CHAPITRE XV
Procès-verbal d'une visite épiscopale en 18S0. — Restauration de l'orgue. — Réparations à l'église. — Démolition. — Pose de la première pierre. — Légende latine. — Description des parties restaurées. — Autel de la Sainte-Vierge. — Stalles. ^^ Confirmation par MB' de Prilly. — Solennité en l'boaneur de riaunaculëe Conception — Le conseil municipal est renouvelé. «^ Mort de M. Alex.
Godart. — Secours auk inondés de 1886.
M^' rÉvêque vin^ donner la confirmation le 25 avril 1 850 , fête de saint Marc.
c L'an i830^ 25 du mois d'avril , Nous MarieJoseph-François-Victor Monyer de Prilly, évéque de Châlons-sur-Marney nous étant transporté dans 1& paroisse de Juvigny , pour y faire notre visite épiscopale dûment indiquée à ce jourd^bui, tant pour le spirituel que pour le temporel, accompagné de M. notre Secrétaire, nous avons proce'dé à notre dite visite, suivant Tordre et les cérémonies marquées dans le rituel; ensuite de quoi ayant reconnu que des dépenses notables étoient à faire pour le parfait rétablissement et assainissement de cette église, nous nous sommes borné à en faire la recémmandation, comptant d'autant plus sur le zèle de l'administration de la commune et de celui de la fabrique ^ que ces Messieurs ont déjà prévenu notre intention; en conséquence , nous nous dispensons d'entrer à ce sujet en aucun détail dans cette Ordonnance,témoignantà tous notre entière satisfaction pour le bon esprit dont >cette paroisse est animée, ce qui nous fait justement espérer que la religion y sera de plus en plus honorée et respectée, que le bon ordre et l'union, Famour de la paix n'y seront jamais 4roublés, et qu'elle méritera toujours d'être proposée pour modèle à ses voisins. Ce qui nous en donne cette bonne
iàéB^ t'est l'Aécltidil etùfifeUé i^é ivotts y errons reça àëi âutô^ rites et de tous les citoyens^ et qui nous a beâocdûp tôttôbé. Pour ce qui e»t des réparations à foire à Téglise, neiis recommandons quelles ne soient pas faites sans consulter, demtfudflnt Tavié des hontes de Tart, et qui soient reconnus cà^alrtés de rémplfr les yoèe de radmîdfislrafion.
» La ]»Mine tenue des écoles intéressant la religion et totttf les pères de familles, nous en recommandons le soin à tous^ sous le patronage et de concert avec le pasteur, qui leur donnFe totis les JôUfâ des preuves de son zélé et mérite leur confiante.
» Et sera notre présente Ordonnance lue et publia ati prône de la messe paroissiale, le premier ]oui' de dimanche. Enjoignons à M. Aubeit, cure' de la paroisse de Juvigny, de tenir la main à ce qu'elle soit exécutée en tous les points, et lé cbai'geons de nous informer , d*téi à trois mois, de sa pleine et entière exécution.
» Donné à Gbàlons, le 30 du mois de mai iSSX).
> Signé : f M.-J.-F.-V., évéque de Cbàlons.
> Par Monseigneur : Dakas, cbanoine-secrétairo
Le conseil de fabrique avait appelé, deux fois déjà, rattention du conseil municipal but Fétat de dégradation où était Téglise, et avait demandé une large allocation pour réparations à exécuter aux voûtes, à la chapelle de la Sainie-Yierge et au jeu d'orgues.
Le conseil municipal ne reconnaissant pas l'urgence des travaux, rejeta la demande de la fabriqué.
Celle-ci, confiante en ses ressources et à la générosité des fidèles , entreprit la restauration de l'orgue. Ce travail fut confié à un habile facteur, Alfred Abbey, et coûta environ 2,500 fr. Aussi, comme
harmonie, Torgue de Juvigny n'a-trii rien à enyier à ceux des plus belles cathédrales I
Le 6 novembre 1 850 , le conseil municipal tout entier visite en détail toutes les parties de Téglise, et comprenant, de visu^ qu'elle se trouve dans un état qui menace ruine, décide qu'un architecte sera appelé sur les lieux pour faire son rapport.
