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portefeuilles avait inspiré à plusieurs le désir d’une large publicité pour ces belles œuvres des siècles chrétiens; et il n’était pas besoin que les invitations devinssent bien pressantes pour déterminer celui qu’une considération assidue attachait tous les jours davantage à ses souvenirs du Berry. Cependant, le temps appesantissait sa main, et l’hiver de 1840 avait déjà fait disparaître à Bourges plusieurs figures qui 11e se conservaient plus que dans les cartons du missionnaire. Mais ces interruptions fréquentes, cette dispersion des heures, qu’entraîne l’exercice du ministère ecclésiastique, ne permettaient point de former un projet définitif, ou en faisaient ajourner l’accomplissement jusqu’à un terme qui fuyait sans cesse.
Un jour, enfin, recourant à cette ressource toujours ouverte dans la vie religieuse qui fait que sans cesse on vit avec des frères sous le même toit, il vint offrir une part du fardeau à celui qui écrit ces lignes; et le lendemain nous nous mettions en devoir de faire rouler cette masse accablante.
III. O11 s’abuse souvent sur le poids et sur la portée de certains fardeaux que l’enthousiasme a soulevés dans un rêve d’exaltation, mais dont la pesanteur véritable ne s’apprécie bien que dans le calme décourageant d’une pénible expérience. Ne nous étant pas bercés de douces illusions pour nous enhardir à l’œuvre, nous n’avons point éprouvé ce mécompte; et à cette station de relâche que nous fait atteindre la fin de notre premier volume, nous nous trouvons, en essuyant nos fronts, bien moins de cheveux blanchis sous le faix que nous ne l’avions présagé à l’instant du départ. Une seule chose nous a quelque peu surpris, c’est le favorable accueil qu’ont rencontré nos travaux. Sauf la popularité, à quoi de pareilles entreprises ne sauraient prétendre, il nous a manqué bien peu pour atteindre ce que l’on appelle un succès éclatant; et au point où nous sommes parvenus, nous ne voyons pas du tout qu’il faille renoncer à cette réussite entière.
Quant au poids de la tâche, comment nous le serions-nous dissimulé? On avait parlé à peu près de tout, excepté de ce qu’il nous fallait faire connaître. Sans rappeler les grands ouvrages dont l’objet est l’antiquité profane, l’art chrétien lui-même, quoique longtemps négligé par le vulgaire, avait été cependant traité avec respect dans presque toutes ses productions, à l’exclusion de la seule peinture sur verre. Les graves mosaïques des absides, les peintures murales, les sculptures et la céramique des catacombes, bien des mystérieux bas-reliefs même du moyen âge le plus rude, ont trouvé depuis longtemps en Italie d’habiles interprètes qu’on n’a pas assez imités et qu’on ne dépassera pas facilement. Les Anglais et les Allemands, bien plus que nous, ont publié, surtout dans ce siècle, de fort belles études sur la sculpture et l’architecture de leurs catholiques aïeux. Il ne faut pas oublier la France. Montfaucon nous avait bien devancés tous tant que nous sommes, quoiqu’avec des vues trop peu élevées et des artistes fort peu soucieux de leurs modèles; et si l’âge de Lebeuf et de Montfaucon n’eût pas été brusquement éteint dans la frivolité de notre xvin® siècle, nous n’en serions pas aux tâtonnements et aux regrets aujourd’hui pour tant de beaux monuments perdus ou devenus muets. Millin, malgré l’esprit de persiflage qui lui fait déprécier à chaque instant son propre sujet, n’a pas laissé de former des collections utiles. Que dire de d’Agincourt, dont le plan était si grandiose, mais si prématuré? Et, pour nous rapprocher immédiatement de ces années dernières, comment ne pas nommer M. du Sommerard, qui eût pu conduire à terme de bien nobles entreprises, si le gouvernement n’eût pas attendu sa mort pour remarquer le zèle d’un si bon Français? Abrégeons : on a étudié les armures, les tapisseries, les meubles, la toreu-
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tique, la glyptique, les peintures des siècles qui ont précédé ce que l’on est convenu d'appeler la Renaissance , et les vieilles miniatures ont reçu l'honneur d’un trophée gigantesque. Mais, encore une fois, les verrières quelle place occupaient- elles parmi ces témoignages d’une tardive admiration, qui semblait vouloir regagner le temps perdu? Ou figuraient-elles dans tout cela? Ces énormes tableaux de quinze à vingt pieds de hauteur, dont presque toutes les cathédrales offraient une douzaine de beaux restes, c était à peu près l’unique curiosité dont on ne se fût presque pas aperçu. Je me transporte en i838, et je parle des vitraux antérieurs au xve siècle. Or on sait bien que H. Langlois lui-même ne les mentionne guère qu’à titre de premiers tâtonnements; et M. II. Thévenot dut paraître bien hardi, lorsqu’en 1 83 7 il publiait (1) la phrase suivante :«... Je me borne à « dire que, sous le rapport artistique, le début de l’art en France fut un coup de maître, « et que le premier artiste qui peignit et disposa un vitrail comme ceux des xne et xme « siècles obtint un effet de décoration tellement prodigieux, qu’il n’a pu être surpassé « depuis.»
