Chapitre riii. — Œues et Descriptions anciennes De la Cathédrale
niches, une nouvelle tour, ou plutôt un pavillon, surmonté d’une coupole octogonale, terminée par une lanterne. Toute cette ordonnance, d’une composition lourde et surchargée, produit l'effet le plus malheureux par son désaccord complet avec les
tours voisines, surtout avec la base, sur laquelle elle repose. La balustrade de la plateforme touche presque à celle des tours, et la bande étroite de jour qui les sépare, res-
semble plutôt à une lézarde, qu’à un intervalle laissé à dessein (:).
& On observe avec surprise dans les tours latérales, que les colonnes engagées su
«€ leurs faces ne sont pas à l'aplomb les unes des autres, et qu’elles n’ont pas même une « relation régulière avec celles des étages inférieurs ou supérieurs. Comme elles n’ont { aucune utilité réelle, cette faute est ici sans conséquence (‘).... Bien que la nef unique « soit fort large, ses murs ne sont point soutenus par des arcs-boutants et ses « contreforts n'ont qu'une médiocre saillie. Elle est divisée en trois travées, que € séparent des faisceaux de colonnes engagées, à chapiteaux de feuillages, tous variés et € tous d'un travail merveilleux. Dans chaque travée, une ogive très large, prenant sa € naissance au pavé de l'église, occupe tout l'intervalle d'un faisceau de colonnes à l’autre « et forme ainsi sur le mur une espèce de niche, dont le fond est en retraite de deux pieds €
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à peu près (:). Au-dessus de la pointe de l'ogive, règne une corniche saillante, soutenue
par des modillons bizarres, caprices amusants de l'ornementation byzantine. L'épais-
seur de l’ogive plaquée contre la paroi latérale de la nef et la largeur de la corniche qui
déborde celle-ci, servent d'appui à une galerie étroite qui, traversant les massifs épais € des colonnes engagées, se continue autour de l'église.
« Le haut de la travée est encadré par deux ogives en retraite l’une sur l’autre, pre- « nant leur naissance à la hauteur des chapiteaux des colonnes engagées. Le tympan « contient deux fenêtres étroites en plein cintre, flanquées de colonnettes de même style : « que les précédentes. La voûte est ogivale, renforcée d'épaisses nervures et de larges « arcs doubleaux. Partout les arcs, soit en ogive, soit en plein cintre, paraissent accom- € pagnés du même ornement, deux tores avec une moulure cheveronnée au milieu. Les « arcs doubleaux (lisez ogives ou diagonaux) présentent sur leurs intrados une suite de « riches rosaces à la place des moulures cheveronnées. La simplicité, et le bon goût de € la décoration frappent à première vue...
« Le chœur et les transepts reproduisent la même disposition que la nef, si ce n'est que « leurs fenêtres sont toutes ogivales (:) (géminées et surmontées d’une rosace) et que « l'ogive inférieure de chaque travée est remplacée, dans le transept et le fond du chœur, € par une arcature ogivale figurée.
& Dans la première travée du chœur, cette arcature est en plein cintre.
1. L'espace qui sépare les tours est de 1 m.75 mais pour peu qu’on ne se place pas exactement dans l'axe de l'église et à une assez grande distance, les trois tours semblent se confondre et n’en faire qu’une : l'effet de la troisième est très malheureux. Je le répète, en la construisant on n’a pas obéi au désir d’élever la façade, mais à la nécessité de loger les grosses cloches, qui ne pouvaient être placées dans les tours du XII° siècle.
2. Est-ce bien réellement une faute ? Voir ce que j'ai dit à la page 62.
3. L'auteur ne semble pas s'être rendu compte que les murs auxquels sont appliqués les grands arcs brisés, sont de plus d’un siècle antérieurs aux gros contreforts, aux piliers et aux arcs.
4. Les fenêtres de la travée carrée du chœur avant le rond point sont en plein cintre.
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274 aponographie de la cathédrale D'Angers.
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€ On remarquera encore que, suivant une pratique générale, les chapiteaux du chœur sont encore plus riches et plus ornés que ceux de la nef. Aux feuillages fantastiques se mêlent des têtes d’anges et des figurines d'un mouvement gracieux, souvent très correctes de proportions. C'est à ce qu'il parait la dernière phase des chapiteaux historiés: il n'ose déjà plus montrer ses figurines qu'à demi enveloppées dans le feuillage.
€ On ne peut rien voir de plus beau, de plus harmonieux que les vitraux, qui garnissent encore toutes les fenêtres de Saint-Maurice. Les plus anciens, ceux de la nef, l'emportent peut-être sur les autres par la suavité des couleurs et leurs heureuses combinaisons, quid'abord attirent l'œil et lui font éprouver un plaisir d'une nature particulière. Toutes les verrières, exécutées dans le même système, se composent de morceaux de verre coloré d'une grandeur médiocre, rehaussés par une teinte, rarement deux, appliquées par dessus. Elles sont certainement au nombre des plus anciennes de France et on peut les comparer à ce que l'on trouve de plus parfait en ce genre. Je ne dois pas oublier de noter l’art avec lequel les plombs sont arrangés de manière à dessiner les contours, qu'il convient d’accuser fortement.
« La rose du transept méridional est extrêmement curieuse par sa forme en roue, comme les premières roses byzantines : c’est en outre une des plus grandes de ce style, qui se puisse voir. Les rais ou meneaux sont autant de colonnettes à chapiteaux ornés de crochets, tels que ceux du gothique primitif.
«€ On sait qu'un édifice aussi considérable, aussi soigné dans tous ses détails, n'a pu s'élever que lentement ; sa construction a duré plus de deux siècles. La nef, dit-on, fut bâtie en 1030 (lisez 1025); mais alors elle n'était pas voûtée et n'avait qu'un toit en charpente. Sans doute aussi ses décorations intérieures n’existaient pas encore ; car ses colonnes engagées et les ogives latérales formant les niches, sont évidemment contemporaines de la voûte ('}, qui fut achevée ainsi que le chœur à la fin du XII: siècle (°). € Les transepts ne furent commencés qu’en 1225 (:) et l'église entière, à l'exception des tours (+), était achevée en 1240 (°). Il est à remarquer que, bien qu’au milieu de ces travaux un nouveau style d'architecture prit naissance, on ne laissa pas de se conformer au plan original, sauf de légers changements de détail, qui prouvent la part des architectes un louable désir d'innover, mêlé au sentiment de l'harmonie qui doit exister dans toutes les parties d'un vaste monument }.
La description de M. Mérimée, malgré des erreurs de détail, que j'ai relevées en note,
fait honneur à son auteur, quand on se souvient qu'en 1836 les études archéologiques étaient, pour ainsi dire, à leur début. Elle a été reproduite par Bodin dix ans plus tard dans ses Æecherches Historiques sur l'Anjou, t. 11, p. 195 et suivantes.
De la longue description de la cathédrale, donnée dans le Maine et l'Anjou en 1862,
1. Non; contreforts, piliers, arcs brisés entre les colonnes, galerie, peut-être même les arcs formerets au-dessus des
grandes fenêtres, tout cela a précédé de quelques années l’entreprise des voûtes.