CHAPELLE DE LA SAINTE-CROIX
Les peintures qui ornent la chapelle de la Sainte-Croix sont bien autrement remarquables, quoique empreintes du naturalisme et du caractère étudié qui dominaient vers le milieu du quinzième siècle, où ces fresques ont été faites * ; de tous les temps elles ont fixé les regards des étrangers , appelé le crayon des artistes, et mérité, par leur conception originale et par la fraîcheur de leur coloris, l'attention de tous les amis des arts.
Le premier empereur chrétien est d'abord représenté au moment où il voit apparaître au-dessus de ses drapeaux ces mots inscrits sur une croix lumineuse : In hoc signo vinces. Dans un autre tableau, Constantin marche à la rencontre de Maxence , et dans un troisième, celui-ci fait avancer ses armées contre les chrétiens. Enfin, dans une quatrième scène, se termine le drame qui va décider du sort de la religion et de Tempire.
Il a plu au peintre de donner à ces person-
* De Rio, p. 91 et suiv.
nages les costumes des gentilshommes français, L armure de Constantin est celle des souverains du quinzième siècle. Son cheval est harnaché comme Tétaient ceux des chevaliers un jour de bataille ou de tournoi.
L'aigle de ses enseignes n'est pas romaine.
C'est l'aigle à deux têtes des empereurs d'Allemagne.
Au-dessous est représentée sainte Hélène, mère de Constantin. Cette princesse, poussée par une inspiration divine, va à Jérusalem pour y découvrir la croix du Sauveur. On la voit montée sur un coursier, environnée des dames de sa cour, de pages et de varlets ; la forme de ses habits, remarquable par sa modestie, est celle adoptée par Anne de Bretagne, seconde femme de Louis XII, qui, au rapport des historiens, se piquait de grande pruderie. Le costume de ses pages est à larges bandes de rouge et de jaune; leur chaussure découverte s'agrafe sur le cou-depied. Un personnage, terminant la marche, porte le faucon au poing, attribut de la noblesse à cette époque.
Le tableau qui sert de pendant à celui-ci représente sainte Hélène assise sur un trône
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et interrogeant les vieillards de Jérusalem pour apprendre dans quel lieu devait se trouver la vraie croix.
Des inscriptions tracées en caractères romains donnent l'explication de ces diverses scènes.
C'est au célèbre cardinal Joflfroi que Ton doit cette riche décoration. Ce prélat, ayant vu à Rome, en 1466, le nom de sainte Cécile en grande vénération, demanda au pape Paul II quelques reliques de cette sainte ^ Il porta dans son église ces restes précieux, et plaça sa cathédrale sous l'invocation spéciale et unique de cette illustre vierge 2.
Néanmoins le pieux cardinal voulut y conserver le souvenir de la première dédicace.
Dans cette vue, il fit orner la chapelle de la Sainte-CroiX:, où il marqua la place de son tombeau ^ Louis d'Amboise, son successeur, lui éleva un riche monument qu'il fit placer dans l'épaisseur du mur sous un arc-ogive qui existe encore. Il était orné de deux sta-
i Proprium Sanctorum eccles. Albiensis.
2 L'(5glise conservait encore la double dédicace de Sainte- Cécile et de Sainte-Croix.
8 GaU, Christ., t. I". p. 33.
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tues en marbre blanc , représentant le cardinal et un de ses frères ; elles ont été détruites pendant la Révolution.
Les personnages qui figurent en face et au bas de cette chapelle sont le cardinal Joffroi avec ses deux frères. Des inscriptions latines font connaître leurs titres et leurs qualités. Par une bizarrerie qu'expliquent les mœurs du temps où ces portraits ont été tracés, l'image de plusieurs saints a été placée à côté de chacun d'eux.
Les fresques qui recouvrent les autres chapelles • ainsi que les murs de la nef et du chœur n'ont pas le mérite de celles de la voûte dont il va être parlé. Cependant elles sont dignes, pour la plupart, de fixer l'attention. Les chapelles de saint Michel, de saint Pierre , de saint Jacques le Majeur sont de la plus belle conservation et du meilleur goût. Elles portent les dates de 1512, 1513.
La chapelle de saint Clair, placée au fond de la nef, et celle où se trouve l'entrée du clocher, ont été peintes en 1699, 1700 et
i Voir à l'Appendice, chap. 2, le détail de toutes les autres chapelles.
1702 >. Les peintures de l'intérieur de la première de ces chapelles, quoiqu'elles soient d'une époque où les arts avaient fait de grands progrès^, sont loin d'approcher des anciennes ; elles furent l'ouvrage d'un ecclésiastique, qui pouvait avoir des dispositions naturelles, mais qui manquait de ce goût que donnent le travail et l'habitude^. L'invention des sujets est, du reste, aussi mauvaise que l'exécution dans le dessin; les accessoires aux scènes sérieuses qui y sont représentées vont quelquefois jusqu'au ridicule. Le peintre a pensé qu'on pouvait s'accommoder de la simple nature ; mais on la veut embellie et sévère tout à la fois,