PARTIE ARCHITECTONIQUE
très. On peut être convaincu que ce n'est pas là un eflFet du hasard. On dirait que Tartiste, semblable à un peintre inspiré, a voulu mépriser les détails de l'œuvre pour ne s'occuper que de son ensemble, ou bien qu'il a procédé comme ces profonds penseurs qui se mettent peu en peine du style et des formes qu'ils emploient *.
Une dernière observation nous a frappé.
A l'inspection d'un édifice du moyen âge, on peut, en général, assigner le temps auquel il a été élevé. En eflFet, chaque siècle imprime aux monuments un caractère qui lui est propre. A l'époque où furent jetés les premiers fondements de l'église qui nous occupe, c'est-à-dire vers la fin du treizième siècle, la plupart des grandes églises qui font l'orgueil de notre pays, celles de Chartres,
1 Plusieurs églises du moyen âge présentent les mêmes irrégularités )i^ns les détails. 11 n'en est pas du gothique comme du style grec oii les lignes sont droites et l'exactitude rigoureusement commandée. Les lignes courbes et contournées étant la base de l'architecture gothique, l'irrégularité dans les détails produit l'harmonie de l'ensemble. Ces irrégularités se remarquent lorsqu'on en fait l'expérience dans l'ornementation du jubé et du chœur de Sainte-Cécile , qui offre une grande variation dans les détails.
d'Amiens, de Reims, de Strasbourg, de Beauvais, excitaient déjà l'admiration universelle. Le style ogival primitif se produisait alors avec sa magnifique splendeur. Cependant la cathédrale de Sainte-Cécile ne ressemble en rien aux églises que nous venons de nommer, et n'a pas plus d'analogie avec celles de la période du style secondaire qui commençait à dominer. C'est là précisément ce qui lui donne un caractère particulier qui ne saurait être trop remarqué.
On ne peut pas en dire de même du jubé et du chœur, qui portent l'empreinte non équivoque du style ogival tertiaire en usage à cette époque. Les lignes, au lieu de suivre la direction de la courbe naturelle pour former l'amortissement de l'ogive, se relèvent subitement vers le point de jonction pour former un angle très-aigu ; les piliers à nervures sont' substitués aux colonnes ; les chapiteaux sont remplacés par des bouquets de feuilles frisées ou par une guirlande de feuilles profondément découpées. Les larges panneaux compris entre les piliers offrent un vaste champ au gracieux et léger épanouissement du système ogival flamboyant et fleuri.