XVI. L’ENFANT RESSUSCITÉ
5o. J ai exposé, en décrivant le vitrail (3), les motifs qui me faisaient lire dans ce tableau le miracle d Püe préférablement à celui d’Élisée; et ce que je disais alors, je le maintiens; toujours, du reste, à l’état d’hypothèse probable, et non pas comme fait hors de doute. Je ne vois nulle raison pour revenir sur mes pas; ce que je ferais néanmoins sans difficulté, si quelque nouvelle preuve m’avait paru déposer nettement en faveur de l’autre supposition. Un mot seulement demande à être modifié, sans qu’il eu résulte aucun motif d amendement pour l’explication que je proposais. Une vérification nouvelle faite à Bourges, et déterminée par une remarque de M. Didron, nous a fait reconnaître qu’en effet la veuve de Sarepta, rencontrée par Élie, n’est pas accompagnée d’un enfant à deux têtes, mais bien de deux enfants très-rapprochés l’un de l’autre. L’interprétation peut subsister tout entière avec celte rectification dans les formes. Au lieu d’un même vêtement mi-partie de rouge et de vert, il suffira de se rappeler que chacune de ces couleurs doit être prise comme désignant dans l’original un corps distinct. Ces deux enfants se retrouvent également près de la veuve dans la verrière du Mans ( Étude IV), quoique le texte du livre des Rois fasse entendre à plusieurs reprises qu’il s’agissait d’un fils unique. Or, répétonsle, dans une représentation de quelque fait biblique au moyen âge, quand l’histoire paraît démentie, on a droit de supposer dans l’artiste l’intention de l’agrandir par cette altération. II y a tout lieu de croire que si l’on s’écarte de la lettre, c’est au profit de l’esprit.
Indiquons d’abord les interprétations données au miracle d’Élisée par les auteurs ecclésiastiques; on verra que nous pouvions adopter ce trait sans qu’il en résultât d’altération dans la marche générale des idées. C’est l’abrogation de l’ancienne Loi, dont l’impuissance et la pesanteur vont faire place à la
(1) On peut remarquer que les formes même (le cette représentation varient assez peu. Mais dans une verrière de l'abside de Saint-Jean à Lyon ( Etude VIII), il semblerait que l'on eût voulu figurer un requin. Le monstre marin est renversé sur le dos pour vomir le prophète, comme on le raconte du carcharias qui veut engloutir sa proie. La queue , redressée fortement et couronnée par la nageoire caudale, qui s’épanouit au sommet, donne à ce tableau l’aspect d’une sorte de galère fantastique dont la poupe serait surmontée d’un château élevé, tandis que debout sur la proue à fleur d'eau, Jonas voguerait paisiblement vers un but que ses yeux aperçoivent.
(2) Cyrill. Alexandr., Glaphyror. in Exod., lib. Il (t. I, 3o3) —
Augustin., Quœst. 6 contr. pagan. , epist. Cil (t. II, 283—5.87.) —
Pseudo-Augustin., deSymbolo (t. VI, 58o) Hieronym., in Jonam,
passim. (t. III, i47ij i49°i >493) — Hilar. Pictav., in Matth. (t.
Sedulius ( Carm. pasch., lib. I, v. 192 — 196, p. i75) exprime en quelques mots dans cette image de l'avenir, et la vie du prophète conservée dans l’empire de la mort, et le terme de sa navigation qui trompe l'attente des matelots. C'est Jésus-Christ libre parmi les morts (Ps. LXXXVII, 6), et perdu pour la Judée seule, mais donné aux nations par la perfidie de la Synagogue.
I11 pelngo no» sensit aqnas : vilain sepulcrum Ne morereiur liabens; lutusque in ventre ferino,
Déposition, non præda fuit; vaslumqne per irquor Venitad ignolas inimico remige terras.»
Isidor., in lib. F. ac N. T., proœmia (t. V, 209) . — Pseudo-Isid., de Orltt... PP. ( 1b. t. VII, p. 38o, sq.)— Zenon. Veron., lib. II, tr. i7 (Galland V, i44)- — Maxim. Taurin., Homil. LV, de Pascha (p. i73
i75 j. — Petr. Chrysolog. , Serm. XXXVII. — Petr. Venerab.,
Rhythm. ( Bibl. PP. XXII, 1128) :
« Peraclo triduo ,
Refoimans corpore ;
Surgit continuo Nullo jara denuo
Sed non consumpserat Marina bellua;
Quem, ut trajiciens,
Ita rejieieus Remansit vactia.
« Sic Christus Gentibus,
Emergcns fluctibus,
Salutem prædical;
Tune mundus timuit,
Tiinens pœniluit,
Et culpas abdic.11. »
Nous pourrions énumérer bien d’autres écrivains qui ont reproduit cette interprétation au moyen âge. La Glose [in Matth. XII , 39 — 4'- — In Luc. X 1,29 — 32), comme nous l’avons dit plusieurs fois, peut tenir lieu de plusieurs indications. D’ailleurs, les auteurs du moyen âge, qui ont développé avec le plus de complaisance l'histoire de Jonas dans ses rapports avec Jésus-Christ, ont presque toujours travaillé d’après saint Augustin et saint Jérôme. Tels sont, par exemple, Remi d'Auxerre (in Jon., Bibl. PP. XVI, g85, sqq.) et Rupert (in Jon.) , qui , comme saint Maxime, s’approprient çà et là des lambeaux de leurs modèles.
