LES TRANSEPTS
À peine la nef voûtée et vitrée, l’évêque et le chapitre décidèrent de reconstruire les transepts en harmonie avec elle ; aussi, il est peu probable que les anciens transepts, dont j'ai découvert les substructions en 1902, aient été décorés de vitraux, analogues à ceux donnés par Hugues de Semblancé. On a vu précédemment quel contraste devait faire la nef si large, si élevée avec les transepts de XI° siècle, étroits et bas, dont le niveau était si différent. Dès 1190, l'évêque Raoul de Beaumont en avait déjà entrepris la reconstruction du côté du sud ; son neveu Guillaume ne termina du côté du nord que vers 1240. La cathédrale formait alors un vaste T avec un chœur du XI° siècle très peu profond et deux murs d'attente pour le chœur futur s'avançant vers l’est jusqu'au mur de la cité.
Assurément des vitraux peints garnirent bientôt (vers 1240 les huit fenêtres et les
1. /distoire de l'Art, par André Michel, t. I, p. 790-791. Article de M. Mâle. « Les vitraux qui restent dans la nef « (d'Angers) portent la marque d’un art déjà voisin du XIII° siècle. Je ne vois guère qu’une trace d’archaïsme : la < maladresse de l’armature. Les médaillons de la légende de sainte Catherine et de la mort de la sainte Vierge sont « coupés en deux par une barre de fer. »
2. La grande fenêtre de la façade de la cathédrale du Mans a environ 10" sur 5" : celle d'Angers mesure 9"65 de hauteur et 4"45 de largeur. La hauteur de Îa principale de N.-D. de Chartres est de 10 mètres.
3. La baïe centrale de l’abside de la cathédrale de Poitiers n’a pas moins de 8" sur < L
4. Il semble que le peintre-verrier de la cathédrale de Bourges ait pris à cœur de varier la disposition des dix larges fenêtres absidales, situées entre les chapelles. L’armature en fer, qui retient les médaillons et les sépare des bordures, est différente de sa voisine dans chacune des baies. Les vitraux des lancettes des chapelles absidales sont, au contraire, enchâssés dans des armatures rectilignes.
s. Monographie de lu cathédrale d'Angers, publiée dans les mémoires de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts d'Angers en 1899 et 1900, p. 422.
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deux roses des transepts. Deux de ces verrières (N° 20 et 22), plusieurs fois restaurées et remises en plomb du céfé sud existent encore et donnent l’idée de leur aspect un peu plus sombre, que celui des vitraux de la nef. Le rouge et le bleu (plus foncé que celui du XII° siècle) avec quelques détails en jaune et en vert dominent; on n'y voit plus ce blanc nacré, si harmonieux de la nef. L'ensemble ne pouvait fournir une lumière suffisante à l'intertransept ou croisée. C'était un grave inconvénient, puisque de 1240 à 1699 les stalles y furent placées : les chapelains et les chanoines devaient y lire et y chanter jour et nuit de longs offices, sur des livres en parchemin, à demi effacés par le temps. Aussi le chapitre se décida-t-il à faire remplacer la plupart des vitraux en leur donnant une tonalité beaucoup plus claire. André Aobin, peintre-verrier, chargé dès 1434 de l'entretien annuel des vitres de l’église (‘), entreprit ce grand travail en 1451 : je donne plus loin son marché avec le chapitre (°).
Cette convention concernait le /ransept nord; elle fut exécutée sauf les XII signes, que nous trouvons dans l’autre rose du côté sud, remplacés actuellement par les travaux des douze mois de l'année.
Le jour de saint Simon et de saint Jude 1452 (*), André Robin reçut III I*II livres, X s. « pour la victre faicte ou rondeau devers le chapitre, ou sont les XII signes (‘)».
Quant aux quatre fenêtres latérales, elles ne furent pas renouvelées, mais simplement restaurées, comme nous le verrons plus loin.
3° LE CHœur.
Nous ne savons rien des vitres de l'ancienne abside, découverte en 1902; cependant, je crois que la Vierge des premières années du XITI° siècle, sur fond de grisaille, placée aujourd'hui dans une des fenêtres de la nef, (n. 1) occupait tout autrefois la fenêtre centrale de l'abside, c'est-à-dire la place d'honneur : rien de plus logique, puisque la sainte Vierge était la première patronne de la cathédrale.
Le procès-verbal de 1533 indique une image de la Vierge dans une des fenêtres du chœur, qui doit être celle-là (5).
Les verrières du chœur datent du dernier quart du XIII° siècle, car la construction est postérieure à 1274. Elles sont d'une tonalité sombre, d'une qualité ordinaire (°) et en général en assez mauvais état, ayant été la plupart déplacées et mutilées. À vrai dire, on les dirait plus anciennes, surtout les n. 24, 25 et 44 dans lesquelles, on ne voit pas encore entre les médaillons des wosaïques formant tapisserie, mais de grandes rosaces, comme au XII° siècle. Je ne parle pas des n. 39 et 40 ornés de la même manière et placés autrefois dans la grande baie de la façade. Le père Cahier écrit que (7) € par l'ampleur des formes et la profusion somptueuse des ornements, les verrières du
1. Archives de Maine et Loire. Fabrique, t. IV, p. 8. L'entretien des vitres est marchandé à Robin en 1434 moyennant un marc d'argent par an.