H. le Maire présente, le 10 février 4854, au conseil municipal le devis des réparations à exécuter.
Les bras de l'église menacent ruine, la tour, dont les pierres ont été plusieurs fois exposées à l'action du feu , est lézardée en beaucoup d'endroits ; son parement intérieur est entièrement pulvérisé....
Le premier devis , présenté par MM. Collin et Yagny, architectes à Châlons, s'élevait à la somme de 40,000 francs.
Le conseil n'en accepte qu'une partie , et rejette la proposition de reconstruire la tour et d'y élever une flèche monumentale.
Le 1 6 mars 4 851 , nouvelle délibération à laquelle sont appelés les plus hauts imposés. Le nouveau devis s'élevait à 24 ,000 francs.
La commune est autorisée à contracter un emprunt de 17,000 francs à la caisse des dépôts et consignations. On adjuge les travaux le 3 octobre 1852. Avant de les faire entreprendre, M. le Maire, afin de dégager les murs de l'église, ordonne le nivellement du cimetière et le remplissage de la
Fosse-des-Huguenots. Ces travaux de terrassement donnèrent de Touvrage et du pain aux indigents de^ la paroisse.
La démolition des bras du transept commença le mardi de Pâques , 29 mars 1 853. Le 22 avril y M. le Maire fait connaître au conseil qu'aussitôt que les travaux ont été commencés Tarchitecte Ta informé qu'il y a impossibilité de continuer les travaux de démolition des bras de Téglise, sans compromettre la sécurité publique et la vie des ouvriers, la tour ne pouvant rester debout, les bras une fois démolis. Le maire, s'appuyant sur les lois des 24 août 1 790 , i i frimaire an vu , et 1 8 juillet 1 837 , ordonne d'ofSce la démolition de la tour dans les trois jours. Cet arrêté, daté du 30 mars, fut rendu exécutoire le 31 .
La tour étant démolie, il ne fut plus possible de conserver le chevet, de sorte que la reconstruction dut embrasser le chœur, la tour, le chevet, le transept, les chapelles absidiales, la sacristie et jusqu'aux murs du cimetière.
La dépense se trouva être plus que doublée. Un impôt de 20 centimes, la location de la pâture communale tout entière, une allocation ministérielle de 6,000 francs due à l'intervention de M. Alexandre Godart, député au Corps législatif, une souscription volontaire de 6 à 7,000 francs, permirent à la commune d'entrevoir la possibilité de se liquider dans un avenir encore éloigné.
La bénédiction de la pretiiière pierre fut faite par M. le Café, en présence de M. Godart, des autorités locales et d'un grand nombre d'habitants.
Une boîte en plomb, contensttft (pielques pièces de monnaie de TEmpire français au millésime de 18S3, ainsi qu'une inscription sur parchemin, fut renfermée sous cette pierre. En voici le texte :
Sud invocatione
Seatœ Marias Virginis Deiparœ,
Hujus Ternpli
Partim raBdificati,
Pio IX, Summo Pontifice ,
Napoteone lll, Imperatore régnante,
D.D. M.'J.'F.-V. Uonyer de PriUy,
Episcopo Catalaunensi ,
1>. Chaê8aigne,ProQinciœ Catalaunensis Prœfecto
Petra principaiis
jÉ M*^ Petro-jilexandro Auberi,
Ecclesiœ Beatœ-MaricB^F'irginis Parocho ,
Solemniter benedicia,
A D. Joanne^Martino Mestrude,
Bu/us vici Juvinietcensis mâgistratu
Fait poêita
Die mensis Julii decimà,
Anno ab Inceernatione Domini
Coràm D. Alexandro Godart, honorabiU viro,.
