CHAPITRE IV
ARMOIRIES DE L KVECHE. — DU CHAPITRE. — DU DOYENNE. — VITRAIL DE SAINT-SAULGE. — MÉREAUX D ISSOUDUN. — VITRAIL DE SAINT- JULIEN- DU -SAULT.
^armentier regarde comme une fable l'histoire du rêve de Charlemagne ainsi que l'état de gêne et de pauvreté dans lequel saint Jérôme était tombé1. Les témoignages de Guy-Coquille , de Michel Cotignon et du père Lecoinfe , confirmés par les
-1 11 est facile de faire concorder les sentiments touchant la fortune de saint Jérôme; nous disons avec Parmentier : Ce saint était riche avant son élévation à l'épiseopat; et nous disons avec Guy-Coquille, Cotignon et le bréviaire de Jean d'Albret : Il lut pauvre pendant son épiscopat jusqu'au moment où C,harloma«ne lui fit restituer les anciens biens de son église,
anciens livres de l'église de Nevers et par le bréviaire de Jean d'Albret , sont certes bien de quelque poids. Des anachronismes ne suffisent pas pour détruire un fait historique; il est plus rationnel de rectifier les anachronismes , surtout quand le fait est soutenu par tant d'historiens ; c'est le parti que nous avons pris. Michel Cotignon a eu tort de faire concourir avec l'épiscopat de saint Jérôme le règne de Charles-le- Chauve , qui n'était pas encore né. 11 faut simplement substituer le nom de Charlemagne à celui de Charlesle-Chauve , comme nous l'avons déjà fait observer ; ce dernier ne fit que confirmer par une nouvelle charte les bienfaits de son aïeul en faveur de l'église de Nevers. C'est cette charte qui a donné lieu à l'erreur dans laquelle Michel Cotignon est tombé.
Parmentier fait remarquer aussi que saint Àmatre , mort au commencement du cinquième siècle , n'a pu remettre des reliques de saint Cyr à saint Jérôme , qui fit construire la cathédrale de Nevers au commencement du neuvième. Mais notre archiviste nivernais aurait dû savoir que souvent une faute de copiste dans les anciens titres changeait complètement le sens et occasionnait de semblables anachronismes. Qu'on écrive Impètra du monastère de saint Amatre , au lieu de : Impètra de saint Amatre , la difficulté cesse d'exister. Au reste , on peut conserver l'expression de Michel Cotignon , l'usage semble la consacrer ; nous voyons souvent dans les vieilles chartes : Je lègue à tel saint ,
pour : Je lègue à l'église dédiée à tel saint , au monastère fondé pa,r tel saint. Parmentier reconnaît lui-même qu'on qualifiait d'envoyés par saint Pierre ceux qui étaient envoyés de Home par l'autorité du Saint-Siège.
Enfin , d'autres légendaires 1 assurent que saint Jérôme avait connu par révélation que les reliques de saint Cyr et de sainte Julitte avaient été apportées à Auxerre par saint Amatre ; il ignorait dans quel lieu elles avaient été déposées , mais cette révélation n'avait fait qu'enflammer davantage son désir d'en posséder quelque portion. Le pieux évêque a pu prier saint Amatre de lui accorder ce qu'il désirait , comme on prie un saint déjà dans la gloire , et on peut dire aussi clans ce sens qu'il impètra de saint Amatre.
Ce récit n'est point en contradiction avec d'autres légendes des anciens bréviaires de Nevers, de celui d'Arnaud Sorbin entre autres ; on y lit que saint Jérôme fit un voyage dans le Poitou et qu'il obtint de saint Savin le bras de saint Cyr. Nous avons vu que saint Savin, qui avait accompagné l' évêque d' Auxerre à Antioche , avait reçu de ce saint évêque un bras du jeune martyr. Savin , à son retour, s'était retiré dans le Poitou où il mourut. Ainsi le voyage que l' évêque de Nevers fit dans le Poitou ne fut qu'un pèlerinage au tombeau du saint , ayant pour but d'obtenir par son intercession ce qu'il désirait avec tant d'ardeur.
! Bréviaire cI'Arnai'd Sorbin,
11 nous semble que ces explications suffisent pour ne point faire rejeter trop facilement les anciennes légendes que nous avons suivies et que nous continuons à produire.
