‹ Monographie de la cathédrale de NeversChapitre 21 sur 69 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

CINQUIÈME ÉTUDE DE DÉTAILS. — EIN DU QUATORZIÈME SIÈCLE ET DU QUINZIÈME — CHOEUR. — LA BOURGOGNE ADOPTE A REGRET LE PRISME ET LES COMPARTIMENTS FLAMBOYANTS. — CHAPELLES SUR LES BASSES VOUTES. — AUTELS MULTIPLIÉS DANS LA CATHÉDRALE.

=^f£=5^?<dëys ntke les constructions du t reizième ||| siècle et les piliers du rond-point dont nous venons de parler ,

p| c'est-à-dire dans les quatre tra- ^| vées composant le chœur, ainsi

'Ml que dans les parties voisines ,

j3 telles que la chapelle nommée

autrefois Chapelle des Primes, et

celle qui est en face , dans le collatéral septentrional ,

on remarque un autre genre de faire , des caractères

particuliers qui empêchent d'attribuer cette région aux

mêmes architectes. On retrouve encore, dans les bas-côtés et dans les chapelles, des substructions du treizième siècle et du commencement du quatorzième; mais il est impossible de ne pas reconnaître , dans les dispositions architecturales et dans le genre d'ornementation , une époque plus avancée. Nous ne sommes pas encore à la période flamboyante bien caractérisée , mais nous remarquons déjà quelques tendances vers ce genre d'architecture ; des compartiments flabclliformes se rencontrent dans les fenêtres ; les chapiteaux n'ont plus la même ampleur, ce n'est plus cette végétation à feuilles vigoureuses, que nous avons admirée jusqu'à présent. Le maître de l'œuvre a choisi de préférence des plantes plus ramassées en bouquets , et plus déchiquetées. Nous attribuons cette partie de l'édifice à la fin du quatorzième siècle et aux premières années du quinzième \

Les deux galeries que nous avons remarquées dans la nef continuent; mais, comme la voûte du chœur est plus élevée, que les arcades sont plus allongées, ces galeries sont aussi plus élevées que celles auxquelles elles font suite. Les arcatures trilobées du premier étage retombent sur des colonnettes dont les chapiteaux infundibuliformes sont garnis de feuilles déchiquetées , un large tore , formant un bourrelet circulaire , sert de

1 M. de Caumont dit que le corps du chœur paraît être du quinzième siècle. Hist. de l'architecture religieuse, p. 426.

tailloir. En général, au treizième siècle, la galerie; inférieure est obscure ; mais il n'en est pas de môme aux siècles suivants , elle est toujours transparente , comme; on le voit dans notre cathédrale. L'étage supérieur est complètement ouvert, sans arcatures ni balustres ; il est cependant facile de reconnaître qu'il entrait dans le plan de l'architecte d'y établir une balustrade à hauteur d'appui ; elle est indiquée par des pierres d'attente.

Les larges fenêtres ont ici leur tympan garni de compartiments , qui conservent toujours quelque chose des formes rayonnantes du quatorzième siècle , encore dans sa splendeur ; c'est ce qui a engagé quelques archéologues à attribuer le chœur au quatorzième siècle, moins avancé. Cependant, on doit se rappeler que, dans notre contrée , nous nous sommes éloignés à regret du type adopté précédemment ; chez nous , les formes flamboyantes et l'ornementation qui les accompagne n'ont prévalu que dans la seconde moitié du quinzième siècle, en même temps que le prisme parfait dans les nervures. Rien n'est disgracieux , en architecture , comme deux membres de moulures contigus qui se ressemblent ; deux tores répugnent à s'unir ensemble , il en est de même de deux filets. C'est pour éviter ce qu'il y a de choquant dans de semblables dispositions , que , dès le treizième siècle, nos architectes avaient soin d'alterner leurs moulures ; ainsi ils séparaient deux tores par un filet et, le plus souvent, par une moulure lancéolée , accompagnée de fdets et de gorges. Cette espèce de

moulure contribuait par sa saillie à donner plus de nerf et de vigueur à l'ensemble de l'ornementation , à laquelle elle concourait. Ce fut vers le seizième siècle seulement que , dans notre province , les architectes commencèrent à s'éloigner de ces dispositions. Cependant , môme à cette époque , on voit que les moulures toriques n'ont été abandonnées qu'à regret , et on les retrouve souvent s'alternant avec les moulures prismatiques.

