I. Albzavobb ADBERT
Garé de Juvigny, membre de plusieurs Sociétés savantes.
OUIMS-SDI-lllin,
Après la conversion de Clovis, Juvigny dut avoir son église, mais à cette époque, elles furent si mal construites qu'à peine en reste-t-il le souvenir. Cependant, dans les fondations de la partie de réglise démolie en 1 853 , j'ai cru rencontrer des pierres en craie, avec croisettes et modillons qui m'ont paru devoir être antérieures au x* siècle.
L'importance numérique de la communauté n'a jamais, que je sache, été aussi grande que chercherait à rétablir la tradition. Qui n'aime à relever la force et la gloire de sa patrie, à reculer son origine, à plonger son berceau dans la nuit des temps?
La destinée du village de Juvigny a été celle des autres. Parce qu'on a vu son nom dans les plus anciens titres , parce qu'on a découvert des fondations de murailles, des ossements humains sur plusieurs parties de son territoire, parce qu'au moyen-âge, on l'a vu décoré du titre de ville , on n'a pas manqué de lui attribuer une importance qu'il n'a jamais eue.
Le mot villa appliqué à la communauté des habitants de Juvigny n'a point le sens de ville. La ville, au moyen-âge, se nommait civitas , cité^ et de même que chez les Romains , le mot villa ne signifiait, chez nos pères, que ferme, métairie, campagne.
La ville de Juvigny n'était donc qu'une réunion d'habitations de fermiers, de colons qui cultivaient
la terre et payaient des redevances au seigneur et maître de ces terres.
Car alors, presque tout le sol français était constitué en fiefs, et quand les ficfs remontaient à Vautorité royale, il s'ensuivait que le droit de propriété était une concession de la royauté. C'est ce qui existait pour différents fiefs de Juvigny, comme on le verra plus tard.
La féodalité ou régime des fiefs, tire son nom du mot Saxon féod, prix. Depuis l'invasion des Francs, la Gaule tendit à se constituer dans cet état social.
Primitivement, des terres avaient été distribuées par les chefs à leurs compagnons d'armes. Les terres concédées à titre de redevances furent appelées fiefs ou bénéfices; celui qui les possédait s'appelait vassal, et le seigneur dont il les tenait s'appelait suzerain.
Il y avait en outre, les arrière- fiefs , c'est-àdire qu'on se trouvait vassal et suzerain à la fois. Il y avait encore les alleux, terres libres dont les possesseurs ne reconnaissaient point de suzerain. Plus la féodalité grandit, plus le nombre des alleux diminua. Nous verrons bientôt les habitants de Juvigny se montrer vigoureux défenseurs de leurs alleux et 'de leurs droits.
Au-dessous des vassaux, on distinguait les vilains et les serfs. Les vilains, de villa, métairie, étaient des colons assujétis à certaines redevances
pour leâ terres qu'ils Cultivaient. Lés serfs furent d'abord esclaves, domestiques, ptiiê seulement attachés à la glèbe, leur sort étant lié à celui de la terre sur laquelle ils travaillaient; si elle changeait de maître, ils étaient vendue avec elle.
Le servage fut Fétal de transition entre l'esclavage et la bourgeoisie; cette ascension se fit par les influences chrétiennes qui tendaient à rapprocher de plus en plus les conditions comme les cœurs.
Ces quelques mots sur la féodalité nous ont paru nécessaires pour Tintelligence de l'histoire ati moyen-âge.
Qu*on nous permette encore une courte explication sur la dîme.
La dîme était une portion des fruits de la terre ou des troupeaux que les fidèles devaient payer à l'Église pour l'entretien des ministres sacrés. Cette partie n'était pas toujours la dixième partie des fruits. Dans quelques endroits, comme à Juvigny, c'était la douzième gerbe de blé, en d'autres la quinzième, ailleurs encore la vingtième ou la trentième.
L'origine de cette dette est biblique et l'Église la consacra.
On appelait navales les terres qu'on défrichait ou qui , de tempe immémorial , n'avaient point été cultivées.
Les évêques ont eu pendant plusieurs siècles
TadministratioD de toutes les dîmes de leurs diocèses, comme des autres biens ecclésiastiques, à condition d'entretenir les églises poroissijiles , de fournir aux ministres des autels ce qui était nécessaire pour leur subsistance et de faire des aumônes. Beaucoup d'évêques du x^ siècle et des suivants donnèrent des paroisses qu'ils appelaient altaria, autels, à des monastères pour l'entretien des personnes consacrées au Seigneur, à condition que ces monastères feraient desservir les paroisses par des religieux, ou qu'elles fourniraient à un prêtre séculier tout ce qui serait nécessaire pour son entretien (i).