‹ Monographie de la cathédrale de Sainte-Cécile d'AlbiChapitre 6 sur 63 · FONDATION DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

FONDATION DE L'ÉGLISE

U temple que J'ii deiseia de bfttir doit être grand» perce qse notre Diet eit gnad aa-desras de tons les dieux.

PARAUFOMèNKS.

Suivant les traditions les moins incertaines et les plus anciennes légendes, saint Clair, après avoir converti les peuples de la Gaule Narbonnaise, fut aussi l'apôtre et révêque du pays d'Albigeois k Les fidèles de ces contrées, comme tous ceux des premiers âges, furent d'abord forcés de se

1 Godescard, Vie des Saints. — Pioprium Albiense,

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cacher dans Tombre de la nuit, pour célébrer les saints mystères de la religion. Ils allumaient furtivement leurs flambeaux sous les portiques de la mort; un tombeau leur servait d'autel. Lorsque la paix donnée à l'Eglise permit au culte chrétien de se produire au grand jour, de toutes parts des temples s'élevèrent en l'honneur du vrai Dieu.

Alors fut construite, au sein de la capitale des Albiensesy une église-cathédrale, sous l'invocation de la Sainte-Croix *. Il serait

I GaUia ChrisHana, t. !•% p. 21 et 22. — Histoire générale de Languedoc, t. IV, p. 39. — Lithographies de Chappui, texte descriptif de M. Du Mége. — Almanach historique de languedoc, 1752.

II est certain que Tëglise de Sainte-Croix prenait aussi le nom de Sainte-Cécile, même dans les premiers temps de la fondation. Ce fait est établi pour tous les actes successifs cités par la Gallia Christiana et par les auteurs de V Histoire géné^ raie de Languedoc. — M. Dauriac, de la bibliothèque nationale, dans son histoire commencée des évéques d'Albi, semble supposer que nous avons voulu dire qu'elle portait exclusivement le nom de Sainte-Croix. Nous ne serions pas plus fondés à le soutenir qu'il ne Test à prétendre qu'elle aurait eu seulement la dédicace de Sainte-Cécile. Les actes prouvent qu'elle portait l'un et l'autre vocable. Seulement , celui de Sainte-Croix précédait celui de Sainte-Cécile. La Gallia Christian4i et ÏHiS" toire de Languedoc ne laissent aucun doute à cet égard.

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difficile d'assigner Tépoque précise de sa fondation ; on sait seulement qu'elle fut bâtie sur les bords de la rivière du Tarn, entre le palais des comtes d*Albigeois et la métropole actuelle i.

L'église de Sainte-Croix suffit, durant plusieurs siècles, aux besoins des fidèles ; mais leur nombre s'étant considérablement accru, il fallait un temple plus vaste et d'un accès plus facile. Cette nécessité devint, dans la suite, la préoccupation générale des esprits. Les prêtres et le peuple, les seigneurs, comtes et barons, voulurent participer à la construction du nouvel édifice. Raymond , comte de Toulouse; Malfred, vicomte de Narbonne, et sa femme Adélaide ; les comtes d'Albigeois ; Trincavel, vicomte de Béziers ; enfin, le fameux Sicard d'Alaman, laissèrent en mourant des legs pieux pour en réaliser l'exécution \

i Les restes de cet édifice paraissent encore , sur un des côtés de Tarchevêché, à l'aspect du levant. M. Du Mège en a donné le plan ; et ces débris , ruinés par les siècles, n'ont pu échapper aux recherches de cet infatigable savant.

2 Histoire générale de Languedoc, t. II, p. 93,97, 107, 115. 120, 486; t. IV, p. H.

Une considération ajoutait au zèle de ces fervents chrétiens : la nouvelle cathédrale devait être placée d'une manière spéciale sous Tinvocation de sainte Cécile, dont le nom était en grande vénération dans les provinces méridionales de la France, et dont le culte avait toujours été célèbre dans l'église d'Occident * ; elle était honorée comme l'une des quatre principales martyres des Latins ; on trouve l'annotation du grand office de sa fête dans le sacramentaire de la Liturgie gallicane, d'usage en France dans le sixième siècle, surtout dans l'Aquitaine et les autres provinces soumises aux Wisigoths ^.

Le vœu général était de rendre le monument élevé en l'honneur de sainte Cécile

> Histoire générale de Languedoc , ihid, — Fonds de Doat. Bibliothèque nationale . n<* 105 , cathédrale d'Âlbi.

Déjà l'église de Sainte-Croix avait pris le nom de Sainte- Cécile , et Tautel principal lui avait été consacré. On lit dans le récit de la promotion de Bernard de Castanet à l'évéché d'Albi, en 1275, rapporté dans la Gall. Christ., t. !•', p. 20 : Intravit in civitatem Atbiœ, in festo beati Antonii ahhatis; et erat diet dominicus, qud die, etiamin altare Sanctœ CeciUœprimam missam solemniter eelehravit.

2 Godescard, 22 novembre. — Vues pittoretqties de la France, par Taylor et Caylus.

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digne de cette illustre patronne ; mais on reculait encore devant cette entreprise, lorsque le treizième siècle amena ce temps de véritables prodiges, où toutes les pompes de rage religieux de la France semblent s'être reunies. L'enthousiasme pour les monuments sacrés fut porté au plus haut point ; tout se fit pour les églises et par la protection puissante des prélats ; la foi, soulevant les voûtes, produisit ces magnifiques cathédrales qui sont l'orgueil de nos cités et le plus bel ornement de notre patrie.