En considérant ces torrents de lumière, qui , à chaque travée, se répandent dans le chœur et dans le sanctuaire, on est ébloui , et on comprend que l'architecte avait dû parer à cet inconvénient. Il n'avait pas lieu , quand nos larges verrières étaient garnies de leurs vitraux peints ■ la lumière se trouvait adoucie , et ses rayons n'arrivaient sur l'autel qu'après avoir traversé un nuage mystérieux. Ces vitraux n'existent plus, on aperçoit seulement çà et là , dans la région du chœur , quelques fragments de mosaïques et de grisailles.

On remarque , dans le vitrail placé au - dessus du maître-autel , trois écussons armoriés; l'un est celui de Jacques d'Albret , qui occupa le siège épiscopal de Nevers depuis 1519 jusqu'à 1539; ce sont les armes d'Albret-d'Orval , sans aucune modification , surmontées de la crosse épiscopale ; l'écusson est écartelé aux 1 et 4 d'azur , à trois fleurs-de-lis d'or , et aux \ et 3 de gueules, à la bordure engrelêe d'argent .

Un autre écusson est d'azur, à la croix ancrée d'or;

DE LA CATHÉDRALE J)Ii NEVERS.

ce sont les armes de la famille de Bourgoing , et nous nous rendons compte de leur présence auprès de celles de Jacques d'Albret , car nous avons eu à cette époque , pour doyen de l'église de Nevers, un de Bourgoing , qui resta long-temps en fonctions.

Quant au troizième écusson , il est aussi d'azur, mais il nous a été impossible de reconnaître les pièces dont il est chargé.

Nous avons vu, dans le plan du treizième siècle, un transsept oriental , dont on retrouve des restes dans le retour d'angle -du triforium de la grande nef; si on monte sur les basses voûtes, on remarquera des segments de croisées d'ogives, au-dessus des portails latéraux, indiquant la présence d'une tribune ménagée de chaque côté , à la place des anciens croisillons , et s'étendant sur cette travée des basses nefs et sur les portails. Depuis long-temps nous avions observé cette disposition insolite, et nous n'avions pu l'expliquer qu'en supposant une tribune ; cependant nous n'osions exprimer notre sentiment à cet égard , parce que nous ne connaissions point d'exemple de ce genre de galerie. Mais, maintenant , à la suite de nouvelles observations, nous pouvons assurer , sans craindre de nous tromper , l'existence de ces deux tribunes. Une fois de plus l'archéologie et l'histoire se trouveront d'accord.

On se rappelle ce que nous avons dit en parlant des contreforts à double étage qui vont, à chaque travée, soutenir la retombée des arcs-doubleaux ; l'arc-boutant

inférieur est un simple quart de cercle, dépouillé des arcatures qu'on remarque à l'étage supérieur; il devait en être ainsi , pour laisser la toiture de la basse voûte courir sans entraves. Cependant, pour la travée que nous étudions en ce moment, il en est autrement; le système est complètement changé • d'un côté, au couchant, nous trouvons sous le contrefort une simple porte pratiquée dans une des arcades du triforium en retour ; au levant on reconnaît des restes de meneaux , de plus , dans ces fragments de meneaux et les autres parties droites , on aperçoit des rainures , pratiquées à dessein de recevoir des vitraux. C'était en effet le seul moyen d'éclairer la tribune. Ces observations regardent le portail du nord aussi bien que celui du sud , et paraissent concluantes.

