PEINTURES DE LA VOUTE
Les peintures qui décorent les voûtes forment le plus grand ouvrage à fresque qui
t On lit dans cette dernière chapelle , celle du clocher, la légende suivante, tirée du livre des Paralipomènes , liv. If, chap. IV, V. 22 : Sicque completum est omne opus quod fecit Salomon in domo Domini.
Et sur le pilastre à côté ; Finis coronat opus, 2 Aux angles de la chapelle, on lit : Hus Caillei sacerdos hujus ecclpsiœ, delineavit, pinxit et invenit*
98 MONOGRAPHIE DE LA CATHÉDRALE d'aLBI.
ait jamais existé. On est étonné de leur fraîcheur et de leur conservation *. Cet immense travail, commencé en 1502 par Louis d*Amboise, deuxième évêque de ce nom, fut continué et achevé en 1510, par Charles de Robertet, son successeur. On reconnaît, à la
1 Indépendamment de la matière, les artistes qai ont peint les voûtes de Sainte-Cécile avaient-ils un procédé particalier pour donner à leurs ouvrages l'éclat et la solidité que l'on admire encore après plusieurs siècles ? On serait tenté de le croire : ce qui nous reste des anciennes peintures ne peut leur être comparé. Les fresques que Ton vojait au palais des papes d'Avignon, dans la salle de la Déposition, et dont il n'existe plus que des fragments, étaient les seules en France qui at>prochassent de celles-ci.
Les ouvrages de nos meilleurs artistes en ce genre sont encore inférieurs aux peintures de la voûte de Sainte-Cécile, sous le rapport de leur conservation. On dirait l'or vrai rais en parallèle avec l'or faux. La coupole de Sainte-Geneviève, à Paris, peinte par Gros, qui est si remarquable quant à l'exécution, a déjà perdu une partie de son éclat ; celle de Notre- Dame-de-Lorette , de Delorme , regardée avec raison comme un chef-d'œuvre; les fresques de la chapelle du Purgatoire, de la même église, qui sont dues au pinceau de Blondel, ne présentent pas. quoiqu'elles viennent d'être terminées, la fraîcheur et la suavité de celles de Sainte^Gécile. C'est ce qui a fait dire au spirituel auteur des Eglises gothiques (page 104) : « Les deux églises artistiques de la Madeleine et de Notrc- » Dame-de-Lorette, qui ont coûté tant de millions, ne rivalin seront pas encore avec la cathédrale d'Albi. »
l^EINTUREé. Ôô
différence du dessin, le point qui sépare cette reprise. La première partie comprend tout le dessus du chœur et du jubé; on y voit les armes d'Amboise, composées de trois pals d'or en champ de gueules; tandis que, dans l'autre moitié, sont placées celles de Charles de Robertet, qui consistent en une cotice d'or chargée d'une aile de corbeau en champ de gueules. Ce prélat mourut en 1515. Il ne put jouir de l'admiration qu'excita généralement ce chef-d'œuvre de l'art chrétien. Nous n'avions pas d'artistes capables de se livrer â une pareille entreprise, attribuée avec raison à des peintres venus d'Italie. On y reconnaît la touche un peu dure du Pérugin qui dominait encore et dont Raphaël affranchit l'école. Ce n'est pas au hasard que le peintre a parsemé cette voûte de médaillons et de tableaux ; on y voit la suite des patriarches et des prophètes de l'ancienne loi, qui se termine par la iSgure de Jésus- Christ tenant le livre ouvert des Evangiles où se trouve l'accomplissement de cette même loi ; viennent ensuite les saints et les martyrs de la loi nouvelle. On y a entremêlé de temps à autre des figures symboliques, telles que les ver-
tus, la théologie, la musique personnifiée, des écussons et des emblèmes religieux *.
Pour apprécier le mérite de ces peintures, il faut les examiner en détail. Ce spectacle a excité un véritable enthousiasme chez les hommes versés dans les arts; tous en par-" lent avec le sentiment de la plus vive admiration.
