‹ Monographie de la commune de JuvignyChapitre 4 sur 19 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Juvigny fait partie duPagus Partetuis. — Charte de 11 4Î de l'évèque de Laon. — Prieuré de La Yeaye. — Église Saint-Martin de Juvigny. — Donation de la cure de Notre-Dame aux chanoinei de Notre-Dame-en-Vaux de Ch&Ions. — Établissement d'un curé à Juvigny. — Église Notre-Dame. — Sa description. — Lettre de Thibault, comte de Champagne. — Noms de quelques habitants de Juvigny au xiy* siècle.

Le village de Juvigny faisai t partie du PagusPavtensis qui s'étendait du nord au sud , de S^*-Marieà-Py à Chalette-sur-Aube (12myriam. 1/2), et de

(1) Louis d'Héricourt, Loix eccUtiattiques ^ vol. in-f', édition de 1756, p. 593.

Test à l'ouest y de la rivière de Saulx à Juvigny (9 myriamètres) .

Juvigny était la dernière commune du pays parfois j un des pagi les plus anciens de la Champagne (1).

La coutume de Vitry qui régissait le Parfois était ^elle qui régissait nos pères. Juvigny ressortissait du Parlement de Paris, du bailliage de Yitry (2) et de l'élection et subdélégation d'Épemay.

Il faisait partie du diocèse de Châlons, était une des paroisses du grand archidiaconé et du doyenné de Bussy-le-Château.

Les premiers documents qui nous soient parvenus sur le village de Juvigny remontent aux années 1142, 1151 et 1184. Un seul titre, cité dans les Archives législatives de la ville de Reims (3), est antérieur de cinq ans. Il nous donne le nom d'un seigneur de Juvigny, Huard, écuyer.

La charte de 1 1 42 est de Barthélemi , évêque de Laon. Il confirme la donation faite à l'église de Toussaint-en-l'Ile , de Châlons , par le chapitre de Notre - Dame de Laon , de toute la dîme qui lui

(i) Au XIII" siècle , il y avait dans le canton appelé pagui partetuis vingt-six monastères, trente-neuf prieurés simples, quatre maisons de Trinitaires, cinq Commanderies, dix-sept Maladreries, cinq villes, cinq cents bourgs et villages. — Maxime de Torcy {Recherches sur la Champagne f etc.)

(9) 11 n'en fut distrait, pour être transféré au siège royal de Châlons récemment établi , qu'au mois d'octobre 4627.

(5) Par Pierre Varin , V partie , Statuts , !•' vol.

appartient au ^ ban du village de Juvigny et de quelques autres petits héritages, à la charge de payer tous les ans après la fête de Toussaint, cinq sous en monnaie de Châlons, soit en seigle, soit en vin (1), soit en foin, pour la rémission de ses péchés, et à la charge par les chanoines de Toussaint d'entretenir un curé à S -Martin de Juvigny.

Dès cette époque, le prieur de La Veuve fut chargé de la desserte de cette petite paroisse.

Le prieuré de La Veuve, dont elle dépendait, avait été fondé par Hugon de Saint-Vrain, et offert en aumône à Téglise de Toussaint. Une charte de révêque Barthélemi de Châlons , de Tannée 1 1 51 , nous en offre la preuve authentique (2).

Une bulle du pape Martin V, datée de Constance,

(1) Sive in segete, sive invitio, sive in fœno.

En 1369, a parait qu'il n'existait déjà plus de vignes ; dans un contrat de vente , on lit ces mots : terres arables , en lieudit , les vignes.

()) In nomine sanctœ et individuœ Trinitatis, Bartholomœus, epit-

copus. Sicut nova semper parturit mundus , sit novis sup à

memorid hominum faciles dilabuntur , nisi litterarum apicibus annotata guœ gesta fuerint ad memariam renoventur, H\nc accidit quod incerta pro certis, certa pro incertis affirmari semper videamus, Notificamus igitwr tàm futuris quàm prassentibus quod Hugo de Sancto Verano terram quam in fœdo apud Viduam tenebat , a domino Ge-

rardo de laud et concessionem ejusdem et domini

Walberti filiorum ejus in eleemosinam dédit insulanœ eccle-

siœ cum plenitudine totiusjustitiœ Acta Catalaunis anno ab

incamatione />omtm' M. C.L.I". régnante super omnia Domino nostro Jesu Christo , in Galliis autem piissimo rege Ludovico , anno pontificatûs Domini BartfMlomai IV. {Archives de la Marne). — Nous avouons simplement n'avoir pu lire en entier toute cette pièce , c'est ce qui explique les lacimes qui s'y rencontrent.

le 3 des kalendes de février H1 8 ,' et adressée à Jacques de La Fosse, chanoine de Belval et aux officiâux de Rheims et de Châlons, met en possession dttdit prieuré, dont la présentation appartient à Tabbé de Toussaint, maître Guillaume-le-Sage.