Bernard de Castanet , qui occupait alors le siège d'Albi , avait reçu la mission de se rendre à Rome, pour y presser la canonisation du roi saint Louis. Sa négociation eut bientôt l'effet qu'on devait attendre de son zèle actif et intelligent*. Le souverain pontife, voulant lui donner des marques de son estime; l'honora du titre de cardinal , et lui accorda la sécularisation de son chapitre, qui était de Tordre de Saint-Augustin ^. Un personnage

1 Gall. Christ., t. !•% p. 21. •

2 BuUa Bonifàcii YIII, De mutatione eccks, AW. de reguHy in

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d*un tel mérite était capable de comprendre son siècle et de suivre l'impulsion donnée de toutes parts. Frappé de merveilles qui surgissaient dans la chrétienté, ce prélat voulut réaliser le vœu de ses prédécesseurs ; il fit arrêter le projet définitif de la cathédrale de Sainte-Cécile, et en posa lui-même la première pierre le jour de l'Assomption , 15 août 1282 '.

Pour assurer l'exécution de son œuvre, l'évêque convoqua une assemblée générale de son clergé, dans laquelle il fut arrêté que chaque bénéficier du diocèse contribuerait du vingtième de ses revenus à la construction de l'église; et, pour les exciter par son exemple, il commença par se taxer lui-même, ainsi que les membres de son chapitre ^. De là

* Dict. d'Expilly.Mariana, DerèbtisHispaniœ, lib. XII, cap. I. — Histoire générale de Languedoc , t. IV, p. 39. Néanmoins , pour conserver le souvenir de la première église , on plaça la nouvelle sous l'invocation de sainte Cécile et de Sainte-Croix. On lit dans la Gallia Christ, y t. I*', p. 21 : Hic episcopus magni-^ ficœ basilicœ Albiensis suh titulo Sanctœ Crucis et sanctœ Ceciliœ» fundamenta jecit in eminentiori situ cum antea in declivo ripœ Tamis ecclesia œdifUata esset.

2 Gall, Christ., t, !•', p. — Histoire générale de Languedoc , t. IV, p. 39,

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vient, dit-on, que la taxe de plusieurs bénéfices étant demeurée annexée à la manse épiscopale, celle-ci se trouva toujours l'une des plus considérables de France, maigre les diminutions qu'elle eut à subir par l'érection de révêçhé de Castres, en 1317 K

Bernard, par ses sages mesures, assurait l'avenir de l'entreprise qui devait immortaliser son nom. De pareils travaux ne sont pas Tœuvre d'un jour, et plusieurs générations d'hommes devaient concourir à l'exécution de ce monument. En effet, malgré le zèle de ses successeurs^, il ne put être consacré que le 23 avril 1480 3, et ne fut terminé qu'en 1512, c'est-à-dire deux cent trente ans après sa fondation *.

1 Catel» Mém, du Lang, — Massol, Descrip. du dép, du Tarn,

2 Berald de Fargis, Jean de Saya , saccesseurs de Castanet» firent travailler à la continuation de la cathédrale, dont lesmurailles s'élevaient déjà au niveau des plus hautes maisons. Guillaume de la Youlte, en 1383 , termina la dernière arcade du côté du couchant, et éleva le clocher au niveau de la toiture. Eu 1475 , par les soins de Louis d'Amboise , premier évéque de ce nom, cette tour atteignit à sa hauteur actuelle.

3 Acte de consécration , fonds de Doat , cathédrale d' Albi , n« 105;, bibliothèque nationale.

* Histoire générale de Lan^uedoc^ t. V, p. 99. — GaU. Chriit., 1. 1, p. 34.

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On ne comprend pas de nos jours que nos pères, avec les seules ressources que procuraient le zèle et la piété des fidèles, aient pu venir à bout de ces magnifiques ouvrages ; c'est que nous n'avons plus cette foi qui a remué tant de pierres, cet enthousiasme qui a produit d'aussi étonnants prodiges.

Les mêmes causes ont imprimé aux travaux du moyen âge un caractère solennel et religieux que n'off'rent point ceux d'une autre époque. Les chefs-d'œuvre si vantés de l'école moderne sont loin, malgré leur luxe et leur élégance, d'exciter en nous ce senti-' ment involontaire de grandeur, cette émotion indéfinissable, qui s'emparent de notre âme, quand nous contemplons les édifices bâtis dans les douzième et treizième siècles K Si l'on considère l'élévation et la souplesse de leurs voûtes, l'harmonie qui règne dans toutes les parties qui les composent , on dirait que ces ouvrages sont une espèce de création divine : il semble que la main de

1 Chateaubriand . Génie du Christiimisme, — Les Arts au moyen dge, par M. da Sommerard. — Eglises gothiques, Paris,

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riiomme n*a pu exécuter un travail dont l'esprit peut à peine saisir Tensemble. Tout y paraît digne de la Majesté suprême ; tout commande la vénération et le respect.

« Plus les âges qui ont élevé nos monu-

> ments ont eu de piété et de foi, » dit Chateaubriand, dans son Génie du Christian nismey « plus ces monuments ont été frap-

> pants par la grandeur et la noblesse de » leur caractère. Les arts ont toujours dégé- » néré dans les siècles philosophiques ; c'est » que l'esprit raisonneur , en détruisant » l'imagination, sape les fondements des » beaux-arts; on croit être plus habile parce » qu'on redresse quelques erreurs d^ physi- » que qu'on remplace par toutes les erreurs » de l'esprit, et l'on rétrograde, en effet, » puisque l'on perd une de ses plus belles » facultés. »

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