Les savants auteurs des Vues pittoresques et romantiques de V ancienne France s'expriment de la manière suivante :
« Rien, en France, ne peut être comparé à » cette magnifique décoration ; dans toute sa » longueur, cette voûte n'offre qu'un tableau » immense que les nervures divisent en bril- » lants compartiments. Tout ce vaste champ » est peint en azur, et sur ce fonds d^outremer » une riche imagination a fait courir, avec » une grâce infinie , d'élégants rinceaux » d acanthe, dont les enroulements sont rem- » plis de sujets tirés des livres saints. Des
I On trouve la description de ces peintures dans un manuscrit de 1684, déposé à la bibliothèque d'Albi, qui a pour titre : Description naïve de l'église de Sainte-Cécile, — Nous publions la description la plus exacte de ces peintures à l'Appendice, dans le chap. I""", qui leur est spécialement consacré.
» images allégoriques y sont représentées » avec un sentiment profond du sujet , et » toujours heureusement inventées dans Tin- » térêt bien entendu de l'unité des décora- » tions du temple. Les arabesques sont » rehaussées d'or^ les moulures des nervures, » les arêtes des voûtes sont dorées; mais » ce ne sont point de longues lignes riches » seulement du brillant métal qui les recou- » vre : elles présentent des encadrements » ornés avec un goût exquis. Cet ouvrage » inouï est dû à des artistes qui appartenaient » à la brillante aurore des arts de l'Italie, » et dont les études s^étaient formées devant » les fresques admirables qui couvrent tant » de monuments élevés sur cette terre, la » plus riche peut-être et la plus parée du » monde entier. »
« On doit considérer, » dit M. Du Mège *, « comme un ouvrage immense, qui honorera » toujours les arts, les peintures de la voûte » de Sainte-Cécile, ornements de la plus » grande richesse, du plus étonnant effet, et » où le goût du seizième siècle paraît avec
I Lithog. de Chappui, texte de M. Du Mège.
102 MONOGRAPHIE DE LA CATHÉDRALE d'aLBI.
)► tant d'avantage. Que l'on se représente les » voûtes d'un temple qui a plus de trois cents » pieds de longueur, qu'on en calcule les » courbes et leurs développements; qu'on » étende sur le tout une teinte d'azur ; que » sur ce fond, dont la couleur éthérée paraît » doubler la hauteur de l'édifice, on retrace » par la pensée ces tortueux rinceaux d'acan- » the, ces enroulements gracieux que l'on » admire dans les palais de la belle Italie, » que ces arabesques délicats empruntent » à Talbâtre sa blancheur, et que l'or seul en » rehausse les élégants contours; que des » êtres célestes se jouent dans les feuillages; » que les prophètes, les vierges, les saints, » y soient représentés; que la pureté du » dessin, la simplicité des poses, annoncent » l'école de Raphaël, et rappellent les fres- » ques du Vatican ; que l'or brille partout, » qu'il étincelle sur l'azur, qu'il forme les » nervures des voûtes et les principales lignes » architecturales, et l'on aura une idée im- » parfaite encore de l'ensemble magique que » présentent les somptueuses voûtes de » Sainte -Cécile. »
Nous pouvons joindre à ces éloges le suf-
frage de Tun des hommes le plus célèbres de notre siècle, pour ce qui touche aux talents de rimagination, comme aussi pour tout ce qui a rapport aux arts. C'est celui de M. le vicomte de Chateaubriand, dont nous sommes heureux de pouvoir donner le jugement :
« Je connais, » a dit l'illustre écrivain, après avoir visité Sainte-Cécile, « la plupart des » grandes églises de la chrétienté ; j'en ai yu » de plus riches, de plus imposantes, de plus
> magnifiques ; mais rien ne ressemble à cet » édifice : c'est un monument à part, auquel,
> sous beaucoup de rapports, aucun autre ne » peut être comparé. Son architecture est » charmante, et ses peintures au-dessus de
> tout ce qui existe en ce genre ; ce n'est » pas seulement une église, c'est un admira- » ble musée ^ »
Aucune tradition historique ne nous fait connaître les noms des artistes qui ont travaillé aux peintures de la cathédrale de Sainte-Cécile. On sait seulement que, à cette
1 Ces paroles ont été dites à l'auteur de la Monographie, conduisant M. de Chateaubriand à la cathédrale de Sainte- Cécile.
