CHAPITRE V
ATTON RECONSTRUIT LA CATHEDRALE SUR UN PLAN CARRE. — TEDALGHIN ORTIENT LE CHEF DE SAINT CYR. — LE ROI RAOUL LE FAIT ENCHASSER EN OR. — QUATRE FETES DE SAINT CYR DANS LE DIOCÈSE DE NEVERS.
'église construite par saint Jérôme, ou demeura inachevée, ou bien , ce qui paraît plus ««probable , s'écroula après un ^j§f siècle environ d'existence. Àtton , archidiacre de Nevers , fut ^.appelé à succéder à Francon ÎP^sur le siège épiscopal vers 908.
Aussitôt qu'il fut en possession du siège , il pensa à reconstruire sa cathédrale et fut assez heureux pour conduire à bonne fin son pieux projet. Guy Coquille ,
Michel Cotignon et la Gallia Chrisliana , lui donnent le titre de cooperator , parce que , disent ces derniers auteurs , il a acquis des droits au souvenir de la postérité en construisant un vaste temple , auquel il imprima une forme carrée \
Laissons ici parler Parmentier : « C'est par tradition » seulement que nous savons que, lorsqu'il monta sur » le siège , tout était dans le plus grand désordre ; que » l'église menaçait ruine et que le clergé était dans » l'ignorance la plus profonde. On dit qu'il fit venir » Humbault , moine de Saint-Amand dans le diocèse » de Tournay , pour instruire les jeunes clercs. Ce moine, » fort renommé povr la philosophie , la théologie et le » chant , venait de remplir un pareil emploi dans » l'église de Rheims. Les annales des Bénédictins » portent que pendant son séjour à Nevers , il composa » la vie des bienheureux martyrs saint Cyr et sainte » Julitte , et comme son épitaphe fait mention qu'il » emporta de leurs reliques dans son couvent, M. Coquille » l'accuse de les avoir dérobées.
» C'est encore par tradition que nous croyons que » sous son épiscopat l'église cathédrale s'écroula , et » qu'un chanoine, demeuré au chœur pour prier, fut » trouvé sain et sauf sous les débris ; que l'évêque » Alton rebâtit l'église et qu'il fit faire les deux piliers
A Mernoriam sui ad posteros reliquit instaurai ione mapris templi quant strucAurâ quadratâ absolvit. — Gallia Christiana , t. xu.
» ronds qui subsistent encore avec le maître-autel , » tourné au couchant, comme on le voit par la voûte » que nous supposons avoir été le sanctuaire. Les deux » piliers ronds formaient le commencement de la nef, » qui ne fut point achevée , et c'est dans la place du » maitre-autel qu'en a depuis été élevé un autre sous le » titre de Saint-Cyr et de Sainte-Julitte , à côté duquel » on voit encore l'armoire où l'on conservait alors le » ciboire 1 .
» On pense que la principale porte de l'église était » au même endroit où est aujourd'hui le grand autel » du chœur , et qu'à l'égard du cloître et des lieux » réguliers, ils étaient autour de l'église; on en » aperçoit encore des restes dans presque toutes les » maisons voisines de la cathédrale , et l'on remarque » surtout dans celles du couchant au nord plusieurs » parties des anciens murs de la ville qui les appuyent » où qui y sont renfermés. »
Quand nous étudierons la cathédrale sous le rapport archéologique , nous parlerons de cette partie de l'église que Parmentier fait remonter jusqu'à Alton ; il nous suffit ici de constater qu'elle fut reconstruite au commencement du dixième siècle et qu'Âtton lui donna une forme carrée.
Déjà la cathédrale de Nevers possédait un des bras
1 Nous avons cru devoir citer en entier le passage de Parmentier, malgré les quelques erreurs archéologiques qui s'y rencontrent.
de saint Cyr, celui que saint Jérôme avait obtenu d'Héribald, évêque d'Auxerre. Une autre translation solennelle eut lieu sous Tédalgrin , qui monta sur le siège de Nevers en 932. Les anciens livres de notre diocèse et ceux du diocèse d'Auxerre rapportent que , sollicité par le roi Raoul , le vénérable Guy, évêque d'Auxerre , accorda à Tédalgrin une partie du chef de saint Cyr \
Raoul portait à Tédalgrin une affection toute particulière; il lui avait déjà fait don de plusieurs terres situées dans l'Autunois et le Nivernais , entre autres du quart de la seigneurie de Brinon-les-Allemands ; il fit encore présent à la cathédrale d'une croix d'or, d'un évangéliaire enrichi d'or, et il fit enchâsser en or la partie du chef de saint Cyr dont Nevers venait d'être gratifié 2.
Nulle part le culte de saint Cyr ne fut répandu autant que dans le diocèse de Nevers ; quatre jours dans le cours de l'année étaient consacrés à honorer le jeune martyr et sa sainte mère. Dans le bréviaire imprimé en 1490 par les soins de Pierre de Fontenay, évêque de Nevers , on trouve au 4 juin mémoire de saint Cyr et de ses compagnons martyrs , au 1 6 du même mois la fête solennelle de saint Cyr et de sainte Julitte, au
1 Leboeuf ajoute : et une partie du bras , mais il y a ici probablement erreur ; le Martyrologe de Nevers fait seulement mention du chef de saint .Cyr.
