‹ Monographie de la cathédrale de NeversChapitre 7 sur 69 · NOMBREUSES PROPRIÉTÉS DE CETTE ÉGLISE · texte numérisé non relu

NOMBREUSES PROPRIÉTÉS DE CETTE ÉGLISE

,-iiNT Jérôme naquit dans le Nivernais Wde parents riches et distingués ; :}plus remarquable encore par la ^sainteté de sa vie et ses connaisjàsances variées que par la noblesse 'de sa naissance, il fut choisi à la mort de Galdon pour le remplacer sur le siège épiscopal de Nevers. Malgré ses résistances basées sur sa profonde humilité , il fut obligé de céder au

vœu général des habitants et d'accepter le fardeau de l'épiscopat. Lorsqu'il monta sur le siège de Nevers , en 795 , il trouva le diocèse dans le plus déplorable état par suite des guerres désastreuses qui avaient désolé notre malheureux pays. Le Nivernais , pendant le cours de ce siècle, avait été ravagé par les Sarrasins; les églises avaient été pillées par ces barbares qui avaient ruiné les deux monastères de Saint-Genest et de Saint-Martin, situées sous les murs de Nevers. Quelques années après , en 761 , Nevers , comme centre des opérations de Pépin pendant les guerres d'Aquitaine , avait vu son sol foulé tantôt par les armées de ce prince, tantôt par celles de Waifre et de ses partisans. Les seigneurs qui avaient pris part à ces guerres et qui considéraient le pillage comme une indemnité légitime de leurs frais , ne trouvant plus rien à prendre dans les trésors des églises, s'étaient emparés des biens-fonds de ces mêmes églises , ne laissant ainsi aucun moyen de les réparer. La cathédrale elle-même ne possédait plus aucune ressource et tombait en ruines.

Des misères d'un autre genre devaient encore affliger le cœur compatissant du nouvel évêque : les pauvres , dans le sein desquels était versé le superflu des revenus ecclésiastiques , se trouvaient plongés dans la plus affreuse détresse ; leurs anciens protecteurs , dépouillés de leurs biens , ne pouvaient plus les secourir. Jérôme ne se laissa pas décourager par tant de calamités , s'en rapportant à la Providence de celui qui nourrit les

DE U CATHÉDRALE DE NËVEKS

petits oiseaux , il consacrait une partie des nuits a la prière, implorant pour lui et pour son peuple le secours du Tout-Puissant ; le jour , sa modeste demeure devenait une maison d'hospitalité où on voyait accourir les indigents et les voyageurs. Il se fit pauvre lui-même pour soulager les pauvres ; après avoir consacré une partie de son patrimoine à leur subsistance , il employa l'autre partie à faire rétablir les monastères de Saint Genest et de Saint-Martin.

S'il faut en croire un des historiens de l'église de Nevers , le désintéressement du saint Pontife alla si loin , que bientôt il fut réduit à se rendre avec ses clercs , pour prendre ses repas , au monastère de Saint-Martin qu'il avait fait réparer , et que pour assister à une assemblée d'évêques tenue à Paris il fut obligé de faire le voyage modestement monté sur un âne , ne pouvant woir un cheval à sa disposition \

Ce saint évêque avait une dévotion toute particulière à saint Cyr et à sainte Julitte, sa mère. Avait-il obtenu par leur intercession quelque grâce spéciale , ou bien cette dévotion avait-elle sa source dans l'admiration que lui inspirait l'intrépidité de cette femme héroïque dont le courage s'était communiqué à son tendre enfant? L'histoire ne nous en dit rien , mais nous savons qu'il avait fait construire en leur honneur une chapelle attenante à sa cathédrale , et qu'il désirait

! Michel Cotignon, Catalogue historial des Evéques de Nevers,

mettre son diocèse tout entier sous leur protection , en dédiant à ces saints la nouvelle église qu'il espérait faire construire , quand il plairait à la Providence de seconder ses vœux.

Il était tout occupé de cette pensée lorsqu'il se rendit à Paris pour l'assemblée dont nous avons parlé plus haut.

Après cette assemblée , l'empereur Charlemagne fit part aux évêques d'un songe qu'il avait eu et dont il avait été fort effrayé : Il lui semblait pendant son sommeil être à la chasse , quand tout-à-coup , se trouvant seul au milieu d'une forêt , il aperçut un sanglier furieux qui allait s'élancer sur lui ; sa première pensée , dans ce pressant danger , fut de se jeter à genoux et d'implorer la protection de Dieu. En même temps il vit auprès de lui un enfant nu qui lui promit de le délivrer du péril qu'il courait , s'il voulait lui donner un voile pour le couvrir. L'empereur ne balança pas à faire cette promesse ; aussitôt l'enfant sauta sur le sanglier et le tenant par ses défenses , il le conduisit à l'empereur qui le perça de son épée et le tua.