époque, Francisco Francia^ peintre de Bologne et imitateur du Pérugin, avait mérité les bonnes grâces du pape Jules II par la beauté de ses nielles et de ses médaillons. C'est à peine s'il pouvait suffire aux innomblables tableaux qui lui étaient demandés pour les églises et les oratoires, quoiqu'il pût disposer d'un grand nombre de disciples. Quelques-uns de ses élèves out dû être appelés à Albi par Louis d'Amboise. Ces peintures portent, en effet, l'empreinte de cette pureté angélique qui caractérise les ouvrages de l'école bolonaise.
Les noms de ces artistes apparaissent çà et là au milieu des décorations somptueuses de l'église. — On lit, en effet, les noms suivants dans les différentes parties de l'édifice: Ambrosio Lorenzio de Modena — Ve... de Bolonia — Violano Julio italiano — Dîo...
Antonio de Lodi — Ursilio — Carpo — Purchio — Paulo Julio. — Dans les deux premières chapelles du tour du chœur, à droite, on lit l'inscription suivante, la plus explicite de toutes : « Joia Franciscus Donela, inctor italus, de Carpa, fecit anno 1513. » Dans l'une des galeries de l'église, à
droite de la grande porte, on voit dans un carré, et en lettres très-apparentes, le nom d'une femme qui fut chère à l'un de ces artistes, ou qui peut-être travailla avec eux aux décorations du monument : Lucrezia Cantora Bologneza.
Danim est valde ut opinemiir qaia Um egretriom Umque famosom .. dispositioaii ordinem inconsaltè atque inconsideratè devota Deo ac religiosa vetosias admiserit.
Ncqoe enim credendam est ut prind|)e8 et sacerdotes in ecclesiaslic» discipline liitcra pervigiles atque solertes haac ordinem...
negligendam dacerent.
P. Damian, De fnet. princ. apott., 2»
cap. i.
Nous avons envisagé les peintures de la voûte de Sainte-Cécile sous le rapport technique de Tart, et, en cela, nous n'avons touché que l'écorce, que l'enveloppe matérielle de l'œuvre. Il nous reste une tâche à remplir : ce ne sont plus les beautés de l'art, la régularité des lignes, l'imitation de la nature, qui doivent fixer nos esprits ; négligeons la sur*
108 MONOGRAPHIE DE LA CATHÉDRALE d'aLBI.
face des choses, afin de pénétrer pi as avant dans rintérieur. Alors cette page religieuse nous apparaîtra vivante et animée, sous les formes symboliques dont il a plu à nos pères de revêtir leur pensée. Dans ces voûtes que couvrent de célestes phalanges, il y a, en effet , comme dans toutes les œuvres du moyen âge, un idée et un ordre, dont le système se révèle à quiconque est resté fidèle, d'esprit comme de cœur, à la foi antique dont ces peintures sont l'expression et le symbole. Appliquons-nous à le découvrir: de cette étude sortira pour tous une révélation.
La peinture chrétienne , à l'époque du moyen âge, avait pour objet de perfectionner l'état moral des hommes. Allez par tout le mondej prêchez l'Evangile à toute créature, avait dit le Christ ; et, pour obéir à ce commandement du Maître, la propagation de la foi était devenue le but principal de l'art. Le concile d'Arras avait déclaré que la peinture était le livre de ceux qui ne savaient pas en lire d'autre^) la décoration des églises aidait.