L'ancien pouillé , déposé aux archives de l'évêché , et remontant à la lin du quinzième siècle , vient confirmer l'existence de ces tribunes; il indique « un autel fondé » en l'honneur de saint Michel sur le portail de l'église 1 . » Il est évident qu'il s'agit ici du grand portail , celui de Saint-Christophe , puisqu'il n'a aucune désignation particulière ; c'est donc dans la tribune septentrionale que cet autel était dressé. Le portail méridional ne fut élevé que plus tard, comme nous le dirons bientôt; à la place de ce dernier portail devait se trouver une chapelle et sans cloute une petite porte à côté. Quoi qu'il en soit, le même pouillé nous parle d'un autre « autel érigé en

\ Altare sdncti Michaélis fundalum super port aie ecclesiœ Niverneusis.

» l'honneur de sainte Barbe sur la voûte de Saint-Jean 1 .» On rencontre encore les traces d'un troisième incendie, qui aura peut-être détruit ces tribunes.

Le quatorzième siècle avait commencé à multiplier les chapelles dans les églises , le quinzième siècle multiplia les autels , a un tel point qu'on profitait de tous les endroits libres pour en élever. C'était la dévotion du temps; chaque corps de métier, chaque confrérie avaient leurs autels, et de plus les chanoines , les seigneurs , les personnes riches , voulaient avoir l'autel de leur patron. En parcourant le pouillé du diocèse , on est étonné du nombre d'autels que contenait la cathédrale , et on comprend alors les deux autels dont nous avons parlé , placés sur les voûtes. Nous avons pensé qu'il était important d'insérer ici le nom des saints titulaires de ces autels2 :

L'autel de sainte Croix.

— de saint Jean l'évangéliste.

— de la B. Marie, dans les chapelles.

— de saint Pierre.

— de saint Gervais et de saint Protais.

— de saint Blaize.

— de saint Germain.

Ces autels étaient réservés aux sept prêtres.

1 Altare sanctœ Barbares fundatum super votam sancti Joannis.

2 A chaque autel fondé étaient attachés certains revenus, plus ou moins considérables; c'est ce qu'on appelait bénéfices.

Petit autel de saint Agnan.

Grand autel de saint Agnan.

Autel de saint Michel.

— de saint Cosme et saint Damlen.

— de saint Guillaume , dans la crypte ^

— de sainte Anne.

— du corps de N. S. Jésus-Christ.

— autre sous le même titre.

— de saint Martin.

— de saint Jacques-le-Mineur.

— de saint Jacques-le-Majeur.

— de saint Léger.

— de saint Aré.

— de saint Eloi.

— de saint Nicolas.

— de sainte Catherine , dans la crypte.

— de saint Barthélémy.

— de saint Symphorien.

— de sainte Marguerite.

— de sainte Barbe, sur la voûte de saint Jean.

— de saint Michel , sur le portail.

— de saint Julien.

— de saint Marcel.

— de saint Firmin.

— de saint Louis.

— de saint Grégoire.

— de saint Luc

"2 Jncrotd. Nous avons pensé qu'il s'agissait ici de la crypte de Saint-Cyr; Ourange . en effet, ronfond crntri. et crypta.

Un autre autel du même saint.

Autel des trois Rois.

— de la B. Marie , dans les chapelles.

un autre sous le même vocable , aussi dans les chapelles.

— de saint Jacques-le-Majeur.

Outre ces autels, s'élevant au nombre de trente-neuf, le i pouillé fait mention de plusieurs vicairies ayant sans doute leurs autels ; on remarque aussi qu'on ne dit rien de l'autel du chœur et de ceux de saint Cyr et de sainte Jtililte.

Nous parlerons plus tard de la tour , dont nous attribuons les étages inférieurs aux premières années du quinzième siècle.

Page 1