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22 Sonograpbie De la cathédrale D'Angets.
€ On imagina de fortifier ou plutôt de décorer, au moyen de nervures, les coupoles sans { pendentifs distincts. C'est ce qu’on remarque à Saumur dans les églises de Saint-Pierre « et de Nantilly ; à Angers, dans l’intérieur du clocher de Saint-Aubin et à Chinon dans & la tour du Moulin. Dans ces divers monuments, des nervures se croisent sous la voûte, « mais elle reste parfaitement sphérique et composée d'assises concentriques.
€ Bientôt la fusion se fait plus complète entre le système byzantin et le système ogival. € À Saint-Lazare de Fontevrault et à la cathédrale d'Angers, dès le milieu du XIIe siècle, « la voûte d'arête est adoptée avec les nervures : mais elle est très surhaussée et devient & domicale, selon l'expression de M. Parker, ou si on l'aime mieux, semblable à un dôme.
€ D'ailleurs la nef est large et unique, les travées sont exactement carrées et en plan € ainsi qu'en élévation, l'édifice continue à ressembler singulièrement à la nef de { Fontevrault.
& Comme avec les formes domicales, le poids des voûtes ne porte plus exclusivement € sur les nervures diagonales, on en réduit successivement la force, de manière à la con- € vertir en un simple tore, dont les queues se confondent avec le remplissage des ber- Ç ceaux ; en même temps on double le nombre des nervures, surtout dans un but de déco- «{ ration, et on en met, contre l'usage du nord, au sommet ou à la clef de chaque berceau.
« Des édifices à nef unique, ce genre de voûtes passe aux églises à trois nefs, comme « Saint-Serge d'Angers, la cathédrale de Poitiers et le Puy Notre-Dame ; il est systéma- « tiquement employé même dans les monuments d'architecture civile, tels que le bel « hospice d'Angers et il se conserve parfois jusqu'au XV: siècle.
€ Ainsi se forme le style ogival de l’Anjou, que M. Godard-Faultrier a nommé 5/7 « Plantagenet, et qui en effet se répand dans tous les pays soumis à la domination de « Henri II et de Richard Cœur de Lion. Ses productions sont innombrables en Anjou € et dans les provinces circonvoisines. À Saumur, la chapelle Saint-Jean en est un des « plus élégants spécimens. Au sud, on le trouve à la Couronne, près d'Angoulême ; «à Saint-Macaire, près Bordeaux... au Mans, dans l'hospice de Pontlieue, dans les « voûtes de la nef de Saint-Julien et dans la nef de l'église de la Couture ('); à Laval, ç dans la cathédrale. (J'ajouterai à la cathédrale de Vannes (*) et à celle de Saint-
1. Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, par VYabbé Angot, t. II, p. 182.
Vers 1150-1160 les religieux de la Couture transformèrent leur église abbatiale, elle aussi à trois nefs, par l’exhaus-
sement des murs des bas-côtés, la suppression des murs cotiers de la nef (centrale) et l’établissement d’une voûte sur le vaisseau, qui ne formait plus qu'une seule nef.
Ils firent exécuter le même travail à leur église de la Trinité de Laval. On reconnaît encore aux contreforts plats des latéraux, à la qualité inférieure de la maçonnerie dans les parties basses, que ces murs n'ont pas été reconstruits, qu'on s’est contenté de les surélever sans s'inquiéter de leur solidité insuffisante, une combinaison très habile de l'architecte ayant permis de reporter toute la charge des voûtes énormes sur les piliers édifiés alors et qui n’ont pas moins d’un mètre de saillie intérieure et extérieure. Les trois travées de la nouvelle nef sont éclairées chacune de deux hautes fenêtres en plein cintre d’une belle architecture.
2. La façade de la cathédrale de Vannes (que j'ai vue avant sa reconstruction), ainsi que la tour existant encore, ressemblaient beaucoup à celles d'Angers. Les évêques de Vannes, suffragants de l’archevêque de Tours, venaient à Angers de temps à autre pour le sacre ou les obsèques de celuid’Angers, les conciles, les reconnaissances de reliques, etc... En 1151, Rouaud assiste à l’ouverture de la châsse de saint René (Monographie, t. III, p. 174) précisément pendant les grands travaux de la nef ; il voulut imiter à Vannes, ce qu'il avait vu à Angers et entreprit la reconstruction de la nef, transformée au XV* siècle, mais dont la façade avait été terminée en entier, offrant une grande analogie avec celle de Saint-Maurice.