1 Rio, Poésie chrét., p. 35. — Discours hist, sur la peinture çhréUy p. 205.
en effet, à familiariser les fidèles avec les faits et les dogmes de la religion ; les immenses surfaces des cathédrales servaient de catéchisme et dHnsti^ction au peuple ^ ; l'art
1 Essai sur la peinture sur verre, p. 16. — Rio, p. 38. — Catéchisme en usage dans les diocèses de Liège, de Cambrai et de Namur , avec des explications , par Henri. 1782, t. I, p. 146 et suiv.
a A force de n'être plus interrogées, toutes ces grandes figures avaient perdu leur langage et semblaient s'obstiner à ne rendre plus de réponse aux tardives curiosités qui venaient s'informer de leur pensée après tant de générations insouciantes. Qu'était devenu le temps où les catéchismes recommandaient au peuple de considérer les verrières en récitant le chapelet durant la messe? Ces images, appelées par nos pères le livre des laïques, le clergé lui-même s'était accoutumé à les tenir pour lettre close. Mais, depuis lors, le moyen âge avait bien grandi dans l'estime générale, sans que pourtant Tancienne peinture eût encore obtenu toute la justice qu'elle pouvait réclamer...
» Qu'était-ce . en effet , que ces pages éclatantes constamment déployées aux regards du peuple, sinon la prédication journalière des siècles passés. C'était donc une pensée bienséante que le projet de dépouiller ces archives de l'enseignement religieux sous la forme de l'art et d'y chercher de quelles instructions avaient été nourris ces âges de foi dont il y a de si glorieuses choses à dire, comme parlait le roi-prophète en exaltant la cité de Dieu. » Monographie des vitraux de la cathédrale de Bourges, par les PP. Arthur Martin et Charles Cahier. — Paris, 1841-1844,
Googk
du dessin était devenu une prédication permanente.
Ce fait générateur de l'art, à cette époque, nous aidera à découvrir le fil conducteur dans l'étude du grand ouvrage dont nous cherchons la signification symbolique. Aussi , avant de solliciter cette œuvre, est-il important de se pénétrer de l'esprit qui l'a dictée. Ce moyen nous donnera le secret de cette curieuse initiation.
La surface des voûtes de Sainte-Cécile comprend quatre lignes de personnages principaux : les deux lignes placées dans les faces de l'intrados présentent, en commençant par le côté occidental de l'église \ et allant vers l'orient, d'abord, la génération temporelle de l'Homme-Dieu ; et puis, en descendant, les patriarches, les prophètes, en un mot, les personnages de l'Ancien Testament jusqu'à Jésus-Christ. Si l'on remonte ensuite de l'orient vers l'occident, les deux autres lignes, placées dans les pendentifs, comprennent le Nouveau Testament, les saints, les pontifes et les martyrs.
i îje côté de Torgue.
SYMBOLIQUE DES PEINTURES DE LA VOUTE. ili
Ainsi, d'un côté, la loi ancienne, c'est* à-dire les promesses , les figures ^ les prophéties ; de l'autre, la loi nouvelle apportée au monde par le Sauveur; tandis que le Christ, placé entre les deux Testaments, est le centre de l'un et de l'autre.
Dans l'intrados des voûtes, sont figurées, à divers intervalles , les scènes principales de la religion.
Ce coup d'œil général suffit pour faire apercevoir le but de l'auteur dans l'ensemble comme dans les détails de cet ouvrage :
c'est la pensée même de la Providence, qui, dans la suite des âges, a tout disposé dans le inonde, en vue du grand œuvre de la rédemption des hommes. Ce fait va se manifester clairement à tous les esprits.
