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XVII. LE PÉLICAN

52. Le pélican nous rejette dans l’histoire naturelle fabuleuse, qu’il nous faudra traiter encore à l’article IIIe, quand nous aurons à faire comprendre le vitrail de Saint-Jean de Lyon (4). Le cas d’ornithologie poétique qui s’offre à nous en ce moment peut sembler moins étrange d’abord que ne l’était le lion, parce que l’art moderne a conservé çà et là au pélican quelque place dans les représentations ecclésiastiques; toutefois ce débris égaré de l’ancienne symbolique chrétienne n’a pas traversé le naufrage commun des vieux types mystiques sans éprouver lui-même quelque avarie. La forme, il est vrai, a .subi de très-légères altérations; mais le sens n’a pu sauver tout ce qu’il offrait de saveur, pour ainsi dire, à nos pères. Ainsi, par exemple, comprenons-nous bien aujourd’hui cette prière, si connue toutefois sous le nom de saint Thomas d’Aquin, où Jésus-Christ apparaît comme le vrai pélican sur sa piété ?

«Pie pellicane, Jesu Domine,

Me immundum munda tuo sanguine;

Cujus una stilla salvum facere Totuin quit ab omni mundum scelere. »

L’opinion généralement répandue que le pélican, nourrissant ses petits de son propre sang, représente

de l'église, en lisant l'Évangile, désignent la bonne nouvelle du royaume de Dieu, portée aux peuples que l’infidélité avait retenus longtemps sous l'empire du Prince des ténèbres. Cs.. Honor. Augustod., Sacramentar., cap. 83 (D. Pez, t. II, P. I, p. 322).— — Rupert., de div. Offic ., libr. III, cap. 22. — Etc.

(1) Ceci rappelle également l’attente du retour des Juifs, que nous avons lue dans les interprètes du sacrifice d’Abraham, 11” 20, (p. 27—29), et sur laquelle on peut dire que les SS. Pères sont unanimes.

(2) Malach. IV, 5, sq. — Matth.XVII, 9, sq. — Apoc. XI, 3.

Cs. Juslin. M., Dial. c. T/yph. XLIX (Galland I, 5o4). — Ephræm,

de Antichr. (ed. Assemanï, P. Gr., t. II, 228). — Theodoret, in Daniel. XII, 1 (ed. Sirmond, t. II, 692). — Chrysost., in Malth. XVII, 10 (t. VII, 5y5, sqq.). — Orac. Sibyll., libr. II, v. 187 — 189. (Galland I, 35o) — Joann. Damascen., Orthodox.fid., libr. IV, 27 (ed. cit., 3qo). — Tertull., de Anima ( ed. cit., 3oi). — Ililar. Pictav., in Malth. XXVI (t. I, 79a). — Augustin., de Civit. Dei XX, 29 (t. VII, 61 3).— Hieronym., in Malth. XI , 14 (t. IV, 43).— Pseudo-Cyprian.’ de Mont. Sina (Append., p.xxvj).— Isidor., Contra Jud., II, 5. (t.VL 77).— Herv., in Isai. (D. Pez, t. III, P. I, p. 208, 209).— Etc.

Après ces témoignages, qu’il serait facile de pousser plus loin, qu on juge si le moyen âge était servile dans son interprétation de 1 Écriture, quand on voit le pieux abbé Rupert (in Malach.), entre autres, douter de la venue d’Élie aux derniers jours du monde.

(3) Thésaurus , t. II, P. III, p. ig5. J’emprunte à cette pièce le passage ou la Synagogue, revenant de faire sa soumission à f Anté-

christ, les deux prophètes se présentent à elle, et lui adressent la parole :

Vere scitis quid Scripturæ loquanlur Enoch vivum et Hélium lestantur.

Tune Synagoga :

• Nos sum

tn quos fines sæculorum deve

Isle Enoch , et ego sum Helias Quos liuc usque servaverat Messias Qui jam venil, et adbuc a Per nos prinium Israël redempturu Ecce veuit liomo perdilionis

nsummans muros Babylon Non est Chrislus.

« Tune tollunt et vélum. Statim Synagoga convertitur ad verba prophetarum, dicens :

“ Seducti sumus vere per Antichris Judieorum Christum.

Certa indiciasunt nostra libertalis Elias et Enoch, prophetæ veritatis.

(4) Etude VIII.

le sacrement de l'Eucharistie, où le corps et le sang du Fils de Dieu nous sont donnés en nourriturecette opinion, dis-je, répond-elle bien aux- expressions de cette pieuse strophe? L'auteur vient de rappeler la passion de Jésus-Christ (.) , don, l’Eucharistie est le vivant souvenir; mais ici rien ne fai, une allusion immédiate à I état de breuvage où Jésus-Christ nous livre son sang. Toute la pensée est pour la vertu de ce sang divin, et ce n’est point comme une coupe offerte à nos lèvres qu’on nous le montre; c’est comme un bain qui doit ranimer nos âmes, en leur rendant la vie de la grâce que le péché avait tarie. 1

C’est que le pélican n'avait réellement pas cette réputation que nous lui avons faite, de nourrir ses petits aux dépens de sa substance, mais bien celle de leur rendre la vie par l’effusion du sang qu’il s arrachait pour eux(2). Et si ce n’était cette particularité, que ferait le pélican près du tombeau de Jésus-Christ, comme nous le montrent unanimement les vitraux de Bourges, de Chartres (3), du Mans et de Tours (4)? L’Eucharistie n’a qu’un rapport bien éloigné avec la résurrection du Sauveur. Mais s'il s agit de peindre dans cet emblème la vie rendue à l’humanité par le triomphe du Fils de Dieu sur la mort, après que ses souffrances ont levé l’anathème qui nous condamnait, rien n’arrête plus le spectateur (5).

