres de la nef. Impossible de ne pas la rapprocher de la Vierge de l'église de Vendôme (:).
La date de 1745, peinte à la partie supérieure, explique la pauvreté des panneaux de verre blanc et la vuluarité de la bordure, dont les entrelacs blancs ressortent sur un fond composé de pièces de n'importe quelle couleur, taillées dans des fragments de vitraux historiés sacrifiés à cet effet. Le vitrier, ne pouvant se procurer facilement (à une époque où la peinture sur verre était abandonnée) du verre de couleur en feuille, n'imagina rien de mieux que de retailler à la dimension voulue d'anciens morceaux de panneaux historiés, plutôt que de les restaurer... Le chapitre, désireux avant tout d'y voir clair, substituait ainsi peu à peu aux verrières d'Hugues de Semblancé, des vitres blanches sans se douter de son vandalisme : voilà pourquoi la cathédrale possède si peu de verrières intactes. Je ne me range nullement au vœu du P. Martin et de M. le chanoine Joubert de voir dans l'avenir placer la Vierge au-dessus de l'orgue, parce qu'e/le n'y a jamais élé et qu'il faudrait pour cela odifier l'ordonnance de l'armature de la grande fenêtre : mieux vaut la laisser à la place qu’elle occupe aujourd'hui, du côte de Z'évangite, place qui rappelle celle de l'ancienne statue d'argent de la Vierge sur le maître-autel de 1474 à 1752.
Ce vitrail avait été réparé plusieurs fois : en 1418, par Gui Géraud, après les incendies de 1451 et de 1533 enfin après l'ouragan de 1617.
Une belle bordure encadre cette fenêtre, mise en verre blanc en 1745 comme la précédente. Au moment de la construction de la mansarde, située au-dessus de la chapelle Sainte-Anne, pour la soufflerie de l'orgue (:), la bordure de la partie inférieure fut enlevée et déposée dans le garde-meuble.