Je ne pense pas que, sauf certaines formules vagues, on eut jamais rien imprimé de plus flatteur pour les peintres-verriers du xne siècle et du xme, lorsque le P. A. Martin préparait la publication des vitraux de Bourges; et cependant le moyen d’expliquer cette insigne distraction des monumentalistes? Si de nombreuses incorrections dans le dessin des figures avaient suffi pour rebuter les explorateurs, comment s’était-il fait que les vieilles miniatures de la même époque semblassent supporter le regard? Que si les peintures des manuscrits ont paru racheter suffisamment ces imperfections de forme par un sens profond que les miniaturistes y auraient déposé sous cette écorce un peu âpre, ou par les utiles données que ces vieux essais fournissent à l’histoire de l'art, il est malaisé de comprendre qu’on n’ait pas remarqué les mêmes avantages réunis dans les productions de la peinture sur verre, à un degré pour le moins égal. Car quiconque a étudié les anciennes miniatures, conviendra qu’en tout ceci la plupart des verrières équivalent à peu près chacune à un manuscrit entier, et encore à un manuscrit choisi entre les plus splendides (2). Ajoutez qu’il doit être bien moins tenu compte des incorrections dans une vaste composition destinée à n’être appréciée que de loin, et asservie à un appareil d’exécution singulièrement compliqué. Songez, en outre, que, pour la signification des tableaux, ce que le miniateur traite le plus souvent en trois ou quatre scènes, le peintre-verrier le développe en une vingtaine de médaillons accompagnés, comme par surcroît, d’une ornementation admirable. En sorte que la peinture légendaire et symbolique, et la décoration même, qui n’existaient que comme à l’état embryonnaire sur le vélin, s’épanouissaient en un développement colossal dans les vitraux, sans avoir réussi à fixer les yeux de ceux qui passaient tous les jours devant ces tableaux immenses.
Il ne faut pas cependant s’étonner outre mesure d’une distraction en apparence si bizarre. Là, comme en une foule d’autres cas, il était nécessaire que lame ouvrît h porte aux sens; je veux dire qu’il fallait comprendre pour arriver même à voir, qu’il fallait déjà
(1) Essai historique sur le vitrail... . (Clermont-Ferrand, 1837; in-8" de quatre-vingt-sept pages), p. 9.5. Lepoque que nous traitons occupe quatre feuillets dans cet opuscule, et l’auteur ne devait sans doute cette appréciation si neuve et si juste qu'à des études spéciales qui lui avaient imposé la nécessité d'une inspection attentive.
(1) Il est fort peu de manuscrits qui, comme VHortus cleliciarum de l'abbesse Herrade, forment une véritable galerie de tableaux.
