CHAPITRE QUATRIÈME
99. Je ne pense pas qu’il se rencontre, parmi ceux qui liront ces pages, quelqu’un pour qui la parabole de l’Enfant prodigue soit une nouveauté. Nous n’aurons donc qu’à parcourir rapidement le vitrail, en distinguant, par l’absence des renvois accoutumés, les développements que le peintre a prêtés au récit de l’Évangile.
Les trois médaillons au pied de la verrière sont, comme dans le vitrail de la Nouvelle- Alliance, une signature. Des tanneurs y sont représentés préparant leurs peaux ou recevant le prix de la vente.
En poursuivant 1 étude des divers panneaux de bas en haut et de gauche à droite, nous voyons l’histoire se dérouler avec une suite non interrompue. Le plus jeune des deux fils vient trouver son père, et, malgré le geste de remontrance que fait celui-ci, le jeune homme, présentant une pièce de monnaie, fait entendre que cest de l’argent qu’il vient chercher, et non pas des leçons (i).- — Dans un autre appartement, ce fils empressé de jouir a déjà le pan de son manteau chargé d’or, et semble réclamer encore des vases précieux que son père hésite à lui abandonner (2). — Pendant ce temps-là, le frère aîné est occupé des travaux de la campagne. On voit que le peintre, bien qu’il introduise ensuite le faucon du moyen âge, dans sa mise en scène, n’a pas perdu de vue les mœurs simples et patriarcales de la Palestine. — Le Prodigue quitte la maison paternelle, en pompeux équipage : à cheval, le faucon sur le poing, et précédé d’un estafier (3). — Une femme sort de sa maison pour venir audevant du cavalier, et l’invite par ses caresses à mettre pied à terre. A ce moment le valet semble renoncer à suivre son maître dans cette vie de désordres où il le voit se précipiter; il revient sur ses pas, et l’attitude même du chien qui l’accompagnait paraît annoncer une morne douleur. Dans les médaillons qui suivent, on reconnaît aisément le joyeux accueil que la femme perdue fait au jeune aventurier. On a décoré d’un bouquet la tête de son cheval. On s’embrasse, on se fait couronner de fleurs, et l’on s’abandonne à la bonne chère. Dans ces diverses scènes, le changement des costumes pourrait indiquer que ce sont à chaque fois de nouvelles rencontres, jusqu’à ce qu’enfin une de ces femmes le met décidément à la porte de son logis. On s’aperçoit que les ressources du Prodigue sont épuisées : plus de cheval, plus de manteau fourré de vair; il n’a même plus cette longue robe qui, au moyen âge, est la principale distinction entre les gens riches et le menu peuple (4). Le bâton qu’il tient ne sert qu’à faire comprendre combien est démoralisé (pour parler le langage actuel) ce jouvenceau, qu’une femme éconduit honteusement. — Ce n’est pas tout : nous l’apercevons ensuite près d’un tonneau, jouant sur un coup de dés ce reste de vêtements qu’il portait encore tout à l’heure Son compagnon, fort peu touché de la détresse du mauvais sujet, paraît ne pas douter de son coup, et les gestes résolus de cet homme annoncent qu’il joue à jeu sûr. Cet intrépide joueur ne ménage pas même l’amour-propre de celui qu’il va réduire à la besace. On reconnaît dès l’abord que la partie n’est pas égale : habitué de la taverne, il a pris pour lui l’escabeau, et ne laisse à sa dupe que la terre pour siège.
Désormais il ne reste au Prodigue, réduit à un état de nudité presque complète, d’autre ressource que la mendicité. Mais dans cette situation, se présenter aux portes est presque une insulte pour les maîtres de la maison. Aussi, le voyons-nous chasse impitoyablement à coups de bâton; et, pour nous faire entendre qu’il inspire bien plus l’horreur que la pitié, cest par la maîtresse du lieu que le peintre fait fustiger notre mauvais sujet, tandis que le mari semble se borner à lui adresser une réprimande. La famine qui ravage le pays ferme tous les cœurs à la compassion. Loin que l’on songe
(1) Luc. XV, 11, 12. « Homo quidam habuit duos filios; et dixit adolescentior ex illis patri : Pater, da mihi portionem substautiæ quæ me contingit. »
(2) Ib., 12. «Et divisit illis substantiam.»
(3) Ib., i3. « Et non post multos dies, congregatis omnibus, ado-
lescentior filius peregre profectus est in regionem longinquani; et ibi dissipavit substantiam suain vivendo luxuriose. »
(4) Le frère aîné du Prodigue parait toujours dans cette verrière avec le vêtement court qui atteint à peine les genoux. C'est une sorte de négligé en harmonie avec ses occupations agricoles.
à l’aumône envers les inconnus, les services domestiques même sont au rabais. Aussi, quand notre coupable mendiant sollicite l’humanité d’un riche propriétaire, on lui propose de vendre sa liberté, et d’accepter l’emploi de porcher s’il veut obtenir quelque subsistance (i). — Il n’y a pas à balancer, et pourtant cette abjection même ne le sauve pas du besoin. Exténué, soutenant sa tête de la main, et appuyant son coude sur un bâton, on voit que s’il est assis à terre, c’est la débilité qui l’affaisse bien plus que le désoeuvrement. Près de lui paissent insouciants, ou bondissent avides ses joyeux pourceaux, dont il envie la paisible curée; et le chien même, atteint sans doute aussi par la famine, tourne le dos à son maître, qu’il laisse en proie à d’accablantes pensées (2).
Du fond de ce désespoir s’est élevé le repentir. Le malheureux s’est souvenu qu’il avait un père, et que sous le toit paternel il était des mercenaires dont le sort avait de quoi lui faire envie. Il s’est levé; il ira demander à ce père délaissé le pain des serviteurs. Mais si le besoin le ramène, c’est l’amour qui l’accueille; et d’ailleurs le cœur du Prodigue ne commence-t-il pas à être changé(3), puisqu’il en est venu à espérer le pardon? Aussi bien, le cœur d'un père ne cherche point des appréciations si subtiles. Le vieillard ne songe plus à son autorité méconnue; c’est lui-même qui hâte le moment de la réconciliation, et il ne permet pas à son fils d’achever la protestation de repentir que lui avait dictée la détresse (4). Il accourt au-devant de lui, fait apporter avec empressement des vêtements dignes de sa naissance, pour le réintégrer dans son premier état; et ne songe plus qu’à se réjouir. — Il active les apprêts de la fête, fait tuer le veau gras pour le festin (5). — Les joies du banquet effacent le souvenir d’un avilissement tout récent encore, et rendent au Prodigue repentant la noble contenance d’un fils de famille (6).
Pendant ce temps-là, l’aîné, toujours occupé du travail des champs, n’avait pas même appris la nouvelle avant l’heure accoutumée de son retour, tant on avait précipité les réjouissances! tant le désir de fêter le Prodigue avait banni toute autre pensée! Mais voici que, rentrant sans doute vers la chute du jour, il s’étonne du bruit d’instruments et des chants de joie qui remplissent la maison. Quand il en apprend le motif, il refuse d’entrer, et il faut que son père vienne lui faire comprendre
(1) Ib., 14, i5. «Et postquam omnia consummasset, facta est famés valida in regione ilia; et ipse cœpit egere. Et abiit,et adhæsit uni civium regionis illius. Et misit ilium in villam suam ut pasceret porcos. »
(a) II»., 16. « Et cupiebat implere ventrem suum de siliquis quas porci manducabaut; et nemo illi dabat. »
(3) Ib., 17-20. «In se autem reversus, dixit : Quanti mercenarii in domo patris mei abundantpanibus! Ego autem bic famé pereo! Surgam et ibo ad patrem meum, et dicam ei : Pater, peccavi in ccclum et coram te, jam non sum dignus vocari filius tuus; fac me sicut unum de mercenariis tuis.
