‹ Monographie de la cathédrale de NeversChapitre 25 sur 69 · IG'J · texte numérisé non relu

IG'J

» — Quel honneur, dit Jésus, dois-je foire à celle qui m'a enfanté?

» Tous s'écrièrent : ((Qu'elle ressuscite et qu'elle soit » placée à votre droite. »

» Aussitôt l'archange Michel vint et présenta au Sauveur l'âme de sa sainte mère. Jésus dit : « Lève-toi, » ô mon amie , tabernacle de gloire , vase de la vie , » temple céleste ; tu as conçu sans souillure , ton corps » ne sera pas soumis à la corruption du tombeau. »

» Soudain 1 ame de Marie se réunit à son corps. Elle sortit glorieuse du sépulcre et s'éleva vers le ciel au milieu d'une troupe d'esprits célestes.

» Thomas était absent ; lorsqu'il arriva , il refusa de croire à la résurrection de Marie , comme il avait refusé de croire à la résurrection de Jésus-Christ; mais élevant ses regards vers le ciel, il y aperçut Marie qui s'élevait lentement , au milieu des chœurs des anges ; au même instant la ceinture de la Vierge se détacha , et tomba au-dessus de Thomas, qui la reçut comme une preuve du prodige auquel il avait d'abord refusé de croire1. »

Tous les détails de la Légende dorée ne se rencontrent pas partout, dans les tableaux de la mort et de l'assomption de la sainte Vierge. Un des plus complets est, sans contredit , le triptyque du seizième siècle de Notre-Dame de Ternan , au diocèse de Nevers , dans lequel on

■1 Cet épisode se rencontre à Notre-Dame de Brou , sur le vitrail de ia chapelle de la Sainte-Vierge.

remarque cependant quelques légères variantes, qui rappellent l'iconographie grecque.

Notre artiste niverniste a voulu aussi avoir ses allures franches , et tout en entreprenant de reproduire sur la pierre la légende que nous a conservée Jacques de Voragines, il n'a pas voulu jouer le rôle de traducteur servile, il a admis de légères modifications.

Il prend la légende au moment où l'âme de Marie s'envole dans les bras de son divin fils. On voit tout l'intérieur de la sainte maison de Nazareth , remarquable par sa simplicité , ou plutôt par sa pauvreté; auprès de la cheminée , est placé le meuble que nous retrouvons encore maintenant dans la maison du pauvre , et qui renferme, tout à la fois, les provisions nécessaires à la vie et le linge de la famille ; le dessus est garni de quelques vases.

Vers le milieu de ce modeste appartement , Marie est étendue sur un lit; auprès de ce lit, du côté de la muraille, le Sauveur a reçu dans ses bras l'âme de sa sainte mère. Sur le devant, on voit , aux pieds, saint Pierre, saint Paul, saint Mathias , saint Jacques-le- Mineur, saint Jacques-le-Majeur ; du côté de la tête, sont saint Jean , saint Mathieu , saint Barthélémy , saint Simon, saint Philippe , saint André. Saint Pierre se reconnaît à la clé qu'il porte de la main gauche, tandis qu'il tient de la droite un livre ouvert ; saint Paul tient son épée , saint Mathieu la hache qui a servi à son supplice, saint Jacques-le-Majeur son bâton de pèlerin,

i)b) LA GATHÈDBALE DE NÉVERS.

et saint Jacques-le-Mineur la masse de foulon qui lui a enlevé la vie.

A la tête du lit est saint Jean avec la palme dont il est parlé dans la légende; il soutient sa tête de la main gauche , et paraît profondément affligé.

Après lui, vient saint Mathieu, portant la pique dont il fut percé ; le fer en a été brisé ; un coffret ou une bourse rappelle sa première profession.

Saint Barthélémy se reconnaît au couteau qui a servi à son douloureux martyre1.

L'apôtre suivant ne porte aucun attribut; ce doit être saint Simon , qui est ordinairement représenté avec une scie.

Après lui , on voit saint Philippe avec une croix processionnelle , dont le sommet a été brisé.

Enfin saint André paraît derrière , appuyé sur le meuble dont nous avons parlé; sa croix en sautoir ne permet pas de le confondre avec les autres.

Comme on a dû le remarquer , les apôtres sont placés sans aucun ordre hiérarchique : c'est saint Jean qui occupe la première place , et il semble que c'est avec raison, puisqu'il est le fils adoptif de Marie. La seconde place est attribuée à saint Pierre ; quant aux autres , on ne tient aucun compte du rang qu'on leur assigne ordinairement.

Saint Thomas est absent, comme l'indique la légende.

Au-dessus de ce premier tableau , c'est l'assomption

I On prétend qu'il fui ëcorché tout vil'.

172 MONOliKAI'llIE DE -LA CATHEDRALE DE NEVERS.

do Marie ; l'artiste a laissé de côté tout ce qui concerne le convoi et la sépulture. Ici il puise toutes ses inspirations dans nos livres saints : Quelle est celle qui s'élève du désert , comblée de délices , appuyée sur son bien-aimè ? C'est cette pensée qu'il a voulu rendre sensible. Marie en corps et en âme s'élève vers les cieux, et Jésus-Christ lui-même accompagne et soutient sa sainte mère. Un semis d'étoiles indique son nouvel empire , et une multitude d'esprits célestes escortent leur reine. Quatre d'entre eux tiennent les bâtons d'un dais, qui couvre le Sauveur et Marie ; les autres , portés sur des nuages , forment une sorte d'auréole , qui encadre le second et le troisième tableau.

Au-dessus de l'assomption de Marie , sous un autre dais , on voit deux des personnes divines assises : le Père en pape 1 , portant la boule du monde , et le Fils ou bien le Saint-Esprit sous une forme humaine2, comme on le trouve quelquefois représenté dans le cours du moyen-âge ; ils se disposent à couronner Marie. Entre les deux personnes divines , une gloire scintillante projette des rayons, qui remplissent tout l'espace occupé par ces deux tableaux , et qui percent même les nuages.

\ Au quinzième siècle et surtout au seizième on trouve souvent Dieu le Père représenté en Pape ou en Empereur , portant la tiare ou la couronne.

2 Nous serions porté à croire que c'est le Saint-Esprit qui est auprès du Père ; le Fils accompagne sa mère , et doit la présenter lui-même devant le trône éternel. Rien ne motiverait l'absence de la troisième personne ; et cependant cette absence a lieu , si nous ne devons pas reconnaître le Saint-Esprit sous la l'orme humaine.

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