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Monographie de la cathédrale de Bourges

Chez MM. FIRMTN DIDOT frères, Imprimeurs de l'Institut, rue Jacob, 56. I A BOURGES, chez M. VERMEIL, place des Carmes, 2.

— BENJAMIN DUPRAT, libraire, rue du Cloitre Saiut-Beuoit, 7. A LEIPZIG, chez MM. IIROCKIIAUS et AVENARIUS.

— HAUSER, Boulevard des Italiens, 11. | A LONDRES, chez MM. de LA CROUÉE et FRANÇOIS fils.

PRÉFACE

I. Le but ordinaire d’une préface, — aussi ne la lit- on guère, — est d’exposer ce qu a prétendu faire l’auteur.

L’ouvrage n’est-il pas là pour le dire?

C’est pourquoi nous avons disséminé dans le corps du livre un bon nombre de ces choses qui prennent souvent place dans un discours préliminaire. On a trouvé que ces confidences faites au lecteur, chemin faisant, avaient un air de désinvolture un peu négligé; mais sans ces interruptions, n’eussions-nous pas semblé roides et trop dogmatiques? On aurait feuilleté nos recherches, et nous désirions quelles fussent lues. Quant à être sans défaut, nous n’y songions même pas : assez d’autres soucis pouvaient nous préoccuper dans un travail où les modèles manquaient presque entièrement.

Maintenant, donc, nous ne présenterons point d’excuses au lecteur. Toute jactance à part, il est clair que l’auteur d’un écrit scientifique ne se propose pas ordinairement de consulter ceux qui le liront, mais bien de leur apprendre quelque chose. Ainsi, 1 écrivain, dans sa conscience, quelle que soit la modestie de son langage, n’admet évidemment la compétence du public que jusqu’à un certain point; il songe nécessairement, quoi quil dise, plutôt à faire une leçon qu’à subir un examen. Il se suppose donc communément beaucoup plus au fait du sujet que ne le seront la plupart de ses lecteurs, et ne peut raisonnablement soumettre au public une apologie qui ne saurait s’adresser qu à un trèspetit nombre d’arbitres.

D’ailleurs, le mode de publication que nous avons suivi, en faisant paraître notre ouvrage par livraisons successives, qui toutes ont précédé l’impression de cette préface, nous trace un sujet plus intéressant que ne serait un plaidoyer. Ce sera comme l’histoire entière de notre livre : l’exposé de l’occasion qui nous l’a fait entreprendre, le récit de l’accueil qui lui a été fait, l’aperçu des plans qui se rattachaient à ce projet dans notre pensée. Pour cela, nous répéterons quelques-unes des paroles que renfermait notre prospectus (sous la date du 3i juillet 1841), trois mois avant l’émission de nos premières feuilles.

IL L’un de nous prêchant le carême à Bourges, en 1839» se trouva tout naturellement amené, par son amour des monuments chrétiens et par la merveilleuse opportunité dune longue station dans cette belle cathédrale si peu connue, à passer les journées entières sous les voûtes de la basilique où il venait annoncer la parole de Dieu. Ce ne furent d’abord que de religieuses diversions, un pieux délassement, après les méditations et les fatigues de la chaire. Peu à peu ces heures d’un grave repos le conduisirent à une observation plus attentive, qui devint insensiblement une étude. Car si tous ces spectacles dont il était entouré avaient de quoi fixer ses regards, rien ne répondait aux questions que d’aussi grands objets faisaient naître à chaque instant sur ses lèvres. Supérieure en cela à bien d’autres cités, Bourges avait conservé presque intacte sa vieille église métropolitaine

ii PRÉFACE.

