IV. Œonstruction De Ia croisée et Du transept sub
L'évêque Raoul de Beaumont (1178-1198) entreprit de continuer la construction de la cathédrale, en rapport avec le plan de la nef € Vobzle cœpit opus ÿ, dit son épitaphe. Après avoir démoli l’ancienne salle du chapitre et le dortoir des chanoines, il jeta les fondations du transept sud.
Entre le mur de la cité, obstacle infranchissable à cette époque et la dernière travée de la nef, le maître de l'œuvre devait élever le transept et la sacristie. Faute d'un espace suffisant, il ne put disposer les piles de la croisée sur un plan carré ni donner au transept de l’ouest à l’est une largeur semblable à celle de la nef : la différence est d’un mètre en moins. Il gagna encore environ un mètre en reculant vers la nef le parement intérieur du mur sud-ouest, aux dépens de la cage d'escalier des galeries, construite au XII° siècle, Celle-ci fut éventrée du haut en bas. Du côté du parement intérieur du transept, elle fut réduite à l'épaisseur d'un simple tuffeau; aussi ne forme-t-elle plus maintenant une cir-
conférence parfaite, comme auparavant.
Grâce à ce parti pris, facile à constater quand on visite l'escalier, il put réaliser son
programme.
Sur un banc de pierre, formant le tour de l'édifice, reposent les colonnettes de l'arcature, qui tapisse les murs jusqu'au niveau de la galerie, puis de grandes baies géminées en arc brisé éclairent les murs latéraux; du côté du pignon on admire une rosace d'un diamètre considérable.
Jaloux de donner plus d'élégance à sa construction, le maître de l'œuvre allongea le fût des grandes colonnes de plus d’un mètre, et releva le niveau de la corniche des galeries. La voûte en réalité plus élevée, le paraît encore davantage à cause de la diminution de largeur, que j'ai signalée.
Les arcs diagonaux de XIIe siècle si lourds et retombant si gauchement sur les tailloirs, sont ici remplacés par des nervures en boudin d’une exquise délicatesse. De plus, des liernes, semblables aux nervures, rejoignent la clef de voûte aux arcs doubleaux
et aux formerets.
Ces modifications sont assurément très heureuses. I] n’est pas jusqu'aux arcatures du rez de chaussée qui, par la répétition des lignes verticales, n’ajoutent à l'effet de l’ensemble et à l’impression d'élancement dans l’espace, dont manque totalement l'immense arc brisé
qui relie latéralement chaque pilier de la nef au suivant. Admirons en passant la rosace, une des plus considérables, qu'on ait exécutées à l’aurore
26 | Sonograpbie De la cathédrale v'Angets.
du XI]I1Iesiècle, car son remplissage et le beau pignon, percé de deux grandes baies, qui la surmonte ne sauraient être du XIIe siècle. La rosace menaçait ruine, on vient de la refaire.
Il est très probable que la croisée et la moitié de la première travée du chœur furent construites en même temps : les renseignements précis nous manquent. La voûte de la croisée ( € la voÂfe suzeraine 3 d'après un acte du XVE siècle), fut percée d'un œil assez large pour y passer les cloches suspendues dans un campanile en charpente, couvert de plomb renversé par le vent en 1452 et rétabli, comme on le verra plus loin, en 1463 (').