Ici se présente de nouveau le reproche fait aux théologiens d’avoir inventé des fables pour y trouver des sujets de comparaisons piquantes. Beckmann (6), qui saisit cette occasion de jeter la pierre aux écrivains mystiques, est obligé pourtant de convenir que les hiéroglyphes attribués à Horapol- I°n (7) avaient frayé la voie aux narrateurs de cette curiosité en faisant honneur de cette propriété singulière non pas au pélican, il est vrai, mais au vautour. Or, c’est déjà quelque chose : car en fait d’inventions, c’est le premier pas qui détermine tout le reste; les embellissements arrivent bientôt à la suite comme d’eux-mêmes, et s’élèvent souvent bien haut sur ce fondement une fois posé (8). La subrogation s’obtient plus facilement qu’un premier titre; et c’est évidemment par des emprunts postérieurs

( I ) « O memoriale mol lis Domini,

Elc. »

(a) Je me contente pour le moment d’emprunter à l'important recueil de M. Herm. Adalbert Daniel (Thesaur. hymnolog., t. I, p. i56 ) une citation de maître Conrad de Würzbourg, contemporain, à quelques années près, des artistes qui ont exécuté nos verrières. Et malgré le respect que j'aime à professer pour le grave travail du savant compilateur qui me fournit cet extrait, j’ose croire que le sens du vieux poète franconien s’explique mieux du point de vue où je me place. M. Daniel, induit en erreur, si je ne me trompe, par l’explication accréditée de nos jours, semble supposer que Conrad emploie dans un sens métaphorique les expressions de mort et de vie, pour peindre l’épuisement et le retour des forces. On reconnaitra bientôt, par les écrivains d'autrefois, qu’il s’agissait très-réellement de la mort et d'une vie nouvelle. N'ayant pas entre les mains l’édition du poème entier gâlbcilC 0d)inicbc), je ne puis donner aucun éclaircissement sur les idées qui amènent et qui suivent ce passage; je me borne il placer en regard du vieux texte une interprétation en langage plus moderne, que me fournit uu jeune Allemand très-versé dans l'étude des anciens dialectes de sa patrie.

Texte de Meister Konrad.

« ©a ber Bogd 'Pélican Su uub uj Vil fdjone flocT ®cr 9}lut uj finem Jjerjcn féf ©amitc er maijle fine jîini Sd)ire Icbcnbig, ba fie Minf •Ber itn lagtn unbe Ici :

©in .§crj fid) jti 9îc|ic bol ©cm cbcln, fo funber niant,

©er in cincb -BogdB îBilbe froanf 3u binem fdjonen lib gui

Un barnad) fines Jpcrjcn Sltil ©urd) fine -Solcn ffinb eergoj ©omit er in be fdjir «njloj ©a» £ebcn eioiclid) borl.»

Interprétation.

©a ber -Bogcl Çpelifan Sn unb auS fefjr fyaufij) |log,

Ôog er baB -BluI auê feinem -Oerjcn , ©■unit madjle er feine iïiuber Êdjicr Icbcnbig, ba fie blinb Ber il)m lagon unb (obi ;

— ©ein -Cerj fid) jum 9îe|îe bol ©cm gbcln, ber ol)nc ju fdjroanfcn @id) ton bein SBilbc eineo -Bcgclë fdjnmnf 3u beinem Seibe fdjon unb gui. —

Unb barnad) fciucS .ÇcrjcnB 23lut ©urd) feine toblen Æinber rergof , ©aburd) er iljnen roaljrlid) cnf^lof ©as Seben emiglid) bon.

Si dans ces allusions, comme dans la prière attribuée à saint Thomas d’Aquin, quelque chose nous parait demeurer trop indécis par le défaut de développement, il faut nous reporterai! temps où écrivaient leurs auteurs. Les.cinq verrières des xinc et xivc siècles (planche I, Etudes I, IV et XII), où nous retrouvons ce symbole,

nous font voir que rien n’était plus familier aux populations de cet âge. Aussi, le Dante est-il bien plus bref encore ( Paradiso, canto XXV), quand il désigne ainsi l’apôtre saint Jean :

“ Questi è celui che giacque sopra'l petto Del nostro pellicano; etc.»

(3) Étude, I, fig. A, n° 19.

(4) Élude IV, fig. A, B.

(5) Ainsi s’explique encore le pélican, ou seulement son nid, placé soit au pied, soit surtout au sommet de la croix ( Ét . XII ) dans plusieurs monuments dont je n’ai pas à déterminer l’époque. J’omets également toute mention des Chevaliers de l'Aigle (si ce n’est plutôt du K autour, peut-être), ou Rose-Croix, on du Pélican. Car, malgré l’étendue de ce mémoire sur le cycle de la nouvelle alliance, il est facile de reconnaître que je m'interdis bien des détails auxquels le sujet donnerait lieu naturellement, et qui ne manqueraient cependant pas d’intérêt historique. On montrerait sans peine que la pragmatique primitive des Rose-Croix annonce une affinité incontestable avec les idées qui ont dicté notre verrière. Les vieux formulaires de réception offrent jusqu’au nom même de la nouvelle Loi substituée à l’ancieune; titre que nous avons assigné à toute cette composition. Puis c’est, toujours d’après ces mêmes formulaires, le croisement des bras, la mort et la résurrection de Jésus-Christ, Elie, le sacrifice d’Abraham, David, les tables de la loi, la lune et le soleil, Abel et Caïn, le ruisseau du rocher, etc. Quant au signe du bon pasteur, ce n'est qu'une forme de la synonymie du pélican.

(6) Aristotelis libr.zfe.U/raiiViiu.?...., cap. i3(Gcctting. 1786^.39).

(7) Hieroglyphica, I , ri.Du reste, ce qu’Aristophane ( Oiseaux , v. 11 55, sv. ) et Suidas disent du pélican, donnerait lieu de croire que la Grèce avait eu quelque récit semblable sur cet oiseau ; à moins que l'on ne veuille faire de leur pélican une espèce de pic.