« Et surgens venit ad patrem suum. »
A Chartres, si l'on en croyait l'ancien manuscrit du chapitre, le verrier aurait imaginé de peindre l’Enfant prodigue agenouillé près de ses pourceaux. Dans le fait il n’en est rien : le porcher est seulement assis croisant les jambes. Cette apparence de ferveur aurait d’ailleurs quelque chose d'intempestif : ce serait dépasser l'histoire au point de la fausser, si je ne me trompe. Le peintre, sans être toujours bien inspiré, a du moins eu le bon esprit de se tenir ici dans les termes de l’Evangile. Si l'on y réfléchit bien, on verra que le retour de ce cœur n'est pas absolument consommé à cet instant du récit. Que disent ses paroles ? Il va chercher du pain, en somme, sous le toit qui l’a vu naître. Il y a donc, au fond, un certain motif d’intérêt qui préside à sa résolution et qui en dicte même la formule. Mais, ce qui mérite d’être remarqué , cette expression en apparence si humble : « Traitez-moi comme l’un de vos serviteurs;» elle disparait quand il est devant son père. C'est qu alors seulement il comprend bien le cœur paternel; il voit que s’il reste pour lui une grâce, elle sera entière. Il dit bien encore : « Je ne suis plus digne d’être appelé votre fils; » mais, sans être moins humilié, ij ne parle cependant plus de restriction. C’est la présence de son père qui fait ce changement. Je serai mieux compris de ceux qui connaissent bien la doctrine de l’Eglise sur la réconciliation du pécheur. Il est tel mouvement de l’âme qui, bien que produit par la grâce divine, peut déterminer le cœur égaré à revenir vers Dieu , sans toutefois suffire entièrement pour sa justification complète. De ce premier degré qui n’est pas la conversion encore, mais qui nous y achemine seulement, il faut que
nous nous élevions plus haut par le secours d'un nouveau don plus parfait. A ce dernier point, c’est l'amour qui prend le pas sur la crainte; il l’efface même tout à fait , ou bien c’est la grâce du sacrement qui comble ce reste d’imperfection autant qu’il en est besoin.
Tout cela est un peu sérieux; mais comme c’est la doctrine même de l’Eglise, il était désobligeant de nous donner à croire que le peintre-verrier s’avisait de broder de son chef le texte de saint Luc, sans songer s'il l'altérait; au risque d’enlever ce genre de beauté si grave et si fécond à la parole de la Sagesse éternelle nous enseignant par elle-même.
Si quelque artiste trouvait que je lui fais une part bien sévère en prétendant apprécier des peintures d'après cet ordre austère de principes dogmatiques, je le prierais de vouloir bien m'indiquer une application de son art où il lui soit donné d’échapper à certaines prescriptions, et partant à certaines censures extra-artistiques (puisqu'on s’exprime ainsi de nos jours). C.es carrières si indépendantes, que l'artiste jaloux de liberté se les choisisse. Mais si l’art, même à son plus bas étage, c’est-à-dire dans la représentation delà nature inanimée, est justiciable du naturaliste, par exemple, et même de certaines professions industrielles; il serait assez extraordinaire que 1 art religieux eût le privilège de n'avoir rien à démêler avec la science de la religion, c’est-à-dire avec la théologie ! Il ne peut avoir pour cela qu'un seul moyen, c'est d'être insignifiant; mais par là même, il renonce avant tout à être religieux. En sorte qu’il ne s’est dérobé au tribunal de la théologie que pour se faire condamner à celui du bon sens.
(4) Ib-, 20-5.2. « Quum autem adhuc longe esset, vidit ilium pater ipsius, et misericordia motus est; et accurrens cecidit super collum ejus, et osculatus est eum.
« Dixitque ei filius : Pater, peccavi in cœluin et coram te; jam non sum dignus vocari filius tuus.
« Dixit autem pater ad servos suos : Cito proferte stolam primam, et induite ilium; et date annulum in manum ejus, et calceamenta in pedes ejus. »
(5) Ib., 23, 24. « Et adducite vitulum saginatum, et occidite; et manducemus et epulemur. Quia hic filius meus mortuus erat, et revixit; perierat, et inventus est. »
(6) Ib., 24. « Et cœperunt epulari. »
ce qu'est pour un cœur paternel le retour d'un 61s (t). -L'Évangile ne di, point que ce, aîné si grondeur au consenti à faire sa paix de bonne grâce, mais le vitrail de Bourges place au sommet de toute la composition le bon accord rétabli entre les deux frères par le père de famille.
100. Nous ne parlerons point de la verrière consacrée à l’Enfant prodigue dans la cathédrale de Chartres (2), mais nous pouvons dire que parmi toutes les verrières de ce genre que nous avons eu occasion o server, celle de Bourges mérite un rang véritablement distingué sous le rapport du choix des circonstances et de la marche des faits. L’idée de la parabole évangélique nous y parait saisie et constamment suivie avec un sérieux et une habileté remarquables. Bien qui fasse languir l’exposé des faits, rien qui amplifie surabondamment les circonstances du récit primitif, ou qui exagère la valeur de l’une d’elles au détriment des autres. Pour qu’on le remarque plus aisément avec nous, sans avoir pourtant a subir des répétitions fastidieuses, prenons un point seulement de comparaison dans ÏEnfaM prodigue de la cathédrale de Sens (Étude XI). Ceux qui le connaissent ne pourront s’empêcher de convenir que notre choix a de l’impartialité; ce vitrail de Sens étant un vrai chef-d’œuvre, soit pour la richesse élégante de ses ornements, soit pour l’éclat varié de ses couleurs, soit pour la noble simplicité de ses médaillons tracés et distribués avec une symétrie et une variété pleine de bon goût, soit pour le dessin des personnages où se montrent un savoir-faire et une grâce tout à fait remarquables. C’est une merveilleuse alliance de la pompe du xne siècle avec la gracieuse délicatesse du xiv‘. Mais si l’artiste y est à ravir pour la partie matérielle de son œuvre, sa faiblesse n’en devient que plus saillante quand on l’examine du point de vue théologique (3).
Dès le début, cest une singulière recherche du peintre de Sens, que d’avoir amené les deux frères pour réclamer en commun, et se faire adjuger ensuite, la part d’héritage qui doit revenir à chacun d’eux. L’aîné a beau se tenir quelque peu à l’écart (4), comme pour faire entendre qu’il est entraîné par son frère; cet accord ne laisse pas d’ôter quelque chose d’odieux à la conduite du Prodigue, en faisant porter à la fois sur un autre que lui l’indignation du spectateur (5). Et puis, au lieu d’un jeune homme
(i) Ib., 25-32. « Erat autem filius ejus senior in agro. Et quum veniret, et appropinquaret domui, audivit symphoniam etchorum; et vocavit unum de servis, interrogavit.que quid liæc essent. Isque dixit illi : Frater tuas venit; et occidit Pater tuus vitulum saginatum, quia salvum ilium recepit.
« Indignatus est autem, et nolebat introire. Pater ergo illius egressus, cœpit rogare ilium. At ille respondens dixit palri suo : Ecce tôt annis servio tibi, et nunquam mandatum tuum præterivi; et nunquam dedisti mihi hædum ut cum amicis meis epularer. Sed postquam filius tuus hic, qui devoravit substantiam suam cum meretricibus, venit, occidisti illi vitulum saginatum.
« At ipse dixit illi : Fili, tu semper mecum es, et omnia mea tua sunt; epulari autem et gaudere oportebat quia frater tuus hic mortuus erat et revixit, perierat etinventus est. »
(a) Nous avons exprimé une fois pour toutes, n° 65 (p. iao), notre détermination à ce sujet.