Mais pourquoi ne pas laisser Michel Cotignon nous raconter lui-même cette histoire avec son style naïf, en rappelant qu'il faut substituer le nom de Charlemagne à celui de Charles-le-Chauve :

« Dormant ledit Charles-le-Chauve , et pensant être » à la chasse tout seul en des bois, il lui sembla voir » un grand sanglier furieux et fort échauffé , venant

» droit à lui pour l'offenser, dont ayant grand'pcur , » et s'étant mis à prier Dieu , s'apparut à lui un enfant » nud, qui lui dit que s'il voulait lui donner un voile » pour se couvrir , il le délivrerait du mal et de la » mort que cette féroce bête lui allait porter. Ce que » lui ayant promis, icelui enfant prit ledit sanglier, » monta dessus , lui mena et lui fit tuer de son épée. » Réveillé , il avait continuellement cette vision en sa » pensée , et ce lui semblait devant les yeux , était » en grande perplexité de savoir que cela pourrait » signifier , désireux d'accomplir sa promesse s'il en » avait le moyen. Or, il arriva que la plus grande partie » des évêques de son royaume étant allés à Paris pour » une assemblée du clergé qui s'y tenait, ledit roi leur » exposa sa vision , dont fort étonnés et ne sachant » qu'en dire , saint Hiérôme qui était avec eux , rempli » de la grâce de Dieu , lui interpréta , lui faisant. » entendre comme en son église cathédrale de Nevers » y avait une chapelle dédiée au nom de saint Cyr , » martyr , que l'enfant qui lui avait apparu par divine » permission et l'avait délivré de la mort était ledit » saint Cyr , et que le voile qu'il lui demanda était » la réparation de ladite chapelle et restitution du » bien et patrimoine de ladite église , la vérité étant » que les biens , héritages et revenus donnés par ses » prédécesseurs rois de France à ses devanciers évêques » dudit Nevers , pour la fondation et dotation de l'évcché » et église cathédrale, étaient possédés par d'autres, et en

» avaient été spoliés au temps des guerres. Le suppliant » très-humblement les lui faire restituer et donner moyen » d'agrandir et décorer la susdite chapelle et faire une » belle église cathédrale. Desquelles choses le susdit » Charles étant dûment certioré, accorda très-volontiers » la requête dudit saint Hiérôme, lui faisant rendre tout » ce qui avait été ôté à ses prédécesseurs , particuliè- » rement les terres et châtellenies d'Urzy , Parzy et » Prémery , lui faisant en outre beaucoup d'autres » biens , l'estimant et honorant grandement. Au moyen » de laquelle restitution et autres bienfaits , ledit saint » Hiérôme , de ladite chapelle en fit faire une belle et » grande église , et intituler du nom dudit saint Cyr , » étant auparavant qualifiée des noms de SS. Gervais » et Protais, anciens patrons d'icelle, et lequel saint » Hiérôme pour la plus dignement dédier au nom » dudit saint Cyr, impétra de saint Amateur, évêque » d'Auxerre , de ses reliques apportées d'Antioche , » savoir le bras qui jusqu'à présent y est conservé en » très-grand honneur et vénération, richement enchâssé. » En foi et témoignage de toutes lesquelles choses, outre » les susdites légendaires, chartes et livres manuscrits, » nous voyons en beaucoup d'églises et autres lieux , » principalement en la cathédrale , la représentation de » ladite vision, restitution et libéralités par ouvrages et » peintures très-anciennes, comme aussi aux tapisseries, » vitres , horloge et beaucoup d'autres lieux , et les » tient-on par tradition de père en fils ; et de fait les

» armoiries de l'évêché sont cinq fleurs-de-lis et trois » châteaux , et celles de l'église d'un côté le portrait de » saint Cyr sur un sanglier et de l'autre trois fleurs- » de-lis 1 . »

Saint Jérôme , grâce aux libéralités de Charlemagne, se vit en position de faire reconstruire sa cathédrale , et aussitôt il commença l'œuvre qui jusque-là avait occupé toutes ses pensées.

Déjà la vaste basilique dominait la cité , mais les désirs du saint évêque n'étaient pas complètement satisfaits , l'ornement le plus précieux qu'il aurait voulu procurer à son église était quelque portion des reliques des saints martyrs auxquels il se proposait de la dédier. Il pria Dieu avec une nouvelle ardeur et sa prière eut son effet. Soit par un accident tout naturel , soit plutôt par une permission divine , le mur que saint Amatre avait fait construire à Auxerre s'écroula tout à coup et découvrit le dépôt sacré que le saint évêque avait caché avec les images des Saints et les inscriptions qui indiquaient les noms et les reliques de chacun. Cette nouvelle parvint bientôt aux oreilles de Jérôme qui mit tout en œuvre pour étendre le culte de saint Cyr et de sainte Julitte, mais avant tout il voulut l'établir dans son diocèse. Les peuples se rendaient en foule à Auxerre pour vénérer ces précieuses reliques ; Jérôme s'y rendit lui-même et fut assez heureux pour

I Michel Cotic.non.

on obtenir une partie ; on lui remit le bras du saint enfant, ce même bras, dit-on , que saint Amatre avait autrefois donné à saint Savin et que celui-ci laissa à Auxerre lorsqu'il partit pour le Poitou.