La religion chrétienne est aussi ancienne que le monde. Elle remonte jusqu'à la promesse faite au premier homme aussitôt après son péché. En conséquence de cette chute prévue, Dieu avait conçu, de toute éternité, le plan d'une religion digne de la sagesse infinie : un homme naîtra, dans la plénitude des temps, pour le salut des autres hommes. Mais ce sera un homme-Dieu, fils de Dieu,
112 MONOGRAPHIE DE LA CATHÉDRALE d'ALBI.
égal à Dieu; il naîtra du plus pur sang d'une vierge, flUe d'Adam; il sera l'auteur d'un culte nouveau, et, en qualité de chef de tous les hommes, il rétablira, par sa médiation, entre eux et son Père, une religion où Dieu, une fois apaisé par le sang de son Fils, sera servi par des hommes unis à l'homme-Dieu, ses frères et ses membres. Tel fut le magnifique plan que Dieu forma pour la réparation de sa gloire et pour la rédemption des hommes. Dans cette vue, et pour imprimer à son œuvre le sceau de la Divinité, la génération de VEomme-Dieu a été préparée dès V origine du monde^ comme aussi tous les mystères du Rédempteur ont été promis, figurés y prédits.
Voilà toute la symbolique des peintures que nous décrivons. Entrons dans le détail :
Génération du Christ. — En commençant à porter les regards sur le côté occidental de l'église * , on voit d'abord , dans les faces latérales du milieu de la voûte ( entre les première, deuxième, troisième et quatrième ogives) ^ la génération temporelle de Jésus-
1 Côté de l'orgue.
2 La première ogive est celle qui est placée au-dessus de l'orgue.
Christ, représentée par les divers personnages qui , dans la suite des temps , ont formé la chaîne, dont le premier anneau remonte à l'origine du monde et le dernier va aboutir à celui qui voulut être nommé le Fils de Vhomme ; c'est là, pour ainsi dire, le livre parlant de la génération de THomme- Dieu, descendant d'Abraham et héritier de David. Liber generationis Jesu Christ i, fllii David, fllii Abraham *.
Après la génération du Sauveur et en suivant Tordre des faits, comme aussi l'économie de l'œuvre que nous étudions , nous allons voir le Messie promis, dès l'origine des temps, figuré par les patriarches, prédit par les prophètes. Ainsi , promesses, figures,
* La généalogie de Jésus-Christ n'est figurée à la voûte que depuis Jéchouias et Zorobabel. On ne Ta pas fait monter plus haut , pour montrer la conformité des deux généalogies qui sont données par les deux évangélistes, saint Matthieu et saint Luc. En effet, l'un (saint Matthieu, chap. I) fait remonter cette génération depuis Zorobabel jusqu'à la tige de sa race par les ancêtres paternels; et l'autre (saint Luc, chap. III) l'y conduit par les ancêtres maternels de ce dernier prince de Juda. Mais c'est toujours sur la tête de Zorobabel que les deux généalogies se rencontrent. — Berruyer , Histoire du peuple de Dieu, t. I. — Bible de Yenc^« — Cours complet d'Ecriture sainte.
114 MONOORAPHIE DB LA CATHÉDRALE dVlBI.
prophéties^ voilà les faits qui ont préparé la terre à la venue du Sauveur des hommes. Ils sont retracés à la voûte par les divers personnages au moyen desquels ils se sont produits. Promesses. — Les auteurs des peintures de la voûte ont personnifié dans Jacob (entre la cinquième et la sixième ogive), toutes les promesses du Sauveur. En effet, la première promesse faite à Adam avait énoncé que le . flls de la femme écraserait la tête du serpent. Ce Rédempteur, promis dès la naissance du monde, avait été depuis montré à Abraham comme Tauteur d'une bénédiction générale qui serait répandue sur tous les peuples. Mais Toracle célèbre de Jacob ne se borne point à annoncer un Sauveur, l'attente des nations; il détermine encore le temps du Messie, les traits auxquels on pourra le reconnaître.
Ainsi, ce saint patriarche résume en lui toutes les promesses.
Figures. — Après les promesses. Dieu fit représenter les principales actions du Messie promis par celles des patriarches et des autres grands hommes qu'il destinait à être les images vivantes et animées du Rédempteur.