1 , . , J 1 “ ""b1 ou trente miniatures
considérables, son, loin dé.re le grand nombre; et quelquefois . dans cette rmgt.me de petit, tableaux pl„sie„r, décèlent une main subalterne. En tout eas, le, manuscrits, si ee n'est neut-ftre ceux quou destinait a figurer dans la célébration de la liturgie
qui de,a,t régir bien plus rigoureusement le, grande, peinture, publiques des églises. peintures
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savoir ce dont il s’agissait avant de pouvoir réussir à reconnaître l’expression; et que pour parvenir à une perception matérielle bien distincte, il était indispensable que l’intelligence frayât la voie. Tant que la plupart des représentations n’étaient point comprises, un vitrage devenait quelque chose de fatigant pour le regard qui ne savait à quoi s’arrêter; et, par suite de l’espèce de tourment qui devait en résulter pour l’esprit du spectateur, on en détournait naturellement les yeux comme d’une cause de malaise. De là il était arrivé que même l’ornementation, si étonnante dans les verrières antérieures au xive siècle, n’y avait presque pas été vue; une seule chose avait frappé tout le monde, comme un charme inévitable, même à la plus grande distance, c’était la magie de l’effet général dans ces magnifiques combinaisons de couleurs.
IY. Tel est l’état où nous trouvions notre sujet quand nous l’avons abordé. Presque tout y était à faire; et si c’était un avantage, parce que rien ne nous liait les mains, c’était bien aussi un embarras véritable, parce qu’une foule de travaux antérieurs nous imposaient une émulation pesante, sans nous aplanir en rien la route. Les goûts délicats et recherchés du monde élégant, l’enthousiasme de riches amateurs, ou la noble fierté de protecteurs puissants, avaient consacré des publications splendides à bien des sujets dont nous ne pensons pas rabaisser le mérite en disant que le nôtre les valait bien. Les monuments grandioses élevés par la foi de nos pères devaient-ils être traités avec moins d’honneur que des caprices de boudoir, que les papillons, les colibris, les reptiles, les poissons et les plantes de certaines contrées, ou même que les fragments de frises et de colonnes, les bronzes, les bijoux et les amulettes qui sauvaient de l’oubli la somptuosité pompeuse, les fantaisies brillantes, la superstition et la luxure de l’antiquité païenne la plus reculée? D’ailleurs, ce qui était magnificence plus ou moins raisonnable dans d’autres livres, était, selon nous, nécessité toute pure pour le nôtre. Sauf la partie architecturale (la composition générale et l’ornementation), le dessin est précisément la partie faible des anciens vitraux. Les dépouiller de leurs couleurs dans une représentation plus ou moins économique, ce nous semblait être un procédé presque déloyal envers les vieux peintresverriers, dont l’œuvre comparaîtrait ainsi privée d’un de ses plus grands avantages, tandis que tous ses défauts seraient mis dans un jour exagéré par cette abstraction infidèle (i). Quant au format, il nous était commandé pour les planches par la nécessité d’éviter ces réductions disproportionnées qui tombent dans la classe des pittoresques . 11 fallait adopter une dimension qui permît de ne pas faire descendre les principales verrières au-dessous d’un dixième de leur véritable grandeur (2). Cette pensée était si naturelle, que nous nous sommes rencontrés en cela, sans l’avoir prévu, avec des appréciateurs compétents : les auteurs de la Monographie de Chartres.
Y. Yoilà pour la forme. Des exemples non moins impérieux déterminaient d’avance le
(1) Le gouvernement n’avait pas encore fait paraître l'unique verrière qu’ait reproduite jusqu’à présent la monographie de la cathédrale de Chartres, d’où l'on parait décidé à repousser tout autre auxiliaire que le burin. Nous n'aurions pas osé rompre cette glace; car aujourd’hui même nous persistons à croire que la peinture sur verre est traîtreusement compromise par cette espèce de subreplion, et qu'à bon droit elle se plaiudrait d’ètre jugée sur un faux exposé. Réduite au seul trait, elle y perd beaucoup plus qu’un tableau du Corrége, de Rubens ou du Titien, parce quelle avait prétendu être bien plutôt décorative que descriptive.
Assurément, des exemplaires coloriés à la main eussent exigé des trais énormes qui étaient bien propres à décourager même
avant la tentative; mais l'impression en couleurs semblait apparaître tout exprès pour résoudre la difficulté. Nous avons osé lui confier ce problème, le plus sérieux peut-être quelle ait eu à trancher jusqu'à présent; et les presses de M. Lemercier, en débutant dans cette carrière par une publication aussi grave, ont prouvé, ce semble, que nous n’avions point trop présumé d’un art qui tâtonnait encore lorsque nous l'avons appelé à notre secours.