Œbapitre {. — Œonstruction De [a cathédrale. 23
Malo) (‘). & Dans la Normandie à Pontorson, à Cherbourg, à Valognes, on en saisit € encore des traces. M. de Verneilh termine en disant que le style Plantagenet devrait «€ se perpétuer en Anjou... Il se recommande par sa solidité, la commodité et l’économie. € Il a dès lors des droits tout particuliers à l'attention des architectes de l’Anjou ; ils « peuvent en tirer des effets nouveaux et lui faire faire de véritables progrès, car il n’a « point donné son dernier mot.
La belle étude, consacrée par M. Joseph Berthelé dans le Compte-rendu du Congrès archéologique de France, tenu à Poitiers en 1903 à l'Architecture Plantasenet mérite toute l'attention des angevins et des admirateurs de notre architecture locale,
Revenons aux voûtes de la nef.
€ L'œuvre principale, qui recommande la mémoire de Normand de Doué, est la con- € struction des voûtes de la cathédrale. Ni le chœur, ni les transepts n'étaient alors bâtis. « Les poutres et les lambris qui recouvraient la nef, se trouvant hors d'usage après un « siècle de construction, Normand de Doué les remplaça par des voûtes en pierre et con- € sacra à cette œuvre 800 livres de ses revenus patrimoniaux. Il consolida et refit même «en partie les murs de la nef pour qu'ils pussent supporter des voûtes, dont le système € n'était pas connu à l’époque où ils furent construits... (*) » Je suis d'accord avec M. l'abbé Pletteau, sauf pour la consolidation des murs, la construction des contreforts et des colonnes, que je juge antérieurs à l’épiscopat si court de Normand de Doué.
Inachevées (peut-être même à peine commencées) à la mort de l’évêque Normand de Doué, en 1153, les immenses voûtes furent terminées par ses successeurs, Mathieu de Loudun et Geoffroi la Mouche. Un mur provisoire ferma le haut de la nef durant plusieurs années et la cathédrale fut réduite aux transepts, à la croisée et à l’abside.
Tous les travaux étaient cependant terminés avant le décès du chanoine Hugues de Semblancé, le donateur des admirables verrières de la nef (avant 1177) et même avant 1160, année de la mort de Buamond, archidiacre, dont le nom figure, sans croix obituaire, sur le tombeau d'Ulger, qui ne dut être mis en place qu'après l'achèvement complet des voûtes. Voir t. III, p. 137 (°).
On remarquera la puissance des arcs doubleaux, la beauté des formerets, la fermeté des moulures, la richesse des arcs diagonaux, en un mot l’ensemble si harmonieux et si grandiose de la nef, prototype de beaucoup d'autres.
Si cependant une critique m'était permise, j'exprimerais le regret de voir la moitié du tailloir de la colonne, qui reçoit l'arc diagonal vide et inoccupé. Peut-être eût-il été plus logique de tracer ce tailloir non pas à angle droit saillant comme celui des colonnes
ee me qu nent
1. Powillé historique de PArchevéché de Rennes, par l'abbé Guillotin de Courson, t. I, p. 688.
Vers 1152, l’évêque Jean de la Grille (1144-1163)transféra d’Aleth à Saint-Malo son siège épiscopal. La nef et la croisée existent encore et rappellent bien le X11° siècle. les trois travées de la nef ont des voûtes à cintre brisé sur pendentif ; chaque travée a sa voûte isolée, dont la coupole dépasse le niveau de l’arc doubleau (autant dire des voûtes domicales ou en style angevin). L’arc triomphal, les arcades ouvrant sur le sanctuaire et sur les transepts affectent la forme ogivale… Le chœur a été construit au XIV: siècle et des basses nefs ont été ajoutées au XVI®, altérant gravement l’aspect des piliers de la nef principale, dont les fenêtres furent supprimées et les colonnes enveloppées d’une nouvelle maçonnerie
2. Revue d'Anjou, 1876, p. 139. Annales ecclésiastiques d Anjou, par l’abbé Pletteau.
3. Voir la Monographie, t. 11, p. 216. — Gallia Christiana,t. II, p. 135. Cauffridus la Mouche, 1177... Eo sedente Hugo de Semblenceyo, cantor Andegavensis, fenestras navis Mauricianæ vitris adornavit.