Gerlioh de Reicliersperg (in Ps. LXXV, 9. ap. D. Pez, 1 53g, sq.) et Rupert (in Jon., libr. II, cap. 2) pourraient expliquer comment la scène du jugement général s’est présentée aux peintresverriers de Tours et du Mans (Etude IV), pour compléter les tableaux auxquels se bornent les verrières de Bourges et de Chartres ( Èt. I).
(3) N° 1 2 ( p. 1 5 j. Cs. n" 6 ( p. 6, 7).
VITRAUX DE BOURGES
Loi de grâce et à Fonction du Saint-Esprit. Le prophète envoie d’abord devant lui son serviteur pour tenter le prodige; mais ni l’ordre du thaumaturge, ni le gage de la mission qu’il a confiée, ne peuvent rien en faveur de l’enfant. Il faut qu’Élisée vienne en personne, et alors même la merveille ne lui est accordée qu’au prix d’une sorte de travail. C’est la vieille alliance, contractée par le ministère des hommes, presque sans succès; tant le résultat est disproportionné à la grandeur du besoin, et le remède à la profondeur de la chute! Moïse, quelque grand qu’il fût, n’était, après tout, que le serviteur; et sa mission, accréditée par tant de merveilles, n’était rien au prix de ce que .Dieu va faire en descendant lui-même jusqu’à nous(i). Mais il ne se contente point de revêtir notre humanité et de commander à nos maux, il s’impose la pénible tâche de nous apporter non-seulement le remède, mais l’exemple. II veut ressentir en lui-même les plus rudes épreuves qui puissent échoir à l’humanité; afin que l’homme, sûr de trouver dans son pontife un cœur au fait de toutes les douleurs (2) , se livre sans réserve à l’action d’un médiateur qui sait compatir aux cruelles infirmités de notre nature.
Quelle que soit la convenance de tout ceci pour compléter ce que nous lisions jusqu’à présent dans notre verrière, on serait presque fondé à dire qu’à Bourges ce serait une espèce de hors-d’œuvre; Un autre vitrail tout entier, dans cette cathédrale (3), étant exclusivement consacré à l’insuffisance de la Loi de Moïse, et à F abondante rédemption (4) que nous ouvre le Nouveau Testament, il est permis de croire que dans la page qui nous occupe on aura pris soin de se restreindre à la vocation des Gentils, sans empiéter sur un grand sujet qui devait trouver place ailleurs.
Cela étant, un discours longtemps attribué à saint Augustin (5), mais où les Bénédictins croient reconnaître saint Césaire, donnerait lieu de penser que la résurrection de cet enfant a pu être prise par le peintre comme figure du baptême. Rupert (6) veut que ce soit la rémission des péchés en vertu du pouvoir donné aux apôtres pour réconcilier les hommes avec Dieu. C’est toujours l’Église rendant a la vie de la grâce ceux que l'infidélité ou l’esclavage des passions destinait à la mort éternelle.
5i. Mais voici un sens plus détourné, ce semble, et dont l’adoption est néanmoins attestée par des preuves historiques assez graves. Le continuateur de saint Bernard dans l’interprétation du Cantique des cantiques (7), fixe nos regards sur ce lit du prophète où l’enfant revient à la vie, lui qui restait glacé sur le sein de sa mère. L’expression ( camaculum ) employée par la Vulgate pour désigner Fappar-
(1) Augustin., serai. XXVI, de verbis Ps. XCIV, etc., cap. 10 ( l. V, 140). « Ipse misit et Legem. Per servum suum, Legem; per se ipsum, Gratiam. Attende Elisæum in magno altoque mysterio ta niqua m prophetam; agendo prænuntiantem, nou solum loquendo. Mortuus erat filius hospitæ ipsius. Quid significabal mortuus puer, nisi Adam? Nuntiatum est sanct.o prophetæ, gerenti in prophetia typum Domini Nostri Jesu Christi. Misit per servum suum baculum suum (IV Reg.IV), et ait illi ; Vade, vade, pone super puerum niortuum. Perrexit ille, tamquam servus obedieus; sciebat propheta quid fecerat. Posuit baculum supra mortuum, non surrexit. Si enim data esset lex quœ possit vivificare, omnino ex lege esset justitia (Gai. III , 21). Non ergo potuit lex vivificare. Venit ipse grandis ad parvulum, salvator ad salvandum, vivus ad mortuum; venit ipse. Et quid fecit? Juvenilia membra contraxit (' contexit ), tamquam se ipsum exinaniens ut formam servi acciperet (Philipp. II, y). Juveuilia ergo membra contraxit [contexit] , parvum se parvo coaptavit; ut efficeret corpus humilitatis nostræ conforme corpori gloriæ suæ (Pbilipp. III, 21). Itaque in isto typo Christi propbetice expresso suscitatus est mortuus, tamquam justificatus est impius. »
Certaines expressions obscures de ce passage sont expliquées dans une sorte de paraphrase que renferme l'ouvrage attribué à saint Prosper, qui a pour titre : De Promissionibus. . . Dei (e d. Mangeant, P. II, p. 1 58). Cette vérification peut, en outre, servir a constater de nouveau l’utilité de ces imitations pour la recension dun texte primitif. Le mot contraxit, répété deux fois en cet endroit par le saint Augustin des Bénédictins, sans aucune indication de variantes, me paraît n’offrir aucun sens tolérable; et tout s’explique par le contexit du Saint-Prosper de Mangeant.