Jérôme transporta avec solennité ce précieux trésor à Nevers en chantant pendant le voyage des psaumes et des hymnes d'actions de grâce. La ville partagea la joie et le bonheur de son digne pontife en recevant dans ses murs ces nouveaux protecteurs , qui ne tardèrent pas à donner des preuves du pouvoir dont ils jouissent auprès de Dieu. Un grand nombre de miracles s'opérèrent par leur intercession , et les malades guéris de leurs infirmités proclamaient au loin les louanges des saints martyrs \

Le bras de saint Cyr fut déposé dans la nouvelle basilique et depuis cette époque saint Cyr et sainte Julitte devinrent les patrons du diocèse de Nevers.

Cependant Nevers ne devait pas oublier ses anciens protecteurs saint Gervais et saint Protais ; une charte d'Hugues de Champallement , évêque de Nevers, de l'année 1028 , nous apprend que ces saints martyrs avaient un autel dans la cathédrale , et leur fête, du rit double majeur, continue à être célébrée dans le diocèse.

Outre les terres d'Urzy, de Prémery et de Parzy dont l'église de Nevers avait été mise en possession par suite de la bienveillance de Charlemagne , nous voyons par

1 Anciens Bréviaires de Nevers.

DE LA CATHÉDRALE DE NEVEItS.

les chartes du neuvième siècle qu'elle possédait dans différentes contrées des biens assez eonsidérables.

Du temps de l'évêque Hériman , qui monta sur le siège épiscopal vers 841 , les revenus de la cathédrale devaient être en rapport avec les besoins des quarante 1 chanoines que ce pontife avait institués ; parmi les biens qu'il affecta à leur subsistance , on trouve Parigny-les- Vaux , Germigny, Sauvigny, Guérigny et d'autres terres situées dans le Nivernais et l'Avallonnais.

Une charte de Carloman , de 881 , compte Cours-les- Barres au nombre des possessions de Saint-Cyr, et une autre de Charles-le-Gros , en 885 , établit les droits de cette église sur Cusset , en Auvergne. L'année suivante , le comte Guillaume donne à la même église l'abbaye de Saint-Révérien et celle de Saint-Pierre d'Iseure, près Moulins-sur-Allier 2.

En 887 , Eumène , évêque de Nevers , se trouvait au siège de Paris avec l'empereur Charles-le-Gros et bivouaquait avec le reste de l'armée à quelque distance de cette ville, alors assiégée par les Normands ; voulant tirer profit des relations qu'il avait si facilement avec l'empereur, il lui mit sous les yeux les litres qui garantissaient à l'église de Nevers ses possessions déjà confirmées par les princes , ses prédécesseurs , le priant de les corroborer de nouveau de son autorité.

1 La Gallia Christiana- dit LX , mais Parmentier prétend qu'il y a transposition dans le chiffra et qu'il faut lire XL.

2 Parmentier , Bist. manusc. des Evéques. — Gallia Christiana , loin. xn.

Charles y consentit et donna une nouvelle charte , dans laquelle il est fait mention des principales dépendances de Saint-Cyr. On y trouve les abbayes de Saint-Trohé , de Saint-Martin , de Saint-Arigle , de Saint-Sauveur, de Saint-Gildard et Saint-Loup, de Saint - Franchy , de Saint- Vincent de Magny, de Cours-les-Barres , de Saint- Genest , de Notre-Dame , de Saint-Péreuse en Morvand , de Saint-Parize-le-Châtel ; les deux tours de Saint-Didier et la porte intermédiaire dite porte épiscopale ; les églises d'Imphy , d'Urzy, de Prémery, de Guérigny, de Marzy, d'Arthel, de Parigny, deGermigny, deSauvigny, de Cusset en Auvergne , de Digoin , etc. La charte confirme d une manière générale les possessions de l'église de Nevers situées dans la Provence, le Maçonnais , le Châlonnais , l'Autunois , l'Auxerrois, le Berri et l'Auvergne. Parmentier dit quelque part qu'elle était encore propriétaire dans le Quercy.

Il est impossible de connaître l'origine de ces biens ; à cet égard l'histoire reste à peu près muette. Il esta présumer qu'ils viennent de donations royales auxquelles se seront jointes de nouvelles donations de la part des seigneurs et des évêques.

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