‹ Monographie de la commune de JuvignyChapitre 18 sur 19 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

M. Turpin quitte Juvigny. — Son déToiieinent dans un inoendifi h CheminoB. — M. Gtraux lui succède. — U meurt.— M. Aubert le remplace. — Sa réception à Juvigny. — Erection d'un monument, à la mémoire de l'abbé Giraux. — Incendie à Juvigny. — Cherté des snbstslances en f846. — Appel en faveur des malheureux. — Nouvel incendie. — BévolotioD de {848. — Comité électoral. — On arbore le drapeau de la République. — Bénédiction de Tarbre de b liberté. — Élection des. repvésentEKDts. — Journées de juin. <-- Paniqne k Juvigny. — Hussards k Juvigny. — Elections mimicipales. — Proclamation de la Constitution. — Nomination du Président de la République. ^- Bénédiction du drapeau du bataiUoa cantonnai. — Election de huit représentants à l'Assemblée législa« live.

Après tin séjour de dix ans dans la paroisse,. M. Turpin accepta le poste de Marcilly^sur-Seine ,. ou il demeura deux ans. Il fut appelé ensuite à la cure de Cheminon. C'est là (ju'îl fut victime d'un accident terrible. Laissons parler le saint et vénérable évêque de Châlons :

< Un incendie s^étant déclaré à Cheminon, écrit-tl dans le Journal de la Marne du 21 novembre iSiS, M. Turpin, euré^ de cetla parois«e, y est aecsouru el a fait preuve d*tttt grand zèle. Il a été blessé, la gangrène 8*est mise à la plate ^ il ^ fallu lui couper la jambe. II a subi cette opération ayec ua merveilleux courage, après avoir reçu, avec une grandepîèté, les sacremenis. Pendant ropéradoii, sea parolssiena <Mit été admirables; Péglise dtait remplie; de taut» part, en pleuroit, on frémissoit, on faisoit des vœux pour celui qui ^'ètoit, lui aussi, sacrifié. Nous attendons maintenant les^ stiites. Que tout cela est touchant et propre à faire aimer les pasteurs et cette religion qui inspire de tels dévouements. >^

En même temps, Monseigneur faisait expédier à M. l*abbé Turpin des Lettres de chanoine honoraire de la cathédrale.

Deux ans plus tard, à la fin d'août 1850, le Président de la République passait à Châlons.

< Monseigneur , à la tète de sou clergé , fut présenté au Prince. Sa Grandeur lui ayant fait part des bons sentiments et du dévouement dont son clergé a donné des preuves, a cité enlr^autres faits, la conduite courageuse que M. Tabbé Turpin , curé de Cheminon , a tenue dans un incendie à la suite duquel ce brave ecclésiastique a du subir l'amputation d*une jambe. — Cette belle action, a dit M. le Président, mérite une récompense; je donne à ce digne prêtre la croix de la Légion dMionneur (i). >

M. Turpin ne pouvant plus, à cause de son infirmité, exercer plus longtemps le ministère pastoral à Cheminon, demanda à échanger sa cure contre un poste moins diflîcile qui lui permît de prendre un peu de repos. On lui offriUle titre d'aumônier de FAsile d'aliénés de Châlons , place qu'il occupa peu de temps. Bientôt une paralysie vint clouer sur un lit de souffrances ce prêtre zélé et le ravir au service actif de l'Église.

Il avait été remplacé à Juvigny par M. Giraux, Jean-Baptiste-Toussaint, né à Aulnay-l'Aître , le i 4 janvier 1 81 7, et ordonné prêtre, le 1 juin 1 843. Il prit possession de la succursale de Juvigny, le 4 4 juillet suivant, mais ne commença ses fonctions qu'au mois de septembre.

(i) Jourrtalde la Marne, numéro du 30 août IStfO. — La promesse n'a pas reçu son accomplissement. . . .

A peine était-il arrivé, qu'une épidémie sévit dans la paroisse ; c'était la dyssenterie. M. Giraux fit ses premières armes près du lit des malades et des mourants , et sut , dès son entrée dans la carrière pastorale, se concilier l'estime et l'affection de tous ses paroissiens. Il eut le bonheur d'en ramener plusieurs à la pratique des devoirs du christianisme.

Il ne devait pas jouir longtemps de ces consolations. De plus solides et de plus durables lui étaient réservées.

