AVANT-PROPOS. III
La vieille société s'était usée au milieu même des persécutions dirigées contre le christianisme ; elle était réduite à ne plus pouvoir trouver de magistrats.
<( La charge de décurion , dit M. Laurentic, après » avoir été présentée comme un honneur, fut bientôt » subie comme un esclavage , et dès la fin du quatrième » siècle, il fallut avoir recours à la contrainte pour trou- » ver des sénateurs ; les principaux Gaulois s'enfuyaient » dans les solitudes et abandonnaient leurs biens et leur » fortune, plutôt que d'entrer dans la curie; si bien, » qu'il y eut un moment où l'administration des cités
» fut impossible aux dominateurs Dans cette fuite
» universelle qui s'était faite des charges de la curie , » les Évêques s'étaient trouvés naturellement les » hommes., des cités et des bourgades , défendant le » peuple ainsi abandonné , élevant la voix auprès des » maîtres de l'empire, quels qu'ils fussent, et faisant » de la charité chrétienne le commencement de la » liberté \ »
Guide des riches , soutien des pauvres, défenseur des opprimés , ami de tous , l'Évêque avait le droit de s'adresser à tous avec une sainte indépendance. En vain
1 Histoire de France , tomeJ, nages (55 et 66.
JV AVANT-PROPOS.
Théodose veut franchir le seuil du temple de Dieu ; Ambroise l'arrête , il a aperçu sous la pourpre impériale une tache de sang , elle doit être effacée par les larmes du repentir. L'indomptable Clovis écoute avec respect saint Rémi , qui lui ordonne de baisser humblement la tête sous le joug du Seigneur. Milis depone colla Sicamber.
L'Église ne veut point que ses Évêques puissent oublier jamais les obligations sacrées qu'ils ont contractées, le jour où ils ont reçu l'onction pontificale. Elle a soin de consigner ces obligations dans les actes de ses conciles. « Que les Évêques, dit un canon du » sixième concile d'Arles 1 , n'oublient jamais qu'ils » doivent couvrir de leur protection les hommes du » peuple et surtout les pauvres ; quand donc ils » s'aperçoivent que ceux qui sont chargés de rendre » la justice et d'administrer les provinces deviennent » les oppresseurs des pauvres , qu'ils les reprennent » d'abord avec la douceur propre à leur ministère ; » mais si ces remontrances demeurent infructueuses , » qu'ils fassent connaître au roi leur conduite inique , » afin que la puissance royale réprime la malice de » ceux que la charité sacerdotale n'a pu gagner. »
1 Anno 813.