2 Guy-Coquille , Parmentier , Martyrologe de Nevers , etc.
1 5 juillet leur martyre , et enfin au &7 octobre la fête de la susception du bras de saint Cyr.
Les différentes translations dont nous avons parlé nous expliquent ces fêtes multipliées. Il ne peut y avoir de doute sur la solennité du 16 juin, c'est le jour auquel toute l'église latine célèbre la fête de saint Cyr et de sainte Julitte.
Le fête du 87 octobre a été établie en mémoire de la première translation des reliques de nos saints patrons sous saint Jérôme. Dans les légendes de cet office, on rappelle les démarches faites par le saint évêque pour se procurer ces précieuses reliques 1 .
Il n'est pas aussi facile de se rendre compte des fêtes du 4 juin et du 15 juillet ; nous allons exposer notre opinion, qui est appuyée non sur des faits incontestables, mais seulement sur des probabilités.
Le diocèse de Nevers ayant admis, comme nous le verrons au chapitre suivant , la vie de saint Cyr d'après Tétérius , reconnaissait les dix mille martyrs qui avaient été convertis par nos saints patrons. Les actes qui ont servi à Tétérius pour composer son histoire, disent que saint Cyr et sainte Julitte , après leurs premiers interrogatoires , furent mis en prison avec cette multitude qu'ils avaient déjà gagnée à Jésus-Christ par leur courage au milieu des tourments ; que leur conversion irrita tellement le juge , qu'il fit conduire ces nouveaux
I Anciens Bréviaires de Nevers au 27 octobre.
chrétiens hors de la ville, où ils furent décapités. L'époque de leur mort précéda le martyre de saint Cyr et de sainte Julilte. Voulant honorer ces dix mille héros , qui forment la plus belle auréole de nos saints patrons , nos pères auront établi une fête commémorative de l'incarcération de saint Cyr et de sainte Julitte, de la conversion et du martyre de leurs compagnons. Comme d'après les actes dont nous parlons cette incarcération a commencé quarante jours avant la glorieuse mort du saint enfant et de sa mère, indiquée au 15 juillet, la fête devait être fixée au 4 juin.
Les Grecs , en effet , célèbrent la fête de nos saints patrons un mois après l'Église latine ; la caihédrale de Neyers aurait-elle voulu , en admettant la solennité du 1 6 juin et celle du 1 5 juillet , se mettre en union de prière avec les deux Églises pour exalter la gloire de ces saints martyrs? La chose serait possible; mais nous croyons qu'un autre motif a pu donner lieu à l'établissement de cette dernière fête 1 .
Comme on célébrait la translation du bras de saint Cyr on devait aussi célébrer la translation de son chef. Les recherches que nous avons faites nous ont amené , en comparant les dates , à reconnaître que la fête du 4 5 juillet2, qui a été retranchée dans les dernières
1 Les Grecs célébraient la fête de saint Cyr et de sainte Julitte le 16 juillet et non pas le 1o. Voir Baillet , au 16 juin.
2 Dans le Bréviaire de Jacques d'àlbret, 1534, cette fête est marquée au 4 4 juillet, quoique le calendrier du même bréviaire l'indique au 15.
éditions du bréviaire de Nevers , parce que sans doute on ne pouvait s'en rendre compte , n'avait été instituée qu'à l'occasion de la susception du chef de saint Cyr, que le vénérable Guy avait remis à ïédalgrin à la prière du roi Raoul.
L'égliso d'Auxerre célèbre le 121 juillet la translation des reliques de saint Amatre , saint Cyr et sainte Julitte , saint Symphorien , saint Valle et autres saints dont les corps reposaient dans l'église de Saint-Amatre et furent transférés à la cathédrale. Les plus anciens martyrologes en font mention , et au treizième siècle la fête de cette translation était déjà considérée comme fort ancienne dans le diocèse d'Auxerre. Lebœuf, ne pouvant fixer d'une manière certaine l'époque de cette translation , la place approximativement au onzième ou au douzième siècle. Il nous semble qu'elle a dû avoir lieu dans la première moitié du dixième siècle ; tout concourt à appuyer ce sentiment.
Le vénérable Guy soumit à la cathédrale la communauté de Saint-Amatre , ce qui dût avoir lieu lorsqu'il transféra le corps du saint évêque et les autres reliques que possédait cette communauté. Cette translation eut lieu le 12 juillet et Tédalgrin profita de cette circonstance pour obtenir une partie du chef de saint Cyr ; il fallait bien trois jours alors pour se rendre d'Auxerre à Nevers , où la solennité de la susception dût avoir lieu le 15.
Il serait même facile d'indiquer approximativement
l'année de celte translation : on ne peut la fixer avant 933, puisque ce fut en cette année que Guy monta sur le siège d'Auxerre , ni après 936 , époque de la mort de Raoul ; elle dut donc avoir lieu entre 933 et 936 \
1 Voyez Leboeuf, Hist. à' Aux., t. i. Vies de saint Amatre et de Guy. -
Bréviaire d'Auxerre , au 12 juillet .