‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 59 sur 94 · PLANCHE HUITIÈME, SAINT ÉTIENNE · texte numérisé non relu

PLANCHE HUITIÈME, SAINT ÉTIENNE

La croix tracée sur son vêtement, la couleur blanche de sa robe, et les riches bandes de broderie qui 1 ornent, sont autant do circonstances détaillées par le récit authentique (l). Sa tête, qui se détourné vers e médaillon voisin (,), doit porter nos yeux et nos pensées vers les deux scènes qui surmontent celle de I apparition, et nous y lirons les paroles de Gamaliel à Lucien : le soin que prit e Ciel de dérober le corps de saint Étienne aux atteintes des animaux carnassiers (3), et la sépulture qui lui fut donnée à Caphargamala (4). 1 2 3 4 5 6 7 8 9

Les corbeilles de fleurs (dans le premier médaillon) appartiennent à la seconde vision (5). Mais au lieu de quatre dont parle la relation ancienne, nous n’en avons ici que trois. Celle que tient Gamaliel parait désigner saint Étienne et son martyre (6); je vois bien une corbeille d’argent, mais non pas remplie de safran, comme l’exigerait le texte (7) si on avait voulu le suivre scrupuleusement. La couleur bleue de la troisième paraît être une invention du peintre, qui, tout occupé de saint Étienne, aura bien pu négliger les faits étrangers au patron de la cathédrale.

Au sommet de ce même groupe, Lucien se présente devant l’évêque Jean de Jérusalem pour lui faire part de ce qui lui a été révélé; et il reçoit l’ordre de réserver pour la métropole le corps de saint Étienne (8).

Les petits médaillons latéraux montrent les fouilles dirigées par Lucien sur de nouvelles indications

que lui transmet le solitaire Migetius instruit par Gamaliel (9); et les tombeaux sont trouvés, après de premières recherches restées sans succès.

En passant au groupe central, si nous prenons soin de restituer à sa vraie situation le médaillon placé actuellement au pied du vitrail , nous reconnaîtrons la vérification faite par l’évêque de Jérusalem, qui vient assister à la levée des ossements (10). Les deux scènes supérieures n’en font qu’une; c’est la déposition des reliques de saint Étienne dans une châsse, que viennent vénérer le clergé et le peuple (11). Un artifice quelque peu intelligible indique la pluie qui vint, alors même, faire cesser une sécheresse dont la Palestine était affligée depuis longtemps (12).

139. Là se termine tout ce que nous apprend la lettre du prêtre Lucien. Ce qui suit ne remonte pas à une source aussi grave, et, d’ailleurs, les faits que l’on y retrace n’auraient pu se passer que plusieurs années après l’époque de la première relation. C’est donc une seconde partie tout à fait

(1) Id., ibid.

(2) Qu’on se rappelle que je suppose ce médaillon placé au bas du groupe inférieur; situation qui a dû lui être donnée dans la pose primitive. Cela me parait hors de doute.

(3) L’ange paraît être là bien moins pour enlever l’àme du martyr que pour commander le respect aux bêtes qu’avait attirées la vue du cadavre.

(4) Lucian., I. c., n° 3 (p. 5, 6).

(5) Le peintre aura accumulé en un seul tableau les circonstances de diverses visions , pour ne pas multiplier des scènes qui eussent été trop semblables les unes aux autres , et dont la répétition n’eût pas avancé l’exposé des faits. Il trouvait, d'ailleurs, le modèle de cette abréviation dans plusieurs narrateurs qui l’avaient précédé.

(6) Lucian., I. c., n° 4 (p- 5, 7, 8).

(7) Id., ibid. Les corbeilles désignaient la place des tombeaux, et les divers corps qu'on devait y trouver.

Un fort beau reste de vitrail du xu' siècle, à la cathédrale de Châlons-sur-Marne, distingue bien les trois corbeilles d’or et la quatrième d’argent. Là, comme dans YÉvangéliaire de Bruxelles, dont je parlerai tout à l’heure, Gamaliel est le seul personnage qui soit nimbé; mais on ne voit point de croix sur ses vêtements.