(3) Je pourrais employer une autre expression, puisque ma critique n’aura souvent pour objet que des fautes de goût littéraire, pour ainsi dire; mais qui ne voit que le défaut d'entente, même purement esthétique en apparence, dans la traduction, le développement, ou le simple exposé d’un trait de l'Écriture, ressortit tout naturellement à la juridiction, sinon de la théologie proprement dite (comme science), au moins des théologiens (c’est-à-dire des maîtres en divinité, comme s’expriment encore l’Italie et l'Angleterre, à l'exemple du moyen âge)? Car qui vous garantira, si ce n’est le prêtre, contre le danger de dénaturer un enseignement grave dont vous pourriez bien, vous artiste, ne point saisir du tout la portée? Et quand, par impossible, on supposerait qu il n y a nul danger d'erreur pour le fonds, on ne saurait se dissimuler que la forme même importe extrêmement. Car une œuvre d art religieux, qu’est-ce autre chose qu’une prédication rendue sensible a 1 œil ? Et pensez-vous pouvoir suppléer aisément à ce tact que 1 exercice du ministère ecclésiastique donne pour la prédication? Si entre deux prêtres qui annoncent la parole de Dieu, nous distinguons bientôt l’homme d'expérience pratique, et celui qui n’a ses préliminaires que dans le travail du cabinet, il faut bien reconnaître que 1 homme d’atelier sera loin de soupçonner le caractère de sa tâche. J alfecte de passer sous silence l'étude du symbolisme. On peut se flatter d’en acquérir la connaissance dans les livres, ou par 1 inspection
des anciens monuments; et cependant cette recherche de la lettre, sans l’aide de l'esprit, peut aisément conduire à de savantes bévues qui, pour être doctement motivées, n'en seront bien souvent que plus lourdes. Mais quoi ! le peintre de Genre ou de batailles croira pouvoir recueillir d'utiles observations dans la taverne, au corps de garde ou sur la place publique; et l’artiste qui destine sa palette ou sou ciseau à des sujets religieux, penserait pouvoir se passer de la fréquentation de l’Église et du clergé ! Énorme inconséquence, fatale aux peuples, sans doute, dont elle fausse et éteint le sentiment; mais funeste avant tout à l’art lui-même quelle transforme en un métier plus ou moins oisif, dont toute la destinée est accomplie quant le producteur a livré sa marchandise et touché son salaire.
Je signalais encore cette ignoble déviation, il n’y a qu’un instant (n° 99, p. 180), après l'avoir déjà relevée ailleurs (n°‘ 57, 25; p. 1 io,35); c’est que je ne crains pas qu’on puisse me reprocher trop d'insistance sur un point qui ne saurait être assez mis en saillie.
(4) L'aîné est constamment distingué à Sens par sa tunique courte et par un bâton qui se termine à son extrémité inférieure en un gros nœud recourbé. Je me rappelle que dans mon enfance, lorsque les villageois du Vexin n’avaient pas encore imaginé de dépenser leur argent à se donner des bottes et des manières citadines quelconques (c’est-à-dire, à n'être ni paysans ni bourgeois), je les ai vus souvent s’armer de ce mouchoir a chien (c'était le nom de cette badine) lorsqu’ils partaient pour faire à pied un voyage de quelques lieues. Peut-être l’antiquité de cette canne villageoise, qui subsiste encore dans plusieurs provinces, l’aura-t-elle fait adopter à Sens par le verrier du xm* siècle, comme symbole de la vie campagnarde.
(5) La forme adoptée par le peintre de Sens parait être une interprétation du texte de saint Luc (XV, 1 2) : Kal SiefXev auTot? tJv (3iov. Mais, outre que certaines versions disent expressément : Il lui fit sa part, on comprend aisément que les deux parts de l’héritage se trouvaient faites parla livraison d’une seule, sans qu’il faille supposer que l’une et l’autre fussent remises aux mains des deux héritiers. Le vitrail de Sens ne veut pas qu’on embrasse un autre parti que le sien ; on y lit tout au long, sous le second panneau : •> Pater unicuique filiorum suorum divisit substantiam. » Du reste, il est juste dedire que saint Pierre Cbrysologue {Serin. 1) parle de même.
VITRAUX DE BOURGES
fasciné par l’amour de l’indépendance, et qui poùr jouir oublie tout autre sentiment, on nous montre ainsi une sorte d’esprit revêche et de cœur mal fait, dont le coup d’essai est de porter par un froid complot la discorde entre tous les membres de sa famille(i). Quel intérêt pourrons-nous lui conserver dans ses malheurs après l’avoir vu s’annoncer de la sorte? Et lorsqu’il reviendra, éprouverons-nous même quelque attendrissement sur la bonté de son père, quand nous le verrons recueillir ce misérable?
La suite répond à ce premier pas. Rien qui rappelle cet enivrement d’un faste tout nouveau où l’ardeur d’un caractère généreux, mais sans expérience, peut se laisser surprendre comme par un charme subit : à peine avons-nons vu le Prodigue partageant avec son frère le patrimoine réclamé si impudemment, voilà que nous le trouvons tout d’un coup plongé dans une odieuse débauche. Rien qui annonce la séduction, point d’accueil perfide qui le fasse glisser pas à pas, nul piège qui l’ait engagé comme à son insu dans le désordre; il s’y est jeté de prime saut, il semble que les passions brutales aient été l’objet bien avoué de ses froids calculs. On nous le présente, comme à l’improviste, entraînant trois courtisanes avec l’insolence d’un mauvais garnement accompli. Deux petites figures de diables qui se mêlent à cette scène n’ont évidemment d’autre emploi que de diversifier l’effet pittoresque : Satan est assez fin pour comprendre que son intervention n’est point nécessaire ici; sur cette pente, le mauvais sujet n’a pas besoin qu’on le pousse. Mais le peintre continue, et dès le quatrième médaillon, voici notre aventurier siégeant sur une espèce de trône élevé, où il est couronné de fleurs par six femmes de mauvaise vie, empressées autour de ce triomphateur de bacchanales. L’inscription porte : Hic coronatur a meretricibus (2).
Après ces échantillons de dévergondage, le verrier de Sens veut faire amende honorable. Comme il nous avait peint son aventurier entraînant trois femmes perdues, il le fait entraîner maintenant par trois démons, sous la rubrique : «Hic ducitur a demonibus, vinctus cathenis (sic). » Mais c’est un luxe de moralité dont nous n’avions que faire, et qui gâte même, par l’introduction intempestive d’un merveilleux sans raison, la simplicité du récit évangélique. S’il s’agissait de nous mettre sous les yeux l’état de cette âme abandonnée à tous les travers d’une passion fougueuse et ignoble, assurément le diable n’avait pas attendu si tard pour prendre logement dans un cœur aussi corrompu. Mais a-t-on prétendu, par hasard, nous retracer la joie des esprits infernaux qui l’ont poussé à la misère en même temps qu a l’opprobre? La leçon est bonne, sans doute (3); seulement, on ne voit pas suffisamment pourquoi cette intervention sensible des suppôts de Lucifer près du vagabond se termine à lui faire obtenir une commission de gardien des pourceaux. S’il s’agissait de lui tordre le cou pour s’assurer de son âme, à la bonne heure! Quant au résultat, qu’il fallait bien accepter sous peine de dénaturer l’Évangile, il s’expliquait, sans tant d’appareil, par les prodigalités antérieures du jeune écervelé et par la famine indiquée dans la parabole. Au reste, comme il s’agit d’un enseignement exposé par Notre- Seigneur lui-même, et où chaque circonstance porte coup d’une manière admirable, sans s’écarter le moins du monde des formes d’un récit parfaitement simple et naturel, cet embellissement pris d’un ordre étranger nous paraît déplacé et d’un mauvais goût (4).
(1) A Bourges, au contraire, comme à Chartres, l'ainé laboure, tandis que le Prodigue réclame sa part; et, soit qu'on le suppose au fait de ce qui se. passe dans la maison paternelle, soit qu’on le croie absorbé par ses travaux de chaque jour, c'est une opposition pleine d’intérêt, que ce calme du fils aîné vaquant à ses occupations simples et pénibles, pendant que son frère se laisse entraîner par le rêve d’une existence brillante et joyeuse. C’est la paix et le dévouement du devoir, rendus plus saillants par l'activité inquiète d'un cœur dévoyé qui préfère le plaisir au bonheur.
(2) A Chartres, sans réunir cette troupe de courtisanes autour du Prodigue, on le fait cependant couronner d'une manière assez semblable par des femmes débauchées. De même, à Chartres, dans les tableaux qui précèdent, on retrouve le chien de la maison et le valet que nous avons remarqués à Bourges; puis, plus tard, l’expulsion ignominieuse du libertin par une femme. Ces divers traits de ressemblance, tout légers qu’ils paraissent, méritent quelque attention dans les productions d’artistes évidemment differents. Serait-ce quelque trace d’un fond de programme commun, d’un mystère, par exemple , où tous les trois auraient puisé comme dans un répertoire ouvert à tout le monde?
