‹ Monographie de la cathédrale d'Angers. Les immeublesChapitre 78 sur 359 · DATE APPROXIMATIVE DU PORTAIL · texte numérisé non relu

DATE APPROXIMATIVE DU PORTAIL

Rapprochant le portail d'Angers de celui de Chartres, M. Gabriel Fleury date l'un et l'autre du dernier tiers et même du dernier quart du XII° siècle. Il fait les remarques suivantes :

1° € Les portails imagés dans le nord de la France paraissent avoir conservé le plein > cintre pour leurs tympans et leurs archivoltes durant toute la première moitié du > XIIe siècle, tels sont les portails d'Avallon, de Bourges, du Mans et de Vermenton ; >» dans la seconde moitié du XITe siècle au contraire, le tracé en arc brisé se rencontre > généralement comme on le voit à Saint-Ayoul de Provins, à Saint-Loup de Naud, à » Chartres, à Senlis et à Étampes... nous ne pensons pas qu'on puisse citer un seul » exemple de portail imagé à arc brisé antérieur à 1150.

20 & Le soubassement ne présente plus les ressauts rectangulaires, que nous trouvons > dans les autres portails du XIT° siècle, mais l'ébrasement est rectiligne, comme dans les » portails latéraux de Bourges, remaniés au XIIIe siècle ; les statues colonnes ont pris > du développement en largeur et ne sont plus réduites à garnir le fond seulement des > angles rentrants, elles ressortent même sur les angles saillants, les colonnes sur lesquelles

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1. Bulletin monumental de l’Anjou, 1852, p. 61. Le nimbe de David a été mutilé par les enfants ainsi que plusieurs figures de Sibylles et de Prophètes.

2. Outre les traces de peinture, le portail laisse voir les restes d’un badigeon plus récent, du XVIII: siècle sans doute : c’est ce qui aura fait dire à M. Viollet-le-Duc que les galons avaient été moulés dans une pâte de chaux. ( Dictionnaire raisonné d'architecture, t. 1, p. 4oett. VIII, p. 273.)

3 M. Viollet-le-Duc (Drctionnaire raisonné d'architecture, t. VIIX, p. 297), indique la manière dont furent soudés les cercles de fer, qui réunissent les branches des croix de fer, appliquées avec des clous à tête saillante sur les vantaux du portail. Un des motifs, placés à trois mètres du sol vers le milieu entre deux croissants, le long du trumeau de bois, rappelle certains ornements brodés au XI11° siècle sur le manteau impérial de la cathédrale de Metz. (Za broderie du XT siècle jusqu'à nos jours, par L. de Farcy, planche à la page 56.)

56 Bonogtapbie de la cathédrale d'Angers.

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» elles sont accolées sont à peine visibles, de plus, le soubassement représente une grande > fraction de la hauteur totale du jambage, la statue est ainsi plus élevée au-dessus du > sol. Le portail d'Angers pour cette partie s'éloigne bien visiblement du portail de » Chartres et se rapproche davantage du portail occidental de Notre-Dame de la Couture > au Mans, qui, lui, appartient sans conteste au XIII° siècle. »

Est-il possible de faire concorder cette date du dernier tiers ou du dernier quart du XI1° siècle, donnée judicieusement par M. Fleury, avec les autres travaux de la cathé. drale ? je ne le crois pas.

Rien n'autorise à penser que la façade fût construite plus tard que les piliers de la nef, élevés vers 1135 ou 1140 ('), en tout cas elle est antérieure aux voûtes, commencées de 1150 à 1153. En effet on ne constate aucune reprise à l’intérieur et la base des tours fait corps avec les piliers d'angle de la nef ; à l'extérieur, les matériaux et la taille de la pierre sont semblables. La façade était d’ailleurs indispensable pour recevoir les arcs formerets de la dernière travée de la nef : le mur dans lequel s'ouvre le portail, n'est pas plus récent que les piliers de la nef. Que la sculpture et les imageries aient été faites longtemps après la construction, vers 1160 ou 1170, ceci est très probable, mais les arcs brisés des voussures et l'ébrasement rectiligne, remplaçant les ressauts rectangulaires des autres portails, comparés par le savant auteur à celui d'Angers, remontent à mon avis, à la construction même de la façade, certainement antérieure à 1150. Qui sait si ce portail d'Angers n’est pas le premier, dans lequel on ait adopté cet ébrasement rectiligne ? Il a bien fallu que ce parti pris, si logique puisqu'il est très favorable à l'écoulement de la foule, si bien imaginé puisqu'il préserve d'une part les moulures des accidents auxquels étaient exposés les ressauts rectangulaires (*) et d'autre part les pieds des fidèles des chocs contre des angles saillants, fût inauguré quelque part.

Bref, sans m'ériger en docteur, je crois pouvoir conclure que la structure, le tracé du portail appartient au maître du X[1° siècle, qui, vers 1140, a commencé la façade et que la sculpture fut exécutée vers 1160 ou 1170.

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