(8) Les SS. Pères, pour en finir avec ces imputations, ont pris la physique et l’histoire naturelle telles qu’ils les trouvaient; et, comme ils avaient tout autre chose à faire que d’observer la nature matérielle, ils ont emprunté aux données de l’enseignement contemporain certaines assertions qui avaient cours autour d’eux sans la moindre opposition, pour y rattacher des leçons plus hautes. Souvent, durant les premiers siècles, ils ne cherchent que des arguments ad hominem contre les païens , dans des singularités généralement admises par les adversaires

VITRAUX DE BOURGES

à l’époque (les récits fabuleux, que le pélican s’est trouvé cumuler diverses proprictc’s merveilleus | sées dans l’histoire poétique du phénix et du vautour(l). Le groupement de ces singularités faisait d un seul oiseau le symbole de la virginité de Marie, de la mort de Jésus-Christ pour nous et de sa

résurrection; et tout cela dans un type fourni par l’Écriture, ce qui était bien du bonheur

pour des âges épris du mysticisme et de la parole de Dieu.

Mais tout en développant le sens d’un emblème popularisé par la littérature et lart du christianisme chez nos ancêtres, il importe de constater que la réalité du fait qui lui sert de base na été garantie par aucun des SS. Pères, dont l’autorité est la plus grave. On ne le trouve exposé avec quelque assurance que par des écrivains ecclésiastiques du second ordre tout au plus, et souvent même parmi ceux-ci ce n’est pas sans une certaine hésitation que l’on hasarde ce conte. Quant au Bestiaire français de l’Arsenal, il ne doute de rien; voici sa version :

©'un oisd que on apelc JJelliean (2).

Diuuîi ÎJit en un fournir... 3c fui famblablcs al prlliran. J3l)tfiologc5 (3) îiift ïicl pfUican qu’il aime moult 1rs oifrlrs; rt quant il font nr et crcu, il fcfbanoicnt rn lor ni contre lor prrr rt Ir fièrent Dr lor des.... rt tant le fièrent qu il lr blêmit

ès rr. (Et lors les refiert li père rt les ocrit. (Et la mère eft 5e tel nature que rie nient al ni al tiers ;or et facoftr for fes

oifelès mors : et ele ocuurc fon roftr 5e fou bec, et en rfpant fon fane for fes oifelès, et rnfi les réfuritc 5e mort. (Car li oifelet

par nature recljoioent le fane fi toft qu’il faut 5e la mère et le boiornt.

îlot autrefi 5it noftrc firc 3l)éfucrift par 3faic le propljète (I, 2) : 3’ou criai fils et nord, et il inc 5rfpiftrcnt. Uoiremrnt

li nrai crière 5e totes créatures, quant nos n’eftions mie, nos fift que nos fuifsions; et nos le ferons en la face. Car nos

feruons à tote créature qu’il fift, ne mie al creator. jJor ce monta noftrc firr Jljéfucrift- en la crois, et foffrit oruorir fon

saint cofté 5ont fane et niqljc ifsi por noftrc falut en nie per5urable. C’aiglje eft la grârc 5c baptefmc; li fane eft le califse 5rl

nourl teftament, que noftrc fire recljut rn fes mains, et benri grâces rrn5ant, et nos... rémifsion 5e nos peciés.

Ce morceau, plus pieux que savant, est à peu de chose près une traduction littérale de l’article

consacré au pélican dans un livre publié sous le nom d’Hugues de Saint-Victor (4). En remontant plus haut, nous trouvons tout le fonds de cette narration dans une sorte de Bestiaire, composé par saint

du christianisme. Mais que n’eussent-ils pas dit, par exemple, sur l’inflammation spontanée de l’hydrogène phosphoré et sur les élégantes couronnes qui se dégagent lors de cette combustion P Que d’allusions ascétiques ils auraient rattachées à ce phénomène , s’ils en avaient eu connaissance ! Car ce n’était sûrement pas le fabuleux qu’ils recherchaient, mais seulement un merveilleux qu’ils croyaient constaté, sur la loi de la science telle qu’elle existait alors aux meilleures sources. Or, ne soyons pas si exigeants sur de simples comparaisons, nous qui à chaque instant prenons pour base de nos discussions historiques ou politiques, certaines maximes de droit public et de philosophie où un jour, sans doute ( il faut l’espérer) , la postérité trouvera de quoi rire beaucoup à nos dépens; et plût à Dieu, cependant, que nos travers fussent tout simplement risibles!

(1) Horapoll., toc. cil., et 5i. — Id. ,11, 5i(al. 57). — Aldro-

vaudi, Ornil/iolog., passim. — Pierii Hiéroglyphe , passim. — Georg. Pisid. , Muildi opific. , v. 1061, sqq.; 1091, sqq. ; 1 1 10, sqq Etc.

(2) Cette orthographe ( pellican), très-fréquente vers la fin du moyen âge, a probablement sa source dans une fausse étymologie que rapporte Albert le Grand (de Animalibus , libr. XXIII , cap. 24), lorsqu'il trace de son mieux l'histoire naturelle du pélican (Patav., ed. Zimara, 1 5 1 9, fol. 194 r” ) : « Pellicanus avis est a pelle cana sic vocatus, eo quod canas babeat peimas. Habitare dicilur in Ægypto juxta Nilum. De bac ave dicunl quod pullos sibi infestos interficit et deplanetos aliquamdiu, sanguine quem de pectore morsu elicit, revocat ad vitam. Et eodem modo vivificat eos ( quum? j a serpentis morsu, qui pullis insidiatur, intereunt. . . . Hæc autem potius in liistoriis leguntur, quam suut experimento per philosophiam probata. »

On peut s’apercevoir que cet homme distingué n’est pas d’une crédulité aveugle. C'est ainsi encore que dans le même chapitre, il évite de se porter pour garant de l'histoire du phénix (fol. 192 v”). c Phœnieem avem esse Arabiæ, in Orientis partibus, scribunt hi qui inagis theologica mystica quam naturalia perscrutantur. »

Puis, lorsqu'après l’article du pélican, Albert en vient au por-

phyrion, doué par la nature d’un pied à doigts libres et d’un autre palmé, dont il est censé faire usage pour boire après chaque becquée de nourriture, le naturaliste du xme siècle n’oublie pas de faire encore ses réserves. Il termine ainsi : « Hæc etiam ab historicis sunt accepta potius quam probata.»