Les armoiries de l'évèché et celles du chapitre perpétuèrent par les différentes pièces dont elles furent composées le double souvenir du fait dont nous avons parlé : les bienfaits de Charlemagne et le songe à l'occasion duquel il avait fait éclater toute sa munificence. En effet les armoiries de l'évcché sont de gueules à trois châteaux d'or posés 2 et 1 , au chef d'azur semé de France.
Celles du chapitre sont de gueules , au sanglier défendu d'argent, chargé d'un saint Cyr au naturel et au nimbe d'or , au chef d'azur semé de France .
Les fleurs-de-lis indiquent la protection royale dont l'église de Nevers se faisait gloire , car elle prenait le titre d'insigne et royale église de Nevers ; le petit saint Cyr au naturel monté sur le sanglier rappelle le songe de Charlemagne , et enfin les trois châteaux perpétuent le souvenir de la restitution des terres d'Urzy, de Parzy et de Prémery , que le prince opéra à la prière de saint Jérôme.
Les armes du doyenné sont d'azur semé de fleurs-de-lis d'or , à une hure de sanglier brochant sur le tout, parti d'azur à trois pommes de pin d'or.
A quelle époque remontent ces armoiries ? Il serait difficile de fixer une date précise. Parmenticr , qui emploie loute sa logique à prouver que l'histoire rap-
portée par Michel Cotignon est une fable et d'invention moderne , devait nécessairement combattre la représentation de saint Cyr monté sur le sanglier. Tout en reconnaissant que dès 1530 on le voyait ainsi sur le bâton du grand-chantre , il ajoute : « Qu'il n'y a point » de preuve qu'avant cette époque on vît saint Cyr » monté sur un sanglier ; qu'il y a mille sceaux dans » le trésor du chapitre qui prouvent que jusqu'à la fin » du quatorzième siècle on ne représentait le saint » enfant que de deux manières , ou en buste , une » palme à la main ; ou à côté de sainte Julitte , sa » mère, qui le tient par la main \ »
Nous répondrons à Parmentier : Il n'est pas étonnant qu'on ne trouve pas avant la fin du quatorzième siècle des sceaux aux armes du chapitre , car ce ne fut que vers l'an 1366 qu'on a commencé à mettre les armes sur les sceaux 2.
Nous ajouterons que les armes de France , champ d'azur semé de fleurs-de-lis d'or, indiquent une époque plus reculée 3.
Enfin , que les armes de Donzy, qu'on voit sur les armoiries du doyenné , ne se retrouvent plus
1 Parmentier , Histoire manuscrite des évêques de Nevers , Vie de saint, Jérôme.
2 Voyez D. Calmet , Furetière , Moreri , etc.
3 Ce fut au commencement du règne de Charles VI que les fleurs-de-lis furent réduites à trois sur l'écu de France; quand elles sont plus multipliées elles désignent une époque antérieure.
après 1223, puisque le comte Hervé fut le dernier de sa race 1 .
Il est à remarquer que les armoiries de l'évêché et celles du chapitre ont varié dans la disposition des pièces qui les composent; tout en conservant leur caractère historique , elles ont été modifiées à différentes époques. Michel Cotignon nous dit que le sceau du chapitre portait d'un côté le petit saint Cyr et de l'autre les armes de France ; c'était sans doute un double sceau sur pivot, portant le scel et le contre-scel.
Quant aux armes de l'évêché , d'après le même chroniqueur et V Armoriai de l'ancien duché de Nivernais , elles étaient de gueules à trois châteaux d'or, accompagnées de cinq fleurs-de-lis de même , posées en sautoir. C'est ainsi qu'on les trouve dans Y Armoriai manuscrit des évêchés de France , aux estampes de la bibliothèque impériale 2.
Plus tard ( et c'est ce que nous remarquons sous l'épiscopat de Mgr Tinseau ) , au lieu du champ de gueules au chef d'azur, c'est simplement un champ d'argent chargé de trois fleurs-de-lis, %-\ , sans émail, au milieu desquelles un sanglier est chargé d'un petit saint Cyr au naturel , dont on ne peut distinguer l'émail ,
■1 Pourquoi les armes d'Hervé de Donzy se rencontrent-elles dans les armoiries du doyenné de Nevers ? L'histoire est muette à cet égard*. Hervé sst mort en -1222 ou 1223 sans laisser d'enfant mâle.