La petite église de Saint-Martin, de Juvîgny, dont il fut le premier curé connu, fut construite dans le xii* siècle.

Elle n'avait qu'une seule nef. Trois fenêtres éclairaient le Sanctuaire. A l'extrémité du transept gauche était la chapelle seigneuriale de Saint- Jean; dans l'autre bras, la sacristie. La tour, placée sur la croix latine, se terminait par deux pignons dont la forme est peu agréable, et à laquelle on donne le nom de bâtière.

Cette église fut démolie en 1794.

Le troisième titre est l'acte de donation de la cure de Juvigny aux chanoines de Notre-Dame-en- Vaux, de Châlons, par Guy III, évêque.

Nous donnons la traduction de cette pièce importante, ainsi que de celle qui concerne l'établissement d'un curé à Juvigny.

« Au nom de la sainte et indivisible Trinité, moi Guy, par la permission divine, évérjue de Châlons > et Robert, archidiacre de Ch&lons, à tous présents et futurs, savoir faisons qu'en Thonneur de la bienheureuse et glorieuse Marie toujours Vierge et pour le salut de nos âmes , nous avons conféré au\ chanoines de Notre-Dame-en>Vaux, dans le but d*augmenter leurs prébendes, la cure pastorale de Juvigny, la présentation du titulaire de cette cure leur

Qppaittenont déjà. L'an deux sera tenu de répondre et d'as-« sister au synode; nos droits et ceux de rarchidiacre seront en tout sauvegardés, et chaque année, les chanoines célébreront Tanniversaire de notre mort. Et afin que personne, poussé par une téméraire audace, n*ait la présomption de briser cette page de notre donation , nous portons contre ee téméraire la peine de rcxcommunicalion; en foi de quoi nous ayons reyétu ladite page de Tapposilion de nos sceaux. Fait en l'an de rincarnalion ii8^ (1). »

Rotrou du Perche, par une charte do 1198 (2), Gérard de Douai, en 1200 (3), le doyen du chapitre, en 1203 (4), confirmèrent la présente donation aux chanoines de Notre-Dame.

C'est encore Févêque Gérard qui établit un curé à Juvîgny et règle tous ses droits.

< Hoi, Gérard, par la grâce de Dieu, évéque de Cbâions, à tous ceux présents et futurs qui, ces lettres verront, salut en N. S.

» Nous voulons porter à votre connaissance qu^une ques* tion s'étant élevée entre nous et les chanoines de Notre- Dame-en- Vaux , au sujet de l'église de Juvigny, nous en avons conféré, en vertu de Tautorité apostolique, en présence des vénérables personnes, le doyen de Tinsigne église, chantre de Sainl-Regulus, et maître H., chanoine

(1) Extrait du Cartulairt de Notre-Dame, P 61. Voir lettre 39. --- Guy ni de Join ville , mort le i i janvier i 19 1 , en Palestine , était le S6* évêque de Chftlons.

(i) Cartulaire , lettre XL. Rothrou ou Rotbard , mort en 1200.

(3) CartuU f» 6S, lettre xli.

(4) Ibid, lettre xlii. Voir le texte latin de ces lettres ainsi que de celle qui suit , dans Vappendice au n* 1 . Ces divers titres ont été extraits textuellement des Mémoires concernant lee évêquei et la tille de Châlont, totaeî*, pages 686, 687, 688 et 689. Deux vol. in-f*. Mss. , dont je dois communication à l'obligeance de M. Jules Garinet.

— Iode SeoHs. La donation de .l'église de Juvigny ayant été faite aux chanoines de Notre-Dame» ils ont déclaré être dans rintention de la conserver à perpétuité avec ses revenus pour eux et leur église, assurant en outre que la charge pastorale de cette église leur avait été donnée pour l'augmentation de leurs prébendes par Guy, évéque, notre prédécesseur, d'heureuse mémoire, et l'archidiacre Robert, ce qu'ils prouvent avec évidence par les lettres qu'ils possèdent. Eu outre, ils nous ont présenté des lettres de l'évêque Rotrou, notre prédécesseur, celles du doyen et chapitre de Chàlons et les nôtres même qui toutes confirme*nt la donation du susdit évéque. C'est pourquoi Icsdits chanoiuei ont déclaré vouloir être ratifié et constant tout ce qui a été fait au sujet de ladite église par nos prédécesseurs et par nous-méme. Mais comme il leur paraissait dangereux de laisser la cure à la charge de la communauté toute entière, parce qu'alors ils n'en retireraient point ou peu de profit, ils nous ont demandé et ont désiré que nous réglassions d'une manière irrévocable le chàn-' tuaire (1) tant en blé qu*en revenus de l'autel, selon la coutume des églises voisines, de sorte que le prêtre présenté à l'évêque pour cette cure, pût vivre honorablement. Nous donc, du consentement et de la volonté des chanoines, et après avoir pris l'avis de personnes prudentesj avons réglé et fixé le chantuaire du prêtre comme il suit : Le prêtre qui, d'après la présentation des chanoines, sera nommé curé de Juvigny, recevra en grosse dime trois mesures de grain pour son chantuaire, sayoir: vingt septiers de seigle , autant de méteil , huit de froment selon la mesure de Chàlons. Quant aux oblations de l'autel qui se feront aux annuels, aux jours de dimanche et aux jours de fêtes, et aussi à la sépulture des défunts, le corps présent, une part appartiendra aux curés, les deux autres parts aux chanoines. En autre temps, tout ce qui sera offert à l'autel , appartiendra aux curés , comme compensation des