(8) Ib., n" 6 (p. 7, 9, 10).

(9) Ib., n" 7 et 8 (p. 9, 10). Sans vouloir affirmer quelle a été l’intention du peintre relativement à l’ordre de priorité entre ces deux médaillons, je pense que les premières fouilles, faites sans résultat avant l’avis de Migetius, n’ont pas trouvé place dans la verrière. En ce cas, la marche des événements devra conduire l’oeil ici de droite à gauche, pour que la venue du solitaire précède la découverte des tombeaux. Je suis porté à cette supposition

du ixe ou du x° siècle, Bourgogne, à Bruxelles y est représenté en sept

tableaux , dont voici te aetau :

1° Avec cette inscription : Loculus est Dominus invisione sanclis suis, apparition de Gamalihel (sic). Il porte une longue barbe, comme l’indique la relation de Lucien; et sa tête est nimbée. Mais on ne voit point de croix sur sa robe. Une espèce d’étole gem mée descend des deux côtés jusque sur ses pieds. Il touche de sa baguette le prêtre endormi. Ce dernier est dans un lit; une lampe suspendue à la voûte et un autel montrent que la scène se passe dans l’église.

20 Hic fert pontifici Lucianus visa Johanni. L’évêque sur son trône écoute les paroles de Lucien.

3° Qucesivi eum , et non est inventus locus ejus. Lucien, accompagné de trois travailleurs, creuse le flanc d’un monticule.

4° (Aucune inscription). Migetius, dans son lit, voit apparaître Gamaliel (toujours nimbé) qui tient de la main gauche un disque.

5° Aller adest testis monstrans loca plena beatis. Migetius (ou Micetius), la tète couverte d’un capuchon, vient instruire le prêtre Lucien; et quatre travailleurs mettent à découvert quatre tombeaux.

6° Multi curanturdum corpora sacra levantur. Translation des corps portés sur les épaules d’un grand nombre de diacres. Un prêtre et un évêque marchent près du brancard, et une foule d’estropiés et d’infirmes élèvent les maius vers le convoi. Cs. Lucian, loc. cit., n" 8 (p. 9, 12).

70 Factus est in pace locus ejus , et habitatio ejus in Sj'on (sic). Déposition solennelle du corps de saint Etienne dans l’église de Jérusalem au milieu d’un clergé nombreux.

Dans cette série de peintures aucun tombeau ne se rencontre avant la venue de Migetius. Les fouilles où l’on met à découvert un sépulcre, dans le vitrail de Bourges, peuvent donc être supposées postérieures au nouvel avis qui est donné à Lucien par le solitaire.

(10) Lucian., I. cit., n° 8 (p. 9, 10).

(11) Ibid., I. cit.

(12) Ibid., n» 9 (p.9).

par les miniatures d’un Evangéliaire actuellement dans la Bibliothèque de ( n” 9428). Le sujet qui nous occupe

VITRAUX DE BOURGES

distincte de la première, et qui est venue s’ajouter là sur la foi d’une narration grecque extrêmement suspecte, pour ne rien dire de plus(i). Voici les principales assertions de l’écrivain byzantin; on n’aura pas de peine à les suivre sur le vitrail.

Le sénateur Alexandre ayant fait construire à Jérusalem un oratoire sur le tombeau de saint Etienne, avait demandé, en mourant, que ses restes fussent déposés près de ceux du martyr. Huit ans après, Julienne, veuve du sénateur, obtient un rescrit impérial pour faire transporter à Constantinople les ossements de son mari. Soit erreur, soit ruse couverte d’un air de simplicité, elle prend (et on lui laisse emporter) les reliques de saint Etienne (2). Les esprits infernaux tentent de décourager les voyageurs; mais on poursuit la route jusqu’au port où il s’agit de s’embarquer, et plusieurs guérisons miraculeuses signalent le passage du corps saint (3).

A Ascalon, Julienne confie son secret au patron du navire, qui accepte volontiers la tâche de transporter un si précieux dépôt (4). Mais, tandis que le marin compte sur une heureuse traversée, Satan se propose bien d’abîmer tous les passagers avec le fardeau qui cause leur confiance. Tempête horrible, en effet; mais saint Étienne se montre lui-même à l’équipage (5), et le sauve du danger.