Le 1 2 janvier 1 845, fête de l'Epiphanie, il célébrait encore, quoique souffrant, l'office dans ses deux paroisses; après les vêpres, il se mettait au lit atteint d'une fièvre miliaire que les secours de Tart furent impuissants à conjurer, et dans la nuit du 1 7 au 1 8 , il expirait après avoir reçu tous les sacrements de l'Église, par les mains de M. Daras, curé de Vraux.

Cette mort inattendue et si prompte fut comme un coup de foudre pour la paroisse, et grande fut la douleur de tout le troupeau à la nouvelle de la perte de son bien-aimé pasteur I

Ses obsèques eurent lieu le lundi 20 ; le Journal de la Marne en rendit compte en ces termes :

« Lundi, 20 de ce mois , une cérémonie bien triste avait Ueu 4 Juvigny ; on portait en terre la dépouille morteUe du jeune curé de cette commune, M. Giraux, enlevé à l'âge de vingt-huit ans à ses paroissiens et à ses amis. On attribue la mort de ce jeune prêtre à son dévouement religieux.

Cbftrgé 4e faSro TolSoe de Téglne de la Veutc, il a lutté contpo une iudts^ositioii pour contiouei* rinsiruetion des enrants qu^il préparait à la première communion. Il a élé Tictime de son ^èle.

> Ausaî lee regrets ue lui ont pas mamfué ; malgré une f>lme torrentielle, oa voyait à son eoterremcitt quatone |)pétres venus presque tous à pied de distances éloignées. La réunion des conseils municipaux avec leurs maires et adjoints, des communes de Juvigny et de La Veuve, attestent aussi de la sympathie qu'avait inspirée à tous ce regrettable prêtre (1). >

L*acte de sépulture fut signé pas* MM. Baras, curé de Vraux, délégué pour y procéda par le doyen du canton de Châlons] Pommois, curé de Chaoïpigneul ; Frouard^ curé de Condé^ Géant, curé d'Athis; Giiyot^ curé de Jalons; Le Pointe, curé de Vitry-la-Ville; Monchablon, curé d'Aigny; Frison , curé de Moncetz; E. Payart, curé de Mar tougues; Adnet, curé de Pocancy; Barat, curé de Coolus; Mongeois, vicaire des bospices^ Ch. Terriez, prêtre, économe du petit séminaire^

< M. l'ftkfbé Aubert, Pierre-Alexaadre, né i Poix (Marne), le 16 février i820, ordonné prêtre par M(' de Prilly, le iO juin iSiS, ancien vicaire de Sainte-Ménehould, a pris possession , le février 18tô, de Véglise Sainte- iffadetelne de La Veuve et de Téglise dto Notre-Bame de Javîgny , à h desserte desquelles il avait été nommé, par ordonnanee de Ut' Tévéque, en date du 29 Janvier 18i5.

» tJne réception solennelle avait été préparée dans les deux paroisses à M. Vibbé Aubert) qui est arrivée La Veuve, «ccooipagné de M. J. (Sarinet, conseiller de préfecture (fj*

1(1) Journal de la Mafne, numéro du 38 janvier 1845.

A cette occasion , M. J. Garinet a fUt revivrt, dans celte pt-

» De La Veuvo, H. Tabbé Aubert a été conduit à Juvigny. La compagnie des pompiers et la garde nationale étaient sur pied. M. le maire et les conseillers municipaux s'étaient rendus k la maison curiale ; le clergé y arrivait aussi en ordre de procession, précédé de toutes les jeunes filles habillées de blanc avec leurs bannières et le bâton de la Sainte-Vierge. M. le maire a complimenté le nouveau pasteur; puis on a entonné \e Benedictus, et le cortège se mit en marche pour se rendre à réglSse, au son des cloches, au bruit des tambours et de la mousqueterie.