(3) Nous savons, il est vrai, ou bien le nom de Satan ad-
versarius, osor, inimieus; Dnut, prædones , vastatores, etc., dæmones) suffirait à nous l’apprendre, que le démon est l’ennemi de 1 humanité, et qu’il se plaît même aux malheurs temporels des hommes (Cs.Luc. XIII, 16. — I Cor. V, 5); mais il s'agit de savoir si c était bien ici le lieu de le faire apparaître pour orner la narration de saint Luc.
(4) C'est faire diversion dans un sujet si merveilleusement suivi, et si pathétique par sa simplicité même, que d’inventer un accessoire propre à piquer la curiosité sans avancer en rien le fait principal. Quand les verriers de Bourges et de Chartres étendent le texte de saint Luc, ils le suivent plutôt qu'ils ne l’ampbfient; ils songent à le servir bien plus qu'à l’enjoliver, et le commentent sans qu’il languisse entre leurs mains. C'est surtout à Bourges que cette remarque nous parait avoir toute son application : on ne peut, ce semble, s’empêcher d'y reconnaître un esprit grave et pénétré de son sujet. Rien d’oiseux ne se glisse dans sa composition,.et tout en ajoutant quelques traits il ne s’écarte point du vieux précepte ( aussi vieux que le bon sens) :
“ Semper ad evenlum festinat, etc.»
Quant aux détails moins importants, si l’on y fait attention , on
PLANCHE QUATRIÈME, L’ENFANT PRODIGUE. i83
Que dirons-nous donc quand, après cette marche si menaçante, nous rencontrons le Prodigue ré- Ult,\ 1 e.f\Vrai’ d ,Ia Profession de porcher, mais, du reste, avec une amélioration sensible dans sa condition? Car au ieu que tout à l’heure il était aussi nu que dans les scènes les plus tristes du vitrad de Bourges, le voda près de ses animaux, Lien chaussé, couvert d’une tunique et d’un mantelet avec son capuchon ; dans tout l'attirail, enfin, d’un pâtre assez bien rétrihué, et ne faisant pas mine d’être fort mécontent de sa position nouvelles
Au panneau suivant, autre manque de délicatesse. C’est à froid et à grand bruit que le père accueille son fils revenu. On est sur le seuil même de la porte, quoique l’Évangile dise : «Son père l’aperçut « lorsqu’il était encore au loin; et, touché de pitié, il accourut, etc.. D’ailleurs, on s’étouffe dans ce médaillon; ce sont, avec la maison et les deux figures principales, deux ou trois spectateurs : tout ce qu’il y peut tenir de personnages; comme si la tendre délicatesse de ce bon père ne devait pas faire sentir qu’il ne fallait là qu'un serviteur tout au plus, et un serviteur de confiance, pour apporter les vêtements nécessaires à ce pauvre enfant perdu, afin qu’il put reparaître sans humiliation devant les anciens témoins de ses années innocentes!
Dans le médaillon voisin, où l’on tue le veau gras, ce n’est plus, comme à Bourges, le vieux père lui-même qui se diligente et se multiplie pour faire face à tous les préparatifs de la réjouissance, et veiller à l’exécution de ses ordres; c’est un serviteur quelconque qui abat une bête sur un ordre reçu on ne sait d’où. L’espace demeuré libre est occupé par un nouveau spectateur donné à la scène précédente. Il semble que ce soit l’homme qui apporte la robe pour l’Enfant prodigue.
Le reste prête moins à la critique. Le festin est joyeux et bruyant; près de là, tandis qu’un serviteur passe, chargé d’une large bouteille, l’aîné questionne une espèce d’intendant sur le sujet de ces mouvements empressés : Hic frater Prodigi audit rem a servo. Le père vient ensuite, afin de calmer ce caractère difficile; et enfin il l’introduit, non sans quelque résistance, pour lui faire prendre part à la joie commune : Hic intrani domum, etc.
Une verrière de la cathédrale d’Auxerre, où le même sujet a été traité avec une grande surcharge d’ornementation, ne nous semble pas avoir été mieux conduite quant à l’expression de la parabole. Elle a, d’ailleurs, été mutilée par les hallebardes des huguenots.
ioi. Après cette attention donnée à la forme extérieure, pénétrons plus avant, et cherchons la pensée que lisait le moyen âge sous ce dehors déjà si propre à faire naître de touchantes méditations. L’entraînement des passions, l’ingratitude et la folie du cœur qui s’égare loin de Dieu, la miséricorde du Père céleste, qui ne veut pas la perte du pêcheur, mais sa vie véritable par la conversion (i); la douceur du vrai repentir, malgré les appréhensions si vives que les passions suggèrent; le faux zèle de certains justes arrogants ou chagrins, qui voudraient que leur justice extérieure profitât à leur orgueil, et qu’une pénitence sévère les vengeât sur le pécheur repentant, des plaisirs qu’il a goûtés sans eux : voilà l’histoire même, ou plutôt la surface de son interprétation. Mais quant à l’intention du xine siècle, elle ne paraît pas douteuse, et il ne faut pas la chercher longtemps. La Glose (2) fûtelle moins expresse, il devrait suffire de savoir que saint Augustin, saint Jérôme et saint Grégoire (3),
y reconnaîtra presque toujours une pantomime naïve, mais frappante d’expression et de vérité; tandis qu'à Sens, c’est une habileté rare, mais dépourvue de ce sentiment délicat qui vient du cœur et de la méditation plutôt que de l’étude faite dans l'atelier.
(1) Ezech. XVIII, 21—23, 3o— 3a.— Petr. III, 9.
Cs. Ps. LXXII, 27; X, 6. — Job XXVIII, 28. — Augustin., in Ps. LXX, 3, 6, i3, 17, 19—24 (t. IV, 722, 724, 726, 734, 737— 742 ). — Etc., etc.
(2) Gloss., in Luc. XV. La profession que fait cet ouvrage de ne travailler que par extraits des écrivains accrédités, nous dispense d'en rien citer ici. On en retrouvera tout le fond dans les auteurs que nous signalerons plus bas, et qui lui avaient servi de modèle.
Du reste, il est bon de dire à ceux qui ne connaissent pas celte compilation classique au moyen âge (et y a-t-il beaucoup de gens qui la connaissent bien?), que ce n’est point du tout le dédain qui nous la fait indiquer si brièvement. Qui voudra prendre la peine d’y jeter les yeux après une étude un peu sérieuse des Pères continuée pendant quelques années, il s’apercevra que cet ouvrage est le résultat d’un énorme travail; non pas toujours de première main, sans doute, mais peu s’en faut. Car Raban Maur perce bien-
tôt à travers ce commentaire réduit; et Raban est un des plus effrayants compilateurs d'une époque où l’homme semble avoir été infatigable.
(3) Augustin., Quœst. evangel., libr. II , Quœst. 33 (t. III, P. II p. 25g — 263). — Gregor. M., Moral., libr. XXIX, cap. 6 (al. 1 4); in Job. XXXVIII, i4(t. III, p. *92). — Hieronym., Epist. ad Damas. (t.IV, P.I, p. i5i — 158).
Cs. Ambros., in Luc., I. cit. (t. I, 1467, sq.). — Petr. Clirysol. , Serm. I — 6. — Isidor., Allegor. 216, 217 (t. V, 147)- — Maxim. Taurinens., de Capitul. evangel. (p. 772, sq.) — Cæsar. Arelatens., Homil. 6 de Pasch. (Bibl. PP. VIII, 824).
Ces premières données doivent faire comprendre que l’entraînement était déterminé au moyen âge d’une manière irrésistible vers cette interprétation. Nous n’ajouterons donc quelques noms plus récents que pour conduire notre énumération jusqu'au temps des verriers de Bourges. En descendant à la liàte les cinq siècles qui nous restent à franchir, il n’est besoin que d'indiquer les auteurs d’élite ou influents, qui sont comme les choréges de ce concert. Bed., in Luc. XV (t. V, p. 4oo — 4°6)- — Hraban Maur. Allegor. (t. V, 773). — Brun. Astens. , Homil. quadrages. (Bibl. PP. VI,
VITRAUX DE BOURGES
s’accordeftt à voir dans cette parabole les Juifs et les Gentils. Ces trois voix ne pouvaient manquer d’entraîner les suffrages au temps dont nous parlons, et l’on peut dire qu’après eux presque tous les interprètes latins de saint Luc ont embrassé ce parti sans hésiter.