24 gDonograpbie de la cathédrale d'Angers.
voisines, mais suivant la diagonale du carré, parallèle par conséquent aux assises des arcs eux-mêmes, comme on l'a fait à la voûte de la tour Saint-Aubin. À part ce léger reproche, dont le maître de l'œuvre se disculperait en disant qu'un tailloir, tel que je l'indique lui aurait donné moins de saillie pour appuyer les cintres en charpente gigantesques de sa voûte et peut-être aussi qu'une moulure en biais, placée entre d'autres disposées à angle droit eût été d’un effet moins monumental, je ne saurais assez applaudir à son œuvre, toute empreinte de majesté et de grandeur.
La porte, ouverte du côté nord, vers le milieu de la nef, dans l’axe de la rue de l'évêché et dans la direction de la rue Saint-Laud (autrefois Saint-Nor) fut percée sous un des contreforts du XI° siècle, au moment où la façade fut commencée. Évidemment la construction de celle-ci, des deux clochers et de la galerie demanda plusieurs années de travail : impossible de laisser entrer qui que ce soit pendant ce temps par le bas de l’église : il fallut donc pourvoir à la circulation des fidèles. Cette porte serait facile à rétablir aujourd'hui: un escalier d'une dizaine de marches permettrait d'y accéder du niveau de la cour. Elle éviterait aux fidèles le fâcheux détour, qu’ils ont à faire par la rue de l’Évéché, surtout les jours de pluie et de grand vent.
La façade, couronnée de deux flèches en pierre, séparées par un pignon, le portail, la magnifique galerie (non encore voûtée) et l'église paroissiale: tout cela fut terminé quelques années avant le violent ouragan qui, en 1192, renversa l'un des clochers.
Le 26 janvier de la même année, les évêques d'Angers, de Dol, de Nantes, de Quimper, de Rennes et de Vannes tinrent un concile provincial dans la nouvelle nef.
J'ai cherché à représenter l'extrémité de la construction s’arrêtant à la croisée du VIIIe siècle en indiquant sur le même dessin les niveaux du pavage à différentes époques.
Combien le chœur, la croisée et même les transepts, reconstruits après 1072, devaient paraître misérables en comparaison d’une aussi vaste nef, magnifiquement décorée de sculptures et dont le pavage avait été relevé de 1,20, il est aisé de se le figurer. D'ailleurs, le maître de l'œuvre avait certainement prévu la reconstruction des autres parties du monument en harmonie avec la nef. Il faut rendre à ses successeurs le témoignage qu'ils surent interpréter sa pensée et réaliser ses projets, si bien que l'ensemble de la cathédrale, malgré les interruptions subies par la construction, présente un ensemble vraiment satisfaisant.
La nef nous montre les premières voûtes en style Plantagenet, dont les arcs diagonaux quadrangulaires, et décorés de sculptures, sont volumineux et un peu lourds. Les transepts et la croisée (/a vote suzeraine) témoignent des progrès d'élégance et de légèreté dans la disposition des nervures toriques, accomplis par les architectes au XI11e siècle. Enfin le rond point du chœur, si savamment tracé, révèle le talent du maître, qui surpassa de beaucoup le tracé du chœur de Saint-Martin d'Angers, disposé de la même manière.
Mentionnons les restes d'une décoration en rouge vermillon et en noir, appliquée aux chapiteaux et aux modillons de la nef, découverts sous le badigeon en 1872 pendant la restauration : on l’a fait disparaître, mais un fragment de compte de fabrique, de 1481, nous en donne la date. Le peintre Jean Rouaney reçut cette année-là 117 sous, 2 deniers pour ce travail : € Z{em Johanni Rouaneye, pro pictura chimerarum in pilaribus predicte navis extstentibus eliam ex conventione facta inter ipsum et capitulum et Rouaneye piclorem
Œbapitre i. — Construction de Ia cathédrale. 25
CX VIT s. IT d. >» La première travée de la cathédrale de Laval, qui, bien que beaucoup moins riche, ressemble à la nôtre, avait ses chapiteaux décorés de la même manière,
Rien ne prouve que les transepts et le chœur de Saint-Maurice n'aient pas été aussi enluminés : on s’en rendra compte, quand on enlèvera les badigeons, dont sont encore souillées ces diverses parties du monument.
La date de 1481, correspondant à l'installation de la tapisserie de l'Afocalypse dans la nef, je serais porté à croire que la décoration picturale des chapiteaux et des modillons (chimeræ) en a été la conséquence. Ce n’est bien entendu, qu’une hypothèse.