DE8CWPTI0N DE L'ÉGLISE
A l'intérieur.
Ce n'est pu avoir pea eontriboé à la majesté du coite, qne d'avoir placé llmagioation do chrétien en prières sons le channe mystérieox de cette lumière incertaine, si âiTorable an recneillement, et d*a?oir en
Juelqoe sorte réalisé pour loi one parUe es merveilles de la Jémsalem céleste.
Db R[0, Forme de l'Art.
Une vaste nef, sans piliers, dont la disposition semble doubler l'étendue ; un jubé magnifique, des voûtes en ogives, sur lesquelles s'étend un immense rideau d'azur, impriment à l'intérieur de ce temple un caractère de grandeur et de majesté qui saisit l'esprit le
plus froid et le plus blasé sur les croyances religieuses et sur les effets de Tart.
Le jour qui y pénètre vient se refléter ou se perdre sur les riches travaux d'architecture, de sculpture et de peinture, auxquels il emprunte tour à tour une teinte lumineuse ou sombre, qui inspire le recueillement et le respect. Il y a dans cet ensemble une expression religieuse qui touche ; une poésie suave semble écrite sur ces murs par une main inspirée.
Le système d'architecture qui a présidé à la construction intérieure de la cathédrale d'Albi est à la fois imposant et gracieux. 11 offre, dans toutes ses parties, la régularité la plus parfaite, les dimensions les plus heureuses ; . une pureté dans les lignes et une légèreté dans les masses qui surprennent et charment l'œil. Les ogives élevées, qui couronnent l'entrée des chapelles , démontrent qu'elle a été construite dans le temps oh l'architecture improprement appelée gothique avait atteint son plus haut degré de perfection. Cependant on y remarque le passage de ce style au genre moderne : les arcs sont plus ouverts, la courbure ogive beaucoup plus
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gracieuse, les nervures plus délicatement profilées; mais cette transition d'une époque à l'autre ne forme ni contraste ni disparate ; les deux styles y sont fondus et conservent à l'ensemble une unité réelle sans monotonie^ qui constitue une des perfections les plus remarquables de cet édifice.
La longueur de l'église, dans œuvre, sans y comprendre la profondeur des chapelles placées aux deux extrémités, est de 97 mètres 5 centimètres, et, en y ajoutant cette profondeur, de 107 mètres 25 centimètres.
Sa largeur, aussi dans œuvre, sans y comprendre les chapelles latérales, est de 19 mètres 50 centimètres, et, en tenant compte de la profondeur des chapelles, de 28 mètres 28 centimètres; l'épaisseur des murs, avec les chapelles des deux côtés, prend 10 mètres en moyenne.
La hauteur de la voûte est de 30 mètres au-dessus du pavé '.
Comme toutes les grandes églises du moyen
1 Voir, au t. IV de ÏHistoire générale de Lar^ueddc, le plan de l'église dressé à l'échelle par l'ordre de Mff' de la Croix de Castries; lithographies de Chappui, pi. 5. — Guide pittoresque du voyageur en France, 74"" liv., p. 5*
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âge, la cathédrale de Sainte-Cécile offrait les trois portes d'entrée, qui avaient chacune une destination particulière : Tune était réservée au clergé, aux princes et aux grands ; la seconde était pour les hommes, et la troisième pour les femmes *. Deux de ces portes subsistent encore; la troisième, fermée depuis la Révolution, était placée dans la chapelle qui est vis-à-vis de l'entrée principale : on en voit encore les traces en dehors de l'église. Il n'est pas facile de comprendre pourquoi les architectes, qui se sont piqués de mettre dans leur ouvrage tant de régularité, n'ont pas ouvert la porte principale au-dessous de l'orgue. C'était là, ce semble, sa véritable position, et, dès l'abord, l'œil eût embrassé Tensemble de l'édifice.
Les chroniques du pays font connaître le motif de cette disposition : le point où le clocher est construit formait autrefois la limite de deux communes différentes : celle de la ville et celle du Castelviel. Placée à l'ex-
1 Lithogr. de Chappui, texte descriptif, C(Uh, de Chartres, Diction, de Bergier. — Les trois portes se trouvent, en général, à côté l'une de l'autre, ainsi qu'on le voit dans les cathédrales d'Orléans, de Pasis, etc.
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trémité du monument, cette porte se serait ouverte hors du territoire sur lequel l'église elle-même a été bâtie, là où expirait la seigneurie de révêque.
QwiHs ara, quanta ttâu , ipÀM ca'paz Dei.
L'église est divisée par le jubé en deux parties presque égales; tout autour sont pratiquées vingt-neuf chapelles, au-dessus desquelles régnent de spacieuses galeries, placées à moitié de la hauteur de l'édifice. Neuf d'entre elles sont ouvertes dans la nef. Dans ce nombre ne sont pas comprises l'entrée du clocher, celle de l'orgue, non plus que la chapelle de Saint-Clair, qui termine la nef d'une manière si imposante.