Saint Augustin, développant encore la même idée dans un autre discours, avec plus d’ampleur, nous retrace cet enseignement de la liturgie ecclésiastique ; Jm mort vaincue pour nous par te trépas du Fils de Dieu, et l’humanité rendue a une vie meilleure par sa résurrection; «qui inortem nostram, moriendo, destruxit; et vitam, resurgendo, reparavit. Cs. Augustin., serra. CXXXVI, de
verb. evangel. Joan. IX ( t. V, 662, sq.).— Pater., sup. libr. IV Reg., cap. 3 (Gregor. M. Opp., ed. cit., t. XIV, 335).
A partir de cet te époque, la christologie de ce fait biblique semble fixee. Saint Isidore la formule, et le moyen âge s’y range unanimement. Cs. Isidor., Âllegor. 97, 99, 100 (t. V, i32).— Id., in Reg. IV, cap. 4. (Ibid., 546) .— Pseudo-IIieronym. , in Ps. XCVII, 1.— Gloss, ordinar., in IV Reg. IV, 29— 37. —Rupert., ta libr. Reg. comment., libr. V, cap. 5, 6. — Etc.
(а) Hebr. IV, i5, 16.— Isai. L1II, 3.
(3) Chap. VI.
(4) Ps. CXXIX, 7.
(5) Pseudo-Augustin. ( Cæsar. Arelat.?) serm. de E lia (t. V, Jppend., p. 79). «Vidua ilia. . . Ecclesiam figurabat; filius viduæ typum gentilis populi præferebat. Filius viduæ defunctus jacebat; quia et filius Ecclesiæ, id est populus Gentium, multis peccatis et criminibus mortuus est. Orante Eli, a filius viduæ suscitatur : veniente Cliristo filius Ecclesiæ, id est populus christianus, de carcere mortis reducitur. Elias indinatur in oratione, et vivificatur viduæ filius ; et Christus procumbit in passione, et suscitatur populus christianus. Quod autem tribus vicibus beatus Elias ad
resuscitandum puerum incurvatus est Hoc etiam in sacra-
mento baptismatis démonstratif, dum tertia vice vêtus homo mergitur ut novus surgere mereatur (Mattli. XXVIII, 19). »
Cs. Pseudo-Eucher., in lib. Reg. (Bibl. PP. VI, 996).
(б) Rup., in libr. Reg. comment., libr. V, cap. 8.— Id., de div. Off., lib. IV, cap. 2.3.
5o ), taisant allusion à (
•e des Rois, y voit la figi
de I. Le, de grâce qui e répandu sur la terre la véritable hnelligence de I Ecriture sainte. C’est, à peu de chose prés, la pensée de saint Jérome (m /on., prédit. , t. 111, ,4? , , ,q. ) Jés|ls
Umit dans Jon.s : ■ Condemnatur generatio Judæornm rredenle monde; et Nraive agente poraitentiam, Israël incrédules petit. III. habent libres, nos librnrnm Dontinu»; illi M prophe,i,s nos îutell, gentiam prophetamm; illos ocçidit littera, nos vivifient
tement élevé qu’habitait l’homme de Dieu, lui fournit une allusion à cet autre cénacle, où le Saint- Esprit vint remplir et transformer les apôtres. Il faut que la foi vienne élever la pensée de l’homme au-dessus de la lettre sans vie; seul, l’Esprit de Dieu que Jésus-Christ envoie peut opérer cette merveille, et dévoiler le véritable esprit de la Loi ancienne, qui n’est qu’une forme vide et muette si on la sépare de la nouvelle. La Glose, après Raban, indiquait ce symbolisme (i), en l’appliquant directement aux Juifs; soit que ces auteurs eussent en vue la conversion qui doit rallier à l’Eglise les restes de la Synagogue vers la fin des temps, soit qu’ils voulussent désigner les Juifs baptisés par les apôtres, et qui devinrent ainsi les premiers-nés de l’Eglise. Cette place accordée à la partie fidèle de la Synagogue ne serait point une nouveauté. D’anciens monuments (2), au lieu d’opposer à la foi des nations converties l’aveuglement de ceux qui retinrent la Loi d’attente après l’expiration de ses pouvoirs, réunissent auprès du Sauveur les élus de l’une et de l’autre famille. Celui dont Abraham, avait appelé le jour voit se ranger autour de sa croix tous les véritables fils de ce patriarche : les uns participent à son sang aussi bien qu’à sa foi; les autres, à défaut de la filiation charnelle, se réclament de la foi pour avoir part à l’héritage du père des croyants. Le spectacle est moins sévère, le triomphe de Jésus-Christ ne s’offre alors que sous un aspect consolant; les deux murs qui doivent concourir à former la cité de Dieu viennent s’unir sur la pierre angulaire (3). Mais à ce point de vue, on conçoit que la préséance puisse être établie