Urins Catalaunensis magiêtraiv,
Uno ex Intperii Gailiei leçiêiaioribua, eic*
Et eiiàm €oràm vici tBdiiièus:
X>. D. Joarme^Antùniù Btahêu,-^ Ludo^ico^AihQ^ nasio Conttnet, '^ Ludovicù-Theodoro Carré, **^ JtniofdO'Francisco-Paachâ Uorgue, — Ni-- ^ekuh'Peiro IMètrt , -^ Amàrosio*ZacAariâ Berlequin , — Alexandro Debin , — Antonio Sevêstre, — yictore^Alexcuidro Goujard, — ALntonèo Regnctult, -^ Prosper Chauvet /
Nec non
D^D. Francisco^lSicolao Carré, — Frederieo Re- 4^nault, — Martâ - Oliverio Maheu, ~^ A.^Z.
Herleçuin,—- Joanne- Antonio Debin, — Joanne^ Alpino Maheu, Ecclesiœ B,»M. Virginie bonorum Administratoribus.
D»D* CoUin et A, Vagny, Catalaunensee,
Hujtis Ecclesiœ fuerunt architeeti; D'D» Pocket et Berton , opéra inchoârunt,
Quœ Deue
diuspice Beatâ* Maria Immaculatâ,
Et duce JuMtino Laidebeur^
Ad faustum perdèicat !
Amen*
-^ L,S, Ecclesiœ L.S: Mestrudb, maire;
B.'M.-V Juviniacensis. Alexandre Aubrat^
curé de Juvigny.
Les travaux de restauration de l'église durèrent environ quinze mois. Le service religieux ne fut point pour cela interrompu. Un grand mur de séparation avait été élevé entre la nef et la partie démolie et permettait de célébrer les offices dans la nef. Dès ce moment, les chantres montèrent à l'orgue ; cette mesure a eu pour effet de démasquer l'autel, et de permettre à l'organiste d'accompagner le chant.
Les restaurations de l'église ont porté principalement, comme nous l'avons vu, sur la réédification du chevet, des bras et de la tour.
Le chevet, formé en plans de lignes polygonales^ a en élévation dans chacune de ses faces, la fenêtre sévère du xm* siècle ornée de colonnettes engagées dans les piédroits et couronnées par une ogive équilatérale.
Comme l'ancien chevet, les faces extérieures de celui qui existe sont ornées , au-dessus des fenêtres, de petites arcatures en relief qu'on rencontre rarement dans les édifices et qui produisent un très bel effet. On a reproduit au-dessus de ces arcatures l'ancienne corniche à modillons et à billettes. La réunion des différentes moulures forme un jeu d'ombres d'un effet très gracieux.
Les contre-forts de ce chevet ont été copiés sur les anciens. Ils sont peu saillants, et leurs différents étages sont amortis par de larges glacis.
La rencontre des facettes intérieures du chevet
est ornée de faisceaux de colonnettes destinées à recevoir la retombée des voûtes. Chacune de cescolonnettes est portée sur des bases reproduisant les profils de Tépoque et couronnée p^ des chapiteaux à feuillages d'une grande richesse.
On remarque surtout, sur la face de droite, une piscine à arcades jumelles^mariées par un pleincintre, dont les chapiteaux, copiés sur ceux de la S^®- Chapelle, ne le cèdent en délicatesse qu'à Télégante sculpture de la tablette qui forme la base des arcatures de cette piscine.
L'effet produit par l'ensemble des nervures qui , partant toutes des angles du polygone pour venir s'amortir dans la riche clef de l'arc-doubleau principal, est très remarquable.
Les grisailles qui ornent les grandes baies du chevet sont dues à un peintre verrier de Châlons ^ M. Maxime Liénard, et attestent l'étude approfondie que cet artiste a du faire des belles grisailles^ de la cathédrale de cette ville.
Celle du milieu sera bientôt remplacée par une verrière historiée que la famille de M. Alexandre Godart , pour perpétuer le souvenir de cet homme honorable, a commandée à M. Maréchal, de Metz.
Le chevet est séparé du chœur par deux arcades ogivales qui donnent jour sur les chapelles ajoutées au croisillon.
Ces chapelles, dont l'exécution n'est pas encore entièrement terminée, ont déjà des niches à élégants
jambages avec statues et ohapiteauK ornés de très jolis feuillages.