Cette dernière ne faisait pas partie du
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plan primitif; elle fut ouverte en 1693 par M.^ Legoux de la Berchère, qui la dédia à saint Clair, premier évêque d'Albi *. Ce prélat est l'auteur de Tune des fondations les plus singulières dont les annales religieuses aient conservé le souvenir. A la messe capitulaire de chaque jour, au moment oil le célébrant faisait la commémoration des vivants, pendant la vie de cet archevêque, et la commémoration des trépassés, après sa mort, un diacre devait chanter ces paroles : Mémento^ Domine, famuWtui Caroli. Le souvenir de l'ouverture de cette chapelle et de cette fondation fut consacré par des inscriptions gravées sur deux plaques de marbre qui étaient placées, avant la Révolution, à droite et à gauche du mur d'entrée. Elles furent détachées pendant la Révolution, et on en voit encore les débris dans une dépendance de l'église. Il [eût'été désirable que ces inscriptions eussent été reslilnées
» Gall, Chris., t. I. p. 42.
2 Voici le texte de ces inscriptions :
AD PERPETUAM REl MEMORIAM.
Anno Domini mdcc die xxii septembris reliquias sancti Ciari-
Une tradition 9 généralement répandue, veut que cette chapelle ait été taillée, en entier, dans le massif de la base du clocher ;
martyris et primi Albiensium eplscopi Burdigala asportatas, solemnique apparatu ac omnium civitatis ordinum frequentiâ susceptas, in hoc ecclesiœ metropolitanœ sacello cultu publico exposait illustrissimus ac reverendissimus in Christo pater et dominus D. Carolus Leg;oux de la Berchère , archiepiscopus et djOminus Albiensis.
Et omnibus Christi fideiibus qui dictas sacras reliquias feriA quartà per annum pie yisitaverint ac orationem propriam sancti Clari vel ter orationem dominicam cum salutatione angelica ad prsedictum sacellum dévote recitaverint seu missse quam in honorem sancti pontificis et martyris eadem feria quarta celebrandam f undavit, adfuerint , quadraginla dies de Yerà indulgentià concessit.
Illustrissimus ac reverendissimus in Christo pater D. D. Carolus Legoux de la Berchère , archiepiscopus et dominus Albiensis pro singulari in divum Clarum veneratione, hanc capellam saucto martyri dicavit et in ea missam qualibet feria VI hora sesqui octava prœvio campanarum pulsu per dominos canonicos alternàtim, inservientibus duobus chori pueris celebrandam fundavit; quà fini ta sacerdos et ministri psalmum de profundis cum absolutionibus et orationibus pro defunctis recitabunt , ut instrumento fundationis declaratur : fundavit insuper quod diaconus quotidie ad missam conventualem dum fit commemoratio vivorum et post fundatoris obitum ad commemorationem defunctorum cantabit : mémento . Domine , fàmuli tui Caroli, et chorus unanima voce respondebit. Amen. Anno Domini mdcc die xi octobris.
mais un examen attentif vient détraire cette opinion : la voûte et les ouvertures remontent évidemment à . l'époque de la construction générale; la brique qui les compose est lisse dans son parement, et le sol offre à l'intérieur un carrellement ancien au niveau du pavé de l'église, tandis que dans la partie qui sert d'entrée à la chapelle, et qui seule a été taillée dans le vif , le sol est formé par un massif de maçonnerie, et sous le mortier qui recouvre ses murs, on reconnaît la trace du ciseau. L'induction qu'on doit tirer de ces faits est confirmée, en outre, par un monument écrit. On lit dans le détail de la translation des reliques de saint Clair, rédigé par l'ordre de HA^ de la Berchôre , que ces reliques furent placées dans une chapelle ouverte par le percement du mur, perfbsso pariete i.
La chapelle du Baptistaire aujourd'hui de Saint-Joseph renfermait un groupe en stuc, représentant le baptême de Jésus-Christ, que l'on vient de faire disparaître. Il était dû à
1 Proprtum SancU eccles^ ÀWiens. : in festo susceptioois reliqui sancti Clari, p. 247. — GaU, ChrUt., t. I. p. 42.
la générosité de M. Tabbé de Vézian, cha^ Boine de la cathédrale «.
La chaire placée au milieu de la nef est aussi en stuc et en marbre. C'est un des objets qui fixe le plus l'attention par ses formes majestueuses. Elle n'est pas en harmonie avec le genre de l'église, mais c'est là un bel hors-d'œuvre.
Les décorations de la chapelle de Sainte- Marie-Majeure, qui sont dues à M. l'abbé Breuil, archidiacre du chapitre, appartiennent à la même époque ^.
Les ouvrages dont nous venons de parler furent exécutés, en 1776, par deux artistes italiens^ Mazetti et Maderni, dont les noms sont connus dans les arts.