Mais, après Albert le Grand, arrive Vincent de Beauvais qui le copie, en visant au plus court, et réduit en assertions pures et simples toutes les histoires émises par son prédécesseur sous forme de doute. C’était un moyen d'avoir plutôt fini, et c’est une nouvelle preuve du tort que les abrégés font aux sciences. Quoi qu'il en soit, Vincent de Beauvais, qui n'avait pas toujours la main heureuse, n’imagina point que son désir d’être court pût autoriser le sacrifice d’une étymologie aussi curieuse que pellis cana. Cette orthographe prescrivit donc sous l’abri du spéculum majus. Cs. Vincent., Doctrinale, libr. XV, cap. 166 (ed. Duac., t. II, p. 1492, sq.).

(3) Nous avons dit qu ailleurs le même manuscrit donnait à son original le nom de Fil/osoge. Cette polyonymie n'est pas même de l’invention du traducteur : car le P. Arevalo (Sedulii Opp., 424) cite un manuscrit du décret attribué à saint Gélase, qui portait Filosogus.

(4 ) Hug. Opp., t. II, 428 ; Institut, monast. , libr. II, cap. 27. " Physiologus refert de pelicano quod amator est nimius filiorum. Quum enim genuerit pullos et incipiunt crescere, parentes suos in faciern percutiunt ; qua de re parentes irati repercutiunt eos et occidunt. Mater vero, tertia die mortis eorum, præ compassione rostro in costa seu latere aut pectore se vulnerans, sanguinem super pullos suos effundit; et sic a mortuis eos ressuscitât ad vitam.

« Avis ista significat Dominum per Esaiam prophetam diceutein : Filios enutrivi et exaltavi, ipsi autem spreverunt me. Omnipotens itaque Deus pater totins creaturæ, nos quum non essemus lecit ut q.si serviremus. Nos vero percussimus eum in faciem, quia et eum et mandata vitæ relinquentes sprevimus; qui tamen propter nos Filium suum tradidit.et perforato latere ejus lancea

Pierre Damien; mais au delà du xic siècle, je ne connais plus d’écrivain qui ait rassemblé ces divers détails, si ce n est saint Eustathe d’Antioche au iv° siècle (i). Vers la même époque, saint Épiphane, qui na été suivi en cela par aucun auteur que je connaisse, aggrave encore la singularité de ce conte, disant que les petits du pélican trouvent la mort dans les caresses même de leur mère qui les transperce en prétendant leur prodiguer ses baisers (2).

Une autre forme a peu près contemporaine, qui maintient toujours les mêmes résultats, accorde à cet oiseau merveilleux une tendresse plus touchante. Ce n’est point lui qui donne la mort à sa couvée, il n’intervient que pour lui rendre la vie, lorsqu’elle a été victime de la fureur du serpent (3).

53. Voila de bien longs details sur un conte: on peut les abréger en ne lisant point les notes; il

militis in cruce, continuo exivit sanguis ét aqua in salutem et redemptionem nostram. Aqua enim baptismi est gralia, sanguis vero ejus calix est novi et æterni Testamenti quem in sanctis manibus tenens benedixit, gratias Deo Patri agens, et dédit ilium nobis bibere in remissionem peccatorum nostrorum. »

Cs. ibid-, libr. I, 33(p. 4o3, sq.), et libr.IV, 14 (p- 473)- — Petr. Damian., de Bono religiosi status, cap. i5 ( Al. Epis/, lib. Il, 18).

S. Bruno (in Ps. CI; Colon. 1611, t. I, 397) suivait la même version, quoiqu'en insistant davantage sur la résurrection de Notre-Seigneur comme figurée par l'emblème du pélican. «Ostensa percussione (v. 5). . . suorum, ut veniam eis citius impetret enuntiat quatenus pro eorum reparatione sit passurus et resurrecturus et in cœlum ascensurus, sic : Oro ut orationem pro miseria meorum factam exaudias, ... ut ipsi reparentur. Nam ut ipsi reparentur similis factus sum pelicano solitudinis. . . . Similis quoque fiam pelicano in sanguinis effusionè'et in filiorum vivificatione. Pelicanus enim pullos suos, eo quod eum in faciem percutiunt, a physiologis dicitur interficere. Deiude autem, eorum morte anxius, sanguinem sui lateris super eos effundendo reviviscere facit. Sic et Christus filios suos, scilicet omne genus liunianum, mortalitate damnavit; eo quod eum in faciem percusserunt, id est per obedieutiant Adæ nimis offenderunt, more eorum qui quoslibet in facie percutiunt. Postea quidem, eorum morti eompatiens, eos iterum sui sanguinis effusione vivificavit. »

Pseudo-Thomas, Opusc. 58, de Sacramento altaris, cap. 28 ( ed. cit., p. 669, sq.). « . . . . Tertio fudit sanguinem de vulnere lateris et cordis, ut discipulos in Me dubios, et alios multos in -fide et bônæ vitæ stabilitate tentatos, et ideo frigidos quasi mortuos, calefaceret et revivificaret; et revivificatis suo sanguine iter cceleste significaret, ut post ipsum ruenter currerent. De primo (Joan. XIX, 34), Ut tus militum lancca latus ejus apcruit, et continuo exivit sanguis : qui scilicet est calidus, in quo est vita hominis; ut eos frigidos in Me calefaceret, et quasi mortuos in vita bona revivificaret. Similis factus sum pellicano solitudinis ; pellicanus avis est quæ mox natos et contra eam se erigentes occidens, et mortuos triduo deplorans, cum rostro latus proprium fodit, et sanguinem in eos fundens revivificat. Sic Christus frigidis in fide, et peccatis mortuis, subvenit sanguine cordis.»