L’aîné qui demeure près de son père, c’est l’ancien peuple de Dieu qui a conservé la vraie foi, tandis que les nations, figurées par le plus jeune des deux frères, se sont abandonnées à tous les désirs corrompus. Les Gentils, ainsi éloignés de Dieu, se sont précipités dans les plus honteux désordres, et ne sont revenus à leur père qu’après avoir épuisé tous les genres de crimes et de dégradation. Alors la Grâce a dépassé toute mesure là où l'iniquité avait été comme sans bornes (i). Mais quand, ramenés par le repentir après bien des siècles d’égarement, ils ont abandonné leurs honteuses idoles pour revenir prendre rang parmi les enfants de Dieu, il s’est trouvé que la nation privilégiée jusqu’alors s’est formalisée du paternel accueil fait à ces prodigues, et a refusé de les reconnaître pour frères. Ainsi, la jalousie des aînés a causé une séparation nouvelle lorsque toute l’humanité n’allait plus faire qu’une famille. Ils se sont tenus à l’écart, et ne voudraient pas qu’il y eût d’avantage pour ceux qu’ils s’étaient accoutumés à dédaigner comme des infidèles. La tendresse du père n’est point refroidie par ces murmures hautains; mais ceux qui blâment la miséricorde divine s’excluent eux-mêmes du banquet, et ce n’est qu’après des invitations répétées qu’ils consentiront à s’associer au festin commencé sans eux.
C’est, comme on le voit, la doctrine qui occupe une si large part dans l’épitre de saint Paul aux Romains (s*.) : les enfants d’ Abraham selon la chair déshérités, mais seulement pour un temps, en faveur des peuples jusqu’alors idolâtres; et la réunion finale des restes d’Israël avec l’Eglise, consommant enfin l’œuvre de la prédestination. Ce dernier trait est rendu bien sensible à Bourges dans le médaillon du couronnement, où le père, saisissant par la main chacun de ses deux fils, se met en devoir de les réconcilier. De même à Sens, il introduit l’aîné après son entretien, et l’on voit qu’il va mettre fin à la mésintelligence (3).
Cette haute interprétation , que de graves auteurs ont cru pouvoir donner comme le sens même littéral de la parabole d’après le contexte de saint Luc, remonte bien haut dans l’Eglise, puisque Tertullien(4) l’avait trouvée subsistante. La liturgie semble l’avoir consacrée lorsque, dans l’office du carême (5), elle réunit cet évangile dans une même messe avec l’histoire de la préférence donnée à Jacob sur Ésaü(6). Cependant, le sens purement moral (le pécheur repentant et le juste sans pitiq ) est loin d’avoir été méconnu ou même négligé par les interprètes. Ce qu’on peut dire toutefois sans crainte d’être démenti, c’est que cette dernière exposition, qui est celle de l’immense majorité dans l’Eglise d’Orient (7), n’a réellement pour elle qu’une minorité très-faible dans l’Eglise latine (8).
102. Ici, j’en demande bien pardon à ceux qui n’auraient prétendu feuilleter ces pages que pour y trouver un avis tout rédigé sur le nom que doivent ou peuvent recevoir les diverses compositions de la peinture sur verre au xiiic siècle, il m’est impossible de consentir à la tâche que pourraient vouloir me
7^5, sq.). — Honor.Augustodun.,i«Pj.XLYI,7(ap. D. Vc/.,Thesaur., V, 934)- — Gerhoh., in Ps. XVII, 48, 49 (Ibid ) 2.58, sq.). — Zachar. Chrysopolit., in un. ex quatuor (Bibl. PP. XIX, 841 — 843). — Rupert., de Div. offic., libr. VII, cap. 1 1. — Etc.
(1) Rom. V, 20. — Hebr. I — III. — Etc. Cs.Iren. con.tr. llcereses, libr. IV, cap. 1 1 (al. a4 ; ed. Massuet, p. a4o). — Cyrill. Alexandrin., Glaphyr. in Genes., libr. III (t. I, P. II, p. g5 — 108). — Etc., etc.
(2) Rom. IX— XI. — Cs. Hebr. IV.
(3) Nous avons eu déjà l’occasion de montrer l'Eglise désignée dans l'Ecriture et dans les monuments, comme principalement formée par les nations, et figurée par la préférence donnée au plus jeune frère sur son aîné. Cs. n"' 16, 17, 5g, 61 — 63, etc. (p. ao — 25, 1 13 — 1 15, 1 16 — 1 18, etc.). — Cyrill. Alexandr., Glaphyr. in Genes., libr. I, III, V. (1. cit., p. 18, 72, 79, 81,93 — 108, 128 — i3o, 1 44? i5o, 206 — 210).
Nous ne reviendrons pas non plus sur cette unité , qui doit être consommée enfin par la réunion des fils d' Abraham selon la chair, avec ceux qui sont ses héritiers et ses enfants par la foi (Cs. n0’ao — 22, 5i,etc.;p. 27 — 3i,g2 — 96). — Il faudrait citer presque tous les auteurs ecclésiastiques , et quiconque en trouvera un sous sa main peut le vérifier sans peine. Saint Cyrille d'Alexandrie, tout particulièrement, insiste sur ce point avec une véritable affectation.
(4) Tertull., de Pudicit. 8, 9 (p. 56o, sq.).
(5) Sabb. post dominic. II. — Cs. Cyrill. Alexandr., Glaphyr. in
Genes., libr. IV (1. c. i6i-i63).— Augustin., de Civ. Z?., XVI, 42.— Etc.
(6) Genes. XXVII.
(7) Clem. Alexandr. (Galland, II, i53, sq.). — Constitue, apostol.,
übr. II , cap. 4i (Ibid., III, 63, sq.). — Jacob. Nisib., de Pœnit. (Ib. V,lvj). — Aster. Amas. , in Luc. XV (ap. Phot., cod. 271; et Bibl. PP. V, 840, sq.). — Cyrill., ap. Tit. Bostr. (?) , in Luc. (Bibl. GG. PP. II, 81 3, sq.; et Bibl. PP. IV, 434). — Chrysost., de Pœnit., homil. T (t. H, 284, sqq.) ; ad Theodor. laps. I(t.I,g). — Pseudo-Chrysost., de Fil. prod. ( t. VIII , 33 — 38). — Theophylact., in Luc. (Paris, 1 63 1, p. 445— 452). — Euthym. Zigab., in h. /.(Bibl. PP. XIX, 647).— Theophan. Tauromen., homil. 17 (ed. Scorsi, p. 100 — j 1 1). Etc.
(8) Elig. Noviom. (?), homil. i3 (Bibl. PP. XH, 3i7). — Pseudo- Hicrouym., de duob. fil. ( t. V, 2ï4— 218). — Petr. Blés., serai. i5 ( Bibl. PP. XXIV, 1092, sq.). — Guarric. Igniac., serm. Quadrages. (Ibid , XXIII, 199, sq.). — Bernardin. Senens., serm. Quadrages. 24.
Il convient d’ailleurs de faire observer que plusieurs écrivains ecclésiastiques de l'Occident, qui se prononcent pour l'interprétation de la majorité latine, ne prétendent pas exclure celle qui a dominé chez les Grecs. Saint Ambroise même, à vrai dire, n'a point de parti bien arrêté sur cette question; saint Augustin (in Ps. XLIV, 3 ; t. IV, 386 ) rappelle quelque part cette parabole dans le sens purement moral, et saint Jérôme ( adv. Jofinian. , libr. II; t. IV, P. II, 224 ) laisse toute liberté pour le choix de l'un ou de l'autre. Cs. Pacian., epist. III, i3, 14 (Galland, VH, 265, sq.).
faire des lecteurs impatients: Mon unité, à moi, je ne saurais trop le redire pour obvier à tout mécompte, cest le symbolisme par-dessus tout, et non pas précisément les vitraux (,); le symbolisme constate, autant que possible, et non pas des interprétations plausibles ou même seulement probables- le symbolisme social, par conséquent, et nullement les aperçus plus ou moins curieux qu’un artiste ou même un évêque aurait pu avoir en vue. Il ne m’est donc pas seulement permis, il m’est imposé d etudier la forme et la transmission de l’exégèse dans la société chrétienne, pour mettre en lumière les motifs des représentations bibliques qu’elle adoptait. Tant que je ne sors point de là, je me tiens dans les limites parfaitement légitimes de mon sujet. Que s’il est bien hardi de s’engager à couvrir un
aussi vaste terrain, c’est mon affaire : je cours le risque d’être taxé d’une brièveté excessive, mais, à coup
sûr, je n’ai point à me tenir en garde contre le reproche d’une ampleur exagérée.