« Ces constructions, » dit M. Du Mège », » quelque mérite qu'elles puissent avoir
< Cet estimable ecclésiastique fut horriblement massacré dans la maison de ville de Saint-Chînian, à son passage dans celte ville, le 9 mai 1793, avec trois de ses collègues, MM. Boyer, Farssac et Nadau, tous prêtres du diocèse d'Albi, qui, comme lui, cherchaient leur salut hors du territoire français.
2 Les tableaux que l'on voit dans cette chapelle furent envoyés de Rome par le cardinal de Bernis. On lit sur l'un d'eux la date de 1777 : ils sont d'une bonne exécution.
3 Album catholique, novembre 1832.
» d'ailleurs, remontent à une époque où les » artistes avaient abandonné les vrais prin- » cipes, et substitué le grandiose à l'imita- » tion de la nature et du beau. Le mauvais » goût avait envahi les beaux-arts, comme » la fausse philosophie avait envahi la litté- » rature ; on méprisait, on dédaignait l'anti- » que; le genre adopté durant le moyen âge, » stigmatisé de Tépithète de gothique, était > repoussé ; on affectait pour lui une espèce » d'horreur. »
On ne doit donc pas être surpris que les artistes de ce temps ne se soient pas efforcés d'harmoniser leurs conceptions avec le genre de l'église; ils voulaient, au contraire, présenter au yeux un contraste qu'ils croyaient être à l'avantage de leurs œuvres.
L'orgue, dont la construction remonte à l'année 1736, est l'ouvrage de Christophe Moucherel , natif de Toul , l'un des plus célèbres artistes en ce genre qui aient paru en Europe. Il est dû à la munificence de M.^ de Castries *, qui y consacra son droit de
1 On lit au-dessous de l'orgue l'inscription suivante : Ad majorera Dei cultum hœc organa constructa sunt pietate et munificentia illustrissimi Ecclesiœ principis D, Armandi Pétri
chappe 1 et une somme de huit mille livres sur ses revenus. Les débris de l'ancien, construit par Louis d'Amboise, furent cédés au facteur, avec le petit orgue du jubé que Ton jugea à propos de faire disparaître. Ce dernier fut acquis par M. de Mège 2, prévôt du chapitre de Saint-Salvi, et transporté
de la Croix de Castries, arehiepiseopi et domini ÀUnenHs, regii ordinis S(mcti Spirittts commendator. Anno Domini 1736.
Une autre inscriptioii, plac^ dans le positif, constaté l'^ioque de la pose du premier tujau , dont t'archeyéque youlut conférer l'honneur à M. le marquis de Castries, son frère. On y lit:
« Le premier tuyau de cet orgue et le plus gros de cette tourelle a été posé , 4e 26 septembre 1735, par M. François- Armand , marquis de Castries, seigneur de Lévi , de Carlus et autres lieux , gouverneur de la ville de Montpellier , port de Cette et d'Aigues-Mortes. »
1 C'était un droit que les évoques , chanoines et titulaires payaient à l'église , lors de leur entrée en fonctions. Ils l'appliquaient à l'objet qui était à leur convenance. Ainsi, Mvr de La Rochefoucault l'appliqua à l'établissement de la voûte et du tambour de la grande porte d'entrée que l'on vient de supprimer avec raison , attendu qu'il masquait la belle décoration qui orne cette même entrée. Ge droit était d'abord pour les évoques de 12,000 livres et plus tard de 30,000 livres.
2 M. Mai'c- Antoine de Mège était parent du savant archéologue dont nous invoquons souvent l'autorité. On lui doit une partie de la voûte de l'église de Saint-Salvi, construite en 1736, le maître-autel de la môme église et les tableaux placés autour
dans cette église où il existe encore ^ Il est permis de s'étonner que d'aussi faibles ressources aient pu suffire à un travail aussi considérable ; mais les ouvrages d'art étaient autrefois moins chers qu'aujourd'hui , et l'argent avait une valeur plus grande que celle qu'il a de nos jours.
L'orgue de Sainte-Cécile est un seize pieds complet, grand huit pieds au positif, composé de cinquante-quatre registres ou jeux ; six claviers, cinq à la main et un aux pieds, portant trois bombardes, une au grand orgue, une au troisième clavier à la main sur des sommiers séparés, avec des accessoires de trompettes, clairons, clarinettes, hautbois et grand cornet; ce clavier double la force des seize pieds ordinaires : la troisième bombarde est aux pédales. Le grand buffet, qui est d'une exécution charmante, en style de la Renaissance 2, présente une façade de
du sanctuaire. Ce vénérable ecclésiastique , décédé en 1749 , fut enseveli dans la chapelle du cloître de Téglise de Saint- Salvi. Son tombeau a été détruit pendant la Révolution.
1 Sur le balustre en fer de l'orgue de Saint-Salvi, on lit la date de 1737.
2 Voir le dessin de Torgue dans VHist. gén. de Lang., t. IV,