CHAPITRE XVIII
SEPTIÈME ÉTUDE DE DETAILS ( FIN DU QUINZIÈME SIÈCLE.) — LUGE fi DE DR L'ASSOMPTION. — BAS -RELIEF HE PRODUISANT CETTE LÉGENDE.
lj$ endant tout le cours du moyen-àge, les artistes ont consacré leurs & talents à exalter les grandeurs jde Marie ; ils se plaisaient à m reproduire les principaux traits
[•^E3^Pw'^e sa vie' ^es l,ns Par 'a sci)ip~ )<-ë- l'Hure, les autres par la peinture. Cependant , la mort de Marie, suivie de sa glorieuse assomption et de son couronnement , est le sujet pour lequel ils éprouvaient le plus d'attraits. Le douzième siècle l'a produit avec tous les
détails rapportés dans la Légende dorée, d'après un livre apocryphe attribué à saint Jean1 ; et on le retrouve encore au seizième. Nous pouvons étudier cette poétique légende2 dans la chapelle des seigneurs d'Armes.
Ce riche bas-relief, formant autrefois rétable d'autel, comme on peut s'en convaincre par l'élégante piscine qui l'accompagne, est encadré dans une guirlande de feuilles de chardons , et surmonté d'une corniche avec larmier, garni de choux frisés; de chaque côté, un piédestal en porte-à-faux est couronné d'un dais à jour. Sur la corniche, est agenouillé un évêque , en habits pontificaux3. Malheureusement ce bas-relief est horriblement mutilé; après avoir chassé Jésus-Christ de son temple , l'impiété se montrait conséquente, quand elle faisait disparaître les sculptures qui rappelaient le glorieux triomphe de sa sainte mère.
Malgré les mutilations , on peut reconnaître ici la mort , l'assomption et le couronnement de Marie. Avant d'en venir à l'explication de notre bas-relief, nous croyons important de donner ici la traduction de la Légende dorée , mais en retranchant certains détails peu importants :
«Un jour, le cœur de Marie fut embrasé d'un violent désir de voir son fds ; elle se livrait à la douleur et
1 C'est à tort qu'on a attribué ce livre à saint Jean ['Évangéliste ; i»ais ou trouve le fond de notre légende dans les œuvres de saint Jean Daniasceno. 1 Légende dorée. Assomption de la Sainte-Vierge. 3 On ignore quel est cet évêque.
répandait un torrent de larmes , quand tout-à-coup , un ange lumineux lui apparut, et s'inclinant avec respect : » — Salut, lui clit-il , ô Marie, vous qui avez été bénie par celui qui a accordé le salut à Jacob ; recevez cette branche de palmier, cueillie dans le paradis; vous ordonnerez qu'on la porte devant votre cercueil , car dans trois jours vous quitterez la terre , votre fils vous attend....
» La Vierge témoigna du regret de quitter le monde, sans avoir auprès d'elle les apôtres , pour l'assister et lui rendre les derniers devoirs. L'ange lui répondit que celui qui avait transporté du fond de la Judée le prophète jusqu'à Babylone , pouvait bien agir de même à l'égard des apôtres, et les transporter auprès d'elle.
» Jean prêchait alors à Éphèse; le ciel tonna, une nuée lumineuse l'enveloppa, et il fut déposé devant la porte de l'humble maison de Marie. La Vierge fut saisie de joie, en voyant celui qu'elle avait adopté pour son fils ; elle lui recommanda de faire porter , devant son cercueil , la branche de palmier que l'ange lui avait remise. Quelques instants après, tous les apôtres furent transportés de même, sur des nuées, des différents endroits où ils se trouvaient. Marie s'assit au milieu d'eux , et , vers la troisième heure de la nuit , Jésus arriva avec les ordres des anges , l'assemblée des patriarches, l'armée des martyrs, la troupe des confesseurs et le chœur des vierges. Le Sauveur lui adressa ces paroles :
» — Viens, toi que j'ai élue, et je te placerai sur mon trône, car j'ai désiré ta beauté.