En conséquence, on ne devra point s’étonner si je m’arrête un instant sur la dissemblance que nous venons d observer entre l’Église latine et les écrivains ecclésiastiques de la Grèce ou de l’Asie. Ce nest quun seul fait, si l’on veut, mais ce fait ne saurait être pris comme isolé, puisque la divergence qu il nous présente se retrouve sur cent autres points du même ordre.
Cest une singularité digne de remarque, que ce caractère grave et mesuré, en apparence, qui distingue la Grèce européenne surtout, parmi les interprètes de l’Écriture. Est-ce maturité d’esprit et profondeur de sens? Mais ce ne sont pas là, je pense, les traits saillants que mettrait en évidence l’histoire moderne de cette contrée. Est-ce ténacité pour l’enseignement primitif du christianisme, et entente plus vraie du sens des livres saints? Mais, après le Nouveau Testament, qu’avons-nous de plus primitif
dans l’Église que l’Épître de saint Barnabé, par exemple, ou les Lettres de saint Ignace d’Antioche et
de saint Polycarpe, le pasteur d’Hermas, etc.? Or, ces écrits sont, ce me semble, empreints d’un haut mysticisme. Plus tard, quoique toujours au berceau du christianisme, saint Justin, saint Irénée, saint Victorin, etc., n’ont pas encore imaginé de raffiner sur l’exégèse des Pères apostoliques et de saint Paul. Enfin, jusqu’au delà du ive siècle, nous trouvons dans la Grèce asiatique saint Cyrille d’Alexandrie et saint Anastase le Sinaïte, qu’on prendrait, à leur allégorie pleine de hardiesse, pour des moines ou des évêques latins du xii° siècle, si l’on ignorait que ce mysticisme majestueux remonte aux plus beaux âges de la foi (2).
Mais, soit que la témérité d'Origène eût décrié parmi les siens la route où il s’était égaré; soit que l’exemple de saint Chrysostome, retenu peut-être par le caractère de son auditoire, eût tracé décidément à ses successeurs une voie nouvelle (3); soit toute autre cause que je n’ai point le loisir de discuter actuellement, il est de fait que l’Occident se distingue par sa longue fidélité à cette manière mystérieuse et grande d’appliquer les enseignements de l’Écriture. Était-ce comme un jeu d’esprit, né d’une activité factice qu’aurait enfantée le loisir? Mais il faudrait être bien neuf pour imaginer que la vie des Augustin, des Jérôme, des Léon le Grand, des Cassiodore, des Innocent III, etc., fût assez libre de tout souci pour qu’il leur fallût inventer de pieux passe-temps. Était-ce ignorance
(1) Lorsqu'il nous faudra traiter les œuvres de la statuaire ou de l'architecture, après avoir exposé celles de la peinture sur verre, le lien commun de ces diverses parties subsistera toujours, comme on le voit. Nous ne ferons que passer successivement eD revue différentes formes d'expression par où s’est manifesté aux regards un même fonds de pensées. Ainsi, au lieu de trois œuvres indépendantes, nous aurons montré les trois faces dune grande conception qui se développe par toutes les ressources .du langage monumental.
(2) J'en ai dit un mot,n“49, 17 (p. 89,90; 22); et je ne veux que le rappeler, afin de prescrire contre une impression fausse que notre ouvrage pourrait produire sur certains esprits inattentifs. Il ne faut pas qu’en nous voyant prendre notre point de départ dans un monument du moyen âge, pour présenter tant d aperçus devenus étranges, on s’accoutume à regarder ces considérations comme nées avec l’art qu’elles ont au contraire fait naître. Cest aussi, malgré le peu de faveur dont jouissent aujourd’hui parmi nous les études grecques, ce qui m’a fait transcrire çà et la des passages considérables des Pères grecs. Il était bon que lœil même fût averti de l’origine reculée à laquelle il faut se reporter, si 1 on veut explorer les titres de noblesse de ces doctrines extraordi-
Quant à saint Anastase le Sinaïte, puisque son nom est venu tout naturellement se placer sous notre plume, disons que sa manière d’entendre la parabole de l’Enfant prodigue ( Hexaemer libr. VI; Bibl. PP. IX, 883) est entièrement conforme à ce qu'en disent la plupart des Latins. Il est vrai que l’ouvrage où nous trouvons cette interprétation est qualifié de Répertoire de rêveries , par Harless (Fahric. Bibl. grœc., t. X, 589); mais le savant J. Alb. Fabricius n’avait pas vu cela, et c'est une des améliorations que lui a fait subir son éditeur (Hambourg, 1807).
(3) L’infiucuce de saint Chrysostome sur les principaux écrivains ecclésiastiques de la Grèce qui sont venus après lui, même à huit et neuf siècles d’intervalle, est un fait évident pour tous ceux qui ont pris connaissance de la littérature grecque moderne. Il suffit de le signaler, tous les hommes instruits en conviendront sans peine. Mais, n’en déplaise à certains savants pour qui la littérature chrétienne est un accident sans intérêt, et qui préféreraient à des chariots d homélies la trouvaille d'une nouvelle épigramme à faire entrer dans l'anthologie grecque, ce n'est point chose à mépriser que l'étude de ces actions à distance, examinées soit dans leur transmission, soit dans les causes qui ont déterminé la direction primitive de leurs sources.
VITRAUX DE BOURGES
des bons modèles? Mais, outre qu’il s’agit de savoir quels sont en ceci les vrais guides, il est certain que saint Chrysostome, par exemple, était connu dans l’Église latine au moyen âge(i). Imaginerait-on, peut-être, que c’est puérilité ou faiblesse d’esprit, quand pareille censure porterait sur des noms comme ceux de Tertullien, de saint Irénée, de saint Augustin, de saint Léon, etc.? Laissons ce dédain superficiel qui prétendrait nous adjuger enfin la véritable et saine intelligence des livres saints, après que de tels hommes y auraient été fourvoyés par le préjugé (2) ou le défaut de lumières. Mais, quoi qu’il en puisse être, cette espèce d’interprétation est assurément un flambeau pour le sens des monuments figurés dus à la chrétienté latine et à la chrétienté primitive. Sans chercher ailleurs que dans le sujet de ce chapitre, on pourra voir, par quelques traits de saint Pierre Chrysologue (3), si cette exégèse tombe vraiment dans la puérilité.
io3. Reste à chercher quel peut être le sens des huit petits médaillons qui semblent perdus dans la mosaïque comme un simple ornement, mais qu’il ne nous est pas permis d’éliminer par une fin de non-recevoir si expéditive. Dussions-nous n’arriver pas à un résultat bien convaincant, pareille lacune serait assurément excusable. Mais nous ne demanderons point quartier pour si peu, et nous croyons pouvoir y annoncer une confirmation nouvelle du sens symbolique de tout le vitrail : c’est-à-dire l’admission des Gentils au nombre des enfants de Dieu, et l’abrogation du sabbat par la consommation de la loi de Moïse qui se résout en la Loi nouvelle (4) pour faire place à tous les peuples dans la grande famille. On en jugera, c’est quelque chose de plus qu’une simple conjecture.