A cet endroit du récit, il faut placer la circonstance qu’expriment les deux petits médaillons latéraux, si l’on ne veut intervertir l’ordre des faits. Rapprochés l’un de l’autre par la pensée, comme le donnent à entendre l’attitude et le geste des personnages, ces deux tableaux n’en font qu’un, et représentent un prince donnant des ordres à un valet. Selon le narrateur byzantin, les démons ayant excité un tremblement de terre, tandis que le navire longeait une côte(6), persuadèrent au prince de ce pays qu’il fallait faire incendier le fatal vaisseau qui avait causé ce malheur. Là-dessus, des serviteurs furent expédiés avec des ordres funestes; mais ils périrent dans les flots, en voulant accomplir leur commission.

Vis-à-vis de la tempête, Julienne paraît devant l’empereur, et lui annonce de quel trésor elle va doter la ville impériale. Un chariot est envoyé pour prendre les reliques dans le vaisseau (7); mais, après avoir parcouru une certaine distance avec une extrême rapidité, les mules s’arrêtent, sans que les coups puissent rien obtenir. L’écrivain prête même à l’un de ces animaux le rôle de l’ânesse de Balaam(8), et l’on voit que le peintre de Bourges a suivi cette version. On a beau changer l’attelage, il faut se déterminer à ne point passer outre : on dépose les ossements de saint Etienne en ce lieu, et bientôt une église est érigée sur sa nouvelle tombe (9) à Constantinople.

(1) Une ancienne version latine de cette pièce a été publiée par les Bénédictins dans leur édition des œuvres de saint Augustin, t. VII, Append., p. n. Cs. Tillemont, l. cit., not. 7 (p. 5og). — Baron., Annal. Eccl., A. 439, n° 1, a(ed. Luc. 1738 — 59, t. VII, p. 5n). — Etc.

(a) A cet endroit le peintre-verrier change sa marche. Du petit médaillon latéral de gauche, il nous conduit au compartiment inférieur du dernier groupe; et de là, au petit médaillon latéral de droite. C’est le départ de Julienne, les démons s’efforçant d’effrayer les voyageurs, Julienne confiant son secret au patron du navire avant de s'embarquer.

Cs. Script, de Translat. s. Stepli., L cit., n° 1 — 4 ( P- 11 — i3).

(3) Le petit médaillon latéral de gauche montre le guide des chevaux se retournant vers la dame. Il lui demande d'où vient qu’il entend les anges chantant les louanges de saint Etienne devant le char. Cs. Translat. s. Stepli., I. cit., n° 3 (p. i3).

. (4) Ibid., n° 4 (p. 1 3, 1 4)

(5) Translat. s. Sleph., n° 4 (p- i4)- En dépit du vitrail ou du

dessinateur, le texte fait apparaître saint Etienne lui-même. Ce que je puis dire, et tout le monde peut le remarquer avec moi, c’est que le nimbe dont on a gratifié la femme qui tire les vaisseaux du péril, serait une anomalie parmi toutes les représentations de Julienne que nous offre la verrière. On l’a donc substituée mal à propos au saiut martyr; et peut-être est-ce l'œuvre de quelque raccommodeur, qui ne se sera pas mis fort en peine d’accorder scrupuleusement entre eux les divers détails de la légende. Pour moi, je dois avouer à mon tour que je ne comprends guère non plus l'espèce de gerbe renversée qui aboutit au nimbe. Ce pouvait être autrefois une main de Dieu rayonnante, pour marquer l’intervention divine.

(6) Je ne cite aucun 'nom d’homme ou de lieu, ne prétendant en aucune façon me faire garant ni de la géographie, ni de la chronologie de l’auteur. Cs. Translat. s. Steph., n° 4 (p. 14).

(7) Translat., n“ 5, 6 (p. 14, i5).

(8) Ibid., n° 6 (p. i5).

(9) Ibid. ( l . cit.).

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