différemment : l’Église recrutée dans la circoncision ( Ecclesia ex circumdsione) est la base première, la véritable Église primitive; il est naturel de lui donner la droite; la place d’honneur appartient sans difficulté aux apôtres et à leurs premiers disciples, héritiers-nés des promesses. C’était à cette portion privilégiée de l’humanité que le Verbe de Dieu portait ses premiers enseignements (4) , et adressait d’abord ses envoyés; les nations n’ont été que substituées à ceux qui se déshéritèrent par une aveugle défection (5). Ainsi, VÉglise judaïque prend le pas sur les Gentils; car pour elle ce n’est
.spiritus (II Cor. III). Etc.» Mais le continuateur de saint Bernard n'exclut pas absolument les Juifs de ce don; il se contente de dire que l'Église en est la vraie dépositaire. «Sinus ille matris dcfunctùm premere poterat, non vivificare. Littera enim occidit , spiritus autem vmficat (II Cor. III , 6). Sed verus Elias ilium in cœnaculum tulit, ad spiritualem provexit intellectum. Frigidus erat lilteræ
sinus, nec poterat ejus intelligentia vitalem spirare caloreiu
Plangit Lex litteræ sensum exstinctum, sensum carnalem; sed Christus hune sensum tulit, spiritualem restituit. Novum et vitalem intellectum reddidit litteræ, quem suum vere agnoscat ipse Elias qui restituit omnia et nova facit. (II Cor. V, 17. — Hebr. X, 10. — Etc.); et Paulus Legi se mortuum dicit, ut vivat in Christo (Gai. II, 19).— Etc.»
(1) Gloss, ordin. , in h. /■ — Hraban., ed. Colvener. , L. III, 119. ...Propheta Dei, verbis viduæ non exasperatur, quin potius mise-
retur. Ita redemptor noster non exasperatur malitia Judæorum; sed misertus sui populi , tulit eum de siuu matris quum tulit eu ni de carnali observantia Legis : et posuit super lectulum suum, hoc est demonstravit ei vitam habere in morte sua. Etc. »
On retrouve le texte de Raban dans les Stromates d'Angelomus ( /n h, l, Bibl. PP. XV, 38g), son contemporain. Aucun de ces auteurs n'est arrêté par le rôle qu'ils avaient donné d'abord à la veuve de Sarepta, lorsqu'au commencement de ce même chapitre ils considéraient l'bôtesse du prophète comme figure des nations.
(2) Cs. Ciampiui, Vetera monim., t. I, lab. 48, p. 194, sq.
(3) ls. XXVIII, 16.— Ephes. II, 1 1— 22.— I Petr. Il, 4—8.
Cs. Ps. CX Vil, 22. — Matth. XXI, 42. — Act. IV, 11.— Etc.
Augustin, serm. LXXXIX, de verb. ei-. Matth. XXI, et Luc.
XXIV (t. V, 486). «Lapis angularis Christus; caput ünguli , caput Ecclesiæ. Quare angulus EcclesiaPQuia bine Judæos, bine Gentes vocavit; et quasi duo parietes de diverso venientes, et in se convenantes, suæ pacis gratia colligavit. Ipse est enim pax nostra,qui fecit utraque unum ( Eplies. Il , 1 4 )• »
Id., in Joann., Tractat. XV (t. III, P. Il, p- 4'6> *• • salus ex Judœis est (Joann. IV, 22). Mullum dédit Judæis, sed noli istos reprobos accipere. Parietem ilium accipe cui adjuuctus est abus ut pacati in lapide augulari, quod est Christus, copulentur. Unus enim paries a Judæis, unus a Gentibus; longe a se isti parietes, sed donec in angulo conjungantur. Alienigenæ autem bospites erant et peregrini a testamentis Dei (Eph. II, 12, 19). Secundum hoc ergo dictum est (Joann., toc. cit .) : Nos adorumus quod scimus. Ex persona quidem Judæorum dictum est; sed non omnium Ju-
dæorum, non reproborum Judæorum : sed de qualibus fuerunt apostoli, quales fuerunt prophetæ, quales fuerunt illi omnes sancti qui omnia sua vendiderunt et pretia rerum suarum ad pedes apostolorum posueruut (Act. IV, 34). Non enim repulit Deus plebem suant ( Rom. XI, 2) qiiarn prœscivit.»
Id., serm. LXXXVIII (t. V, 475-)— Id-, in Ps. CXVII , 22 ( t. IV, 1276). — Isid., Etjmol., libr. VII, cap. 2 (t. III, 3o4). — Agobard., adv.Fredegis. (Bibl. PP. XIV, 279).— Bed.(?), in Ps. CI, 1 5, 16 (t.VIII, 949, 95o). — ld., in Ps. XXI, 23 (Ib., 541).— -Herv. Dol., in Is. XXVIII, 19 (D. Pez, t. III, P. I, p. 335). — Honor. Augustod., in Ps. CI, i5, 16 (Ib., t. V, 17471 sq.). — Petr. Damiau., ad Alberic. ( opusc . 37). dubit. 8. — Etc.
(4) Matth. XV, 24. X, 5,6. — Luc. XXIV, 47. — Act. XIII, 46.