(1) Quand on ne le reconnaîtrait pas fréquemment dans les écrits de Paschase Rathbert, de Gerhoh de Reichersperg , etc., la Catena de saint Thomas d’Aquin pourrait à elle seule faire voir que l’Occident était au fait de la littérature grecque chrétienne. Mais nous montrerons ailleurs que l’on pourrait recomposer une bibliographie singulièrement étendue, en dépouillant les auteurs ecclésiastiques du moyen âge. Ce sera une nouvelle pièce à l'appui des citations rétrospectives que nous avons cru devoir joindre aux paroles des xi”, xn' et xrn" siècles. Pour le moment, il est au moins curieux de faire observer que plusieurs fragments de graves ouvrages grecs seraient aujourd'hui perdus presque sans espoir, s'ils n’avaient été conservés par d’anciennes versions latines. Quiconque est au fait des études ecclésiastiques sait qu’il en est ainsi de plusieurs textes (quelquefois même de traités complets) de saint Polycarpe, de saint Irénée, de saint Barnabé, d’Hermas,d’Origène, et de saintCyrille d’Alexandrie. Serait-ce peut-être que la Grèce en avait fait peu de cas ?
(a) Je sais bien qu’on a pris souvent ce ton avantageux avec les SS. Pères; mais aussi que n’a-t-on pas dit? On a bien osé traiter de cette même façon les Epitres de saiut Paul; et j’avoue que ce m'a été une désagréable surprise de trouver ce langage dans la Palrologie de Moehler (Barnab., II). Ce qu’il en reste dans la traduction française (t. I, p. 99) n’est qu’une reproduction fort adoucie de ce qu’exprimait le texte allemand.
(3) Petr. Chrysol., serm. 5. « Homo quidam habuit duos filios : Duos scilicet populos, Judaicum Gentilemque; sed Judaicum seniorem prudentia Legis fecit, Gentilem paganitatis stultitia red-
didit juniorem Iste cum pâtre possessor totius sortis, ad
partem propria voluntate pervenit, dicendo : Da mihi portionem substantiœ quce me contingit. Et quæ est ista portio? Quæ est? Habitus, sermo, scientia, ratio, judicium, quæ hominem præ cæteris animautibus in terrena habitatione contingunt; hoc est, juxta Apostolum, lex naturæ. Et ideo divisit illis substantiam, dando juniori quinque ista quæ diximus bénéficia naturæ, seniori quinque Legis libres divinitus inscribendo; per quæ substantia impar merito , numéro par esset: liumanum teneret ista ordinem, divino ilia subsisteret instituto; utraque tamen lex filios utrosque ad notitiam Patris perduceret, ad reverentiam sui servaret auc-
* Et non post multos dies, congregatis adolescentior omnibus , peregre pro/ectus est in regionem longinquam; et ibi dissipavit substantiam suam vivendo luxuriose. Diximus juniorem non tempora fecisse, sed mores. Non post multos dies : quia cum principio ipso mundi festinavit Gentibtas ad idolorum patriam, ad longinquam diaboli regionem anitno est peregrinata Hinc est
quod luxuriosus per desiderium sæcularis eloquentiæ, per scholarum lupanaria, per trivia sectarum, dissipavit Dei patris démenti disputatione substantiam. Et quum consumpsisset conjecturis
quidquid erat sermonis, scientiæ, rationis, judicii; egestatem summam, famem magnam cognoscendæ veritatis miserrimus sustinebat : quia pliilosopliia quærendæ divinitatis indixit laborem, veritatis iuvenieudæ fructum contulit nullurn Verum quum
nil divinum, nil salutare profuturum, nil Gentilis inveniret in talibus; desperans de Deo, de Providentia, de judicio, de futuris, ab schola ad ventris se deponebat ingluviem, cupiens saturari de siliquis quas porci. manducabant. Hoc norunt epicurei, qui, quum platonicas et aristotelicas percurrerent scliolas, nullamque illic aut divinitatis aut scientiæ invenirent disciplinant, Epicuro se tradunt ullimo desperationis et voluptatis auctori. . . .
« Redit autem ad patrem , et clamat : Pater, peccavi in cœlum et coram le. .. . Peccavit in cœlum, dum in cœlo solem, lunam, sidéra, deos esse blasphemat; et bæc eadem profanât adorando
« Sed pater occurrit, et occurrit longe; Quum adhuc impii essemus, Christus pro nobis mortuus est (Rom. V, 8, 9). Occurrit Pater, occurrit in Filio, quum per ipsum de cœlo descendit et pervenit
ad terras Et osculatus est eum. Quando ? Quando miseri-
cordia et veritas obviaverunt sibi , justifia et pax osculatœ sunt se (Ps.LXXXIV, 11). — Dédit stolam primam : illam quam Adam
perdidit, immortalitatis gloriam sempiternam Et occidit
ei vitulum saginatum Audi Apostolum ( Rom. VIII , 3 1 ) :
Qui proprio filio non pepercit, sed pro omnibus nostris tradidit ilium. Hic est vitulus qui in epulum noslrum quotidie ac jugiter immolatur.
«Sed frater senior. . . venions ex agro, populus legalis, . . . audit in domo patris symphoniam, audit choros, et introire non vult. Hoc quotidie oculis nostris intuemur. Nam venit Judæus ad domum Patris, id est, ad Ecclesiam, stat foris per invidiam; audit davidicam citharam personare, audit ex concentu propbetico symphoniam, ex populorum vario conventu choros audit; et introire non vult, per invidiam stans foris. Dum gentilem fratrem pristinis judicat et horret ex moribus , ipse paternis bonis se eximit, ipse se
paternis excludit gaudiis Pater egreditur, et dicit filio :
Fili, tu semper mecum es. Quomodo? Per Abel, per Henoch, per Sem, per Noe, per Abraham , per Isaac, per Jacob, per Moysem, per omnes sanctos per quos judaica generatio in Evangelio lecta
(Matth.I) derivatur Et omnia rnea tua sunt. Quem ad mo-
dum? Quia tibi Lex, tibi propbetia, tibi templum, tibi sacerdotium, tibi sacrificia, tibi regnum , tibi munera, tibi (quod est super omnia) natus est Christus. Sed quia tu, per invidiam, perdere vis fratrem ; patentas epulas, patris gaudia dignus es non babere. Etc.»
Il peut être bon de faire observer que, même parmi les Pères grecs, c’est toujours de Jésus-Christ qu’il est question quand il s’agit d’expliquer le sens de la victime immolée pour le festin. Sur ce point je ne me rappelle pas d’avoir rencontré un seul auteur qui fit exception.
(4) Matth. V, 1 7.— Cs.Matth. XII , 8.— Marc. II, 28.— Luc. VI, 5.
Jérusalem, °u ® P» le nombre huit n’apparait avec un caractère sacré; tandis tpte ^anl Z co„
S S p Sem rr “ h0nneUr’ SOit rar leS hUit béatitute’ qui on, si for, attiré l’attentiou des
S. Peres, so, par la résurrection de Notre-Seigneur (2), qui a fai, substituer le huitième jour (dimanche)
;PZ Za X :0’ P°Ur CéIébrer k reP°S de Die“- '* -Bularité de cette Jtjp Z toi
espt.ts demande que nous en constations le fai, plutôt qne d’en discuter le droit. Les écrivains ecclés,as ,ques(3) ne nous feront point défaut, et cela peut suffire pour un point dont l’importance tt t eurs fort seconda, re tct. Aussi nous contenterons-nous d’indiquer nos autorités dans les notes Les tns.gnes de la royauté qne l’on a donnés aux figures des huit médaillons ne font qu’ajouter plus de po.ds encore à notre hypothèse. Je crois y reconnaitre une allusion à la prophétie de Micnée (4) annonçant précisément la publication de l’Évangile et la conversion des nations. Il y est
(1) Il faudrait n’avoir guère étudié les civilisations antiques pour avoir besoin d’apprendre quelle importance on y attachait à certains nombres. Quelles qu’aient été les déviations abusives de ce respect singulier souvent exploité par la charlatanerie et la politique, ou par un mysticisme trop confiant, un esprit grave aperçoit aisément, sous ces variétés d’un sentiment général, une base imposante et bien fondée en raison. Un caractère frappant du nombre, cest qu il est la manifestation d’une pensée dans la matière inerte; et l'on sait que la considération-des nombres dans la disposition des corps célestes avait suffi à Keppler pour lui faire pressentir l’existence de planètes encore inconnues de son temps, mais que les moyens modernes d’observation ont réellement constatée. Si donc I intelligènce peut resplendir dans les êtres les plus bruts au moyen du nombre, cette volonté qui s'y manifeste devra le rendre respectable quand elle parait faire choix d’une formule déterminée avec une sorte d affection. Le motif d une telle préférence, pour être ignoré, n'enlève rien au charme, qui s’accroît bien plutôt par le mystère. L’homme ne saurait se soustraire à l’empire qu’exerce irrésistiblement sur son esprit la vue d'une intention supérieure dont il est forcé de reconnaitre la réalité, sans réussir à bien en percer le secret. Les anciennes institutions avaient largement usé de ce moyen d’influence, et l’Ecriture sainte ne nous permet pas de douter que ce ne soit souvent un langage du ciel. On ne saurait attendre que je m'appesantisse sur cette question, toute sérieuse quelle est; elle a d'ailleurs été traitée plusieurs fois par des hommes distingués. Mais comme l’esprit d’erreur aime à singer les caractères du vrai, il est arrivé que des prescriptions qui n'étaient rien moins que divines ont exploité ce fonds de notre nature pour y puiser un moyen de fascination puissante.