» Elle répondit : « Mon cœur est prêt , Seigneur , » mon cœur est prêt. »
» Et tous ceux qui accompagnaient le Seigneur se mirent à chanter : « Elle a vécu dans la pureté , loin » des plaisirs du monde; elle aura sa récompense dans » l'assemblée des saints. »
» Et la Vierge entonna ce cantique : « Toutes les » générations m'appelleront bienheureuse , car celui » qui est puissant a fait en moi de grandes choses, » et son nom est saint. »
» Alors une voix plus mélodieuse que les autres se fit entendre et chanta : « Viens du Liban , mon épouse, » viens recevoir ta couronne. »
» — Me voici , s'écria Marie , car mon esprit se réjouit en vous.
» Et aussitôt l'âme de Marie quitta son corps sans douleur, et s'envola dans les bras de son fils. Jésus dit aux apôtres : « Portez le corps de ma mère avec hon » neur dans la vallée de Josaphat, déposez-le dans un » tombeau neuf que vous y trouverez, et, dans trois » jours, je reviendrai à vous. »
» Aussitôt les roses et les lys des vallées , c'est-à-dire les martyrs et les confesseurs, les anges et les vierges , entourèrent l'âme blanche de Marie que Jésus portait, et l'accompagnèrent jusqu'au ciel. Les apôtres s'écriaient
DE LA CATHÉDMLE DE NEVEKS.
en la suivant des yeux : « Mère pleine de prudence, souvenez-vous de nous. »
» Et les bienheureux , en voyant 1 arae de Marie entre les bras de leur roi , appuyée sur son cœur , se mirent à chanter : « Quelle est celle qui monte du » désert, appuyée avec délices sur son bien-aimé? Elle » est belle au-dessus de toutes les filles de Jérusalem , » elle est pleine de charité et d'amour. »
» Trois vierges, qui étaient là, dépouillèrent le corps pour le laver; il resplendit d'une telle clarté , qu'elles pouvaient bien le toucher , mais non le regarder. Cette lumière dura jusqu'à ce que le corps fut lavé et revêtu d'un suaire. Les apôtres le prirent avec respect , et le placèrent dans le cercueil.
» Jean dit à Pierre : « C'est à toi de porter devant le » cercueil la branche de palmier , car le Seigneur t'a élu » notre chef; il t'a choisi pour paître les brebis. »
» Pierre répondit : « Cette fonction t'appartient ; c'est » une personne vierge , qui doit porter la palme de la » Vierge ; tu as d'ailleurs reposé sur le sein du Seigneur, » tu as puisé à la source des grâces. »
» Pierre et Paul chargèrent le cercueil sur leurs épaules , et Pierre entonna le psaume ln exitu Israël de Egypio, et les autres apôtres continuèrent. Tout le peuple , entendant ces chants , sortit en foule de la ville et demanda ce que c'était. « C'est , répondit » quelqu'un, Marie qui est morte, et que les disciples » de Jésus emportent, au milieu des chants que vous
MOISOGRAPHUi
» entendez. » Alors tous coururent aux armes et s'excitèrent mutuellement. « Tuons les disciples , s'écriaient- » ils , et livrons aux flammes le corps de la mère de » cet imposteur. » Le prince des prêtres lui-même porta les mains sur le cercueil pour le renverser, mais ses deux mains demeurèrent attachées à la bière, et il éprouva d'horribles douleurs. Tous les autres furent frappés d'aveuglement par les anges qui étaient dans les nuages. Le prince des prêtres criait : « Saint-Pierre, » ne m'abandonnez pas , rappelez-vous que je vous ai » assisté , lorsque la servante vous accusait. »
» — Je n'ai pas le temps d'écouter ta prière , lui répondit saint Pierre , tu vois que nous sommes occupés aux funérailles de notre reine. Si tu crois que Jésus est le fils de Dieu , et que tu aies recours à Marie sa mère , tu pourras être guéri.
« J'y crois, dit le grand prêtre. » Et il baisa le cercueil avec respect ; et aussitôt ses mains furent détachées de la bière et ses douleurs cessèrent. Pierre lui dit : « Prends » cette palme , élève-là au-dessus de ce peuple, frappé » d'aveuglement, ceux qui croiront recouvreront la vue. »
» Les apôtres portèrent ensuite le corps de Marie au sépulcre que le Sauveur leur avait indiqué. Le troisième jour, Jésus-Christ, accompagné d'une multitude d'anges, vint au milieu d'eux et il les salua en disant : « Que la » paix soit avec vous. »
» Les disciples répondirent : « Gloire à vous , Sei- » gneur , qui seul faites de grandes merveilles, »
m la Cathédrale du nevers.