Leurs paroles, leurs alliances, leurs enfants,
les diverses circonstances de leur vie, étaient comme autant de tableaux qui en exprimaient les caractères. Mais les auteurs des peintures de cette voûte ne pouvaient embrasser dans leur œuvre tous les nombreux personnages qui sont, dans l'Ecriture, les figures du Rédempteur. Us se sont bornés à ceux qui leur ont paru les plus significatifs. — On voit, d'abord ( entre la cinquième et la sixième ogive ) , Joseph, Moïse et Jonas.
La sagesse de Joseph, ses tribulations, son innocence victorieuse de ses ennemis, sont comme l'image vivante de celui qui doit être l'attente des nations.
Après Joseph paraît Moïse, chef, conducteur, historien, législateur du peuple de Dieu. Sous son empire, les figures se multiplient:
la manne du désert , les sacrifices des victimes, la construction du tabernacle, le serpent d'airain, sont autant d'images du grand mystère de l'Homme-Dicu. La loi qu'il publia était elle-même la figure et comme l'ébauche d'un autre testament que le Messie devait sceller de son sang pour le perpétuer jusqu'à la consommation des siècles. Leœper Moïsem data est; veritas, per Jesum Christum.
Enfin Jonas est associé à ces grands personnages, non en qualité de prophète, mais comme ayant été la figure vivante du Sauveur ^
Viennent ensuite (entre la sixième et la septième ogive) des personnages moins importants, mais qui sont encore les figures du Messie : Nathali ou Nephthali, un des tils de Jacob ; et le patriarche Mathusalem, dont la vie longue et glorieuse avait annoncé de loin le règne du Sauveur des hommes ; enfin, le prophète Elisée et le vertueux Tobie. Tous ces grands hommes furent, par leur foi, par leurs vertus, comme autant de figures et de prophéties animées du Sauveur.
Prophéties. — La suite va nous montrer cette succession de prophètes dont les oracles ont annoncé clairement et sans équivoque la naissance, la vie, les prodiges et la mission divine de THomme-Dieu. Arrêtonsnous avec les auteurs des peintures de la voûte sur les principaux organes de la pres-
1 ff Jonas propheta non tam sermone Christum quam sua qiiadam passione propheta vit , profectô apertius quain si ejus mortem et resurrectionem voce clamaret. » — Saint Augustin, d^ Civit. , \i\). XVIII, caput 30,
SYllBOLlQUE DEâ PBINTtJREâ DB LA VOUTE. 117
cîence divine. Nous voyons figurer d'abord (entre la huitième et la neuvième ogive) David, Isaïe, Michée et Zacharie ; et puis (entre la neuvième et la dixième) Osée, Daniel, Aggée et Baruch. — A mesure que l'avènement du Messie approche, les prophéties deviennent plus claires et plus circonstanciées.
David, mille ans avant cet événement, l'a chanté dans ses psaumes avec une magnificence digne d'un si grand sujet. Isaïe, trois siècles après David, en a parlé plutôt comme un évangéliste que comme un prophète. M>chée annonce la génération temporelle du Messie et désigne jusqu'au lieu de sa naissance dans la ville de Bethléem. Osée prédit la fuite en Egypte et son retour dans la ville de Nazareth. Daniel a compté les années qui restaient à s'écouler jusqu'à sa venue. Que n'a pas vu Zacharie I on dirait que le livre des décrets divins a été ouvert à ce prophète. Ainsi, ces prophéties forment une chaîne suivie et continue. Les premières font attendre celles qui viennent ensuite; les dernières répandent le jour sur celles qui ont précédé. Toutes ont un but commun : c'est de préparer à une révélation plus étendue et
ils MONOGRAPHIE DÉ LA CATHÉDRALE D^ALBt.
plus générale qui doit se faire du temps du Messie ; toutes aboutissent au même terme, la rédemption des hommes ; toutes rentrent dans le plan de la Providence et rendent sensible l'unité de ce plan admirable qui se soutient depuis Adam jusqu'à Jésus-Christ.