Cs. Baehr, Symbolik des mosaischen Cultus, t. I, i3i, etc.
(2) Marc. XVI. i — -5. « Et quum transisset sabbatum. . . valde mane. . . . veniunt ad monumentum. . . Et respicientes viderunt revolutum lapidem. Etc. »
Cs. Joan. XXIII, 56; XXIV, 1—7. — Luc. XVI, 1—9.
(3) Ambros., de Jacob, libr. II, cap. 11 (t. I, 478). » Quis liane beatam ( M achabœorum matrem ) neget, quæ quasi septem vallata muneribus, inter corpora filiorum nullum sentit niortis incur-
sum! Quam bonus fidei partus, quam tutus portus iste
pietatis,quam splendida lucerna Ecclesiæ septeno fulgens lumine, et octavo utero cunctis luminibus oleum subministrans ! De quibus pulehre dicitur (Eccl. XI, 2): Date partent: illis septem, et illis quidem. octo. Eo quod in utroque numéro consortium gratiæ consequantur : iu Lege nutriti , per Gratiam coronati; septem TAMQUAM IN SABBATO, OCTO TAMQUAM IN EVANGELIO, etC. »
Id., in Ps. CXVIII , prolog.; in Luc. XXI , 1 0, 1 1 (t. I, 972, 1 45a) ; Epist. 26 , ad Iren. ( t. II , 895 ).
Hieronym., in Eccl. XI, 2. «In Ezecliiele (XL, 26, 3i) septem et octo gradus ad templi leguntur ascensum. Et post ethicum ilium psalmum, id est centesimum octavum et decimum, quindecim graduum psalmi sunt : per quos primum erudimur in lege, et SEPTENARIO NUMERO EXPLETO pOStca PER OGDOADEM AD EVAN- GELIUM scandimus. Præcipitur ergo ( Eccl. XI , 2) ut in utrumque Instrumentum, tam vêtus scilicet quam novum, pari veueratione credamus. Judæi dederunt partent septem, credentes sabbato;
sed non dederunt octo, resurrectionem diei dominicæ denegantes. E contrario hærctici, Marcion et Manichæus, et omnes qui veterem Legem rabido ore dilauiant, dant partem octo, suscipicntes Evangelium; sed eamdem septenario numéro non tribuunt, Legem veterem respuentes. Etc. »
Id .,inEzech. XL, 9, 3i (t. III, 983,988,990). — Id . Adv.Jovin., libr. Il (t. IV, P. Il , p. a25). — Pseudo-Hieronym. (Augustin.) de Celebr. Pasch. (t. V, 170, sq.). Cs. Augustin, epist. L V (al. 119) ad Januar., cap. i3, 18 (t. II, 1 36, 137, 141).
Petr . Clirysolog., serm. 1 26 (in Luc. XVI , 7 ). « Octogesimus ( numerus) totam fidem præfigurat et Gratiam. Hic est numerus in quo decalogum Legis esse et ogdoadem Gratiæ satis gnarus Legis, satis studiosus Evangelii lector intelligit. »
Cs. Cassiodor., in Ps. VIII, conclut. II, 36).— Arnob., inPs.Yl, (Bibl.PP. VIII, 240). — Isidor., Liber numeror., cap. 9 ( t. V, 232). — Gregor. M., in Ezechiel, libr. II, homil. 8 (t. V, 87). — Gloss. in Eccl. XI, 2. — Paschas. Radbert., inMatth., libr. VH (Bibl. PP. XIV, 53o). — Etc., etc.
L'Eglise grecque fournirait aisément des indications conformes à celles-ci; mais il semble que c’en doit être assez. Si je ne m’étais imposé de ne point empiéter dans ce volume sur l’empire du symbolisme dans les arts plastiques, il me serait facile de montrer une dépendance de mon sujet dans l'octogone des baptistères et des fonts baptismaux. La sculpture et l’architecture pourront nous ramener ailleurs à cette nouvelle application d'une doctrine singulière, il est vrai, mais qui n’est point douteuse.
(4) Mich. III, 12; IV, i—5; V, 2—7. «Et erit in novissimo dierum, erit mons domus Domini præparatus in vertice mon-
tium, .... et Huent ad eum populi Et tu Bethlehem
Ephrata parvulus es iu millibus Juda; ex te mihi egredietur qui sit
dominator in Israël Et convertentur et erit iste
pax et suscitabimus super eum (Assyrium) septem pastores
et octo primates hominum. Etc. »
Hieronym., in h. I. (t. III, i534). «Tune igitur erit pax quum reliquiæ fratrum Christi conversæ fuerint ad filios Israël.... Septem pastores, omnes patriarchas et proplietas et sanctos viros arbitrer esse qui hebdomadi, id est veteri servierunt Instrumento. Octo autem. . . . primates homincs et, ut Symmachus interpretatus est, christos, universos Novi Testamenti, etc.»
Id., in h. I. (Ibid., i5x9 — 1533, i535, sqq.).
Remig. Autissiodor., in h. I. (Bibl. PP. XVI, 995). « Dabit eos, id est Judæos permittet legis suæ umbram observare, usque ad tempus parienlis, id est donec mater Ecclesia gentilem populum ad finem generet ; et subintrante plenitudine gentium, tan-
dem omnis Israël salvus fiat (Rom. XI). . . et novissimus jungetur
priori septem pastores, id est patriarchas et prophetas,
qui septenarium Legis, id est sabbatum, servaverunt ; et octo primates, id est observatores Novi Testamenti qui ab apostolis usque in banc ætatein suscitantur a Domino in Ecclesia. Septenarius numerus pertinet ad Vêtus Testamentum, propter sabbatum qui est septimus dies in hebdomada; octonarius numerus ad Gratiam Novi Testamenti, propter Dominicain resurrectionis, quæ dicitur octava, completus est. Etc. »
Cs. Gloss, in h. I. — Etc., etc.
VITRAUX DE BOURGES
parlé de huit princes que le Seigneur chargera de soumettre les peuples infidèles à son joug, et les commentateurs expliquent ce passage tout à fait dans notre sens.
Si l’on demandait le sens des paroles qu’on trouve écrites entre les mains des deux personnages qui occupent les deux premiers médaillons au pied du vitrail, il faudrait bien établir daboid quel est le langage qu’on leur a prêté; et j’avoue qu’il m’est impossible de le déterminer avec quelque certitude. Je pense qu’il faut lire à gauche: de filio prod ( igo?)\ et si quelqu’un veut bien prendre cette banderole pour un titre de la verrière, je ne demande pas mieux que d’accepter cette solution. Cest un moyen de se faire comprendre, que le peintre- verrier de Chartres a mis en œuvre avec profusion, on aurait donc bien pu l’employer à Bourges au moins une fois. Mais en face, c’est quelque chose comme esivias. Dans la crainte de voir surgir un jour quelque document qui nous apprendrait peut-être à reconnaître dans ce texte problématique le nom d’un artiste ancien, je m’abstiens de toute conjecture. J’ai déclaré d’ailleurs déjà que j’aurais grand regret à toute dépense d’érudition faite pour n atteindre qu’un résultat probable; et comme je vois ici deux ou trois traductions possibles, mais aucune qui soit certaine, j’abandonne la solution à l’avenir, quelque spécieuses que puissent être mes suppositions.