(5) Augustin., Tract, adv. Jud. (t. VIII, 4o). Hæc, sive gratanter, sive indignanter audiant Judæi, nos tameu.. . cum eorum dilectione prædicemus. Nec superbe gloriemur adversus fractos ramos (Rom. XI, 11 — 26), sed potius cogitemus cujus gratia et quanta misericordia, et in qua radice iuserti sumus; ut non alta sapientes, sed humilibus consentientes; non eis cum præsumptione insultando, sed cum tremore exsultando, dicamus (Is. II, 5) : Venite ambulemus in luce Domïni, quoniam magnuin nomen ejus in gentibus. Etc. »
Id., serm. CCXVIII (al. de Diversis, 76), de Passione Domini (t. V, 961). «Quod suggesserunt principes Judæorum Pilato ne absolute scriberet quod sit rex Judæorum, sed quod ipse regem se dixerit Judæorum (Joann. XIX, 19 — 21); ramis illis fractis ita Pila lus inserendum figurabat oleastrum. Quia honio erat ex gentibus, genlium scribens confessionem ; de quibus merito ipse Dominus dixit (Matth. XXI, 43 ) : Auferetur a vobis regnum, et dabitur genti facienti justitiam. Nec ideo tamen non est rex ille Judæorum. Radix enim portât oleastrum, non oleaster radieem. Et quamvis illi rami per infidelitatem fracti sint, non ideo Deus repulit plebem suant quam prœsciit.. . . Et quamvis filii regui, qui noluerunt Dei Filium regnare sibi, eant in tenebras exteriores (Matth. VIII, 11, 12); tamen multi ab oriente et occidente venicut, et recumbent, non cum Platone et Cicerone, sed cum Abraham et Isaac et Jacob, in regno cœlorum. Pilatus quidem regem Judæorum scripsit, non regem Græcorum aut Latinorum, quamvis gentibus regnaturum Omnes gentes credunt in regeni
Judæorum; omnibus gentibus régnât, sed tamen Rex Judæorum. Tantum valuit ilia radix, ut insertum oleastrum in se possit ipsa mutare ; oleaster autem olivæ nomeu non possit auferre.»
point à l’empire des ténèbres qu’elle est arrachée; elle ne fait que passer du crépuscule aii grand jour par une transition qui n’a rien de brusque. Elle habitait la région de la lumière, quoique sans posséder encore l’éclat et les feux du midi; au lieu que nous, dont les pères dormaient à l’ombre de la mort, il a fallu que la voix du ciel nous fit quitter le séjour de la nuit pour que nos yeux s ouvrissent à la clarté de l’Évangile. Nous ne sommes que des fils adoptifs, que des étrangers admis dans la famille. De là l’antique symbolisme qui désignait l’infidélité par l’aquilon (i) : par le minuit, comme diraient nos voisins d’outre-monts, qui complètent ainsi l’expression de midi privée de corrélatif dans notre langue. Conquis sur le prince des ténèbres, pour être associés aux Juifs fidèles, nous ne pourrions avoir que le second rang, si la défection n’avait été immense dans l’ancien peuple. Ainsi s’expliqueraient les monuments qui donnent à l’Eglise judaïque la place d’honneur (2).
Cependant la presque totalité de la nation juive ayant renoncé à la réalisation des promesses dont elle était dépositaire, et les églises même de la Palestine étant devenues après quelques siècles proie des infidèles, tandis que l’Évangile acquérait tous les jours plus d’empire dans l’ancienne Gentilité, la chrétienté sortie des Gentils fut en droit de se considérer comme le vrai patrimoine de Jésus-Christ, et comme spécialement personnifiée dans l’Église. L’apostasie en masse de l’ancien peuple de Dieu avait changé les parts, selon l’oracle tant de fois répété par les prophètes (3); la lumière et la foi caractérisèrent désormais ces Nations dont le nom avait été jadis celui de l’infidélité, et les ténèbres désignèrent le reste de ceux pour qui seuls autrefois avait lui le grand jour (4). Mais une fois que cette formule eut
(1) Honor. Augustodun. , in Ps. XLVII, 3 (D. Pez, 937, sq.).
Fundatur exultatione universœ terrœ montis Sion, lalere aquilonis, civitas Regis magni. Ecclesia ideo vocatur civitas quia in ea convenit fidelium civium unanimitas. Cujus Rcx magnus Clirislus vocatur, quia per eum et ccclestia et terrestria reguntur. Sion est arx in Jérusalem, .... et siguificat primitivam Ecclesiam quæ cœpit in monte Sion ; quia ibi Dominus cœuavil, corpus suum tradidit, ibi Spiritus sanctus scientiam linguarum contulit.... A quilo est ventus frigidus; et siguificat diabolum , qui dixit (Is. XIV, 1 3) : Ponam sedem meam ad aquilonem, id est in infidelitate. Hujus latus est Gentilitas; quia ei per infidelitatem coliæsit, per impietatem eum constipavit. Latera enim priucipum dicuntur eis cohærentes et constipantes.
