‹ Monographie de la cathédrale de ChartresChapitre 8 sur 54 · I. — Baie centrale · texte numérisé non relu

I. — Baie centrale

Sur le trumeau, est représenté le Christ enseignant : il est debout, tenant le livre des Evangiles de la main gauche et bénissant de la droite. Sa tête est encadrée du nimbe crucifère. Ses pieds reposent sur un lion et un dragon ; ce sont les deux animaux que l'on choisit ordinairement parmi les quatre mentionnés au Psaume 90 : Super aspidem et basiliscum ambulabis et conculcabis leonem et draconem. A Amiens l'aspic et le basilic sont placés au-dessous des deux autres bêtes. La tête du Christ est aussi belle, sinon plus belle, que celle du « Beau Dieu » d'Amiens pourtant plus célèbre. Ce n'est plus le Christ apocalyptique, tel celui du portail royal, mais le docteur, le pasteur qui s'est sacrifié pour l'humanité et dont la charité fut, peut-on dire, la première des vertus.

Aussi au-dessous de ce Christ deux scènes symbolisentelles l'acte de charité : un homme à genoux offre des pains au Seigneur pour être distribués aux pauvres : il implore ainsi pour son aumône la bénédiction céleste. Près de lui sont deux malheureux.

Dans la scène inférieure un homme et une femme remettent un pain à un mendiant. On voit en général dans ces deux personnages Pierre Mauclerc de Dreux et son épouse Alix de Bretagne, deux généreux donateurs du portail.

A droite et à gauche de la porte, sur des colonnes torses d'un beau travail sont rangés les douze apôtres, « placés au portail du Jugement dernier, ils sont comme les juges des douze tribus d'Israël ». Ils sont tous nimbés et ont les pieds nus. Quelques-uns d'entre eux portent les attributs qui permettent de les identifier, les autres comme dans la période romane (à cette période saint Pierre seul a un attribut spécial, ce sont ses clefs) n'ont pas d'attributs particuliers et ils tiennent ici l'instrument de leur supplice.

Saint Pierre est placé à la droite du Christ, en sa qualité de chef de l'Eglise. Il est reconnaissable à ses cheveux et à sa barbe frisés ainsi qu'aux clefs, symbole de son pouvoir

« de lier et de délier ». Sur le socle est Simon le Magicien, une bourse au cou.

Saint André avec sa croix. La tombée de son vêtement est des plus gracieuses.

A gauche du Christ :

Saint Paul, le front chauve et tenant une épée au fourreau, il n'est pas douteux qu'il fut décapité.

Saint Jean, jeune et imberbe, vêtu en prêtre, avec le livre des Evangiles à la main gauche et dans l'autre une palme, emblème de sa virginité. Au-dessous un personnage présente un vase rempli d'animaux venimeux (allusion à un miracle de saint Jean).

Le troisième apôtre, saint Jacques le Majeur, porte un cordon de coquilles.

Le quatrième est saint Jacques le Mineur, il tient la massue avec laquelle l'assomma un foulon.

Le cinquième est saint Barthélémy avec un coutelas, car il fut écorché vif.

Tels sont les apôtres qui sont reconnaissables à leurs emblèmes.

Sur le socle de chacune des douze statues sont figurés les bourreaux des apôtres. L'un d'eux a sur la tête un bonnet pointu, coiffure caractéristique des Juifs au Moyen Age. Linteau et Voussures.

A la partie supérieure de la porte est décrite la scène du Jugement dernier, inspirée par l'Evangile de saint Mathieu et par les commentaires des docteurs du Moyen Age.

En haut se trouve Jésus, assis comme juge sur un trône. A ses côtés se tiennent assis Marie et saint Jean le disciple bien-aimé, qui intercèdent pour l'humanité.

Autour de cette scène centrale six anges apportent sur des linges les instruments de la Passion, rappelant ainsi aux chrétiens que le droit de juger fut donné au Christ par le sacrifice qu'il fit de sa propre vie. Près de saint Jean l'un porte le fouet et la colonne de la flagellation, derrière la

Vierge un autre a la lance. Au-dessus du groupe deux anges présentent, l'un la couronne d'épines, l'autre les clous. Enfin, dominant le Christ, deux anges tiennent le suaire et la croix.

Aux voussures ce sont les neuf chœurs des anges : ils forment la cour céleste de Jésus et sont placés suivant l'ordre donné dans le livre » la Céleste Hiérarchie », faussement attribué à saint Denis l'aréopagite. Ce sont d'abord les Séraphins et les Chérubins, qui se ressemblent beaucoup. Ils ont six ailes pour symboliser la rapidité de la pensée angelique. Les premiers, les Séraphins, portent un caillou rond pour rappeler probablement la boule de feu avec laquelle ils ont touché les lèvres d'Isaïe.

Les Chérubins portent une flamme : ils sont lumière, les Séraphins sont feu.

Dans les cordons suivants, se voient les Trônes, avec un sceptre, une couronne et siégeant sur des trônes.

Ensuite les Dominations avec une épée à la main.

Les Vertus figurées comme des lévites, un livre à la main

Les Puissances et les Principautés.

Enfin les Archanges et les Anges qui sont les intermédiaires entre Dieu et les hommes.

Les premiers sont représentés dans leur lutte avec le démon

Les autres avec des flambeaux et des encensoirs.

Quatre anges munis de longues trompettes sonnent le réveil du genre humain.

A cet appel (deuxième registre des voussures) les morts sortent de leur tombeau, dont ils soulèvent la dalle ; encore à demi vêtus de leur suaire, ils implorent, tandis que quelques impénitents portent la main à leur poitrine dans un geste de protestation.

