‹ Monographie de la commanderie de Caignac (ordre de Malte)Chapitre 30 sur 51 · I. Du Bour^^, op. cit., p · texte numérisé non relu

I. Du Bour^^, op. cit., p

LA GOMMANDERIE DE CAIGNAG.

3^ Pour faire cette démolition des greniers, les consuls payeront au commandeur ou à son lieutenant, et le jour qu’ils commenceront ladite démolition, i5 francs d’or;

4*^ Ils s’oblig'ent à construire autour du fort un mur de 20 palmes au-dessus de terre (de sub terra XX palmas) ;

5® En cas de nécessité, le commandeur devra recevoir dans son fort les habitants de Gaig'nac ;

6° La porte du fort aura deux clefs, dont l’une sera g^ardée par les consuls et l’autre par le commandeur ou quelqu’un en son nom ;

7° La g-arde du fort qui se construira, comme de celui qui est construit, se fera simultanément par le commandeur, les consuls et les habitants ; ces derniers devront fournir un homme à chaque g*uet de nuit. En temps de g*uerre, le commandeur ou son lieutenant demeurent jug'es du nombre d’hommes qui seront nécessaires pour défendre le fort et assurer le service du g*uet;

8° Entre le fort du commandeur et celui des habitants, il y aura deux portes que chacun fermera par devers soi, et on ne les ouvrira ou fermera, en temps de guerre^ que pour laisser passer les hommes du g’uet ;

9^ Chaque habitant sera tenu de prendre son jour de guet, et le commandeur y sera obligé

comme un simple tenancier, à moins qu’il ne se fasse remplacer : Je comandador sera terKjiit de badar coma un oiistaJar o de métré hada.

Plus lard, cette demeure, ainsi défendue par ses deux forts, parut elle-même insuffisante aux commandeurs du seizième siècle, que la g-uerre contre les Sarrasins n’allait plus appeler qu’à de rares intervalles en dehors de leurs commanderies. Ce fut le frère Géraud de Massas qui eut la g’ioire d’élever le nouveau château de Gaignac, qu’on peut encore admirer aujourd’hui et qui a vraiment un aspect seigneurial. Ce commandeur, qui occupe une grande place dans l’histoire de la commanderie, et que son intelligence, son énergie et la connaissance qu’il avait des affaires devait appeler aux plus hautes fonctions de son Ordre, administra la commanderle de Caignac de i5i3 à i534, et devint ensuite receveur au grand-prieuré de Toulouse et grand-prieur de Saint-Gilles.

C’est entre ces deux dates (i5i3-i534) qu’il faut placer la construction du château de Caignac. Bâti d’épaisses murailles en pierre du pays, tandis que l’église est tout entière bâtie de briques, flanqué de quatre tours, trois carrées et l’autre hexagonale et surmontée d’un donjon, armé de bouches à feu et de meurtrières s’ouvrant dans toutes les directions^ il était digne de devenir la résidence

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des nobles el braves chevaliers qui s’étaient couverts de g-loire à la célèbre défense de Rhodes, et il pouvait hardiment tenir tête à l’hérésie protestante qui allait déchaîner ses fureurs et ravag*er les alentours.

Un document de la fin du seizième siècle, écrit pendant les g’uerres de relig-ion, renferme des détails intéressants sur le service des petites garnisons féodales, à cette époque troublée. C’est le (( doble del instrument de arrentement de Cal- (( gnacb » Cet arrentement fut fait au château de Calgnac, le 8 juin i58o, par-devant Jehan Engelbert, notaire royal de Lagarde, par noble Bernard de Voysins d’Alzonne, chevalier de Saint-Jean, procureur substitut de noble François de Moreton- Chauberlan , commandeur de Caignac, « lequel « de Voysins d’Alzonne, en vertu de sa dite pro- (( curation, a arrenté et par manière d’arrentemen (( a baylé à Jehan Brincan et Gaillard de Gua- (( lard, marchant de Montclar, présens et accep- (( tans, les fruits, revenus, esmolumens, preds, (( vignes, boys, mettéryes, four banal que le dict « commandeur prend et lève et a accoustumé « prendre au lieu de Caignac, S‘-Michel de Lanès, (( mettérye del Rival, Lagarde de Lauraguays, et

I. Arch. départ, de la Haute-Garonne, fonds de Malte, 1. a5, no 0.

(( S -Jehan del ïort-lez-Caiimont, pour le terme « et espace de Iroys années... et a pris pour chas- (( cune année mil livres foiir/ioijs, revenant à trois (( cents trente troys escus ung* tiers... payaliles en (( Tholose, au collèg'e de S^Jean, à la feste de (( Noël et feste de Pasques. »