Un magnifique autel en pierre de Tonnerre, avec arcatures ornées de chapiteaux et de quadrilles, ainsi que d'une statuette de la Vierge-Mère sculptée dans Tarcature du milieu , enrichi d'un tabernacle de même matière et de gradins richement sculptés , fait maintenant Tomement de la chapelle de la Sainte-Vierge.
Des vitraux que doivent offrir pour cette chapelle et celle de Saint-Pierre M. et M"' Jules Garinet, de Châlons, achèveront d'en faire un bijou architectenique.
L'autel de la Sainte-Vierge , exécuté d'après les plans de M. Vagny, architecte, dans le style du XIII® siècle a été sculpté par M. Chartes-Auguste- Ferdinand Bréhon (1).
La société Française d'archéologie pour la conseryation des monuments historiques, réunie àChâlons, a voté pour cet objet un secours de 400 francs, pendant sa session de mai 4 865.
Le chœur de l'église, formé de quatre grandes arcades dont le sommet dépasse dé beaucoup celui des autres, est d'une grande légèreté, en raison de la délicatesse des piliers découpés par une multitude de colonnettes, qui cherchent à déguiser la masse de pierres nécessaires pour supporter la toiir destinée elle-même à recevoir la flèche pyramidale à clochetons ornés et aux plombs à feuillage.
(1) L'autel a coûté 2,000 francs.
Les quatre faces extérieures de la tour sont percées de fenêtres ogitales avec jambages à colon^ nettes engagées, portées sur de larges glacis, reliées entre elles par des frises courantes et surmontées par une belle corniche à modillons circulaires.
Le défaut de ressources n*a pas encore permis à Fadministration communale de couronner cette belle tour d'une flèche monumentale I
Les bras sont éclairés par de grands vitraux à meneaux en pierre avec ogives renfermant le& quatns feuilles, les roses et trilobés des élégantes fenêtres de nos grandes cathédrales, en tenant compte toutefois des différences qui doivent exister entre ces grands monuments et une humble église de village.
On a profité de la saillie formée par le collatéral du coté sud pour placer la tourelle qui Contient le colimaçon ou escalier du clocher. Cette tourelle, dont le plan est hexagonal, est percée de plusieurs petits jours à pans coupés, et couronnée par une corniche dont les fleurs rappellent celles qui existaient dans quelques fragments des démolitions. Un petit pyramidion en bois et ardoises dont l'épi est à clochettes épanouies et à différents étages de feuilles frisées, surmonte la tourelle du clocher.
En résumé, les chapiteaux qui surmontent toutes les colonnettes de cette partie de l'église et dus au ciseau de M. Bréhon , sont d'une grande richesse. Les gargouilles, sculptées par le même, aux frais de
de M. le Curé, rappelant les chimères du xni® siècle, et quelques-unes, les figures d'une époque plus récente, sont bien groupées (1 )• Les bases qui donnent un caractère de solidité au pied de toutes les piles sont bien profilées, et toute cette restauration rappelle la vieille construction qull a fallu démolir par mesure même de sécurité publique.
La dépense de ces travaux de construction, y compris les murs du cimetière , s'est élevée à une somme d'environ 50,000 francs.
Quant à l'ameublement, c'est la fabrique qui en a supporté les frais. Des bancs neufs ont été construits, ainsi qu'une armoire de sacristie, etc.
Quatorze belles stalles, en bois de chêne verni, ont été placées dans le chœur, la veille de Pâques 4855. Les moulures de ces stalles, la sculpture des miséricordes et des crosses , l'assemblage des dossiers et des panneaux reproduisent fidèlement les belles stalles du xiii® siècle de nos grandes basiliques (2).
La grille du Sanctuaire a été donnée par M. Mes-
(1) Une des gargouilles représente une perche. C'est une arme parlante. Elle a été donnée à ce titre par M. Perche^ notaire à Reims.
Une autre est le portrait fidèle de Tépagneul de M. le Curé.
(2) La menuiserie exécutée par M. Joseph Meibourger, menuisier à Ghâlons, a coûté, y compris les lambris d'appui, 1,120 fr. — La sculpture, due au ciseau de M. Ch. Bréhon, parent de M. le Curé, a coûté 800 francs.