(2) Le format des planches a entraîné celui du texte. A tort ou à raison, nous avons craint que ces deux parties séparées l’une de l'autre ne se prêtassent point suffisamment une assistance mutuelle. Seules, les planches pouvaient n’exciter plus qu’une curiosité presque enfantine; et le texte détaché risquait de paraître un peu rude.
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fond et la manière, sans toutefois nous rendre d’autre semee qw de^ noM ^ ^ ^ une voie difficile. Les passions frivoles d’abord, puis haineuses ' ’ inter-
de tout leur poids sur l’Église bien plus que sur aucune autre — ^
rompu les grands travaux ecclésiastiques sans que a subite
L’étude des monuments profanes avait meme double le pa . - ,
d’immenses matériaux, des Winckelmann et des E. Éiseonti font devancer le temps^^ ^ science; et, ce qui aurait pu être tolérable il y a soixante ans, i ne ai ,
archéologie de se payer d’aperçus quelconques ou de divagations curieuses. aujourd’hui au monumentahste des résultats incontestables, et non plus seulement opinions d'une sagacité hasardeuse. Ou ne le laisse plus prêter aux siècles impropre langage, ou prononcer en se jouant des divinations soudaines quan autre puisse venir écarter demain avec la même intrépidité. Pour toute pensee qu il attribue a lœuvic d’un âge ancien, on exige qu’il produise des témoins du même âge ou de ceux qui moi sinèrent. On ne se résout point à le croire sur parole; et son vrai titre à la réputation d’habileté, c’est l’opportunité avec laquelle il évoque les vieux garants qui font converge, les expressions de divers ordres en un langage commun. L’antiquaire a cesse de rendre des oracles et de prononcer des arrêts, pour n’être plus désormais que le rapporteur des civilisations révolues. Il lui faut donc prendre son parti d’être éconduit s’il ne se présente les pièces en main. N’importe ce qu’il peut lui en coûter pour parvenir a sieger dans les conseils de la science; son droit de suffrage n’est qu’à ce prix, et les hommes graves lui en tiennent compte. Tel est le sort que lui fait son étude, où il doit s’attendre à rencontrer des censeurs désœuvrés, qui trouveront très-commode de reléguer les matériaux de ce savoir patient parmi les compilations indigestes : semblables à ces esprits naïfs pour qui la guerre n’a pas d’autres secrets qu’une bataille, et une bataille pas plus de ressorts qu’une charge de cavalerie légère. Et encore, soupçonnent -ils seulement, ces hommes pour qui tout est si simple, ce qu’il entre de préparations dans la mise en œuvre de l’arme en apparence la plus spontanée?
Soit que l’on explique les œuvres de la littérature par celles de l’art, soit que l’on médite les anciens écrits pour rendre la parole aux monuments qui n’ont plus conservé que la forme, le grand travail de l’interprète en même temps que l’un des plus intéressants résultats de ses recherches, est précisément à retrouver certaines choses d’autant plus perdues quelles semblaient moins devoir se perdre lorsqu’elles étaient en possession. Car à force de les avoir familières, ceux qui vivaient alors ne songeaient pas qu’on pût jamais en venir à les ignorer; d’où il est arrivé que ces faits jadis universels et quotidiens ont été dérobés à la connaissance de la postérité avec tout autant de discrétion que les plus mystérieux secrets. Pour surprendre le mot de ces conspirations involontaires, il faut épier des paroles qui sembleraient ne devoir point le renfermer, contrôler une assertion par l’autre, saisir dans l’air de famille que peuvent présenter divers textes ou divers monuments, le fil qui doit conduire à constater l’influence et la diffusion d’une idée. Il faut, en un mot exécuter soi-même de véritables fouilles, où le rude labeur de l’ouvrier ait sans cesse un surveillant et un guide dans la réflexion et la prévoyance du savant.