Enfin, l'on voit figurer (entre la onzième et la douzième ogive), réunis dans un même tableau, au moment où le Messie va paraître, et personnifiés dans un des grands sujets de l'Ancien Testament, promesses^ figures^ pro^ phéties; savoir : Abraham, père des croyants, qui avait si vivement désiré de voir le jour du Seigneur; Isaac, son fils, dont le sacrifice est la figure de celui du Christ; le prophète Ezéchiel, et enfin le saint vieillard Siméon, qui reçut d'abord la révélation de son avènement prochain et pressa plus tard dans ses bras le Désiré des nations.
Déjà un grand tableau placé dans le milieu de la voûte (entre la septième et la huitième ogive) présente le premier acte du grand événement qui va se réaliser dans le monde : je veux parler de l'annonciation, de cette scène sublime qui accomplit sur la terre ce que le Tout-Puissant avait jamais opéré de plus
merveilleux, de ce jour à jamais mémorable où la vierge devint mère et où un Dieu se fît homme. C'est l'expression du fait capital de la civilisation chrétienne, la glorification de la mère, l'ennoblissement de la chasteté. — La femme était esclave, l'heure de son émancipation a sonné; la rédemption lui a donné la liberté dont elle était privée depuis l'origine du monde.
Le peintre a donné pour pendant à ce tableau le couronnement de sainte Cécile et de saint Valérien, son chaste époux. C'est encore le triomphe de la vertu.
Cette apothéose de la vertu, et de la femme en particulier, est reproduite en la personne de la Mère de Dieu, entre la dixième et la onzième ogive, oii la Vierge est couronnée par le Sauveur. — Le tableau des vierges sages de l'Evangile, qui sert de pendant à celui-ci (dans les voussures, entre la dixième et la onzième ogive), nous offre l'exemple du sacrifice, de labnégation, de la vertu la plus sublime, dont le Fils de Dieu va donner au monde un si éclatant exemple.
Joachim, sainte Anne, saint Joseph, saint Jean-Baptiste (dans les pendentifs, entre la
dixième et la onzième ogive) annoncent, par leur présence, que la rédemption, dont ils ont été les agents, est proche.
Avènement du Messie. — Enfin tout est consommé. Jésus-Christ paraît : le Christ, le Fils de Dieu, attendu depuis 4,000 ans, promis aux patriarches, annoncé par les oracles des prophètes, la fin de la loi, le désiré des nations, le père du siècle futur, le médiateur de la nouvelle alliance, l'auteur du culte parfait, le chef des chrétiens, le premier-né des enfants des hommes.
Si vous jetez les yeux sur l'ensemble du tableau dont le Fils de Dieu est le centre et l'objet (voyez dans Tintrados formé par les arcs du rond-point et la douzième ogive), vous y verrez, pour ainsi dire, la fin comme aussi le résumé du grand ouvrage que nous décrivons : l'histoire de la religion et du monde, l'humanité tombée et déchue, puis régénérée et sauvée. — Adam et Eve, voilà la création. La femme porte dans sa main le fruit fatal, signe de sa désobéissance qui a entraîné le monde dans une ruine éternelle.
Avec le péché, tous les désordres, tous les vices couvrent la terre. Qui pourra dissi-
per les ténèbres et régénérer l'humanité ?
Le Fils de Dieu même sera cette lumière éclatante destinée à éclairer le monde : Ego sum licx; il sera la vérité qui doit le ramener dans les véritables voies, veritas et via (paroles écrites sur les pages du livre de vie que le Fils de Dieu tient entre ses mains). Mais par quel moyen le Dieu régénérateur va-t-il établir son règne? Le voici : c'est par la femme que le mal était entré sur la terre, c'est par la femme qu'elle va être sauvée ; c'est par l'orgueil que le péché avait établi son empire, c'est par les instruments les plus humbles et les plus vils que la vertu va fonder le sien. Aussi, voyez la mère de Dieu figurer à la tête des apôtres (dans les pendentifs des arcs du rond-point) : une simple fille de Juda doit réhabiliter la femme, et dans sa personne tout le genre humain. Elle est, en effet, le premier instrument du salut des hommes, précédant les apôtres dont le Sauveur s'est servi pour établir et propager sa doctrine. Plus près du Sauveur paraissent les quatre évangélistes ^ qui reçoivent ses
I Représentés par les quatre animaux qui , dans Ezéchiel et dans l'Apocalypse , entourent le trône de Dieu : Tange , le lion , le laureau et l'aigle. 6
