‹ Monographie de la commanderie de Caignac (ordre de Malte)Chapitre 1 sur 51 · I. Garreau, Etat social de la France^ p · texte numérisé non relu

I. Garreau, Etat social de la France^ p

INTRODUCTION

bord, et par sa première institiilion, ce fui un Ordre hospitalier et s’adonna aux œuvres de charité purement corporelles envers les pèlerins que la piété enthousiaste de ces siècles de fol emportait outre-mer pour visiter les Lieux-Saints. Il devint ensuite, par la force des choses, un Ordre militaire, lorsqu’il fut impossible aces pieux voyag’eurs d’atteindre leur but et de satisfaire leur dévotion', sans être protég*és parla force armée contre les attaques des Sarrasins qui les massacraient sans pitié, les jetaient dans les fers et les maltraitaient cruellement.

Alors, l’Hospitalier sentit l’impérieuse nécessité de ceindre l’épée pour remplir plus efficacement son ministère. La première charité n’était-elle pas de sauver la vie de ses frères avant de secourir leur détresse et de panser leurs blessures? Les Hospitaliers n’eurent pas à se repentir, dans la suite, de cette innovation peu conforme à leur institution première. L’épée ne fut jamais lourde à leurs mains, et ceux qui ont lu leur histoire, dans l’abbé de Vertot, savent quelle ample moisson de g-loire ils récoltèrent sur les champs de bataille de la Palestine, où, pendant deux siècles, on les vit, toujours au premier rang des armées chré-

INTRODUCTION

tiennes, accomplir des prodig’es de valeur, prodiguer héroïquement leur sang pour la plus noble et la plus sainte des causes.

Quand les pèlerins sauvés et défendus par cette glorieuse milice, quand les croisés témoins de cet impassible héroïsme rentrèrent dans leur patrie, ce fut un concert unanime de louanges, d’admiration et de reconnaissance. Cette bravoure chevaleresque, auréolée de religion et de charité, exerçait sur ces âmes simples une irrésistible fascination. Rois et princes, comtes et barons, ambitionnèrent, comme un honneur précieux, la faveur de revêtir le manteau écarlate à croix blanche des chevaliers de Saint-Jean. D’autres, en grand nombre, se dépouillèrent de leurs biens pour soutenir cet Ordre naissant, en sorte que, dans l’espace d’un siècle, les Hospitaliers se trouvèrent être <â la tête d’immenses territoires et de richesses considérables.

Ils groupèrent alors leurs possessions, les rattachèrent les unes aux autres, et les érigèrent en préceptoreries ou commanderies. A la tête de ces préceptoreries^ il, y avait un précepteur ou commandeur, chargé d’en recueillir les revenus et d’en transmettre une partie au trésor de l’Ordre;

iN'rROÜÜGTiON.

c’était ce qu’on appelait payer la responsion^. Le reste de ces revenus demeurait acquis au commandeur pour l’entretien des chevaliers, des prêtres de l’Ordre, des frères servants^ des donats^^ et aussi pour les réparations et améliorations qu’il devait apporter aux maisons et aux biens de l’Ordre.

C’est l’histoire de l’une de ces cornmanderies, établie au douzième siècle à Gaig-nac^, en Laurag*ais, que j’offre aujourd’hui à ceux qui ont le culte des choses du passé.

L’histoire des petits villag'es de nos vieilles provinces est, on le comprend aisément, dépourvue de tout intérêt g*énéral. Qu’on ne cherche donc pas, dans ces quehjues pag-es, des considérations plus ou moins élevées. On n’y trouvera que quelques faits et beaucoup de détails, peu importants en apparence, mais que j’ai cru devoir conserver fidèlement, convaincu ([ue des détails sortent les idées

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