Celui qui, pour l’avancement de l’archéologie profane, consacre ses veilles à de si pénibles études, jouit de plusieurs avantages que nous ne partagions pas avec lui. S’il est obligé de renoncer à un public nombreux, il peut du moins compter sur une élite de lecteurs que la marche continue de la science lui tient préparés sans cesse dans les hauts
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vu
rangs de la société. A ce cercle d’hommes généralement graves et initiés par les voyages, les musées, les collections spéciales, il peut tenir un langage roide et hérissé d’allusions ou de citations savantes. On ne s’en étonne point, on a droit de l’attendre, et on lui reprocherait de déroger s’il s’écartait de la seule marche reconnue pour convenable. S’il y a quelque chose d’un peu guindé dans cette grave conversation qu’entretiennent les antiquaires d’un bout du monde à l’autre, on s’en console comme des rigueurs d’une étiquette qui a prescrit; le rendez-vous est obligé pour quiconque veut figurer dans le cercle des monumentalistes, et nul ne se soucie d’y paraître novice. En sorte que là, comme dans bien d’autres cercles, plus d’un auditeur dissimulera soigneusement l’ennui que pourra lui coûter un plaisir auquel il se regarde comme astreint.
Mais être contraint à se former immédiatement un auditoire tout neuf, parce que le monde a été sevré depuis longtemps des vérités un peu austères que vous voulez lui offrir; le ramener tout d’un coup sur une voie désertée, comme une meute rompue dans la poursuite et dégoûtée de la course; l’y faire rentrer néanmoins sans aucune grâce par-dessus tous les obstacles de la distance et d’une nouveauté sévère, c’était s’obliger à brusquer bien hardiment son monde, et rudoyer avec quelque audace un public qui semblait exiger plus de ménagements. De quelques panégyriques que notre siècle soit accoutumé à se faire bercer, il nous permettra de lui dire que la lecture des saints Pères ne paraissait pas devoir produire parmi ses nourrissons un entraînement contagieux. Cependant le clergé avait perdu dans la majeure partie de l’Europe ces existences puissantes qui assuraient autrefois le succès des grandes publications inspirées par l’amour de l’Eglise. D’ailleurs nous voulions absolument que notre travail ne fût pas un livre purement ecclésiastique, et même qu’il ne s’adressât exclusivement à aucune classe spéciale de lecteurs, puisqu’il s’agissait de spectacles destinés primitivement à tous les fidèles. Malgré cela, nous prétendions ne relâcher rien de ce que réclamait le faste actuel de la science, de peur que les grandes œuvres de l’art chrétien chez nos ancêtres ne semblassent mises au-dessous des patères étrusques ou des meubles d’IIerculanum. En outre, s’il nous est permis d’emprunter de nobles paroles dites à une autre occasion, nous avions des devoirs dans le sang. La voix des Sirmond, des Pétau, des Labbe, avait cessé depuis longtemps en France, à partir du jour où les Bénédictins, en reproduisant les Pères et les vieilles chartes, entrèrent dans une carrière qui leur était dévolue comme aux héritiers naturels des anciens manuscrits. Mais ailleurs, à ses dernières années, la Compagnie de Jésus avait produit Lupi, dont le nom durera dans l’archéologie chrétienne; et, pour parler d’une autre classe d’antiquités, elle laissa au monde en disparaissant les savants Lanzi et Eckhel formés dans son sein, et dont la célébrité peut bien nous dispenser d’en nommer d’autres. Premiers héritiers de ces hommes en France, il ne fallait fléchir que le moins possible sous le poids de leurs noms. Force nous fut donc d’embrasser notre tâche avec quelque témérité, surtout en travaillant pour l’église où avait débuté Bourdaloue, et pour la ville où nos pères avaient eu le grand Condé au nombre de leurs élèves.
VI. Voulant ramener en ligne l’étude des monuments chrétiens après une halte de tant d’années (i), nous étions tenus de remettre le public au courant de bien des choses qu’il
(i) Encore une fois, pour calmer des susceptibilités qui ne seraient pas toutes injustes, nous répéterons qu’il s’agit du moment (1839—1840) où nous avions à déterminer la marche de notre livre. Et quand nous parlons d'une longue lacune qu’il nous fallait franchir, nous ne prétendons point dire qu’il n’eût pas été
publié un seul mémoire, un seul opuscule sur l'archéologie chrétienne depuis cinquante ans. Il s’agit surtout du moyen âge, et des grands travaux relatifs non pas à l’histoire ou au style, mais à l'interprétation laborieuse des oeuvres de l'art chrétien chez nos pères. En ce sens, nous maintenons notre dire sans prévoir une