Au centre du linteau l'archange saint Michel pèse les âmes : dans le plateau gauche de sa balance (les bras en sont brisés) est une âme sous la figure d'un petit enfant nu ; dans l'autre il y a comme poids absolu un petit diable et deux horribles crapauds, emblèmes des péchés mortels et en-dessous un diable qui l'attire en bas pour tromper l'archange sur la pesée des mérites de l'élu et attirer cette âme en enfer.

Les méchants condamnés au feu éternel sont emmenés par les démons cependant que dans le ciel des anges armés d'épées et de boucliers les chassent loin de la présence de Dieu. L'imagination populaire s'est plu à varier la composition de ce cortège : on y remarque un laïc, une femme, un évêque, un roi, un avare avec sa bourse pendue au cou. Ils sont poussés vers le foyer dans lequel un démon décharge une femme qu'il a prise sur son dos. Des figures apparaissent au milieu des flammes qui sortent de la gueule de Léviathan.

Sur le registre inférieur des voussures où se continue le sujet, un diable porte une femme nue sur ses épaules, un démon conduit une princesse, un autre entraîne une religieuse, un troisième fait avancer un avare avec sa bourse au cou, enfin un dernier a chargé sur son dos une femme, suspendue par les jarrets et dont les cheveux traînent à terre.

Sur l'autre moitié du linteau, ce sont les justes qui forment le cortège des élus, ils sont reçus et conduits par un ange tandis que dans le ciel les anges les accompagnent munis d'encensoir. Dans ce cortège on remarque un roi, un évêque. un moine, une vierge, des laïcs, l'un est couronné de fleurs. Il est à propos d'observer qu'ici l'ordre hiérarchique est renversé et que ce sont les humbles qui marchent les premiers, en souvenir de l'amour du Christ pour les faibles.

Le registre inférieur de la voussure représente le paradis. Un ange, les cheveux frisés, y apporte une âme qu'il tient dans ses bras pour la faire reposer dans le sein d'Abraham renfermant déjà trois âmes. Ensuite un ange conduit un homme complètement nu pour bien exprimer sa pureté, une couronne est sur sa tête, car tous les justes sont couronnés, un autre ange guide une vierge, un troisième accueille un roi qui par humilité a offert sa couronne à Dieu, elle est déposée entre les mains de l'ange.

Sur les consoles qui soutiennent le linteau sont deux figures, l'un du côté de l'enfer est celle d'un homme qui pleure, elle symbolise la douleur, l'autre du côté du paradis rit et symbolise la joie.

Tel est ce jugement dernier qui fut la scène la plus populaire du Moyen Age et la plus impressionnante, si l'on songe que le XIIIe siècle vivait dans l'attente prochaine de la fin du monde.

La décoration du porche montre la cour céleste.

A la marge de la voûte (6e cordon de la voussure) 28 statuettes, ce sont les rois et les reines de l'Ancien Testament: on y reconnaît David portant sa harpe, Salomon tenant un sceptre, la reine de Saba ayant une fleur dans la main gauche Au-dessus d'eux les grands prophètes, portant la barbe causent chacun avec un petit prophète imberbe.

Le 7e et dernier cordon à l'extérieur plus récent, contient quatorze statuettes admirables d'exécution relies représentent les sept dons du corps et les sept dons de l'âme qui sont promis aux croyants dans le royaume éternel. Ce sont pour le corps : la beauté, l'agilité, la force, la liberté, la santé, la volupté, la longévité ; pour l'âme, qui sera ornée de toutes les perfections; la sagesse, l'amitié, la concorde, l'honneur, la puissance, la sécurité, la joie. Ce sont les quatorze béatitudes de saint Anselme et de saint Bernard, déjà inscrites au portail nord.

La cour céleste est complétée sur les piliers carrés par les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse, assis, couronnés et portant des instruments de musique et des vases de parfums.

Les autres faces des deux piliers font voir les douze Vices en des scènes anecdotiques et les douze Vertus en femmes qui ont sur leur écu le symbole de leur qualité distinctive. Vertus et Vices d'après lesquels se fait le jugement dernier.

Pilier de gauche, face occidentale, de haut en bas :

Les trois vertus théologales et le péché opposé :

La Foi a un calice sur son écu.

L'Idolâtrie adore une idole.

L'Espérance, un étendard sur son écu, regarde le ciel.

Le Désespoir, une femme se transperce avec une épée.

La Charité, dont le blason est orné d'une brebis, habille un malheureux

L'Avarice ramasse de l'or dans un coffret.

Face méridionale :

Vertus chrétiennes, de haut en bas :

La Chasteté tient une palme et a un phénix pour emblème.

La Luxure est symbolisée par un jeune homme qui caresse une courtisane.

La Prudence avec un serpent.

La Folie, un homme qui cherche à abattre des fruits.

L'Humilité a dans ses armes une colombe.

L'Orgueil, le personnage est jeté à bas de son cheval.

Sur le pilier de droite, face méridionale :

La Patience a un bœuf sur son écu, image mutilée.

La Colère, une femme repousse un moine.

La Douceur avec un agneau.

La Dureté, une femme repousse du pied son valet agenouillé devant elle.

La Force sous les traits d'un chevalier.

La Lâcheté, un guerrier prend la fuite.

Face orientale :

La Persévérance a une couronne sur son blason.

L'Inconstance, un moine dépouille la bure et quitte son couvent.

L'Obéissance a un chameau sur son écu.

La Rébellion, un homme frappe son évêque.

La Concorde tient à la main un rameau d'olivier.

La Discorde : c'est une scène de ménage, la quenouille est brisée, la cruche renversée.

Au sommet du gable la sainte Vierge modèle de la perfection chrétienne.

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