Ces stalles ont été posées et construites aux frais de quelques ha-
trude, alors maire de Juvigny. Elle est d'un bon style et produit un bel effet.
Les tableaux placés sur les murs de Téglise ne gênent en rien la vue des lignes architecturales. Ces tableaux ont été parfaitement restaurés par un artiste champenois, M. Eugène Gérault, de Sainte- Ménehould.
Quelques sculptures anciennes , quelques vieux chapiteaux, des têtes grimaçantes ont été incrustés dans les murs extérieurs, comme les nobles et glorieux débris d'une époque qu'on a traitée de barbare, et qui n'en était pas moins la plus belle expression de l'art chrétien. Sublime barbarie, en effet, qui sculptait le portail de Reims, la magnifique église de Saint-Remi I Bienheureuse supers-
bitants, qui, moyennant le paiement d'une stalle, en ont la jouissance leur vie durant, sans aucune redevance annuelle à la fabrique.
« Ont souscrit :
MM. Mestrude (Jean-Martin), ancien maire de Juvigny ; Godart (Léon), propriétaire du château de Juvigny ; Le Bienvenu du Buse (Gustave), flûtiste -improvisateur, académicien, propriétaire du château d'Amicourt (Ardennes) ; Debin (Jean- Antoine), propriétaire, cultivateur à Juvigny ; Herlequin (Jacques-Ambroise), propriétaire ûf.;
Bonnart (Jean-Pierre- Aiiguste), maire id.i
€ontenet (Louis-Atbanase), propriétaire id.;
Regnault (Frédéric), id, id,,
Jacquier (Victor-EIoi), propriétaire et maréchal , id.j Carmier (Antoine), menuisier t'd,;
Carré (Louis-Théodore), propriétaire id,^
Carré (Louis-Etienne), propriétaire-cultivateur, id.; Bradier (Zacharie), père, propriétaire id,
Debar (François), fermier du château de Juvigny.
titioQ qui écrivait son symbole mr les Toussures de la cathédrale de P^U, qui étevait FimioorteUe Noire-Dame de Ghâloos 1
Dans uoe visite que fit à Juvigny» M^'^ de PrîUy, le 31 mai 4855, il félicita les habitants du sèle qu*ils avaient déployé dans la reconstructiqa de leur église.
« Ce fut eatle fois vejp* invigoy que m» oourae fut dirigée,
écrit-U dao» le CQmf.tc-rendu des vbites épiscopales , tout y avoîtun air dç fête, les yisage& rayonnoient de joie, tout le monde paroissoit content. Je Pétois beaucoup aussi , me trouvant au milieu de gens st honnétef et fi empressés qw wt fait Tolen liera de ai grand* 8aori0ce9pour la reo^iwlrqc^ tion de leur église, laquelle se Irouvo embellie maintenuit de riches vitraux, garnie de stalles, à Tinstar de notre cathédrale ; tout eela fait honneur au zèle des paroissiens. Oo a 4a eoeiur à Juvigoy, et j*ai grand plaisir à le eitcr paar «sem* pie. D^ailleurs, les assistants étoient nombreux dans notre assemblée, ceux de Coudé, Aigny, Jftions, Aulnaj, Livry, Louverey, Petit— Mourmelon,yaudemange, La Veuve, Isse, y étoient venus ; tous avoient répondu à Pappet avec une grande ardeur ; les plus jeunes enAials y étoient aoeompa— gnés de leurs mères. Mais ce fut surtout lorsque j'annonçai la prière pour notre armée , qu'il y eut un vif élan dans toute Tassistanee, un élan tout patriotique et françois. De tels sentiments sont honorables pour une paroisse. >
Le 4 5 avril avaient eu lieij les premières communions, et le soir de eette fête, la solennité en l'honneur de rimmaculée Conception de Marie , solennellement définie en décembre 1854. Un salut avec procession auquel avaient été invités MH. Hunier , curé de Condé , Frouard , curé de Matougues , Changuion, curé de Recy, Chapusot, curé d' Aigny,
Cuinat, curé 4e VrauK et auquel aasiste^ient 4,500 persi^Dueç au moins ^ fut chanté le soir à huit heures. L'église était o^agnifiquemeut tlluminée. Plu$ de six cents godets et lanternes vénitiennes aux couleurs variées projetaient mille geil)es de feu . . . C'était un spectacle tout chrétien et innac* coutume. Le ^rmon fut prêché par H. le curé d'Aigny, qui fut admirable d'éloquence, de l'éloquence du cœur. Les fidèles en sortant de l'église, reposaient agréablement les yeux sur un transparent qui ornait une des fenêtres du presbytère. C'était la copie de l'admirable Vierge de Murillo, reproduite par M. Eugène Gérault. Cette journée , digne oouroQQiement de la première communion , a laissé d'agréables souvenirs dans le cœur des assistants. C'est en cette même année 1 855 que M. Jean- Pierre-Auguste Bonnart succéda, comme maire, à M. Mestrude, démissionnaire, dont l'administration avilit été douce et paternelle et si bien remplie.