» M. Tabbé Daras , curé de Vraux , délégué pour faire la cérémonie de Finstallation , y ft procédé selon l'usage et a adressé au nombr^u» auditoire qui remplissait Téglise , un discours des plus touchants sur les avantages et les devoirs du saint ministère.... La messe fut chantée solennellement. On voyait rayonner sur tous les visages un air de contentement et de satisfoction qui les soulageait de la perte récente qu'ils venaient d*éprouver (1) ! >

Toisse , un ancien usage qui consistait à porter diverses offrandes lors de la réception des curés-desservants. Ces offrandes sont d'ordinaire un pain de froment, un denier d'argent et une corbeiliée de seigle ; elles sont présentées par la personne qui amène le prêtre au pays. En cette circonstance, c'est M. Jules Garinet , qui , précédé d'une jeune flUe qui avait été désignée par le maire , a présenté ces offrandes qui ont été abandonnées par M. Aubert à cette Jeune fille qui est la sœur de neuf enfiànts. M. le maire a du dresser procèsverbal de cette réception et du rétablissement de cet usage des offrandes. — Revve de la Mame de Sainte-llénehould , du 17 février 184».

(1) Extrait du JmtrfMl de la Marne, du 13 février I84«. — On comprendra fecilemeat qae nous citions souvent les firailles publiques pour l'histoire de oes derniers temps, attendu qu'il nous répugne infiniment de raconter nous-mème des laits dans lesquels nous avons été acteur, et que cependant nous tenions à ne pas passer sous silence.

« Le 27 mai , Mv TÉvéque vint donner la Confirmation dans la paroisse de Juvigny. Cette fête religieuse avait réuni dans la belle église de ce village la plus grande partie des liabitvnts. Aussi, Monseigneur leur en a-t-il témoigne toute sa satisfaction. Après la cérémonie, il s*est rendu procèsaionnellement au cimetière et a prononcé sur la tombe de M. Giraux, Toraison funèbre de ce digne prêtre entevé trop tôt à Pamour de ses paroissiens et à Testime de ses supérieurs (1). >

Bientôt, sur la proposition de M. le curé, une souscription fut ouverte pour ériger à sa mémoire une modeste pierre qui redît à tous son nom et ses vertus. Ce projet reçut l'assentiment général , et le conseil municipal, s'associant à cette bonne pensée, vota la concession gratuite et perpétuelle du terrain nécessaire à Térection du monument.

Monseigneur écrivait à M. le curé la lettre suivante, en l'autorisant à le bénir :

Chàlons, 24 janvier 1846.

c Je vous autorise, mon cher M. le curé, à bénir la croix que TOUS avez érigée sur la tombe de votre prédécesseur, Texcellent Giraux, objet de nos regrets, et qui a laissé de si précieux souvenirs à Juvigny. Ce monument fait honneur à la piété et au bon cœur de ses paroissiens.

> Tout à vous en N. S.,

> f M. J., évéque de Chàlons. »

M. Tabbé Blion , chanoine de l'église cathédrale de Chàlons, oncle de M. Aubert , procéda à la bénédiction du monument, le 28 janvier, en présence

(1) Journal ce la MarnSf 31 mai i84!S.

de plusieurs ecclésiastiques, des autorités de la commune, des parents du défunt et d'un grand concours d'habitants (1).

< La commune de Juvigny avait été, dans la nuit du 16 au i7 décembre, le théâtre d'un incendie considérable. Cinq maisons et trois granges ont été brûlées. Une femme de soixante-quinze ans , nommée Victoire Pannerot, qui était malade et inCrme , a été asphyxiée. A la première nouvelle du sinistre , les pompiers de Châlons sont partis avec deux pompes. Un détachement de cuirassiers y a été également envoyé. Tout porte à croire que la cause de ce sinistre est «ccidenteile.

» La perte mobilière est évaluée à 9,000 fr. et celle en immeubles, à 6,000.

» On signale à la reconnaissance publique M. Mestrude, octogénaire qui n'a pas quitté la chaîne, le jeune Z. Girot, qui a sauvé au péril de ses jours deux personnes âgées en danger d'être asphyxiées, et les pompiers de Vraux qui ont retiré des flammes le cadavre carbonisé de Victoire Pannerot, ainsi que M. le Maire de Vraux, dont le dévouement a été déjà remarqué dans le désastre de iS42 (2). >

Sur la fin de 1 846 , des débordements extraordinaires étant venus plonger dans la plus affreuse détresse les habitants des bords de la Loire et de ses affluents , M*' TÉvêque ordonna qu'une quête serait faite dans toutes les paroisses pour ces malheureuses victimes.

En conséquence , « M. le Curé a déposé au se-

(I) Le monument a coûté 9S0 fr. Les fidèles de La Veuve ont contribué, pour leur part , à son érection, ainsi que quelques amis du défunt.