(1) Eustath., Hexahemer. (Bibl. PP. XXVII, 29 ). Cet auteur paraît avoir été le guide de plusieurs zoologies merveilleuses, surtout parmi les Grecs du Bas-Empire. Mais ses imitateurs n ont guère manqué, d’enchérir sur les données qu'ils lui empruntaient. Car sa compilation semble constamment rédigée avec une sobriété qui tient de la sécheresse; et parmi bien des assertions insoutenables, il est parfois d’une prudence qui le sauve tout à fait du ridicule. C'est ainsi que pour l'bisloire du lion qui nous a occupés précédemment (n°44, P- 79), il se renferme dans les limites d’une discrétion rare. «Le lionceau, dit-il (op. cit., p. 3i ), naît les yeux fermés, et, durant les trois jours qui suivent sa naissance, sa mère se tient sans cesse près de lui. Mais après ce délai, le lion, au retour de sa chasse, lui fait ouvrir les yeux en soufflant sur lui.» Plus loin, quelques mots seulement sur la fétidité de l'haleine du lion terminent tout cet exposé.

(2) Epiphan., Pliysiolog., cap. 8 ( t. II, 199).

Bon nombre d'auteurs, qui n’expriment point 1 intention du pélican, nous laissent dans l'impossibilité de désigner l’école à laquelle ils appartiennent. Dans leur pensée, est-ce l'inconsidération ou la sévérité qui cause la mort des petits nouvellement éclos? On se contente de nous dire qu'ils sont tués par leurs parents (la mère ou le père, peu importe). Cs. Houor. Augustod., in Ps. CI,

7 (D. Pez, t. V, i745; et t. II, P. I,p. 1 38, sq.). — Remig. Autissiodor., ml. c. (Bibl. PP. XVI, 1233). — Gloss, ordin., in l.c. — Bed(?). //. (t. VIII, 947). — Isidor., Etymol. XII, 7 (t. IV, 92). — Gregor. M. (?) , in. Psalm. pœnit. ( t. XIV", 119).

Saint Augustin (in Ps. CI, serin. I; t. IV, 1 09 5 — 1097), qui semble avoir servi de modèle à la plupart des commentateurs du Psautier au moyen âge, ne dissimule pas ses doutes sur la réalité de cette narration , non plus que saint Isidore, saint Bruno, Albert le Grand, etc. ; et évite de se prononcer sur le motif qui attire a petits du pélican les rudes traitements de leur père. « Pr sit pelicanus dicendum est. In ea quippe regioue nascitur ut nobis ignota liæc avis sit. . . . Quælibet sit avis hæc, quod de ilia psalmus dicere voluit hoc intueamur. . . . Quid quæris formam ejus, membra ejus, vocem ejus, mores ejus? Quantum tibi ps; dicit, avis est habitans in solitudine

«. . . . Quod dicitur vel etiam fegitur de bac ave, id est pelicano, non taceamus; non aliquid affirmantes temere, sed ta ni eh non tacentes quod qui scripseruut et legi et dici voluerunt .Vos sic audite ut si verum est congruat, si falsum est non teneat. Dicuntur hæ aves tamquam colaphis rostrorum occidere parvulos suos; eosdemque, in nido occisos a sc,lugere per tridi tremo dicunt matrem seipsam graviter vulnerare, et s; suum super filios fundere, quo illi superfusi reviviscunt. Fortasse hoc verum, fortasse falsum sit; tamen, si verum est, quemadmodum illi congruat qui nos vivificavit sanguine suo videte. Cougruit illi quod matris caro vivificat sanguine suo filios suos; satis congruit. Nam et ipse gallinam se dicit super pullos suos

(Mattli. XXIII, 37) Habet enim paterunm auctoritatem ,

inaternum affectum Habet ergo hæc avis, si vere

ita est, magnam similitudiuem carnis Cbristi cujus sanguine vivificati snmus. Sed quomodo congruat Christo quod ipsa occidit filios suos? An et illi non congruit Ego occidnm et ego vivificabo, ego pcrcutiam et ego sanabo (Deuter. XXXII, 3g)? Au vero Saulus persecutor moreretur, nisi de cœlo perculerelur (Act. IX, 4 ); aut prædicator excitaretur, nisi illius sanguine vivificaretur? Sed hoc viderint qui scripserunt, non in incerto inlellectum nostrum constituere nos debemus, etc.»

(3) Euseb. Cæsar., in Ps. CI, 7 (ap. Moutfaucon, Colleclio nova PP. grœcor. , t. I, p. 654). ÔjioioOxai Sè /.ai ô Kûpio; épnjnwü T.Ckv/.ù-n Y.U.-CL T7iv XOU ÔpVSO'J XG’JTO'J TEpÔç Ta ÊyyOVa 0aU(Aa(TlG>TàXT|V (TJJ/.~à0£LaV- Tgûxo yàp xô Çûov Tac vooaiàç rcapà iréxpai; àiEGTÔ|AGi; OTiyvjaevov toÎç vioacroîe, xi 11.fi pâxxa lïapà xtvoç xmv Èraëo'jXwv Sia^OsipsaGai ■/.axspyâÇsxa'.. Â),V ô ys osiç , â~G~xàvxoç aùxûv xoû Tîaxpoç , èitsiSfi /.ai u.f, TCpoaeyyiÏE'.v xfj z.aV.â ùyvaxai, è-'./Jei aiixoEs -GjîpiuOîv xôv iov. IkpunwTteï yàp oOev -vei b âvôp.oç , /.à/.E'.ÜEv éjiiyjtrâ xoE; veoxxoE; xôv iôv aùxoô, /.ai xeXsoxôcnv. ÀaV b ysvvfiaa;, aûxoEç ènraxàc auOic, /.ai xfiv ÊitiëouVfiv ipuaczot; Myoïç eiSiüç, oiS; T.âX'y bu.oUo' ot-wç àvaêiûaovxai. S/.oitsî yàp •izyO.r,'/ ym ircxexa'. zi: , /.ai /.axà /.opupf,v f,pfaa i~‘ aùxoiç itxjpviroexa'., /.a! xà ~>£upà

xoiç zxjpoiç É/.axspGiOsv TCAfiaoiv aipoSpôxspov, aEgaxo; aixoE? paviSai; uiv. Ai Sk S là xTi? veyéXii; émaxâ^ouija'., Çw&yôvov xoE; ve/.pwOEiaiv èvxiOfaai SûvajAiv, /.ai èyeEpovxai.