Voici les principales clauses et dispositions de cet arrentement : « Les dicts Brincan et de Gua- « lard seront tenus g’arder le chasteau et maison « de Gaig-nac soubs l’obeyssance de Dieu et du (( Boy, en tout temps de pays et de g*uerre, et pour (( ce fére, le dict sieur commandeur sera tenu leur (( allouer sur leur arrentemen en temps de pays « pour la solde de ung* soldat qui g’ardera la porte,

(( affînque le chasteau ne soit surprins, dix livres « pour chascun moys, qui sera par an cent c( ving-t livres revenant à quarante escuz. »

(( Et en temps de g-uerre, ce que Dieu ne veilhe,

« le dict de Voysins, au nom quhl procède, sera « tenu allouer aux dits rentiers quatre soldats de (( surplus à même solde de dix livres par moys (( durant le temps de g-uerre, qui feront en tout (( cinq soldats; et au cas où les dicts Rantiers « seroyent si fort pressés- par les enemys leur (( venant assailhir la mayson, que les dicts cinq « soldats ne porroyent soffire, sera loysible aux « dicts rentiers en y mètre davantaige en cas de '

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(( nécessité et à une extrémité à mesme solde...

« Item et pour le reg*ard de la lumyère qui se (( fera au corps de garde tant en huile que chana dèles, et pour les gaiges de la centinelle qui se (( tient le jour à la tour de la viz (escalier) pour (( descouvrir, le dit sieur commandeur sera tenu (( payer la moitié et les habitants l’autre moitié.

(( Item seront tenus les dicts Rentiers, sans di- (( minution du prix del arrentemen, payer la pence sion du recteur du dict Gaignac, albergue et » autres droits que le sieur commandeur est tenu (( payera la Royne, mère du Roy^ comme comtesse (( de Lauraguays. »

Voici maintenant la description du château de Gaignac telle qu’elle nous est faite pai* messire Denis de Polastron-la-Hillère dans sa visite de 1687 :

(( Avons remarque icelui (le château) estre très (( beau , composé d’un grand corps de maison (( revêtu de quatre tours, savoir trois carrées qui (( sont beaucoup plus élevées que le restant du (( dict chateau, et l’autre estant ronde, dans laquelle (( est le degré (la vis) servant pour monter dans (( tout le dict corps de maison, lequel degré est « partout en pierre de taille depuis le bas jusques « au haut.

(( Montant par le dict degré, il y a une chambre

« bien carrelée, ayant celte salle deux croisées (( d’un côté et une de l’autre (c’était dans cette (( salle haute que se tenaient les cours de justice « de la commanderie).

« A côté de la dite salle, il y a une chambre (( sans cheminée, dans laquelle est un râtelier de (( bois, avec i4 mousquets dessus, desquels il y « en a deux g*rands à croc.

(( Estant montés haut, au sommet de la tour (( ronde, avons trouvé icelle estre faite de plate- « forme avec ses créneaux et mâchicoulis.

(( Tout l’entier chasteau est entouré de murailles, (( de fossés, d’une g-lacière et muni de deux basses- (( cours.

« Entrant dans le chasteau et à côté du dict (( deg-ré^ il y a une grande salle basse, qui sont (( la cuisine et regarde la basse-cour, ayant une (( très belle cheminée , laquelle salle est toute « pleine de coffres et caisses appartenant aux ha- (( bitanls du dict lieu, qu’ils y ont faict porter à (( cause de la guerre. »

Situé au sommet d’un coteau escarpé, peu abordable si ce n’est du côté de l’est, défendu par ses puissantes murailles, le château de Caignac put défier impunément la fureur des Huguenots maîtres du pays environnant, et s’il ne les empêcha pas de dévaster les coteaux fertiles qui l’entou-

LA GOMMANDERIK DE GAIGNAC.

raient, du moins préserva-l-il l’église de Caignac de la ruine et les habitants de tout danger de mort.