(1) Ou , si l'on veut , Chanterie , du mot latin eantua , chant.

services rendus et non rétribués. En outre, les maisons, granges, terres arables cft quelques vignes qui ont été léguées à Téglise, à titre d^auniône, resteront aux curés à perpétuité. Quanta ce qui regarde les menues dinics, telles que vignes, prés, troupeaux, cens de maisons, elles dcmeurerout la propriété des chanoines. Les prêtres qui seront successivement présentés à la cure par les chanoines jureront de garder avec bonne foi et tant qu'ils vivront, cette présente institution. Nous menaçons d'interdit et d'anathéme quiconque aurait Taudace de briser ou de clianger cette page de notre constitution. En foi de quoi, nous avons revêtu de notre sceau les présentes.

Donné par la main de maître Nicolas, archidiacre et chancelier.

Fait en Tan de rincarnalion du Verbe 1215, au mois d'avril. >

Uéglise Notre-Dame fut reconstruite environ vers cette époque; il serait difficile d*en donner une description exacte, à cause des restaurations successives qu'accusaient la plupart de ses parties, avant sa démolition partielle en 1853. Néanmoins, ce qui restait alors et ce qui reste encore de la construction primitive mérite l'attention de l'archéologue.

Ainsi, la nef construite vers le même temps que celle de Saint-Jean de Châlons (xii® siècle), est à arcades à plein-cintre en retraite, soutenues par des colonnes engagées à chapiteaux rustiques, dont le plus remarquable est orné de deux grosses cordes, comme des câbles, posées l'une sur l'autre en guise de guirlandes.

Plus récemment, les deux arcades voisines de la

croisée avaient été mises eu tiers-^point , lorsqu'on fit des réparations aux transepts après rincendie qui ravagea l'église en 1 587 ; ces transepts étaient à ogive, et les fenêtres à plein-cintre , excepté cependant celles du transept septentrionnal.

Au-dessus des arcades de la nef sont les fenêtres à claire-voie; elles sont aussi à plein-cintre, mais assez élancées daiis Tintérieur du monument et fort petites au dehors.

Jadis la nef était voûtée comme le reste de l'église.

L'escalier du clocher était du même temps que l'église. Chaque marche était soutenue par un cintre , comme celles des escaliers de Notre-Dame de Châlons.

Le clocher avait été reconstruit au xv* ou xvi® siècle. Le portail, avant sa reconstruction en 4 784, était un simple pignon précédé d'un porche.

Mais la partie la plus curieuse de cette église était le chœur. Il était percé de trois fenêtres à plein-cintre, ornées d'un tore^ pratiquées chacune dans un des trois panneaux à ogive , qui à eux seuls constituaient l'hémicycle. Son ornementation principale consistait en colonnettes assez minces , à chapiteaux à feuillages riches, sur lesquels reposaient les nervures et mêmoi. les retombées des voûtes des trois panneaux. A l'extérieur, cette ornementation était encore plus remarquable. Les trois fenêtres à plein-cintre dont il était percé, étaient surmontées d'une petite archivolte courante, et 50*

à 60 cefitknètres picis haut, il était ceint d'une petite ^lerie semi-drculaire simulée , surmontée eWe-mêmfe d'une corniche à petits corbeaux , audessus desquels était un riche cordon de billettes à quatre rangs.

Aucun titre n'a pu nous faire connaîtra quel était le curé de Juvigny, au moment de la construction de l'église. Eu 1 333, le curé de Juvigny s'appelait Thierry de Cemiacum ou de Cernei : son nom seul est arrivé jusqu'à nous.

Il est problable que les^ principaux frais de reconstruction de l'église incombèrent aux chanoines de Notre*-Daiae y qui étaient les curés primitifs de Noire^D«»e de Juvigny (1 ) .