Aaaêâvîxai ouv ô TO^ez.àv etç xôv Rôpioi TtXàax'/jç , ï, S ï xaXià si; xôv wapaSEiirov, ô êoXov. ÈvEpômaîv guv G’jxo; Sià xij; lEapa/.orjç xoïç êv xû •rcapaSeiaw xeOeîgi TipiûXGTtf.à'rrGiç, /.ai VEZ-pioatv aùxoiç èvxéOei/.ev. O Si Xpiaxôç Stà xàv vepôç f/jiâç àyàxr.v i/j-oO ysvoasvo; é-i xoû sxaupGÛ , /.ai vuyE'.; xfjv zAEVpàv, i/.Ei- 0ev xô ÇuzjSp'JTov éoxâ^açEV aiaa ' /.ai, Sià xfiç veçé^h; xoû AyÎG’j I IvEÛu.axo; , vs/^G)0Évxaî fjaâç àvsÇwuoxv.

II est facile d'apercevoir dans Michel Glycas ( Annal P. I, die quinta ; cd. Labbe, p. 44 )> que son article sur le pélican est pour

OTTGt stç XG'j; Ttpto* ; xôv âiïoxxàxT|V Si

I oo

VITRAUX DE BOURGES

en ressortira du moins un fait de symbolique chrétienne : c’est qu’au milieu de toutes ces recherches, il ne m’est pas arrivé de rencontrer un seul auteur antérieur au xv siècle, qui parle de ce sang comme d’une nourriture. Je suppose que cette interprétation moderne a pu prendre , naissance vers cette époque, entre les mains des grammairiens : espèce de gens plus tranchants alors qu ils ne I avaient jamais été (ce qui est beaucoup dire), mais dont la manie fut toujours d’étendre leur compétence sur l’universalité des connaissances humaines, et principalement de fausser les données historiques avec une protestation continuelle de s’appuyer sur les faits. En étudiant les diverses phases de la symbolique chrétienne, on peut remarquer combien les significations de certains types s’altèrent et changent de direction vers le xvie siècle. L’antiquaire dépaysé perd tout à coup la piste des signes qu’il suivait sans peine jusqu’alors : les miniatures, les gravures sur bois, etc., lui présentent d anciens symboles tellement en dehors de leur situation accoutumée que, désespérant d’y trouver désormais un sens, il prendrait volontiers le parti de n’y voir plus qu’une fantaisie profane qui mêle le folâtre au sérieux. Ce serait une erreur; le XVIe siècle est plus sérieux, même dans les arts, qu’on ne le croirait d’abord; ce n’est point la science qui lui manque précisément, mais c’est par-dessus tout la modestie. Il méprise ses pères, et se croit appelé à réformer le monde par l’étude; car les gens de lettres se montrent alors épris d’une confiance en eux-mêmes qui est tout à fait impatientante. Non pas qu’à cette époque on pense beaucoup par soi-même : un singulier travers ne fait secouer alors le joug des générations précédentes que pour prosterner ces intelligences si hautaines aux genoux des siècles écoulés depuis longtemps. On est idolâtre de l’antiquité, on s’en pique du moins, et l’on fait consister l’indépendance d’esprit à répudier ce que l’on avait trouvé subsistant. Généralement , le xvic siècle part de ce point, que ses devanciers immédiats ne doivent compter pour rien; et que lui, sa destinée est de tout refaire sur les plus vieux modèles, qu’il exhumera à cet effet.

N’appliquons ces considérations qu’à notre sujet actuel. Plusieurs emblèmes qui prennent à ce mo-

le moins une réminiscence de celui d'Eusèbe, d'autant qu’ailleurs Glycas ( P. II, p. 182, etc. ) professe une admiration toute spéciale pour l’évéque de Césarée.

Du reste, dans cette seconde leçon sur la mort des petits du pélicau , une variante se présente encore. C’est le serpent qui les tue, mais par sa morsure, et non plus par cette influence lointaine ou par l’éjaculation de son venin dont parlaient Eusèbe et Glycas. Cette nouvelle circonstance est indiquée par Albert le Grand et autres. Mais le récit d’Eusèbe semble maintenu dans la dernière partie de la singulière lettre à Prœsidius, qui a porté longtemps le nom de saint Jérôme. Hicronym. Opp., t. V, i4g. ■cPellicani quum siios a serpente filios occisos, mortuos inveniunt, lugent et se et sua latera percutiunt; et sanguine excusso ad corpora mortuorum sic reviviscunt.»

Albert M. (Joc. cit.) »... Et eodem modo vivificat eos a serpentis môrsu qui pullis insidiatur. »

Un certain Petrus, dont je ne saurais compléter la désignation , est cité au xv” siècle par Meffreth (sermones . . . de tempore, serrn. X, de Dominica Ego sum bonus paslor) , de manière à faire croire qu’il adoptait en partie les données d’Eusèbe. « Petrus in libro de Avibus dicit quod pellicanus nimium diligit pullos suos; quod patet ex 1II0. Nam absente pellicano quidam serpens intoxicat pullos suos. Quum autem redierit et eos mortuos invenerit, se in pectore vulnerando percutit et sanguinem super pullos spargit, et sic reviviscunt. Spiritualiter hæc avis significat Christum qui in principio formavit duos pullos, videlicet Adam et Evam, et dédit

eis posse non mori Videns autem dolosus serpens diabolus...,

eos intoxicavit quando pomum ad edendum eis obtulit et sic

facti suutmortales; et quamvis vivebant secuudum corpus, tamen quoad animam mortui erant. Veniens autem Cbristus in sua incarnatione, pectus suum aperire permisit; et animam suam dilcetam pro nobis posuit ut nos vivificaret qui in Adam mortui eramus. »

Si 1 intoxication dont parle Meffreth peut exprimer la morsure empoisonnée du serpent , il n'y aurait plus de recherches à faire sur la personne et les ouvrages de ce naturaliste Petrus ; il y aurait lieu de supposer que ce nom a été substitué par une faute d’impression à celui d 'Alberlus , et la popularité de la variante introduite par Albert le Grand s’appuierait d’un nouveau suffrage. Quoi qu’il en soit, essayons de résumer toutes ces diversités; leur

réunion fera mieux ressortir la partie fixe et la partie flottante ou variable dans cette ornithologie merveilleuse.