(i) Journal de la Marne des 18, 90 et 35 décembre 184K.

orétariat de révêché la s^unoie de 4 80 fr. 2& cent., produit de la. quête qu'il a faite à domicile avec H. Mestrude , maire de Juvigoy , en faveur des inondés de la Loire (1).

Tout alors était d'un prix excessif, }e bureau de bienfaisance était à bout de ressources , et les pauvres de Juvigny souffraient. H. le Curé fit un appel en faveur des malheureux qui se trouvaient sans pain. Au nombre des personnes charitables qui l'entendirent, il faut citer un vénérable vieillard, qui depuis est allé recevoir la récompense de sa charité, M. Pierre-Didier Mestrude. Il mit à la disposition du bureau une somme importante qui parmitde continuer les distributions hebdomadaires de pain aux indigents.

L'année 1 848 , si fertile en événements , commença à Juvîgny p^ un incendie.

« Il éclata le 2 janvier, un pea avant dix heures, et consuma dau^e portées de bâtiments, bion qu'il n^ait dur^ que trois quarts d'heure.

» Le feu a pris dans la maison d'un individu dont les habîtudea d*iiitempéraoce faisaient, depuis ktngtemps, orftindrt UA p^reâi é>vèoemQajU Ç*e&t le. troisièoie qui frapp« Juvigny depuis cinq ans. Mais grâce au zèle et au dévouemioat de tous, on s'est heureusement rendu maître du feu, au moment où il s*en fallait à peine de Tintervalle d'un mètre que \m flaoïnDas nVUeigoiasent des grangea. el des éciKiea couvertes en chaume.

» M. le Préfet s'est rendu sur le Ueudu sinistre en roéve temjiis qu'un escadron de cuirassiers.

(I) Jovmal dé la Marnt, numéro du 94 «ovembre 1H6.

« Les curés de Condé et de Vraux ont suspendu leurs offices, pour venir à la tâle de leurs paroissiens, apporter àe prompts secours.

> La perte totale, mobilier compris, peut être évaluée à 1 1 ou 19,000 francs (1). »

La Révolution de février 1 848 fut acceptée avec Calme à Juvigny, Elle ne suscita dans les esprits ni grande terreur ni grand amour.

Juvigny eut aussi son comité électoral républicain. « Il se constitua le 19 mars. H. Aubert en fut élu président, M. Mastrude, vice-président; H. Charbonnier, secrétaire, et M. A. Haheu, vicesecrétaire (2).»

< Le 26 mars, après les vêpres, la ^arde nationale de Juvigny s'est mise sous les armes pour arborer le drapeau de la République. Toute la population était présente à cette eéréoionie. Un drapeau a été placé sur la maison commune, un autre sur Téglise.

> Le comité électoral républicain s*est ensuite réuni au lieu ordinaire de ses séances pour procéder à Télection de quatre nouveaux membres. Les suffrages se sont réunis sur MM. Carré, capitaine, Âtbanase Contenet, J.-F. Coutier et Pierre Poisson (5). »

"^ Un retard ayant été apporté aux élections générale» des représentanta du peuple, < le comité électoral de Juvk piy proteste contre ce retard. U regrette amèrement que le jour choisi pour les élections soit précisément le j^ur de Pâques, où les fidèles, même les plus indifférents, s'em-pressent d'assister aux solennités religieuses.

» Le oemité électoral de Juvigny voit avec peine que Tin-

<1) Journal de la Marne, des 4 et 11 janvier 1848. (%) Idem, du 29 mars 1848.

(3) Idem, du 95> mars 1848.

timidation des deux cent mille ouvriers que le Gouvernement nourrit à Paris dans les ateliers nationaux, Tait poussé à ce mouvement rétrograde (i). >

— Le comité priait en même temps le commissaire de la République de désigner Juvigny comme chef-lieu d^une section électorale. On ne fit pas pour cette fois droit à une demande aussi légitime.