Igilur per montem Sion, primitiva Ecclesia de Judæis; per latus aquilonis Ecclesia de Gentibus intell igitur, ex quibus civitas mag/u Regts una catholica Ecclesia constituitur. In cujus ædificio ille pretiosus angularis lapis ponitur qui ab hominibus muruni iniquitatis ædificantibus reprobatus, ab opifice Deo in juncturam anguli eligitur (Is. XXVIII, 16— Ps. CXVII, 22. — Etc.); in quo omnis œdificalio constructa crescit in templum sanclum (Eph. II, a quo ipse Rex et sacerdos manebit in æternum.
Hic versus hoc modo construitur : Civitas magni Regis , id est Ecclesia Christi , fundatur per apostolos in lalere aquilonis, id est in gentilitate, diabolo per idolatriam (sic) cohærenti; eum exultatione universœ terrœ, hoc est cum magna lætitia omnis populi in terra, quæ est montis Sion, id est ad exemplum primitivæ Ecclesiæ de Sion.
Alia translatio liabet : Fundatur exultatione mons Sion, latera aquilonis civitas Regis magni. Quod sic legitur : Ecclesia, quæ est civitas Regis magni Christi, quæ est mons Sion existons de Judæis; et qux (habcl?) latera aquilonis, constaus de Gentibus; hæc fundatur cum exultatione universœ terræ, hoc est cono-renabitur in n lidem cum surama jucunditate, de omnibus populis. »
Cs. Origen., in Ezechiel., Homil. I (t. III , 36i). — Id., in Exod., Homil. IX ( t. Il, 164) Gregor. Nyss. in Ps., cap. 12.— Augustin.,
Epist. CXL (al. 120), de Gratia Novi Teslamenti (t. II, 442).
Hieronyro, in Isai. XIV, 1 3 ( t. III , 1 58, sq.) . - Id, in Jerem. III, 12, 17 (l. III, 543, sq.). — Isidor, de Nat. rer., cap. 37 (t. VII, 5o). — Id., Sententiar. libr. II, cap. 28 (t. VI, 227).— Gregor. M., in Ezech.., libr. II, Homil. I( t. V, 8).— Id, ibid., libr. II, Homil.’ X, (Ib, 118—120). — Id, Moral. XVII, 24 ( t. II 187). — Id, ibid', XVIII, 20 (ibid. , 211). — Hug. a S. Victore (?) , Institut, monast., libr. I, cap. 12 (Opp, t. II, 397, sq.) — Etc, etc.
Nous verrons ailleurs que X occident, aussi bien que le septentrion, désigne fréquemment le règne de Satan; par opposition à X orient, qui figurait le règne de Dieu. Ainsi, l'est ou le sud ont pour corrélatifs, dans l'ancienne symbolique, l'ouest ou le nord. Ces premières données nous serviront plus tard.
(2) Telle est la mosaïque de Sainte-Sabine à Rome, que ...
avons citée d’après Ciampini; et ce pourrait être une réponse à ceux qui s'étonneraient de nous voir placer ici la Synagogue à droite de Jésus-Christ. Que l'ou fasse attention qu'il s’agit de peindre la Synagogue fidèle (dans le monument de Ciampini), ou plutôt les prémices de l'Église parmi le peuple de Dieu; et l'or cherchera pas à expliquer la situation respective de ces figui„0, par une situation inverse que leur attribuerait lej spectateur en les rapportant à son point de vue.
(3) Deuteronom. XXXII, ,8— 21.— Ps. XXI, 28. LXXXV, 9. LXXXVI, 4. — Isai. XXXV, XL1X, LIV, LV.— Jerem. XVI.— Dan. IX , 26. — Os. 1 , 9 , 1 o. II , 1 —5, 24. — Joël. II. — Mich. III, IV. — Sophon. III. — Zacliar. II. — Matlh. XXI, 41 — 45. XXII, 1 — 14. — Etc., etc.
Cs. Isidor, Contr. Jud., libr. II, cap. 6 — 8, 11, j4 — 17 (t. VI, 80, sqq.) — Evagr, Altercatio (Martène, Thésaurus, V, 12, sq.).— Ilraban, Adv. Jud., cap. 33, 35 (Ib. 475, sqq.) — Chrysost, in Matlh., Homil. VI (t. VII, 89, sqq.)— Tertullian,,^. Judœos., passim. — Etc.
(4) Isai. IX, 2. — Luc. I, 79.— Ps. XXI, 28, sq, — Etc.