Père : sévérité; saint Eustathe, saint Bruno , saint Pierre Damien , Hugues, le faux saint Thomas.

Mère : tendresse imprudente; saint Épiphane.

L’un ou l’autre (expression indéterminée) : motif non exprimé; saint Grégoire le Grand (?) , saint Isidore, BèdefPJ, la Glose, Remi d’Auxerre, Honorius d’Autun.

De loin : par émission de son venin; Eusèbe, Glycas. Le faux saint Jérôme et Jean de San-Gimignano ne précisent point la manière dont le serpent fait mourir les petits du pélican.

\ e. De près : morsure; Albert le Grand, if A coups de bec ; saint Eustathe, saint Augustin, saint Grégoire le Grand (P), BèdefPJ, la Glose, saint Pierre Damien, Hugues, Albert le Grand, le faux saint Thomas, Jean de San- Gimignano.

g. A coups d'ailes répétés; Eusèbe , BèdefPJ, Glycas, le faux s. Jérôme.

h. La mère ; saint Augustin, saint Eustathe, saint Grégoire le Grand (P), saint Pierre Damien , Albert le Grand, Jean de San-Gimignano.

i. Le père; Eusèbe, Glycas, saint Épiphane.

/<■ Lun ou 1 autre ( expression indéterminée ) ; saint Isidore , Remi d Auxerre , la Glose , Honorius d’Autun , saint Bruno.

Ainsi un seul fait se dégage de cette mêlée sans nulle atteinte, cest que le pélican rend la vie à ses petits en les arrosant de son propre sang; toute autre circonstance est plus ou moins contes-

1 Mode (elTusion I du sang).

Auteur. /

ment un nouveau langage semblent l’avoir pulsé dans Horapollon; et l’on n’en sera pas surpris si l'on fait attention que, durant les cent années qui suivirent la publication de l’édition princeps (t5o5, Aide) de cet hiérogrammate quelconque, plus de dix-huit éditions le reproduisent, soit en grec ou en latin, soit en français, en italien ou en allemand, soit dans des commentaires qui l’étendent à leur guise. Ce que dit cet auteur au sujet du vautour abreuvant ses petits de son sang, lorsqu’il ne trouve point d’aliments pour les rassasier, pourrait avoir déterminé la déviation que subit alors l’interprétation du pélican sur sa piété (i).

Voilà pour le fait en lui-même; maintenant, quelle peut être la fonction de cet emblème dans lu série des idées que nous a montrées la verrière de Bourges? Serait-ce d’indiquer l’établissement de l’Eglise, en peignant l’institution des sacrements? Le baptême surtout pouvait se présenter naturellement à l’esprit du peintre, puisque les développements d’Eusèbe, de Glycas, de Meffreth, etc. (2), s'accordent à rappeler la déchéance originelle de l’humanité par la faute d’Adam et d’Ève. Dans celte hypothèse, on aurait voulu montrer les pénibles prescriptions de l’ancienne Loi remplacées par la grâce abondante de la Loi nouvelle, qui convie toutes les nations à puiâer aux fontaines du Sauveur (3). Que si l’on prétendait y lire d’une manière plus sensible la réprobation du peuple ancien, on pourrait absolument se réclamer de quelques anciens textes, mais dont l’application ne me semble pas aussi naturelle. Tel est le sens que saint Épiphane attribue (4) au nycticomx, symbole qui complète celui du pélican dans le psaume; mais surtout telle est la moralité que prête Jean de San-Gimi-

lée. Tenons-nous-en à ce fait invariable parmi toutes les contradictions, et faisons seulement observer que, d'après toutes les peintures sur verre et sur émail qui nous sont connues, c'est avec le bec que cet oiseau fait sortir le sang de son flanc. Une autre circonstance, c'est qu'à peu près constamment le pélican est représenté la tète à gauche du spectateur. Quant aux petits du pélican, bien que d’anciens formulaires des Rose-Croix veuillent qu’ils soient au nombre de sept, pour indiquer les sept sacrements; les monuments (avant le xv' siècle) n'en admettent guère que trois ou quatre.

Quant à la manière dont cette cure mystérieuse est censée s'opérer, je ne trouve (sauf le Bestiaire de l'arsenal) que saint Epiphane qui soit explicite sur ce point. Selon lui, c’est sur les blessures de ses petits que le pélican fait tomber son sang. Ainsi, quand on les montre se dressant et ouvrant le bec, on aura voulu les peindre revenant à la vie, saus prétendre qu'ils s’abreuvassent du sang qui roule pour eux.

(1) Du reste, tous les ascétiques modernes ne désertent pas la vieille voie. Le P. Vincent Caraffe,qui mourut général des jésuites, n'en appelle qu’aux anciennes explications sur le pélicau dans son Fascetlo ili mirra (libr. II, 6), publié en 1 635.

(2) Léonard d'Oudine, dominicain du xve siècle, semble autoriser cette manière d'entendre le symbole du pélican placé près de la résurrection de Notre-Seigneur. Dans un sermon pour le jour de Pâques(jm«. quadrugesimal. 48) il s’exprime ainsi : ■■ ... Trigesimus octavus triumphus ( Christi iri resurrectione ) fuit justificationis. Nam sicut per fidem Christi venturi antiqui Patres salvati sunt , ita et nos salvamur per fidem Christi jam nati et passi. Sunt autem sacramenta quædam signa protestantia fidem qua homo justificatur. Oportet autem aliis signis significari futura, præterita, et præsentia. Ut enim Augustinus dicil libro XIX contra Faustum, eadem res aliter enuntiat facienda,et aliter facta; sicut ista verba passurus et passus non similiter sonant. Et ideo oportuit alia quædam sacramenta in nova Lege institui, quibus significentur ea quæ præcesserunt in Cbristo, præter sacramenta veteris Legis quibus prænuntiabantur futura. Undc Augustinus, libro XIX contra Faustum, dicil : Sacramenta veteris Legis sunt ablata, quia iinpleta ; et alia sunt instituta, virtute majora, utilitate meliora, aclu faciliora , numéro pauciora. Sacramenta autem ordinantur ad I10minum justificationem, secundum illud I Cor. VI : Abluli estis et juslificati estis. Justificatio attribuitur Passioni Christi, ratione terinini a quo, scu quantum ad dimissionem culpæ; quia Christus liberavit nos a peccatis unstris per suarn Passionem, efficienter, meritorie,et salisfactorie. Attribuitur tamen resurrectioni, ratione termini ad quem, qui est novitas vitæ per gratiam; Rom. IV, Resurrexit propter justificationem nostram. Sacramenta enim novæ Legis habent efficaciam ex mandato Christi. Christus autem maudatum baptizandi dédit disripulis post resurrectionem suam; quo