à travers les fureurs de l’hérésie et de l’athéisme. C’était avoir fait beaucoup sans doute, mais, à force de n’être plus interrogées, toutes ces grandes figures avaient perdu le langage, et semblaient s’obstiner à ne rendre plus de réponse aux tardives curiosités qui venaient s’informer de leur pensée après tant de générations insouciantes. Qu’était devenu le temps où les catéchismes recommandaient au peuple de considérer les verrières en récitant le chapelet (i) durant la messe! Ces images appelées par nos pères le livre des laïques, le clergé même s’était accoutumé à les tenir pour lettre close. Aussi, un prêtre respectable, M. le chanoine Romelot,dans un livre consacré en 1824 à la gloire de la cathédrale de Bourges, n’avait pas cru devoir prendre la peine d’expliquer ou même de nommer aucune des anciennes verrières. Pour lui, le plus grand mérite de ces verroteries était encore de « répandre une teinte sombre et mystérieuse, très-propre à inspirer le recueillement.» Du reste, tout en y reconnaissant un certain mérite de coloris et un assez grand caractère, il entendait bien « laisser dormir ces vieilles friperies gothiques dans la poussière qui les « couvre, etc. »

Quinze ans s étaient écoulés depuis que le digne abbé Romelot avait imprimé ce curieux jugement sur les beaux vitraux de Bourges, et il faut lui rendre cette justice que son langage en 1824 était à peu près celui des amateurs les plus avancés. Mais depuis lors le moyen âge avait bien grandi dans l’estime générale, sans que pourtant l’ancienne peinture sur verre eût encore obtenu toute la justice quelle pouvait réclamer (2). Il nous sera sans doute permis de le dire, ce fut alors qu’elle rencontra dans un missionnaire l’interprète que les vieux artistes auraient pu désirer, s’ils avaient jamais soupçonné que leur expression pût tomber à lëtat d’hiéroglyphe énigmatique dans le royaume de saint Louis. Qu’était-ce, en effet, que ces pages éclatantes constamment déployées aux regards du peuple, sinon la prédication journalière des siècles passés? C'était donc une pensée bien séante à un prédicateur du xix" siècle, que le projet de dépouiller ces archives de I enseignement religieux sous la forme de l’art, et d’y chercher de quelles instructions avaient été nourris ces âges de foi dont il y a de si glorieuses choses à dire, comme parlait le roi-prophète en exaltant la cité de Dieu.

Sans autre ambition, d’abord, que celle de s’assurer un souvenir durable qu’il pût consulter et méditer plus tard, notre prédicateur prit le crayon et le pinceau (3), pour fixer les impressions des moments trop courts et trop détachés que lui laissait sou occupation principale. Voila comment, après quelques semaines, il emportait de cette église des sujets ongues méditations, sans trop songer encore s’il en ferait jamais part à d’autres qu’à ses amis. Cetaient de nouvelles notes de voyages, ajoutées à celles qu’il allait recueilLt ça et la sur sa route depuis bien des années, s’instruisant lui-même en mê,

instruisait les autres. Deux ans

me temps qu'il se passèrent ensuite, durant lesquels la revue de ces

(i) Catéchisme e,i usage dans les diocèses de Udge, de Cambrai

? , ** **»***-, par P. J. Henry (6’ édition,

I i/j ’ P V*(i) * * * * 6’"-)' • A quoi pensez-vous en disant votre chapelet [durant la messe)! - A quelque dinar qne Noire-Seigneur on Notre-Dame ont faite étant an monde, on bien à quelque image que je vo,a devant moi à l’autel, aux parois, aux verrières en mon livre ou en mes mains. »

II parait qne le pieux Fénelon, malgré sa sévérité pour l'art

gothique, «avait rien trouvé à redire dan, eelte instruetion popnlatre.Mais le successeur du eardinal Dubois, Monseigneur Charles de Saint-Albin, transféré de Laon à Cambrai en ,,a3 avee conservation de, honneur, de la pairie, ernt devoir y „ ’

der de plus près. Une nouvelle édition du catéchisme, donnée* en

17»6, obvia donc à tout abus par la modification suivante - . ou bien a quelque miage que j'ai devant les yeux, et uni m'insnire de sainte, pe„sée,. 0u évitait ainsi l'inconvénient d’affirmer que les vitraux pussent faire naitre des pensées utiles.

( . ,M' de Lasteyrie avait à peine publié à cette énorme le, premières feuille, de son Hlsloire de Upeialure ru" le?°Z fl,

du .»i',“ Te' •'T* P“'“ 5“r “ » bé-

et péSble SeC°"S “ 1"00"pl”*e“ot de cette tâche longue

PRÉFACE

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