— < Le iO avril , un' arbre de la liberté , épicéa gigantesque, offert par M. Alex. Godart, maire de Ghàlons, a été planté sur la place publique de Juvigny. Cet arbre avait été déposé près de Téglise. La garde nationale en armes et en uniforme vint se joindre au clergé, et le cortège se mit en marche. On entendait dans les rangs des chants patriotiques. Les cloches sonnaient en volée. A son arrivée sur la place, Tarbre fut salué par une décharge de vingt-et-un coups de mortiers. On Torna de drapeaux et de banderolles aux couleurs nationales. Aussitôt qu'il fut élevé de terre, un profond silence régna dans Pimmense assemblée de spectateurs. M. le curé, entouré des autorités et de la garde nationale, prononça un discours de circonstance, dans lequel il s'attacha à montrer que la vraie liberté est non la licence et Tanarchie, mais cette semence divine de charité que le Sauveur a jetée du haut du calvaire, et que le sou£9e des âges a répanda sur le monde, en faisant de tous les peuples un peuple de frères !

> Des cris de vive l'Église ! vive Pie IX ! vive la République ! se font entendre. Le Domine salvam fac Bempt^Ueam est entonné par le clergé et répété par un chœur nombreux de voix. L'arbre est béni. En ce moment, les tambours battent aux champs; au brnit de la mousqueterie se mêle celui des cloches, et le clergé reconduit par la garde nationale, rentre à l'église.

» Le reste de la soirée s'est passé en réjouissances publiques (2). »

(i) Journal de la Marne, du 3 avril 1848.

(%) Idem, du 13 avril 1848.

— < Le bataillon cantonnai de Juvigny s'était réuni avant cette cérémonie, pour nommer un chef de bataillon et un porte-drapeau.

M. Coutier (Hubert-Isid.), tonnelier à Juvigny, fut élu chef de bataillon, et M. Bfaheu (Antoine), porte-élendard (i). >

— «Les élections, pour la représentation nationale, eurent lieu le 23 avril, fête de Pâques, avec un ordre admirable. Malgré le mauvais temps , presque tous les électeurs des communes rurales sont venus déposer leur bulletin. Plusieurs communes , celles de Fagnières et de Juvigny y entr*autres, sont arrivées en ordre et précédées de leur maire et de leur curé (1). >

La veille des élections , les délégués des communes d'Aigny, Condé, Isse, La Veuve, les Grandes- Loges , Saint-Élienne , Saint-Martin-sur-le-Pré , Recy , Vraux , s'étaient réunis au bureau du comité de Juvigny , à l'effet de s'entendre sur la liste des candidats.

L'assemblée adopta les noms des citoyens Léon Faucher , Pérignon , Dérodé , Bertrand , Ferrand , Leblond , Bailly , Aubertin et Jules Garinet.

Ce dernier, malgré vingt-sept mille voix, ne fut point élu. Les huit premiers et le citoyen SouUié, de Reims, réunirent la majorité des suffrages et furent proclamés représentants du peuple à l'Assemblée nationale constituante.

Ils se réunirent le 4 mai.

Le 24 juin éclate à Paris une insurrection sanglante.

(1) Journal de la Marne (13 avril 1848).

(i) Idem, (t5 avrU 1848).

Quelques jours après , le 29 , le bruit se répand que les insurgés , traqués de la capitale , font irruption dans nos campagnes. Des hommes à cheval passant à Juvigny annoncent qu*Épemay est tombé en leur pouvoir , qu'il est saccagé , mis à feu et à sang. On a peine à croire à semblable nouvelle.

Quelques personnes arrivant de Ghâlons soutiennent qu'elle n'est malheureusement que trop vraie. Alors le tocsin sonne , la garde nationale se met sous les armes. Les plus courageux s'arment de faulx, de fourches et d'instruments tranchants, d'autres enfouissent leur mobilier, leur argent, ce qu'ils ont de plus précieux.

Deux heures après, arrive au galop, Tarme nue^ une compagnie du 4 ^' de hussards , sous la conduite du lieutenant Dumas.

On avait dit à Ghâlons que Juvigny était livré aux insurgés.

Les hussards passèrent la nuit à Juvigny ; une garde active fut montée toute la nuit. On acquit enfin la certitude qu'on s'était levé contre un danger imaginaire et même impossible. Hais la peur ne réfléchit pas. . .

Les hussards retournèrent à Ghâlons très satisfaits de cette petite campagne, mais plus encore de la bonne réception des habitants de Juvigny.

La cause de cette panique qui fut générale dans tout le département ne fut jamais bien connue, et paraît avoir été toute politique.

Le 30 juillet, on renouvela les conseils municipaux.