non solum Judæis, sed etiam gentilibus necessitatem baptismi imposuit; dicens : Euntes docete omnes genles, baptizantes eos in nomme Patris, et Filii , et Spiritus Sancti ; Matth., ult. c. » — Cs. Rupert., in Matth., libr. XI, suh fin.

Il importe de faire observer, pour rendre plus sensible cette pensée du moyen âge, que dans les monuments où le pélicau accompagne la crucifixion ( Étude XII), il est ordinairement placé au sommet. Il est visible qu'on voulait y faire remarquer la conséquence et comme le couronnement de la rédemption, soit qu’on arborât cet emblème au-dessus de la croix, soit qu'on l'associât (comme à Bourges, à Tours, à Chartres et au Mans) à la résurrection de Jésus Christ.

A Chartres ( Ét . I, fig. A, n° 19), si le pélican est peint sous la croix, il est facile de remarquer que dans la marche des peintures le progrès de la série a lieu de haut en bas, contrairement au système suivi par le vitrail de Bourges. Au Mans [Et. IV, fig. B), le médaillon du Pélican est évidemment déplacé, ainsi que celui des Lions. On reconnaît sans peine que le placement de ces deux pièces a été échangé contre celui des médaillons de la veuve de Sarepta et de l'Agneau pascal. Il y a lieu de croire que cette disposition actuelle est le résultat de quelque remaniement fait sans intelligence par des vitriers du xvne ou du xvm” siècle. Mais nous avons maintenu au vitrage l’aspect qu'il offre actuellement au spectateur; et, d'ailleurs, même dans cet état emprunté, le pélican y domine encore la croix.

Terminons par une diversion bibliographique au sujet des sermons de Léonard d'Oudine. L'exemplaire que j’ai sous les yeux provient de l’ancienne bibliothèque de Sorbonne, et se termine par la souscription suivante : «Sermones quadragesimales de legi-

bus impressi Parisius in Sole aureo in vico sancti Jacobi

prope sanetum Benedictum per honorabiles viros Martinum, Udalricurn et Michaelem, anuo xvu domini nostri regis Ludovici XI, die vero ultima rneusis octobris.» Cette édition, remarquable encore par la forme ancienne des chiffres dits arabes, a été mal datée par quelques bibliographes. On lui assigne souvent l’année 1478 (Cs. Debure, Biographie universelle, etc.), bien que le mois d'octobre 1478 appartienne à la dix-huitième année du règne de Louis XI, et non pas à la dix-septième, puisque ce prince était monté sur le trône en juillet 1461. C'est donc 1477 qu’il faut dire, avec les PP. Quétif et Échard, Fabricius, etc. Aussi, le grave et consciencieux La Sema ne balance-t-il pas à écrire ( Dict . bibliogr. du XVe siècle) qu'a près 1477 il n'est plus parlé de Martin Crantz ni de Michel Friburger, et que leur société avec Ulric Gering doit avoir été dissoute vers la fin de cette année. On me pardonnera, sans doute, cette digression en faveur des premiers typographes qu’ait possédés Paris.

(3) Isai.XII, 3;XXXV, 7. — Joël. III, 18. — Zachar.XIII, 1.— Etc.

(4) Epipliau , Physio/og , cap. 20 (p. 216). «Ihiuiv h jJ$X[MûSàc •

VITRAUX DE BOURGES

gnano à une donnée complémentaire de l'histoire du pélican dans Albert le Grand (i). Selon c i tt» addition à la peinture des mœurs de l’oiseau merveilleux, sa blessure le .réduit à un état de faiblesse qui lui rend nécessaire l’assistance de ses enfants; et lorsque, par les soins de ceux qui reconnaissent ses bienfaits, l’oiseau a recouvré ses forces, il chasse les ingrats loin de lui.

L’application est facile, sans que le lecteur ait besoin de se faire aider. D’ailleurs, cette espèce de queue ajoutée à l’histoire du pélican a trouvé trop peu de complaisance dans les écrivains du moyen âge pour avoir déterminé la direction du symbolisme général rattaché à cet emblème. On ne la voit que très-rarement dans les écrivains, en sorte qu’elle ne paraît pas même avoir été généralement connue. Je ne doute pas que la première interprétation ne soit la seule véritable; elle correspond sensiblement à ce que nous trouvons exprimé ailleurs par le cadavre d’Adam recevant le sang de Jésus-Christ, et se soulevant même de sa tombe pour le recueillir dans une coupe (2). C’est la grâce enfin largement épanchée après avoir été si longtemps promise. L’ancienne Loi la figurait seulement par toutes ses cérémonies, la nouvelle alliance la donne dans ses sacrements (3). Le sang de la grande victime (4) n’a pas seulement coulé une fois sur le Calvaire pour la réconciliation du. monde avec Dieu, I Eglise le dispense chaque jour; elle en dispose, et l’efficacité de ce sang précieux se manifeste durant le cours des siècles par l’entremise du ministère ecclésiastique. En vertu de l’institution divine, 1 action de Jésus-Christ y est constamment présente; l’idolâtrie est désertée en foule (5), et l’Esprit-Saint renouvelle la face de la terre (6).

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