Nous trouvons dans les Pièces justificatives publiées par M. du Bourg, à la fin de son Histoire (lu (jrand-prieiirè de Toulouse^ les réclamations de rnessire André de Puylobrier, receveur de l’Ordre au grand-prieuré, adressées, en i588, au sénéchal de Toulouse, Jean de Lavalette-Cornusson, pour obtenir un dégrèvement sur les 12,689 écus qui représentent la part des chevaliers de Malte dans l’impôt que doit payer le clergé de France h Ce dégrèvement était demandé à bon droit <( à « cause des ravages, invasions, volleries, meur- (( très et autres inhumanités perpétrées et faictes « par les dicls hérétiques. — En particulier, la (( commanderie de Caignac , ses membres d’Ai- (( gnes^ metterie de Siraguel, SWean del Tord, la a Cavalerie de Pamiès, S^-Quirc et S^-Gyrons » avaient été ravagés et pillés par les protestants de Pamiers , Calmont , Mazères , Saverdun et Gibel, et André de Puylobrier en donne comme témoins Maître Loys de Paulo , docteur et advocat en la Cour du Parlement de Toulouse, et

I. Du Bourg*, op, cit., p. 22. Voir aussi même ouvragé, I^ièce justificativp n<> 2.

Maître G. de Raymond, docteur et advocat en ladite Cour.

Lorsque la paix fut rétablie, le château de Caig-nac se dépouilla promptement de ses allures militaires. Les inventaires de la fin du dix-septième et du dix-huitième siècles ne parlent plus des vieux mousquets, désormais inutiles, qui décoraient le râtelier d’armes. Ils mentionnent maintenant une série de meubles qui devaient se perdre dans ces pièces trop hautes et trop larg-es pour pouvoir être convenablement aménagées :

(( Une tente (tenture) de tapisserie de Bergame,

« tendue à la salle du dict chateau, dix huit chai- (( ses à bras, un lit, le tout garni de rase feuille (( morte avec' franges de soye, une autre tente de

(( tapisserie , etc., etc. » Tous ces meubles

avaient été achetés par messire de Barbentane. Ce même commandeur avait fait peindre quelques salles du château, et on remarque encore quelques* traces de ces peintures. (iGqS, visiteurs : Claude de Seignouret-Fabrezan et frère Gasbert-Gauran, prêtre, religieux d’obédience , prieur du temple Saint-Jean de Bordeaux.)

Voilà un spécimen d’un ameublement peu luxueux et même peu confortable pour l’époque dont nous parlons. Cette constatation nous porte à croire que déjà, à cette date, les commandeurs

LA GOMMANDERIE DE GAIGNAC.

de Caig*nac, s’ils percevaient très rég*ulièrement leurs revenus, ne résidaient plus habituellement au sièg’e de leur commanderie , et, malg'ré les règ^lements de l’Ordre, désertaient les vieux manoirs féodaux, isolés et incommodes, pour transporter leur résidence dans les g*randes villes, où la vie était plus facile et les relations plus ag-réables.

De loin en loin, les commissaires visiteurs pénétraient dans les vastes salles, admiraient les larg-es et belles cheminées, montaient au sommet du donjon seig-neurial , descendaient aux cachots de la prison, dressaient minutieusement leurs inventaires, notaient, en passant, les réparations urg-entes, et c’était tout.

Les vieux murs durent tressaillir quand sonna l’heure de la Révolution. La tempête qui emportait l’ancien rég-ime ne se contenta pas de mutiler les blasons de Malte qui ornaient la porte du vieux château. Les droits féodaux furent abolis, et cette puissance plusieurs fois séculaire s’effaça, à son tour, devant une nouvelle souveraineté, un nouvel ordre de choses. Le château des valeureux chevaliers survécut pourtant à cette crise; il resta debout, mais sa gloire avait disparu. Témoin attristé de ce passé qui fît sa grandeur et sa force, il se dresse toujours, mais sans espérance et sans ave-

nir, et un miracle seul pourrait Farraclier à son abandon et à son inutilité.

Nota. — Pendant la Révolution française^ le château et terres en dépendant furent déclarés biens nationaux et vendus aux enchères publiques par ^administration du district de Villefranche-de-Laurag-ais.

« Le château, comprenant maison, terrasse, jardin, basse-cour du cj-devant commandeur » , fut adjugé au citoyen Passios aîné, de Villefranche, pour la somme de 5,025 livres (7 mars 179.3).

Le même jour, la métairie du château (la Grange) avec un moulin à vent, pigeonnier, garde-pile, volière, grange, four ci-devant banal, fut adjugé au même pour la somme de 28,100 livres.

La métairie noble de « las Gazalettes », après 8 feux, fut adjugée au citoyen Jacques Tardieu pour la somme de 35,100 livres le 18 mai 1793.

(Archives du Parlement de Toulouse. Vente des biens nationaux, district de Villefranche, registre n® 2.)

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