2 Armoriai du duché de Nivernais , par M, Georges de Soultrait,
Les règles de Tari héraldique sont complètement oubliées.
Quand le siège épiscopal de Nevers fut rétabli en 1823 , le chapitre reprit les mêmes armoiries avec les dernières modifications que nous venons de signaler.
Ce n'était pas seulement sur le bâton du grandchantre et sur les sceaux du chapitre et du doyenné qu'était reproduit le songe de Charlemagnc , cette curieuse légende était peinte sur les vitraux, sculptée sur les boiseries de l'horloge , etc. ; maintenant les seules grilles de l'avant-chœur , ornées de distance en distance de hures de sanglier , nous rappellent la monture sauvage du saint enfant.
Un chapiteau de la cathédrale de Nevers , dont nous parlerons plus bas , et un vitrail de l'église de Saint- Saulge représentent le songe de Charlemagne tel que Michel Cotignon nous le raconte. Le prince , un genoux en terre , dirige la pointe de son épée contre l'animal furieux qui porte saint Cyr nu et nimbé.
Comment se fait-il que notre légende nivernaise , nous devrions dire exclusivement nivernaise , se rencontre en dehors de notre diocèse et loin de cette province ?
MONOGRA l'il 11 .
Les méreaux fabriqués à Issoudun sont timbrés d'un côté du chiffre correspondant ou à la valeur monétaire que chaque méreau représentait , ou aux différents actes de présence de l'individu qui le recevait 1 ; de l'autre côté , c'est saint Cyr au pied d'un arbre auprès de son sanglier 2 qu'il retient par les soies ; quelquefois on a complété la scène par la présence du prince armé de son épée. L'exergue est : Monela sancli cirici exolduni.
Sur d'autres méreaux d 'Issoudun on lit : S. Cyricus , Su Judita (sic). Baillet dit que saint Cyr était honoré à Issoudun \ J'ai lu aussi quelque part que les chanoines de Nevers faisaient fabriquer à Issoudun les méreaux à leur usage.
Nous retrouvons encore notre légende nivernaise dans l'église de Saint-Julien-du-Sault, près de Villeneuve-le- Roi, diocèse de Sens, sur un vitrail du seizième siècle.
Un homme à figure vénérable , aux cheveux longs et dorés , à la barbe épaisse , debout au milieu d'un bois , porte un vigoureux coup de lance à un sanglier furieux surmonté d'un enfant nu et nimbé. Ici on ne voit pas , comme sur le vitrail de l'église de Saint- Saulge , Charlemagne portant un riche manteau fleurdelisé au moment où il donne le coup mortel à l'animal féroce ; à Saint- Julien-du-Sault, rien n'indique un prince ; le costume est riche , le manteau est d'un
1 Le méreau ecclésiastique était un jeton de présence à certains offices»
2 Le saint enfant n'est point ici sur l'animal, il se tient auprès.
3 Baillet , 16 juin.
beau rouge et bordé de galons d'or façonnés , niais on ne voit ni couronne royale, ni fleurs-de-lis, et en cela l'artiste a agi d'une manière rationnelle, quand un empereur va à la chasse , il laisse de côté le sceptre et la couronne , et réserve le riche manteau pour les jours solennels.
Nous avons pu nous expliquer comment notre légende se rencontre à Issoudun ; essayons de nous rendre compte de sa présence à Saint-Julien-du-Sault et des modifications qu'on y a introduites quant aux détails. Tout le monde connaît la réputation que s'est justement acquise au seizième siècle un peintre-verrier sénonais, Jean Cousin ; il est probable qu'à cette époque les chanoines de Nevers et les bienfaiteurs des églises n'auront pas eu recours pour les vitraux peints à des à des artistes plus éloignés , trouvant dans la province ecclésiastique dont Nevers dépendait un homme aussi habile que Jean Cousin. Quant aux modifications admises dans l'exécution du sujet, il est facile d'en comprendre la cause ; Jean Cousin avait des élèves , et quand on lui présentait un motif à exécuter , naturellement il le donnait à ses élèves comme objet d'étude. Chacun alors suivait ses inspirations , sans cependant s'écarter du sujet proposé. Il n'est pas étonnant de retrouver notre légende aux environs de Sens.