122 MONOGRAPHIE DE LA CATHÉDRALE d'aLBI.
inspirations pour les transmettre aux âges futurs ; enfin, les docteurs * établis pour expliquer et interpréter la loi sainte donnée aux hommes par Jésus-Christ, vrai soleil de justice, centre commun, auteur de la loi nouvelle, source et principe de toute vérité.
Tout est changé par la prédication de la loi nouvelle. A la suite des vertus païennes : la force, la prudence, la tempérance et la justice (dans les pendentifs, entre la onzième et la douzième ogive), on voit apparaître (dans les pendentifs, entre la dixième et la onzième ogive) le cortège des vertus chrétiennes : la foi , l'espérance , l'humilité , la charité.
La religion de Jésus-Christ, que les apôtres ont fondée, est confirmée par une légion de martyrs qui figurent dans la suite de cet ouvrage, prêchée par les pontifes et les doc-* teurs, sanctifiée par l'exemple des cénobites, des religieux, des saints de tous les âges et' de toutes les conditions, que l'on trouve dans
1 Les quatre docteurs de l'Eglise : saint Grégoire le Grand et saint Ambroise d'un côté , saint Jérôme et saint Augustin de l'autre.
ÔYMBÔLIQtJE DEé PEINTURES DE tk VOUTE. 123
les pendentifs des voûtes en remontant de Torient à l'occident.
Ainsi s'étal>lit et s'étend la religion chrétienne; ainsi se perpétuent, dans la suite des siècles, ces divines institutions. Par là. Dieu a voulu manifester l'éclat et la grandeur de sa religion, comme autrefois il manifesta sa gloire à ses disciples sur le Thabor, dans le miracle de sa transfiguration et dans son apparition éclatante à ses apôtres rassemblés dans le cénacle après sa résurrection. (Voir ces deux scènes représentées entre la quatrième et la cinquième ogive.)
Et ce n'est pas sans intention que le peintre a placé ici la représentation de ces deux grandes révélations du Sauveur. Voyez, en effet, ce qui se passe dans la suite des temps. Jésus-Christ a paru avec éclat sur la terre ; les apôtres, hommes ignorants et grossiers, ont fondé la religion ; les martyrs l'ont scellée de leur sang; les plus étonnants prodiges ont révélé au monde la vérité de ses dogmes sacrés et la sainteté de ses enseignements.
La révélation éclatante que la voix des siècles produit à leurs yeux ne leur suffit pas ; et, nouveaux Thomas, ils refusent de croire
124 MONOGRAPHIE DE LA CATHEDRALE d'aLBI.
ce qu'ils ne voient pas de leurs propres yeux.
Voilà le sens de ces représentations bibliques.
L'incrédulité a été, en eflfet, un des obstacles que la religion a eu à subir dans tous les âges. Mais rien ne pourra prévaloir contre Dieu et contre son Christ. Cette religion divine s'est perpétuée d'âge en âge, au milieu des luttes de tout genre, et traversera les siècles jusqu'au moment qui, dans les desseins éternels de Dieu, doit être la fin de toutes choses. Alors, la religion et le monde ayant accompli leurs destinées, restera l'acte terrible et solennel du jugement universel de tous les hommes. C'est là la fin où tout doit aboutir; c'est aussi le dernier trait de l'ouvrage que nous décrivons. On voit, en effet, ce grand sujet retracé sur la face occidentale de l'église, comme pour former le couronnement et la fin de l'ensemble du tableau de la religion que le peintre s'était proposé de présenter aux yeux des fidèles i.
1 Voir ci-dessus la description du jugement et de l'enfer.