REMANIEMENT DE LA FAÇADE AU XVI: SIÈCLE
Je n'entre pas ici dans les détails de la construction du grand mur, orné des statues de saint Maurice et de ses compagnons, ni de la tour en pierre de Jean de Lépine, on les trouvera plus loin. Remarquons simplement que la partie centrale de la façade est rehaussée d’une dizaine de mètres et par suite que les tours, auparavant si dégagées, sont raccourcies d'autant ('). M. d'Espinay reproche à la façade d’être trop étroite (°). Les tours ont un étage de trop et sortent des proportions régulières. Je regrette de ne pas partager le sentiment du savant archéologue; les tours n'ont nullement un étage de trop: elles sont dans les proportions des tours romanes de Saint-Étienne de Caën : au pignon de la nef correspond l'étage inférieur (noyé aujourd'hui dans le mur du XVI: siècle); celui du beffroi s'élève avec raison au-dessus du sommet des toitures, afin que le son des cloches puisse se répandre sans obstacle aussi loin que possible. Donc le maître de l'œuvre du XII: siècle n’est pas en faute.
« C'est pour dissimuler ces défauts (de proportion), ajoute-t-il, qu'on a masqué le > pignon de l'église par la galerie des chevaliers et élevé l'édicule grec qui jure com- > plètement avec le portail et les flèches gothiques... »
— Mais pas du tout ; on verra plus loin que les tours latérales étant trop étroites pour contenir les très grosses cloches, ambitionnées par le chapitre, celui-ci chercha le moyen de remédier à cet inconvénient. Il ne trouva rien de plus pratique que la construction de la tour de pierre, montée sur un mur, au-dessus de la grande fenêtre.
Les chanoines d'Angers n'avaient pas d'ailleurs le monopole de cette invention déplorable au point de vue décoratif.
Jusqu'en 1852, la façade de la cathédrale de Laon fut déshonorée par un énorme beffroi de bois encombrant les deux belles tours et construit pour y mettre les trois grosses cloches, dont Guillemette, donnée en 1268 par l'évêque Guillaume de Champeaux, pesait 18.000 livres (:).
À Strasbourg, l'exhaussement de la façade eut une autre cause. Les cloches ébranlaient sans doute la tour, dans laquelle elles étaient suspendues; on imagina de construire une cage
1. Le même inconvénient peut se remarquer pour le clocher sud de la cathédrale de Chartres. Si on compare le dessin de la façade de 1134 à 1194 avec celui de la façade considérablement surélevée après 1197, on voit ce que le clocher a perdu d'élégance par cette transformation. — Article de M. Mayeux dans le Bulletin de la Société archéologique d'Eure et Lotre, juillet 1900, p. 441, fig. 9 et fig. 13.