Ambros, in Ps. CXVIII, 90. - In generalione et generationem
veritas tua. Multi sunl qui dicuntur dii, sed non sunt. Ergo in Gentibus mendacium est, in Ecclesia veritas. Hanc tamen verita-
tem habuit primo Syuagoga, quæ habebat eloquia Dei sed
quia posterior soboles Judæorum a patrum raorilius deviavit,
reccssit ab illis veritas, et ad Ecclesiam venit sola Ecclesia
veritatem pio affectu possidet; quia generatio Judæorum quæ
ante eam possidebat, amisit qui ante abundabant
gratia, postea tamen propter perfidiam suam egere cœperunt. Qui autem pauperes erant populi nationum, jam per fidem Christi
satiantur et abundant Hanc terram (spirilualem) circuit sol
justitiæ salutaris de quo scriptum est (Malach. IV, 2.— Ecoles. I 4-6) : Et oritur sol, et occidit, et in locum suum trahit. Ipse i/luc vadit ad austrum et gj-rat ad aquilonem -, gyrando gyrat spiritus, et in gyros ejus convertitur spiritus. Oritur sol
jiistis, occidit autem injustis Vide ipsum mysterium præ-
nunliatum : Et oritur, inquit, sol; et occidit, et in locum suum trahit. Hoc est quod ait Dominus (Joann. XII, 32—34 ) : Ouum exallatus fuero , omnia traham ai me ipmm. Traiii eilim aJ omnium slud.a; „t vel peccata nostr. cracifigeret, vel bonum ragemum ad just.tiam provocaret. âdverte quemadmodum tra-
àe xra ,‘f T r ? eso " ” “ m *“ “4 (*»->». XII ,
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1 , auuquam occidit. Ipse oriena populo Hebraioruni, ad
prescrit dans 1 art, il est probable quelle aura pris pied rapidement avec une sorte d’exigence exclusive; et que dès lors, non-seulement la Synagogue rebelle, mais les fidèles même sortis de son sein, "'obtinrent plus guère que la seconde place, à cause de la faible minorité qu’ils représentaient. Si le moment précis de ce revirement venait à être déterminé, et si l’on parvenait à constater relativement au temps et à l’espace les limites du mouvement d’oscillation, pour ainsi dire, dans la lutte de ces deux personnifications, ces données fourniraient probablement quelque lumière pour les motifs tant débattus des positions diverses que prennent respectivement les figures do saint Pierre et de saint Paul réunis. Dès le xi siècle, saint Pierre Damien considérait ce problème d’art comme une question sérieuse (1), mais déjà devenue énigmatique dans ses causes, bien que la pratique n’y hésitât guère. Il en fait le sujet d un opuscule, et propose, pour la résoudre, cette préséance donnée aux nations sur la postérité d’ Abraham dans la nouvelle Loi (2).
Quoi qu’il en soit, je présume que la primauté d’honneur déférée à la synagogue fidèle, sur les chrétiens des nations, était universellement admise par les monuments figurés dans les temps les plus voisins de la primitive Église; et que l’ordre inverse appartient à une époque plus rapprochée de nous. Or, la plus grande partie des cérémonies de la messe remontent incontestablement au berceau du Christianisme, et le symbolisme qui les avait dictées, ou qui les a enveloppées de bonne heure, ayant dû s empreindre d’une teinte antique, il se peut faire, il est même assez probable que la droite et la gauche de l’autel selon l’ancienne désignation (3) , aient été partagées entre l’Ancien et le Nouveau Testament d’après le principe qui avait présidé aux vieilles mosaïques. Le peuple de Dieu occupe la droite, ou, pour être plus explicite, le midi; les nations sont au nord, c’est-à-dire à gauche (4).
austrum ivit. ... : ad nobiliorem plebcm,quæ erat genus electum vendicans sibi patriarcharum prosapiam. Sed quia perseverabat in vitiis, nec emendabat errorem; ideo sol justitiæ gyravit ad Gentes, quæ ante eloquiis ccelestibus defraudatæ, immanes et ignobiles habebantur. Aquilo enim gravis ventus ( Jerem. IV, 6, 7. — Etc., etc.) et populi nationum. Sed qui erant graves ante, perfidia ; nunc super aquilas leviores facti sunt, fide atque pietate; postquam venit qui diceret (Isai. XLIII, 5, sq.) : Ab Oriente adducarn semen tuum, et ab Occidente congregabo te; dicarn Aquiloni : Adhuc [adduc? ) ; et Africo : Ne prohibeas. Et in Evangelio (Luc. XIII, iC), sq. — Matth. XX, 16) : Venient ab Oriente et Occidente, ab Aquilone et Austro , et recumbent in regno Dei; et ecce sunt novissimi qui erant primi , et. sunt primi qui erant novissimi. Deuique et ipse Psalmista ait( Ps. XLVII, 3) : Mons Sion, latera Aquilonis civitas Regis magni; hoc est : qui erat Aquilonis latus, populus factus est regis æterni, quia solus est magnus Dominus.
Sed forte dicas : Quomodo in Canticis (IV, 16) est dictum : Exsurge Aquilo, et veni AusterP Plerique enim accipiunt quasi projiciatur Aquilo et invitetur Auster. . . . Aut certe : Exsurge Aquilo; hoc est, Surge qui dormis, et exsurge a mortuis (Eph.V, 1 4)- I’opulus nationum qui diu ante dormisti, evigila aliquando, et iUucescet libi Christus. Postremo omnes invitantur ad Ecclesiam : et Synagogæ populus, et Gentilium; sed prius Synagogæ, quia priores ex Judæis apostoli crediderunt, per ipsos postea nationum populi congregati sunt.
Vide ergo venientem solem nostrum ad Austrum, postea gyrantem ad Aquilonem. . . . Hierusalem terrena est, quæ occidit
prophetas (Matth. XXIII, 37); hoc est SyDagoga Judæorum
Gyravit igitur ad Gentes, etc.-
Cs. Hieronym., in Isai. XIV, i3 (t. III, 159). — Augustin., Epist. CXL (al. 120), cap. 22, 23 (t. II, 441 — 443)- — Etc.