Le conseil municipal fut aussi renouvelé. Les nouveaux membres Âirent MM. Jacquier et Léon Oodart, du château de Juvigny.
Le père de ce nouvel élu ne tarda pas à succom* ber aux suites d\ine longue maladie. Il mourut, le 4 janvier 1 856, après avoir reçu, avec une grande piété, les sacrements de l'église, à l'âge de soixantedix ans.
H. Alexandre Godart, officier de la Légion d'honneur, député au Corps législatif, membre du
Conseil général de la Marne , ancien payeur du département de la guerre , ancien maire de Juvigny et de la ville de Châlons, ancien colonel de la garde nationale, correspondant du Conseil d'agriculture, etc., « avait fondé le Comice agricole qui, sous son active impulsion, s'éleva bientôt à un état <le prospérité qu'il conserve encore.
» M. Godart se plaisait aux champs, il suivait lui-même l'aménagement et la culture de son beau domaine de Juvigny....
» Les épidémies, les révolutions l'ont toujours trouvé calme et préparé. Rien n'arrêtait ses travaux agricoles, rien son administration laborieuse des intérêts de la ville de Châlons , rien l'ordre et la régularité qu'il avait su imposer aux établissements de charité.
y> La main de M. Godart se trouva partout où il y avait du bien à faire.
» Il a tracé dans l'histoire de notre cité un sillon qui ne s'effacera pas. Nos arrière-neveux, en voyant les monuments qu'il a élevés, les œuvres qu'il a accomplies, comprendront cet immense concours de citoyens^ de pauvres, de sœurs de charité, de vieillards infirmes qui, les yeux en pleurs, viennent l'accompagner jusqu'au lieu du repos !... Ils s'asso- <;ieront à notre vive et profonde reconnaissance (1 ) . »
(!) Discoure prononcé sur la tombe do M. Godart, le 6 janvier, par M. Caquot , président de la Société d'agriculture , dont M. Godart était membre titulaire. {Journal de la Marne, du 9 janvier t8S6.)
Inutile d*ajoi^ter qu'une grande partie de la population de Juvigny assistait aux obsèques de M. Godart, pour lui rendre un pieux et dernier devoir, un suprême témoignage de gratitude.
Je terminerai ce chapitre par un fait qui honore les habitants.
Des inondations terribles sont venues de nouveau plonger des familles dans la plus profonde misère. De grands fleuves ont rompu leurs digues; le Rhône, la Saône, la Loire, le Cher ont envahi les champs, bouleversé les vignes, dévasté les riches vallées, déchiré les coteaux, fait écrouler des centaines de maisons, des établissements, des hameaux, des villages entiers.
A la nouvelle de ces lamentables désastres , et quoique leurs récoltes en foins fussent presqu'entièrement perdues dans la prairie, les habitants de Juvigny offrirent volontiers leur obole. Une somme de 234 fr. 80 cent, fut recueillie , par les soins de l'autorité locale , en faveur des inondés. Il est superflu de citer les noms des donateurs, il suffit que Dieu les connaisse I Un pays,une ville, une nation comme l'individu, attireront toujours sur eux, par la charité, les bénédictions célestes I