Déjàr à cette époque, ils étaient à même d'y subvenir. En 4 34 9, ils possédaient, outre les re^ venus de la cure, plusieurs héritages co&sidérables en terres et prés.

Jean de Condé, chanoine de Notre-Dame» en avait acheté une grande quantité pendant les an** nées 4364, 4363, 4366, 4367, 4368 et 4369.

Il existe des lettres d'amortissement données par le roi Charles V, dit le Sage, en 4 374, confirmant la donation faite aux chanoines de N.*D. de tous les biens que leur avait laissés en héritage Jean de

(1) Quand les églises paroissiales ont été unies à des Chapitres séculiers ou réguliers, les collèges auxquels l'église paroissiale était unie, prenaient la qualité de curés primitifs et jouissaient des retenus de la cure. (Louis d'Héricourt, Loix ecclésiastiques).

Condé, à la charge de trois messes par semaine (1 ). L'acte de cette fondation est de 1 377. Il veut que les trois messes soient dites à l'église Notre-Dame, à l'autel dit Notre-Dame de la Flameigne, qui est située dans le chœur, derrière le grand autel.

Il y avait eu en 4 372 une adjudication faite en justice sur Jean Leclerc de Fer de Juvigny, au profit de CoUesson Barraquaus, d'une maison, cour et jardin, sise à Juvigny, tenant au chemin de Mont , saisie à la requête d'Isaac de Saint-Robert, juif demeurant à Châlons , pour la sûreté et paiement de six sous d'or qu'il avait prêtés audit Jean Leclerc ; ladite maison fut adjugée moyennant huit francs d'or et dix sous tournois. Elle passa ensuite à Jean de Condé, qui possédait en outre une maison avec grange , étable , cour et jardin assis en la ville de Juvigny, en lieudit Chante-Cocq.

Des lettres d'amortissement de 1 378 furent données par le seigneur de Juvigny des héritages qui étaient sujets aux redevances seigneuriales données par M. de Condé, pour la fondation de trois messes par semaine, moyennant cinq francs d'or, et sans préjudice aux autres droits , cens et débet anciens , dont lesdits héritages sont chargés (2).

(1) Pour l'amortissement desdits biens , Jean de Condé a.payéau roi la somme de cinquante livres , suivant la quittance de Jean Anoet, clerc des revenus du roi.

(i) Tous ces renseignements ont été puisés aux archives de ia Préfecture {Fond du chapitre de Noire- Dame-en- Vaux.)

L*abbaye de Saint-Pierra-aux-Monts (< ) , les chanoines de Toussaint, le chapitre de la cathédrale de Reims et celui de Châlons possédaient déjà des biens à Juvigny à cette époque.

On a des lettres de Thibault, roi de Navarre, comte palatin de Champagne et de Lorraine, du 1 2 mai 1263, par lesquelles il veut que les chanoines de la cathédrale possèdent, tiennent et aient la saisine des terres qu*a tenues au terroir de Juvigny , dans les limites, ban et justice , maître Thierry de Corbert , chanoine , lequel avait légué ses biens à son église pour son anniversaire (2).

' Citons en terminant ce chapitre quelques noms des habitants de Juvigny, recueillis sur les plus anciens titres.

En 1219 : Joseph Rousselet,

En 1364 : Thiébault Pignon,

— Jean Marchand ,

— Jean Forest,

— Jean-Pierre Pelletier,

— Guillaume de Méry,

— Thiébault Noiton,

— Joseph Noslin,

— Colas Leroux,

— Lannon Connet,

— Jean Lipas,

— Jacques Delavigne,

(I) En 117$, elle possédait un pré à Juvigny. (^) Archives de la Marne. [ Textuel. ]

— as —

En 1 36i : Jean J)iaté, '^ Jacques Lejar4,

— Jean de la Vieille-Nipe,

— Philippon I^ebobe,

En 4 366 : Henri Malhiiez., écuyer, seigneur de

Juvigny,

— De Saint-Palais»

— Jean Leclerc-de-iFer,

— Jean Ormont,

— CoUesson,

— Thomas Guillemin,

— Jean la Créature,

— Jean Senonez,

— Leclerc Baudiet,

— Olivier de Juvigny, écuyer,

— Jacquesson,

— Baudiet-Pilate,

En 1 368 : Pierre-le-Nanrretat,

— Jean Viart,

— Jacquier-Gérard,

— Jean Desprez,

— Jean Mote,

— Pierre Martin,

— Michel Brûlait (1),

— Champion,

— Grossetête,

— Piepre de Congy,

(1) Une des rues de Juvigny porte encore le nom de Brulart.

En 4 368 : Uugitôs de Plâtre,

— Thomas de Breuveiy,

— Janson Machel,

— Pierre Attrape,

— Girard Huton,

— Colart-le-Trivial,

— Thomas, dit Cinq-Sous.

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