(1) Je dis sérieuse, pour rappeler l'expression remarquable de saint Pierre Damien, qui ne croit pas pouvoir trancher cette question avec la brusque désinvolture que montre Durand ( Rational ., libr. I, Rubric. de Picturis) dans une énumération dont il veut s'épargner le développement complet. 11 eût été assurément plus commode au saint docteur de couper court, comme l'évéque de Mende , par le mot d'Horace :
« Pictoribus atque poelis oQuidlibet audendi semper fuit æqua potestas.»
Mais, loin de croire à l’à-propos de cette citation, dans l'espèce, il déclare qu’il penserait offenser les anciens juges de la foi, s il les supposait indifférents sur la portée doctrinale des peintures ecclésiastiques.
(2) Petr. Damian., de Picturis principum apostolorum.
Ciampini ( l. c.) croit reconnaître dans la mosaïque de Sainte-
Sabine, saint Pierre à droite (de la composition) avec l’Église judaïque, et à gauche saint Paul avec l'Église des nations.
Je suis loin de penser que toute difficulté puisse être aplanie par l'explication de saint Pierre Damien que je rappelle. Je n’iguore pas que des hommes extrêmement liahiles ont traité ce. problème sans réussir à lever toutes les difficultés; mais il sera permis, sans doute, malgré les recherches des Bottari, des Boldetti, des Buonarotti, etc., de rappeler une interprétation proposée déjà dès le xic siècle par un docteur de l'Église, et dont la pensée s’accorde si bien avec le médaillon central de notre vitrail. Je n'ai pourtant point la prétention d'avoir retrouvé cette explication, qui a été mentionnée par plusieurs doctes antiquaires des temps passés. Cs. AA. SS., Jun. (t. VII, p. 161, sqq.). — Rocca, Thésaurus. . . . antiquitat.(iy^5) , 1. 1, p. 8 1, sqq. — Foggini, de Romano D. Pétri itinere, p. 469) sqq- — Etc.
Du reste, il semble beaucoup plus raisonnable de recourir à des vues de symbolisme pour trouver le motif de ces singularités, que d'alléguer une préférence donnée anciennement à la gauche sur la droite, au moins par les Grecs. Quoi qu’on ait dit pour prouver cet usage, en remontant jusqu'à l’antiquité classique, il ne semble pas qu'on ait atteint des résultats bien convaincants. Quelques faits isolés, dont on ne prouve point la portée générale, souvent même faiblement appuyés, ne paraissent point suffisants pour contredire l'ensemble des monuments byzantins et les témoignages innombrables d'écrivains divers.
Cs. Sophron., in ss. Cjrum et Joann. (Concil., ed. Coleti, t. VIII , 899). — Rocca, l. c., p. 86. — Baron., A. 325, LVII — LIX (Luc.
1 738, t. IV, p. 1 06, sq.) — Id., A, 2 1 3, VI, VII (t. II , 435, sq.)— AA. SS , l.c., i6i,sq.— Kornmann, de Triplici annula, 18 (Tr. de virgin., 1706, p. 23g, sqq.) — Zorn, Hist. bibl. picl. ex antiquitat., IX, 2, 3, (p. 87, 89). — Euseb., ad Marin, quœst. IV (Mai, Nova collect. vatic. 1. 1, i83i,p. 65, sq.) — Lobcck , Aglaophamus, 914—919, l. II Etc.
(3) Ce serait une modification de ce que nous disions au 11" 34 (p. 55, sv.); ou plutôt ce serait une raison pour entendre sans aucune modification les textes que nous citions à cet endroit.
(4) L'autel étant toujours censé orienté exactement, c’est-à-dire de manière que le célébrant tourne le visage vers l’orient, l'orientation réelle ne déroge point à l'orientation normale, dont toutes les conséquences liturgiques subsistent malgré la déviation accidentelle. Cs. Gavanti, ed. Merati, Thésaurus SS. rituurn, Rubric. V, 3 (Augsb., 1763, 1. 1, p. 194 sq.)
Ainsi, le prêtre qui se détourne vers le côté septentrional de l’autel, ou le diacre qui se tient entièrement tourné vers le nord
Mais ces explications mystiques des vieux liturgistes ne pourraient-elles pas nous guider plus loin dans l’interprétation de la verrière de Bourges? Et cette Synagogue convertie, que nous croyons rencontrer ici vers le sommet de toute la composition à la droite de Notre-Seigneur, ne serait-ce pas précisément cette conversion des Juifs qui doit être le dernier triomphe de Jésus-Christ sur la terre? Il me semble qu’on pourrait y voir la traduction de ces vers cités par Durand :
«... refertur ad illos
a Nostra fides, et erunt omnes iu fine fideles(i).®
D’ailleurs, si je ne me trompe point en pensant reconnaître de nouveau le prophète Elie dans ce médaillon, notre tableau ainsi entendu suppléerait aux scènes du jugement qui terminent un ensemble tout pareil dans d’autres vitraux. On sait qu’une tradition extrêmement grave, fondée sur plusieurs textes de l’Écriture (2), fait d’ÉIie le ministre de la réconciliation suprême entre la Synagogue et l’Église. Aussi, Y Oratorio du xne siècle, publié par Dom Pez(3), ne manque pas de faire intervenir Élie et Enoch à la fin du mystère de l’Antéchrist, pour arracher leur nation aux séductions du faux thaumaturge.