Furent élus par le suffrage universel : les citoyens Jean-Martin M estrude , Jean-Antoine Maheu , Louis- Théodore Carré, Louis-Martin Pérardel, Nicolas- Pierre Lilbert» Louis-Athanase Contenet, Ambroise- ZacharieHerlequin, Pierre-Joseph Goujard, Antoine Sévestre, Alexandre Debin, Antoine Regnault, Antoine-François-Pasques Horque.

Le 1 9 novembre, le maire, accompagné du conseil municipal , des membres du bureau de bienfaisance, des officiers d*état-major du bataillon cantonnai dont Juvigny est le chef-lieu , s'est rendu sur la place publique j et la garde nationale formant le cercle, il a proclamé la Constitution delà République française, qui a été accueillie aux cris de vive la République.

Aussitôt la proclamation de la Constitution , on s^est rendu à Téglise , où un Te Deum solennel a été chanté.

Le 10 décembre eut lieu le vote pour la nomination du Président de la République.

Une section électorale fut établie à Juvigny. Louis-Napoléon Bonaparte obtint 638 voix, et le général Cavaignac 208.

Le 7 janvier 1H49, p^r ua temps magnifique, la garde nationale du bataillon «le Jovigny s*est rassemblée pour la renaise du drapeaa. Le maires M. Hestrude, dans une allôeuliôQ pleine de peiiséeâ patriotiques , a rappelé aux gardés

nationaux qu'ils devaient défendre avec courage le drapeau que leur con6ait la République. La garde nationale s'*est ensuite rendue à l*égUse où, après les vêpres, le drapeau fut béni avec les cérémonies accoutumées.

M. le Curé de Juvîgny, au milieu du recueillement le plus profond, prononça en chaire le discours suivant:

€ Messieurs, la bénédiction d*un drapeau est un acte im- » posant et solennel. Ce n*est point une simple cérémonie, » un vain spectacle pour les yeux ; c'est un hommage écla- » tant rendu à Dieu de qui relèvent tous les empires, dont » un seul regard dissout les nations , abat les trônes dans

> la poussière et brise les cèdres du Liban, parce que lui » seul est grand, seul puissant, seul éternel.

» Aussi, Messieurs, venez-vous présenter à Dieu cet éten-

> dard, pour qu'il le consacre par mes mains, et qu'il lui » imprime en quelque sorte le sceau de sa force et de sa

> puissance.

» Les Israélites marchaient victorieux aux combats, précé- » dés du serpent d^airaiu. — Constantin, devenu la conquête

> delà Croix, fit élever ce signe sacré au milieu de son armée,

> et par ce signe il fut vainqueur. — Le Dieu des armées » marchait avec lui. Sans doute, Messieurs, espérons-le

> de sa bonté, Dieu ne vous appellera pas à des combats » sanglants. Oui, il sera pour nous le Dieu de la paix et de

> la miséricorde; mais cependant, si l'ère des discordes

> n'était point finie , si les fauteurs de dissensions et de

> troubles relevaient leur tête audacieuse, oh t alors. Mes-

> sieurs, ralliez-vous autour de votre étendard, symbole de

> l'ordre; combattez avec ardeur les ennemis de la patrie.

> — Judas Machabée défendant ses foyers avec d'autant

> plus d'intrépidité qu'il défendait les autels de son Dieu,

> attestait à l'univers entier que cette même religion qui » donne des martyrs à la vérité, sait en donner, quand il le » faut, à la patrie.

> Gardez bien, Messieurs, ce drapeau que la patçie confie » à votre honneur; gardez bien aussi l'autre étendard, celui

> de la croix. Restez fidèles à ces deux drapeaux: l'un abri-

:» tera votre liberté, l'autre, votre foi et vos espérances im- :» mortelles (i) ! »

Le i9 mai, à Télection des huit représentants du peuple à l'Assemblée législative, les Toix se répartirent ainsi dans la section de Juvigny :

Électeurs inscrits i0i6

Votants 8i9

Ont obtenu :

MM. Edouard Aubertin 807 voix.

Léon Faucher 801 —

Jean Bertrand 800 —

Napoléon Lannes de Mon^ebello 786 —

Soullié 7U —

EugéneTirlet 740 —

Carteret • 722 —

Thuiiot de la Rosière 608 —

Le reste des voix s^est réparti sur un grand nombre d'autres candidats (2).

(1) Journal de la Marne du 9 janvier, reproduit par la Revue de la Mame^ La Vérité, etc.

(S) Journal de la Marne, du 1 6 mai 1849.

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